mardi 20 décembre 2016

Aeternia - Gabriel Katz

Résumé :
Leth Marek, champion d’arènes, se retire invaincu, au sommet de sa gloire. Il a quarante ans, une belle fortune et deux jeunes fils qu’il connaît à peine. C’est à Kyrenia, la plus grande cité du monde, qu’il a choisi de les élever, loin de la violence de sa terre natale. Lorsqu’il croise la route d’un culte itinérant, une étrange religion menée par un homme qui se dit prophète, l’ancien champion ignore que son voyage va basculer dans le chaos.Dans le panier de crabes de la Cité mère qui prêche la Grande Déesse, où les puissants du Temple s’entredévorent, une guerre ouverte va éclater entre deux cultes, réveillant les instincts les plus noirs. La hache de Leth Marek va de nouveau tremper dans le sang...

Ce qui distingue plus particulièrement la fantasy des autres genres littéraires, c'est qu'elle est faite (la plupart du temps) à partir de recettes, un peu toujours les mêmes et d'ingrédients souvent identiques. Du coup, pour faire un bon, voire un très bon roman de fantasy, il faut se distinguer avec une histoire en béton, de préférence du jamais vu, ou des personnages aussi originaux que possible ou, à défaut, revus et améliorés ou un style agréable. Dans la fantasy française, Jean-Philippe Jaworski réussit à réunir les trois, et avec quel brio. Et Gabriel Katz n'est pas jean-Philippe Jaworski. Loin s'en faut.
L'histoire est d'une banalité affligeante, les personnages de véritable clichés ambulants sans rien qui les distingue de tous ceux dont on a déjà croisé la route dans ce genre d'aventure et sans charisme, sans rien qui les rendent attachants et un style d'une aridité sans pareille. J'ai lu une critique qui comparait l’œuvre de Katz à celle de Gemmell. Il est vrai que les deux sont assez semblables et c'est bien là le problème, je n'apprécie guère non plus les romans du britannique.
J'ai tenu jusqu'à la moitié du livre sans faire non plus des efforts démesurés, il faut le reconnaître, car la lecture n'est pas réellement désagréable. Mais elle n'offre rien d'intéressant à un vieil amoureux de la fantasy comme moi. L'impression de perdre mon temps était omniprésente. À réserver donc à ceux qui n'ont jamais lu de fantasy. Encore que, non, ils peuvent aussi s'abstenir et lire du Jaworski, du Kloetzer ou du Pevel. Entre autres.

Bof.

Toi - Zoran Drvenkar

Résumé :
Imagine une tempête de neige sur l’autoroute. Un bouchon qui s’étire sur plusieurs kilomètres, aucune visibilité. Un homme sort de sa voiture et en silence assassine méticuleusement, à mains nues, vingt-six personnes dans les véhicules alentours. C’est le début d’une série de meurtres sans mobiles apparents commis par celui que la presse surnomme Le Voyageur.
Imagine maintenant cinq adolescentes. Cinq amies avec leurs espoirs et leurs peurs, leurs envies et leurs problèmes. Cinq jeunes filles que rien ne peut séparer, qui vont être prises au piège d’une situation qui les dépasse. Prises en chasse par un homme à qui tu ne voudrais pas avoir affaire, elles vont se jeter dans une fuite en avant sauvage et désespérée.
Imagine enfin un voyage jusqu’à un hôtel isolé en Norvège où tous ces protagonistes vont se retrouver pour une confrontation à la tension extrême et un dénouement qui te laissera sans voix.

Ce qui frappe, à l'évidence, dès que l'on commence à lire ce livre, c'est le tutoiement utilisé par Drvenkar, par ailleurs suggéré par le titre. De mémoire, c'est la première fois que je lis un roman utilisant un tel procédé. Bien sûr, nous connaissons tous des livres dans lesquels l'auteur s'adresse parfois au lecteur en aparté, mais il s'agit précisément d'apartés, qui ne durent pas tout le long de l'ouvrage et adressés au lecteur et à lui seul. Ici, le tutoiement est permanent, du début à la fin (à une petite exception près) et il est adressé dans chaque chapitre à un personnage différent. Oui, l'auteur parle à ses personnages. Du même coup, il fait de nous qui le lisons, tour à tour Le Voyageur, Ragnar, Stinke, Rute... bref, la bonne douzaine de protagonistes de l'histoire. Pour ce qui est de l'identification du lecteur aux personnages, je crois qu'on ne peut faire mieux.
Mais vous me direz certainement, est-ce que cet «artifice» d'écriture n'est pas finalement le seul intérêt du roman ? C'est une crainte que l'on peut légitimement avoir même après avoir lu quelques pages. Eh bien non. Le «tu» ne fait que renforcer la puissance déjà grande du récit. Les personnages sont particulièrement attachants, en particulier les adolescents (ils sont nombreux) et plus spécifiquement les cinq filles qui forment le cœur même du roman. Croyez-le ou non, mais j'ai été successivement chacune d'entre elles. J'ai tremblé pour mes copines, été sidéré par la violence qui m'a entouré. J'ai été Stinke, Rute, Nessi, Schnappi et Taja. Chacune de ces lycéennes absolument ordinaires, pas plus rebelles que les autres filles de cet âge là, ni plus paumées, mais pas préparées, surtout, à la tempête qu'elles vont soulever suite à leur insouciance, leur naïveté, leur inconscience, leur audace, leur jeunesse.
Parce qu'il faut bien le dire, sans être omniprésente, la violence est là et bien là. Parce que la fuite des cinq copines va laisser des traces sanglantes. Et il ne fait pas bon être jeune dans cette histoire. Il ne fait pas bon non plus être plus âgé. Il ne fait tout simplement pas bon traîner dans les parages. Dans les parages de ces hommes qui ne plaisantent pas, en particulier lorsqu'on touche à la marchandise dont ils font commerce : l'héroïne.
Voilà, j'ai été emporté par ce roman atypique. Et j'ai passé des moments, si ce n'est toujours à proprement parler agréables, du moins intenses au côté de personnages pour certains très attachants, pour d'autres terrifiants mais tous particulièrement consistants. À lire, absolument.

