mercredi 24 août 2016

Maîtres du jeu - Karine Giebel

Résumé :
Il y a des crimes parfaits.
Il y a des meurtres gratuits.
Folie sanguinaire ou machination diabolique, la peur est la même. Elle est là, partout : elle s insinue, elle vous étouffe... Pour lui, c est un nectar. Pour vous, une attente insoutenable. D où viendra le coup fatal ? De l ami ? De l amant ? De cet inconnu à l air inoffensif ? D outre-tombe, peut-être...

Ce recueil comprend les nouvelles Post-mortem et J aime votre peur.

Dire que j'aime ce que fait Karine Giebel est un doux euphémisme. Cependant, je n'ai pas complètement adhéré à ce recueil de deux nouvelles. Les intrigues sont pourtant prometteuses. Une jeune, belle et célèbre actrice hérite une maison de la part d'un inconnu. Que se cache-t-il derrière ce cadeau post-mortem ? Un tueur psychopathe s'échappe de l'hôpital où il était retenu. Son objectif, faire le plus de morts possible.
Malheureusement, ça ne prend pas, ou pas vraiment. Le mécanisme de la première nouvelle est pourtant bien foutu. Mais on dirait que les deux textes sont issus d'une commande ou bien ne sont que des exercices de style. Des entrainements.  La crédibilité n'est pas tout à fait au rendez-vous et le tout est un peu bâclé.  De là à penser que l'auteure est plus à l'aise dans les romans, où elle peut développer ses idées, installer une ambiance, il n'y a qu'un pas que je franchis allègrement.
Vous n'aurez pas la sensation de perdre votre temps avec ce recueil et le livre ne va pas vous tomber des mains. Mais préférez-lui Terminus Elicius (son premier roman) ou, mieux encore, Juste une ombre, Meurtres pour rédemption. Jdçjdr.

 Moyen

Le collier rouge - Jean-Christophe Rufin

Résumé :
Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l'été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d'une caserne déserte.
Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit.
Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère.
Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes.

Trois personnages et, au milieu d'eux, un chien, qui détient la clef du drame...

Ceci est ma première incursion dans l'univers de Rufin et il y a fort à parier que ce ne sera pas la dernière.
Le récit prend place dans une petite ville du Berry et en particulier, son ancienne caserne désaffectée transformée en prison. Nous sommes en 1919. Le seul prisonnier des lieux est un soldat décoré pour bravoure. Il attend l'arrivée du juge militaire chargé de l'instruction de son affaire. Affaire dont on ne saura rien, quasiment jusqu'à la fin. Quand le juge arrive, un jeune commandant idéaliste, les choses ne se déroulent pas comme prévues. Alors que l'officier cherche tous les moyens possibles pour minimiser la gravité de l'acte et libérer le prisonnier, ce dernier lui rend la tâche difficile en refusant, notamment, de travestir ce qu'il considère comme étant la vérité des faits. Toute cette lutte insolite à lieu dans les aboiements incessants du chien du prisonnier. Chien qui joue un rôle de premier plan dans l'explication du comportement étonnant de son maître.
 Les qualités du roman sont nombreuses. D'abord il est court, ce qui est toujours agréable par les temps qui courent où la priorité est donnée aux pavés. Il est fort bien écrit et cependant, fort agréable à lire et d'une grande fluidité. Il y avait longtemps que je n'avais pas lu un livre sans buter, ne serait-ce que de temps en temps, sur une phrase. Et puis il y a l'ambiance, admirablement restituée. On EST littéralement dans cette petite ville, dans cette caserne-prison, sur cette place en compagnie du chien. On est à la guerre lorsque le soldat relate les évènements qui l'ont conduit en prison. On transpire avec les personnages.
J'ai pris un immense plaisir à dévorer ce petit roman qui parle de l'absurdité de la guerre, de fidélité, de loyauté, d'orgueil, d'amour. Et de chiens...
C'est sans conteste un immense coup de cœur que je vous invite à découvrir séance tenante. Il ne vous faudra guère plus d'une heure et demie pour en venir à bout.