Très bon

samedi 26 novembre 2016

L'oeil dans le ciel - Philip K. Dick

Résumé :
Ils sont huit à avoir été précipités dans un faisceau de protons. Huit miraculés qui s'étonnent de revenir à la vie normale. Normale ? L'est-elle vraiment ? Jack et Marsha, sa femme, ressentent une sorte de gêne indéfinissable, comme si, tout autour d'eux, était bizarre, irréel. La réalité semble se fissurer, le quotidien se craqueler. Comment un essaim de sauterelles peut-il surgir de nulle part ? Pourquoi attaque-t-il Jack ? Mais surtout pourquoi le visage et le corps de Marsha se déforment-ils monstrueusement ?  Les rescapés sont-ils encore des hommes ou des simulacres ? La réalité n'a-t-elle pas fait place à un délirant monde de cauchemars, où les règles de notre univers n'ont plus cours, où tout est possible, même, dans le ciel, la présence de l’œil de Dieu qui surveille ses créatures désarticulées ?

Cinquième roman de Dick, il est le premier à réunir de façon quasi complète tous les thèmes qui vont devenir la marque de fabrique de l'auteur. Le héros (masculin) ordinaire qui, en dépit des évènements extraordinaires qu'il traverse, ne parvient pas à se débarrasser de son quotidien banal. Il est accompagnée d'une femme ménagère (cela reflète la réalité de l'époque) mais intelligente, à fort caractère et qui montre des compétences dans des domaines alors plutôt réservés aux hommes. Les relations dans le couple se montrent parfois (voire souvent) conflictuelles. Nous avons bien sûr droit, et c'est vraiment récurent chez Dick, à la réalité altérée. C'est même le thème principal de ce roman, et comme souvent chez l'auteur, ce que vivent les personnages est tout simplement angoissant. Il y est également question de religion et de politique, deux autres thèmes chers à l'écrivain.
Si le début peine un peu à nous captiver, la folie croissante qui constitue l'essence même des univers traversés par les personnages, finit par nous  happer et c'est avec de plus en plus de mal que l'on doit se résoudre à suspendre chaque soir sa lecture. La folie. Encore un sujet de prédilection de Dick, qui, lui-même, nourrissait quelques tendances paranoïaques, que n'arrangeait pas l'utilisation de substances interdites.
Voilà donc à mon sens une réelle première introduction à l'univers si particulier et si troublant de l'auteur. Ce n'est certes pas un roman que je classerais dans le top 5 de ses œuvres, mais il est néanmoins très bon.

Très bon. 

mardi 15 novembre 2016

Laëtitia - Ivan Jablonka

Résumé :
Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laëtitia Perrais a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d'être poignardée et étranglée. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans. Ce fait divers s'est transformé en affaire d'Etat : Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a reproché aux juges de ne pas avoir assuré le suivi du "présumé coupable", précipitant 8 000 magistrats dans la rue, en février 2011. Mais Laëtitia Perrais n'est pas un fait divers. Comment peut-on réduire la vie de quelqu'un à sa mort, au crime qui l'a emporté ? Pendant deux ans, Ivan Jablonka a rencontré les proches de la jeune fille, sa sœur jumelle, ses parents, ses amis, les responsables des services sociaux, ainsi que l'ensemble des acteurs de l'enquête, gendarmes, juges d'instruction, procureurs, avocats et journalistes, avant d'assister au procès du meurtrier, en octobre 2015. De cette manière, Ivan Jablonka a pu reconstituer l'histoire de Laëtitia. Il a étudié le fait divers comme un objet d'histoire, et la vie de Laëtitia comme un fait social. Car, dès sa plus jeune enfance, Laëtitia a été maltraitée, accoutumée à vivre dans la peur, et ce parcours de violences éclaire à la fois sa fin tragique et notre société tout entière : un monde où les femmes se font harceler, frapper, violer, tuer. Ivan Jablonka poursuit son projet d'exploration des frontières entre littérature, histoire et sciences sociales. Ce livre est une expérience d'écriture autant qu'une enquête, destinée à rendre à Laëtitia sa singularité et sa dignité.
Laetitia ou la fin des hommes a reçu le prix Médicis 2016.

J'ai choisi de lire ce livre suite à la mention qui en était faite dans une liste des Indispensables de la rentrée littéraire 2016, réalisée par un magazine culturel connu pour son exigence. Télérama, pour ne pas le nommer. Et j'avoue avoir été plutôt déboussolé, au moins dans un premier temps. Je m'étais attendu à lire un roman, ou du moins, je l'avais espéré. Quelque chose de romancé au moins, disons de littéraire. Un peu dans l'esprit du magnifique De sang froid de Truman Capote, d'ailleurs plusieurs fois cité dans l'ouvrage et que je vous encourage à lire, si ce n'est déjà fait.
Donc ici, pas de roman. Des faits, des faits, rien que des faits. Dans toute leur sècheresse serais-je tenter de dire. Donc adieu l'aspect littéraire. Non que ce soit mal écrit, bien au contraire. Mais ce n'est définitivement pas un roman. Au moins, vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenu.
Et la première chose qui cloche, c'est la construction. On passe sans arrêt d'un sujet à l'autre. Du récit du soir du drame, à l'enfance de Laëtitia en passant par le procès ou l'enquête. Ce sont des aller-retours incessants et qui ont le don de nous faire perdre un peu le fil et émoussent notre intérêt. Pourtant, ça et là, il y a des passages entiers qui réveillent notre attention. Qui nous empêchent de définitivement abandonner la lecture (l'idée m'a traversée l'esprit). 
Mais à l'évidence, l'auteur compte dans son vocabulaire des mots comme empathie, compassion et bien d'autres encore. Il a à l'évidence développé un amour (employons les gros mots) pour cette jeune victime qu'il n'a pas connue. Il aime Laëtitia et nous la fait aimer. Il nous fait regretter sa mort prématurée et ô combien horrible. Il nous fait aimer cette jeune fille malmenée par la vie, à la scolarité chaotique qui lui laissera une orthographe qui n'appartient qu'à elle, mais malgré tout, intelligente, courageuse et qui venait d'entrer dans la vie active avec une réussite encourageante.
Il nous montre également tout le respect et toute l'admiration qu'il a pour un grand nombre de personnages liés à l'enquête et/ou au procès. Journalistes, avocats, enquêteurs, juges d'instruction... Tous ont fait leur travail avec conscience et peut-être même un peu plus que leur travail.
A côté de ça, les pouvoirs publics sont pointés du doigt, eux qui ont tenté de discréditer les magistrats qui n'ont pourtant rien à se reprocher et qui dénoncent à leur tour le manque d'effectifs et de moyens. Ils vont même se «mettre en grève» (droit qui ne leur est pas reconnu) en repoussant les affaires non urgentes. C'est de mon point de vue l'un des aspects les plus intéressants du livre compte tenu de mon ignorance dans le domaine de la justice.
Et c'est ainsi que petit à petit, on est happé par le livre. On finit inévitablement par se prendre d'affection pour Laëtitia comme on en arrive à détester au moins autant son meurtrier qui va montrer tout au long de l'enquête et du procès, cynisme, ironie et moqueries mal placées, déni, même face aux preuves accablantes, refus de collaborer et j'en passe.
Et on arrive à la dernière phrase :

Comme le disait Laëtitia dans une de ses lettres-testaments et avec la poésie qui lui  appartient, «La vie est fête comme sa». Oui, comme ça, la vie est fête.

en se surprenant à regretter de ne pas rester plus longtemps avec cette «petite sœur» que l'auteur à fait si délicatement renaître.
Lisez Laëtitia et pendant que vous y êtes, lisez aussi De sang froid.

J'ai lu ce livre dans le cadre des lectures communes que j'effectue mensuellement avec ma copinaute Fan2polar. Vous trouverez sa très belle chronique ici
Et pendant que vous y êtes, visitez son blog, il le mérite amplement.

Très bon.

mardi 8 novembre 2016

Les maraudeurs - Tom Cooper

Résumé :
Petite ville de Louisiane dévastée par l'ouragan Katrina, Jeanette survit tant bien que mal grâce à la pêche à la crevette. Mais cinq ans plus tard, la marée noire provoquée par la rupture d'une plateforme pétrolière vient polluer ses côtes, livrant les habitants au désespoir.

Ce roman est avant tout une déclaration d'amour d'un natif à son pays, la Louisiane et plus particulièrement à la région des bayous. Ou plutôt, un cri d'alarme, de désespoir. Un noir constat. Car non seulement l'endroit a été victime en 2005 de l'ouragan Katrina, l'un des plus puissants jamais enregistré et ayant causé la mort de près de 2000 personnes, mais également d'une marée noire en 2010 causée par l'explosion et l'incendie d'un plateforme pétrolière au large des côtes. La catastrophe écologique majeure qui en résulte a des conséquences qu'on devine aisément importantes sur une économie basée essentiellement sur la pêche.
Nous allons donc suivre les faits et gestes d'une poignée d'individus qui ont en commun de faire partie des laissés pour compte, des perdants, soit parce que leur nature, leur éducation, le milieu dont ils sont issus  les y prédispose soit parce que la situation économique est si difficile qu'il n'est pas aisé de se faire une place au soleil.
 Ils sont pêcheurs, fils de pêcheur, petits délinquants, trafiquants de cannabis, employé minable d'un grand groupe pétrolier... Ils n'ont en apparence aucune raison de se rencontrer, d'autant que certains n'habitent même pas Jeanette, la petite ville où se déroule l'action. Mais on s'en doute bien, les évènements vont les rapprocher, d'une façon que certains d'entre eux vont avoir à regretter. Peu d'entre eux sont attachants dès le départ, à l'exception sans doute de Wes, jeune adolescent qui a perdu sa mère lors du passage de Katrina et qui vit, depuis, des relations un peu compliquées avec son père. Pourtant, petit à petit, et notamment grâce à la plume de Tom Cooper, nous allons finir par nous sentir un peu plus proche de quasiment chacun d'entre eux.
Petit à petit les choses se mettent en place et nous sentons vite que tout cela ne va pas bien finir, d'autant plus qu'aucun personnage, à l'exception encore une fois de Wes, ne se montre vraiment raisonnable. Chacun veut aller au bout de ses rêves, de ses désirs, de sa folie, coûte que coûte.
Je gage que vous allez passer un moment fort avec ces éclopés de la vie (certains au sens propre, d'ailleurs). On ne sent absolument pas le temps passé et on achève le roman en se disant : encore, encore. Et à moi qui ai eu la chance de parcourir deux fois les paysages magiques de la région (à l'époque en tout cas, bien avant les catastrophes), la lecture a procuré une émotion toute particulière. Mais nul besoin d'être allé là-bas pour s'imaginer transporté au milieu des marécages, entouré d'alligators et de chênes couverts de mousse espagnole.

Très bon. 

mardi 1 novembre 2016

Six jours - Ryan Gattis

Résumé :
Pendant six jours, Los Angeles est une ville assiégée.
Pendant six jours, dix-sept personnes sont prises dans le chaos. Pendant six jours, Los Angeles a montré au monde ce qui se passe quand les lois n’ont plus cours.
Le premier jour des émeutes, en plein territoire revendiqué par un gang, le massacre d’un innocent, Ernesto Vera, qui rentrait chez lui après sa journée de travail, déclenche une succession d’événements qui vont traverser la ville.
Dans les rues de Lynwood, les tensions s’exacerbent, les membres de gangs chicanos profitent des émeutes pour piller, vandaliser, et régler leurs comptes. Au cœur de ce théâtre de guerre urbaine se croisent sapeurs pompiers, infirmières, ambulanciers et graffeurs, autant de personnages dont la vie est bouleversée par ces journées de confusion et de chaos. 