Excellent. Coup de cœur.

mardi 23 août 2016

L'adjacent - Christopher Priest

Résumé :
En Anatolie, l'infirmière Melanie Tarent a été victime d'un attentat singulier : totalement annihilée, elle n'a laissé au sol, comme seul vestige de son existence, qu'un impossible cratère noir et triangulaire. De retour en République Islamique de Grande-Bretagne, son mari, le photographe free-lance Tibor Tarent, apprend qu'un attentat a eu lieu le 10 mai à Londres, qu'il a fait cent mille morts, peut-être le double. Là aussi, la vaste zone touchée était inscrite dans un triangle parfait. Alors qu'il est emmené dans une base secrète afin d'être interrogé sur ce qu'il a observé en Anatolie (globalement rien, en dehors de l'étrange point d'impact), Tibor entend parler pour la première fois du phénomène d'adjacence. Mais à bien y réfléchir, est-ce vraiment la première fois ?

De Priest, je n'avais lu et cela fait fort longtemps que Le monde inverti. Ne me demandez pas de quoi cela parle, vous savez bien que j'oublie tout ce que je lis dès que je l'ai lu (ou peu s'en faut). C'est pourquoi je parlerai d'une semi découverte concernant cet auteur dont la réputation n'est plus à faire.
Difficile de parler de ce livre sans le spoiler. Ce qui fait sa substance est un mystère qui ne trouve son explication qu'à la toute fin (quoique) mais le récit est parsemé de petits indices subtilement amenés qui nous permettent de reconstitué, même partiellement, le puzzle de l'histoire.  Je ne rentrerai donc pas dans les détails.
Sachez simplement que le roman commence dans un monde quelques dizaines d'années plus vieux que le nôtre et qui n'a pas forcément évolué dans le bon sens. La Grande-Bretagne est devenue une République Islamique. Rien de nécessairement horrible, d'ailleurs. Mais rendez-vous compte. Une République !
À côté de ça, le climat est devenu plus dingue que jamais. Les tempêtes tropicales possédant désormais des petites sœurs énergiques : les tempêtes tempérées. Les TT. Elles sont joliment baptisées d'après les noms de personnalités aux initiales doubles. Genre TT Edward Elgar (compositeur), TT Danielle Darrieux, TT Federico Fellini... Et elles ravagent à qui mieux mieux les pays qui ne connaissaient ordinairement pas le phénomène, en particulier l'Europe et en particulier la Grande-Bretagne.
Les conflits et les attentats sont omniprésents, nos descendant n'ayant visiblement, dans l'esprit de Priest, pas perdu notre goût à nous foutre sur la gueule.
C'est dans ce contexte que le personnage principal, un photographe indépendant, en mission en Turquie, perd son infirmière de femme dans un attentat. Et perdre est bien le bon terme puisqu'on ne retrouvera aucune trace du corps. On suit alors les tribulations du malheureux qui est pris en charge par les autorités qui souhaitent faire avec lui un débriefing.
Puis soudain, nous sommes projetés dans d'autres époques d'autres lieux et avec d'autres personnages. Encore que, à ce dernier niveau, quelques points communs apparaissent entre eux. Nous revenons parfois au premier récit pour mieux le quitter ensuite et ce, jusqu'à la révélation finale (bon, enfin, il reste encore deux, trois trucs à expliquer mais globalement, on comprend tout).
Si vous aimez les histoires un peu alambiquées (pas trop), mystérieuses, avec des vrais morceaux de guerre dedans, des avions, des photos, des gens bizarres et même, oui, même de l'amour, alors ce roman est fait pour vous.
Je ne connais donc pas bien Priest, mais si (je n'en sais rien) ce livre est le moins bon de ce qu'il a déjà écrit, nul doute que je vais me précipiter pour combler mes lacunes.
Un très bon livre. Et tiens, je le répète en dessous. Et en gras.