Avant toute chose, je crois que je me dois de faire une introduction en forme d'avertissement : ce roman est violent, extrêmement violent. Âmes sensibles s'abstenir. Maintenant, une fois que j'ai dit ça, je n'ai rien dit . Rien dit des qualités exceptionnelles du livre, de la qualité d'écriture, de la force évocatrice du récit, ou plutôt des récits, qui vous prend, vous emporte et ne vous lâche plus jusqu'à la fin où vous vous retrouvez petite chose secouée semblable à un débris qu'une mer démontée aurait rejeté sur la plage.
 Je parle de qualité et la première d'entre elles est, à l'évidence, car on s'en rend compte dès les premières pages, que les évènements de ces six jours sanglants sont vus par des personnages différents. Alors, vous me direz, c'est du déjà vu et revu. Certes, mais lorsque ces personnages sont aussi nombreux et s'expriment tous, je dis bien tous, à la première personne, là je dis que ça devient franchement intéressant. Intéressant n'étant qu'un pauvre mot qui ne rend pas hommage au procédé et que vous pouvez remplacer par : génial, fabuleux, extraordinaire, exceptionnel, enfin, vous avez le choix.
C'est ainsi qu'on change chaque fois de point de vue, qu'on passe littéralement de l'intérieur d'une tête à l'intérieur d'une autre tête. Le style change, la façon de s'exprimer change, l'intelligence de chacun, sa sensibilité, sa force, sa faiblesse, tout ça vous tombe dessus sans transition aucune. Sans aller jusqu'à dire que chacun d'eux devient attachant, s'agissant tout de même pour la plupart de membres endurcis de gangs violents, on se prend tout de même à comprendre leur motivations à défaut d'excuser leurs actes.
Rassurez-vous, les évènements ne sont pas répétés ad nauseam par plusieurs personnages y ayant participé, directement ou indirectement. Cela arrive bien de temps en temps, comme des clins d’œil mais l'auteur prend bien garde de ne pas s'apesantir sur une scène qu'il a déjà traitée par ailleurs.
Non, je crois qu'il faut plutôt voir dans cette succession de «témoignages» comme des dominos placés debout l'un derrière l'autre et dont on fait basculer le premier d'une pichenette provoquant ainsi la chute de tous les autres, un par un. Chaque personnage possède un lien, de fort, permanent à léger, temporaire avec le personnage suivant. Pour utiliser une image cinématographique, c'est comme si la caméra, après s'être intéressé à un personnage, bascule soudain sur un autre et abandonne le premier pour le second, et ainsi de suite.
Une autre des qualités du roman réside dans le souci de Gattis de nous faire entrer dans la tête d'au moins un représentant de tous les corps de métier impliqués dans l'histoire. Les acteurs, les victimes, les témoins. On passe ainsi, en dehors des membres des gangs à des policiers, des infirmières, des pompiers, des commerçants, des tagueurs...
C'est en outre bien écrit. C'est fort, c'est puissant, c'est bouleversant. Ce roman est un portrait sans concession et, me semble-t-il, réaliste d'une ville, Los Angeles, qui, si elle ne peut être réduite à cette violence permanente, érigée en mode de communication, ne peut sans doute pas nier le fait qu'elle soit l'une de ses facettes et non la moindre.
Dernière précision, si les émeutes de 1992 servent de toile de fond au roman il y est surtout question de ce règlement de compte qui dégénère en bain de sang, même si ce sont précisément les dites émeutes qui ont permis les exactions dont nous sommes les témoins.
Alors si vous aimez être virtuellement traîné dans la poussière attaché à la queue d'un cheval fou, précipitez-vous sans plus attendre sur ce livre qui devrait vous couper le souffle. Un vrai coup de cœur même si le terme semble inapproprié. Un ouragan ? Une tornade ? Peu importe, l'idée est là.

J'ai lu ce livre dans le cadre d'une lecture commune avec mon amie'naute Fan2polar dont vous trouverez la chronique ici.

Excellent. Coup de cœur.

jeudi 27 octobre 2016

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee

Résumé :
Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

Quand on lit pas mal comme moi, c'est aussi pour avoir le bonheur, de temps en temps, de lire un roman tel que celui-ci. Parce que ces quelques heures passées en compagnie de l'attachante Scout, c'est du pur bonheur. Pourtant, le pari n'était pas gagné d'avance tant j'ai peu de goût pour les personnages gentils, très gentils, trop gentils. J'ai depuis longtemps passé l'âge d'apprécier les Bisounours et j'ai peu d'appétit pour tout ce qui dégouline de bons sentiments. Et dans ce roman, la plupart des personnages sont gentils. Pour mieux dire : bienveillants. Seulement voilà, tout le talent de Harper Lee est de nous convaincre que de telles personnes existent pour de bon et que le monde n'est pas peuplé de salauds, loin de là. Et puis quoi ? L'ambition de chacun d'entre nous (au moins de la plupart) n'est-elle pas de montrer de la bienveillance ? Je doute que nous cherchions, tous autant que nous sommes, à être couronné du titre d'ordure de l'année. N'est-ce pas ?
Alors oui, les personnages de ce roman sont bienveillants. À commencer par le père Atticus. Mais être avocat et ne pas montrer un minimum d'empathie à l'égard de l'humanité toute entière, voilà qui semblerait curieux. À moins bien sûr de considérer cette profession comme juste un bon moyen de gagner beaucoup d'argent. Il y a également la voisine, Miss Maudie, qui vit seule depuis la mort de son mari. Le shérif, M. Tate, un brave homme même s'il n'a pas toujours le courage d'assurer ses fonctions. D'une façon générale, d'ailleurs, les habitants de Maycomb sont plutôt de braves gens qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre en paix.
Malheureusement, vivre en paix n'est pas toujours possible dans ces lieux et en ces temps. Surtout quand un Noir est accusé, à tort, on s'en doute, d'avoir violé une jeune fille blanche. Et qu'Atticus Flinch est chargé de défendre l'accusé. Et là, on découvre comment, dans cette période de racisme et de bigoterie, les braves gens peuvent se transformer en foule sauvage.
De ce point de vue, le message de l'auteur m'a semblé être que l'humain est sans doute foncièrement bon,mais que la dureté de la vie, la peur, des croyances tenaces peuvent le rendre mauvais et cruel.
Quant au génie de Harper Lee, il réside entre autre dans l'idée de nous avoir fait vivre cet épisode d'une petite ville de l'Alabama à travers les yeux d'une petite fille fort attachante. On va ainsi la suivre pendant les trois premières années de sa vie scolaire (en gros du CP au CE2 en équivalent français) et les alternances de cours d'école ennuyeux pour cette gamine qui sait déjà lire et écrire et d'étés merveilleux de découvertes mais qui passent trop vite. Quoi d'autre que le regard d'une enfant pour nous montrer à quel point cela n'a aucun sens d'être condamné, avant même d'être jugé, parce qu'on n'a pas la chance d'avoir la bonne couleur de peau ?
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur est un roman qui n'a décidément pas usurpé l'excellente réputation qu'il a. Je vous invite à le lire séance tenante.

Excellent. Coup de cœur.

dimanche 23 octobre 2016

Le profanateur - Philip K. Dick

Résumé :
Allen Purcell, communicateur, était chargé de faire respecter l'ordre moral à coups de feuilletons télévisés dans un monde de comité de quartier, de minuscules mouchards robots et de conformisme absolu. Il était un citoyen parfait.
Le seul ennui pour lui et pour le Rémor, le Réarmement Moral, c'était qu'il avait le sens de l'humour. Profond, dévastateur, inconscient.
Il y avait un trou dans son emploi du temps. Et la statue du Major Streiter avait perdu la tête.

Je suis bien tenté de qualifier ce roman de dystopie pour rire. C'est un peu comme si 1984 ou Le meilleur des mondes avaient été écrits par un George Orwell ou un Aldous Huxley sous l'emprise de substances qui font rire. Rien n'est vraiment sérieux dans ce petit roman par ailleurs fort agréable à lire. Le monde décrit par Dick n'a pourtant rien de drôle, comme dans toute bonne dystopie qui se respecte. La société est soumise à un code moral fort, le Rémor. Dans chaque quartier, régulièrement, certains habitants sont mis sur la sellette, chaque fois qu'ils ont, réellement ou pas, enfreint les règles élémentaires d'une morale stricte. La Terre ne produit pour ainsi dire plus les ressources nécessaires à l'alimentation de la population. Tous les produits alimentaires sont issus des planètes colonies. La plupart des animaux ont disparus de la surface de la planète. Cela nous rappelle un peu Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (Blade runner), qui ne sera écrit que quelques 12 ans plus tard.
C'est dans cette société étouffante que vit Allen Purcell, un homme non seulement sans histoire mais cité en exemple pour sa moralité au dessus de tout soupçon. Seulement voilà, parfois Purcell craque et se sent obligé de faire, clandestinement, des choses que les bonnes gens réprouvent. Pourquoi ? Il n'en sait rien lui-même. Mais cela l'entraine dans une série d'aventures ou de mésaventures que nous suivons avec une certaine jubilation.
 Bon, ce n'est certes pas du grand Dick et l'auteur le reconnait lui-même, mais ce roman nous fait passer un très bon moment quand même. À noter que c'est une fois de plus un livre de Dick que je n'avais pas lu adolescent ou jeune adulte. Va falloir que ça cesse. Mais je crois bien que c'est, de fait, l'un des derniers dans ce cas.

Bon. 

jeudi 20 octobre 2016

L'oreille interne - Robert Silverberg

Résumé :
David Selig, Juif new-yorkais d'une quarantaine d'années, se considère comme un raté. Il est pourtant télépathe et pourrait profiter de ce don pour faire fortune, conquérir - et garder ! - les plus belles femmes... Mais non, rien à faire, il estime être un monstre tout juste bon à faire le nègre sur des devoirs d'étudiants, incapable de réussir sa vie. La dernière preuve en date : ce talent qu'il déteste tant, mais qui est finalement son seul lien avec le reste de l'humanité, est en train de le quitter ! Apeuré à l'idée de se retrouver seul avec lui même, Selig nous conte sa misérable existence. Grand roman psychologique, plein d'humour et de mélancolie, L'oreille interne est peut-être le plus beau livre de Robert Silverberg et à coup sûr un chef-d'œuvre de la science-fiction.

J'avoue avoir été tout d'abord particulièrement dérouté par ce roman. Parce que bon, on me le vend comme étant un roman de science-fiction, n'est-ce pas ? Or, en dehors du don particulier de David Selig, capable de lire les pensées de ceux qui l'entourent, l'appartenance de l'ouvrage au genre n'est pas tout ce qu'il y a de plus évidente. Imaginons que Selig n'ait pas eu de pouvoir mais, soit une qualité encombrante, soit un défaut handicapant, l'histoire racontée aurait pu être la même. À quelque chose près.
Et qu'elle est-elle cette histoire, d'ailleurs ? C'est celle d'un homme qui, en dépit d'un pouvoir qu'on imagine volontiers pratique, voire décisif dans le domaine sentimental ou professionnel se révèle un vrai perdant sur tous ces plans.
On suit, aussi bien à l'aide de récits qui s'ancrent dans le présent que de nombreux flashbacks, les mésaventures à la fois drôles, touchantes, pathétiques de Selig. Et au travers de cette histoire singulière, c'est un portrait sans concession que Silverberg nous brosse des États-Unis des années 50 à 70.
A bien y regarder, ce que nous propose l'auteur n'aurait certes pas été désavoué par les grands auteurs classiques américains du début du vingtième siècle. On pense à Steinbeck, Fante, Burroughs, Kerouac...  Et Silverberg n'a pas à rougir de la comparaison. Alors, bien sûr, certains esprits chagrins m'objecteront que, définitivement, ce n'est pas vraiment de la science-fiction. Ce n'est pas faux. Mais ça l'est assez pour intéresser l'amateur du genre et pas suffisamment pour rebuter les autres. 
Un roman consensuel, donc, et fort bien écrit. Une curiosité.