Très bon

Les champs d'honneur - Jean Rouaud

Résumé :
Quelque part en Loire inférieure. Quelque temps après la guerre. L'histoire d'une famille sur laquelle le destin s'acharne et qui assiste, impuissante, à la mort rapprochée de ses membres les plus chers : le père, la tante, le grand-père, la grand-mère. A priori, rien d'original. Et pourtant, pour pouvoir dire ces morts, Jean Rouaud fait revivre cette famille avec une délicatesse et une tendresse remarquables, qui sont autant de bonheurs de lecture. Et si ses mots sonnent aussi justes, c'est parce que cette famille, c'est la sienne. L'écriture se fait souvenir et le regard de l'enfant croise celui du romancier dans une langue limpide et enjouée, avec laquelle le lecteur entre immédiatement en connivence.
Prix Goncourt en 1990

Que ce roman ait reçu le Prix Goncourt ne m'a pas surpris une seconde tant la langue est somptueuse. Chaque phrase est un petit diamant taillé à la perfection. Le style est même à ce point exigeant, que chaque fois que ma concentration fléchissait, je devais relire un paragraphe entier pour comprendre ce qu'avait voulu dire l'auteur. Voilà pour la forme.
Concernant le fond,  j'avoue être davantage partagé. Alors certes, la qualité de l'écriture est de nature à nous faire apprécier un récit qui, sinon, n'engendrerait pas l'enthousiasme. Les évènements qui nous sont narrés sont en effet de la plus grande banalité. On y parle même de la pluie (et pas du beau temps). On y parle surtout d'une famille, sans aucun doute aussi honorable qu'une autre, las ! il ne s'agit pas de la nôtre, et l'intérêt qu'on peut trouver à lire ses péripéties en est amoindri. D'autant plus, et là, cela ne vaut bien entendu que pour moi, que cette famille et les évènements qu'elle subit sont à des lieues de ce que j'ai moi-même pu vivre. Autrement dit, à aucun moment je ne me suis identifié aux personnages.
Pour aller au bout de ma confession, j'ajouterai que je me suis par moment ennuyé et c'est avec une certaine difficulté que je suis venu à bout du roman. Pour utiliser une métaphore qui vaut ce qu'elle vaut, c'est comme si j'étais dans un musée rempli d’œuvres magnifiques avec des chaussures trop petites. La hâte d'en finir serait la même.
À lire donc pour ceux qui mettent la beauté de la langue par-dessus tout.
Ceci ne remet par contre pas en cause le fait que je lirai avec plaisir d'autres romans du même auteur.

Moyen
 

dimanche 21 août 2016

Home - Toni Morrison

Résumé :
Toni Morrison nous plonge dans l'Amérique des années 1950.

Oui, certes, le résumé est un poil léger. Mais au moins, on ne pourra pas lui faire le reproche de spoiler la lecture. Encore que, le lieu et l'époque en disent peut-être déjà trop. Bon, trêve de plaisanterie à 1 euro 50.
Home, c'est l'histoire de Frank Money, un jeune soldat noir, qui revient au pays suite à la guerre de Corée (25 juin 1950, 27 juillet 1953). C'est même, plus précisément, l'histoire de son long périple à travers les États Unis pour rejoindre sa ville natale qui ne lui a pourtant pas laissé que de bons souvenirs.
Alors certes, le récit aurait pu être d'une affligeante banalité, pour autant que le voyage d'un homme de sa condition, sans emploi et sans ressources, puisse être banal. Mais la tendresse évidente de l'auteure pour ses personnages, des sympathiques aux plutôt antipathiques, nous les rend extrêmement attachants. Et puis on comprend très vite que ce qui tient la place la plus importante pour Toni Morrison, c'est le portrait qu'elle dresse, par petites touches, de l'Amérique de l'époque. Elle nous rappelle (ou nous apprend, pour les plus distraits d'entre nous), à quel point les conditions de vie des afro-américains d'alors pouvaient être abominables. Et ce qui est particulièrement remarquable, c'est qu'elle n'utilise jamais un ton militant ou moralisateur. Elle se contente de nous énoncer, avec talent, des faits qui parlent d'eux-même et qui ont eu le don de me faire serrer les dents de rage à plusieurs reprises.
Pour un premier contact avec cette romancière, prix Nobel de littérature en 1993,j'avoue avoir été plutôt séduit et nul doute que je poursuivrai sous peu ma connaissance de son oeuvre. 

Très bon.