Très bon. 

mardi 11 octobre 2016

Jusqu'au dernier - Deon Meyer

Résumé :
Mat Joubert, capitaine à la Brigade des vols et homicides du Cap, en Afrique du Sud, est sur ses gardes depuis l'arrivée du colonel Bart De Wit. Celui-ci, récemment nommé à la tête de ce service par le ministre noir de l'intérieur, est un ancien de l'ANC, vif, calculateur et ambitieux. À peine installé dans ses nouvelles fonctions, il demande à Mat d'arrêter de fumer, de perdre quinze kilos, et l'envoie chez une psychologue pour qu'il retrouve toute son efficacité dans le travail. Tâche difficile pour le capitaine qui a perdu son épouse depuis deux ans et, avec elle, son envie de vivre et de se battre. Il lui faudra pourtant remonter le courant lorsque deux affaires réclameront sa perspicacité légendaire. La première concerne un braqueur de banque, doux, aimable, surnommé "Monsieur Mon Cœur". La seconde est plus obscure : des meurtres sont perpétrés avec un Tokarev, arme utilisée par les guérilleros marxistes qui sévissaient en Angola et avec un mauser, ressurgi de la guerre de Boers. Poursuivi par la presse, aiguillonné par le colonel De Wit et de nouveau attiré par les femmes, Mat émerge de ses ténèbres pour plonger dans celles de l'assassin.

J'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre. La faute déjà à un peu de dispersion de ma part au moment où je l'ai lu, puisque j'avais plusieurs autres lectures en cours. C'est vrai. Mais également à la façon dont l'auteur traite son sujet. Loin de ne s'intéresser qu'à l'enquête, ou plutôt aux enquêtes, puisqu'il y en a deux en cours, il s'intéresse également de très près au quotidien des personnages. Creusant jusqu'aux détails les plus banals : le régime nutritionnel que son chef impose au capitaine Joubert, la tentative du même Joubert pour arrêter de fumer, ses (més)aventures avec les femmes, j'en passe et des meilleurs d'autant que la vie des autres personnages n'est pas moins décortiquée. Vous me direz que tout cela a l'air plutôt positif, et qu'un auteur ne creuse jamais trop profondément dans la psyché de ses personnages. C'est tout à fait vrai. Mais on est tellement peu habitué à l'accumulation de ces tranches de vie plutôt triviales qu'on s'en trouve un peu dérouté. Ça part un peu dans tous les sens, on passe d'un personnage à l'autre, d'une enquête à l'autre. Puis soudain, on finit par s'y faire et on savoure. Voir un flic étudier avec application un livre de diététique, voilà du banal pas banal si vous me passez l'expression.
A côté de ça, nous découvrons, à hauteur d'homme si je puis dire, la société sud-africaine. Et elle ne fait pas vraiment rêver. Elle fait un peu penser aux États-Unis des années 1960, sauf que dans cette Afrique du sud là, la ségrégation est officiellement abolie. Malheureusement, de vieilles habitudes ont la vie dure. Les conflits entre communautés semblent toujours d'actualité et cela n'aide pas la police, bien entendu. La multiplicité des langues officielles dans le pays est probablement aussi un facteur de division. Je ne citerai que les trois évoquées dans le roman : l'afrikaans, l'anglais et le xhosa. Il faut lire la scène, quasi surréaliste, de la conférence de presse pour se rendre compte.
Côté enquête, là je n'ai pas été particulièrement surpris. Une fois n'est pas coutume, j'ai découvert l'assassin bien avant la fin, moi qui suis une buse à ce jeu là. En fait, je ne joue jamais à essayer de trouver, je me laisse embarquer par l'auteur, en général. Rien de bien original, le mobile étant relativement facile à deviner quand on a lu quelques romans policiers. Mais vous l'aurez compris, l'essentiel est ailleurs.
Il est dans un pays assez exotique pour nous (mais encore une fois, pas si éloigné que ça des États-Unis), dans le personnage très attachant du capitaine Joubert, sans doute parce qu'il a l'air bien paumé et dans le reste de l'équipe.
J'ai donc passé un excellent moment et nul doute que je me laisse embarquer à nouveau dans une enquête du capitaine Joubert en souhaitant que le niveau de l'intrigue s'améliore.

Très bon.
 

dimanche 9 octobre 2016

Les pantins cosmiques - Philip K. Dick

Résumé :
Millgate, Virginie. Un trou perdu au fond des Appalaches. Quelques bars, quelques boutiques qui s'échelonnent le long de la grand-rue... Une petite ville tranquille, confite dans ses habitudes, où rien ne semble devoir changer. Jusqu'au jour où c'est la réalité elle-même qui bascule.
Dans un roman où le fantastique le dispute à l'horreur, Philip K. Dick fait passer le souffle des grand combats cosmiques ici même, à notre porte.
Terrifiant. 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, je crois bien n'avoir encore jamais lu ce roman de Dick. Fut pourtant une époque où aucune de ses œuvres publiée en France ne m'échappait. Lacune sans doute dû à sa publication tardive (1984, après la mort de l'auteur).
Quoi qu'il en soit, j'ai abordé ce roman sans aucun a priori. Et j'avoue avoir été extrêmement (mais aussi agréablement) surpris. Si on retrouve bien la "patte" de Dick, on comprend vite que nous n'avons pas affaire à un récit de science-fiction, son domaine de prédilection. L'histoire est plutôt tout ce qu'il y a de plus fantastique. Fantômes, golems, animaux sauvages obéissant aux hommes...
Même le thème de fond, la ville étrange qu'on ne peut quitter, et qui a depuis été repris à maintes et maintes reprises, fleure bon le fantastique. On se croirait dans du King avant l'heure, car n'oublions pas que le roman est paru en 1957 (je n'étais pas encore né (mais presque) et King avait 10 ans).
Alors déçu ? Pas le moins du monde. D'autant que c'est bien du Dick que nous sommes invités à lire, pas de doute possible. On y retrouve son thème de prédilection, la réalité altérée. Le tout se lit très bien, très vite, d'autant plus qu'il est très court. Je dirais qu'il s'agit d'une petite perle, manifestement et à tort assez méconnue mais fort sympathique. Sans être exceptionnel, ce roman devrait vous faire passer un excellent moment (1 heure et demie à tout casser). Une surprise inattendue pour le Dickien que je suis.

Très bon.

samedi 8 octobre 2016

Les chaînes de l'avenir - Philip K. Dick

Résumé :
Jones prévoyait l'avenir. Non pas à la façon vague d'un diseur de bonne aventure, mais de manière précise, dans tous ses détails. Il se souvenait de l'avenir. L'ennui, c'était que son don était limité à une année. Et le drame, c'était qu'il ne pouvait rien changer à ce futur certain.
Il savait ce qui allait lui arriver. Et ce qui allait arriver à toute l'humanité en un temps où d'étranges créatures, les dériveurs tombaient de l'espace interstellaire sur toutes les planètes du système solaire, y compris la Terre.
De quoi devenir un Prophète, un Messie, bouleverser l'ordre déjà ébranlé d'une Terre mal en point et la charger des chaînes de l'avenir. Pour l'Eternité ?

Ce second roman publié par Dick (Après Loterie Solaire), aurait pu faire l'objet de trois romans différents. Un premier focalisé sur les petits mutants qui ouvrent le récit, un second sur le monde imaginé par l'auteur et en particulier sur son aspect politique, un troisième, enfin, sur les "dériveurs", ces protozoaires venus de l'espace. Résultat, le roman devient une espèce de fourre-tout dans lequel chacun des thèmes est survolé, abandonné, repris. L'ensemble manque donc cruellement de substance et aurait sans doute gagné à être un peu plus long pour permettre un développement plus conséquent des sujets abordés.
Cependant, nous commençons à percevoir, dans ce deuxième roman, une bonne partie de ce qui fait l'univers Dickien. Nous y trouvons en particulier les thèmes de la manipulation, de la sécurité, de la surveillance. Et nous découvrons surtout le style particulier de Dick. Sa façon qu'il a de mettre au premier plan à la fois des gens puissants et d'autres absolument ordinaires. De s'attacher, en plein milieu d'un drame planétaire, aux petites chose de la vie quotidienne.
Enfin, on notera que, contrairement aux auteurs contemporains, plutôt férus de hard-science, Dick était un peu fâché avec les réalités astronomiques. Il faut voir avec quelle facilité on se rend sur Vénus, planète qu'il n'a d'ailleurs pas hésité à peupler d'une faune et d'une flore. Tout juste a-t-il rendu compte d'une atmosphère bien différente de celle régnant sur Terre et rendant la vie là-bas, impossible pour nous terriens. Mais ce qui pourrait nous paraître ridicule, à nous, hommes et femmes du vingt-et-unième siècle fait à mon sens partie du "sense of wonder" (émerveillement) propre à l'époque et qui fait de plus en plus défaut aux œuvres contemporaines.
Vous l'aurez compris, ces Chaînes de l'avenir sont les prémices de ce qu'allait être l’œuvre de Dick. Sans être exceptionnel, ce roman se laisse lire avec néanmoins beaucoup de plaisir.

Bon.
 

mercredi 5 octobre 2016

Bull Mountain - Brian Panowich

Résumé :
Chez les Burroughs, on est hors-la-loi de père en fils. Depuis des générations, le clan est perché sur les hauteurs de Bull Mountain, en Géorgie du Nord, d’où il écoule alcool de contrebande, cannabis et méthamphétamine jusque dans six États, sans jamais avoir été inquiété par les autorités. Clayton, le dernier de la lignée, a tourné le dos à sa fratrie, et comme pour mettre le maximum de distance entre lui et les siens, il est devenu shérif du comté. À défaut de faire régner la loi, il maintient un semblant de paix. Jusqu’au jour où débarque Holly, un agent fédéral décidé à démanteler le trafic des montagnards. Clayton se résout alors à remonter là-haut pour proposer un marché à son frère. Il sait qu’il a une chance sur deux de ne pas en redescendre. Ce qu’il ignore, c’est que Holly en a fait une affaire personnelle, et que l’heure des pourparlers est déjà passée.
Salué par bon nombre d’auteurs fameux, à commencer par James Ellroy, Bull Mountain se lit comme l’histoire de Caïn et Abel dans un Sud plus poisseux que jamais. Avec ce premier opus d’une violence et d’une force également insoutenables, Brian Panowich signe un roman noir rural et déchirant.

Il y avait longtemps que je n'avais été happé par un livre pour ne plus le lâcher jusqu'à la fin. La raison est sans doute à chercher dans l'aspect scénario de film noir du roman. Chaque scène écrite génère en nous des images fortes. Et les personnages, particulièrement épais, nous semblent tous familiers. Le patriarche et ses fils, le shérif et ses frères encombrants, les sbires fidèles et loyaux, la femme amoureuse et inquiète, le flic tordu et j'en passe. On pourrait dès lors penser qu'on a affaire à du réchauffé, du mille fois vu. Eh bien pas du tout. Disons plutôt qu'on a l'impression de retrouver de vieilles connaissances qui nous manquaient.
L'histoire participe aussi beaucoup à nous tenir en haleine. Assez complexe pour nous intéresser mais pas trop, pour ne pas nous perdre. Chaque personnage se retrouve avec le projecteur braqué sur lui à un moment où à un autre. Cela permet non seulement de mieux le comprendre mais également de mieux comprendre ceux qui l'entourent tant ils sont impactés. C'est ainsi que, par exemple, l'attitude du père explique le caractère du fils.
On pourra simplement regretter le manque de présence féminine mais il est vrai que le monde décrit par Panowich est par nature très masculin. Masculin et violent. Car autant vous prévenir tout de suite, nous ne sommes pas chez les bisounours, et c'est d'ailleurs ce qui fait l'un des intérêts du livre qui n'épargne pas grand chose au lecteur. Mais, est-ce que cela ne fait pas du bien d'être un peu bousculé ? Les femmes sont toutefois présentes quand même, dans des rôles forts et tourmentés.
Voilà, c'est violent, c'est noir, c'est rythmé (les chapitres sont ultra courts), c'est l'Amérique profonde paumée au fin fonds des bois dans la montagne. J'imagine très bien le carton que ferait l'adaptation au cinéma.

Merci à Fan2polar de m'avoir proposé ce roman pour une lecture commune.

Excellent.

dimanche 2 octobre 2016

L'occupation des sols - Jean Echenoz

Résumé :
Une femme est peinte sur un mur dans un quartier de Paris voué à la rénovation. L’époux et le fils du modèle entre-temps défunt regardent l’image chérie disparaître.

Je vais tâcher de ne pas faire une chronique plus longue que le texte lui-même (16 pages). Alors voilà, c'est triste (un peu), poétique (beaucoup) et aussi, surprenant, grave et léger à la fois, déconcertant, fou. C'est juste beau. 

Très bon.

samedi 1 octobre 2016

Un an - Jean Echenoz

Résumé :
N’étant que trop sûre d’avoir provoqué la mort de Félix, Victoire aime autant s’éloigner. Où qu’elle se trouve alors, Louis-Philippe passe l’informer de temps en temps des suites de cette affaire. Or Louis-Philippe ment.

Ce (très court) roman se lit comme on déguste un excellent vin. On fait durer le plaisir, par petites gorgées, même si une petite heure se révèle suffisante pour le lire. Par plaisir j'entends bien sûr celui que l'on prend à lire la prose d'Echenoz. Parce qu'au niveau du récit, il n'y a guère de quoi se réjouir de cette lente déchéance de Victoire. Mais la dégringolade de l'héroïne est ponctuée de moments qui frisent le fantastique, en particulier chaque apparition de son ami Louis-Philippe. La fin est assez inattendue (encore que) et nous laisse un peu ébété pendant quelques instants.

Très bon.

vendredi 30 septembre 2016

La main froide - Serge Brussolo

Résumé :
Pour pirater la surveillance électronique de la banque où travaille son mari Adam Smart, Dorana a besoin de deux choses : sa voix et sa main. Cela peut s'arranger, surtout lorsque, à la clef, il y a quelques millions de dollars... Mais elle doit, ainsi que ses complices, affronter le compagnon favori d'Adam Smart : Dust, le chien policier recueilli par le banquier. Une bête d'une intelligence redoutable, dressée à flairer et à tuer, réformée pour agressivité pathologique, «une saloperie vivante», avaient averti les flics. Et c'est dans un véritable cauchemar que l'auteur du Chien de minuit, Prix du roman d'aventures 1994, précipite ses personnages. Un suspense d'autant plus angoissant que la férocité de l'animal ne fait, après tout, que refléter celle des hommes...

En lisant ce roman, on a l'impression constante de voir un film. Genre des frères Coen ou de Tarantino. C'est pas peu dire. À cet égard, le tout premier chapitre (j'allais écrire : la toute première scène) est assez significatif. Nous le vivons quasi intégralement à travers le regard,voire dans la peau d'un chien, Dust. Et le chien, il est pas content, mais pas content du tout. Ce qui nous vaut une scène d'une violence assez inouïe mais parfaitement justifiée. Rien de gratuit. Du Tarantino vous dis-je. Et puis il fallait bien présenter le chien dans toute sa sauvagerie, sa présence dans l'histoire étant primordiale.
Puis nous faisons connaissance avec les autres protagonistes, humains ceux-ci, du récit. Le propriétaire de Dust, Adam Smart, un banquier au moins aussi timbré que sa bestiole. La femme de celui-ci, Dorana, qui s'est mis en tête de cambrioler la banque de son mari. Elle fait appel pour ça à trois individus que les scrupules n'étouffent pas. Dan Norris, un ancien imitateur de génie obligé par un ennemi impitoyable de quitter les planches, Doc Brannigan, un ancien infirmier de fortune pratiquant la chirurgie à ses moments perdus et puis Bébé Monk, un lutteur redoutable à la limite de la débilité.
Très vite, on comprend que l'équipe de braqueurs est avant tout une équipe de bras cassés et comparé à eux, n'importe quel amateur devient un expert dans son art. Dès lors la question qui se pose est : vont-ils réussir leur coup ? Qui devient d'ailleurs très vite : est-ce que j'ai envie qu'ils réussissent, ou pas ? Je ne vous raconte bien sûr pas la fin. Sachez juste qu'elle est plutôt inattendue et pour mener à bien leur projet, nos énergumènes vont connaître pas mal de déboires, c'est le moins qu'on puisse dire. J'ai bien aimé en particulier les passages ou chacun d'entre eux imagine le pire et se fait un film des plus flippants.
Vous l'aurez compris, vous allez un passer délicieux moment avec ces braqueurs de pacotille. Certes, vous ne serez pas plus intelligents à la fin, mais certainement pas plus bête non plus. C'est avant tout un (excellent) divertissement écrit dans un style simple et direct. 
À l'heure où beaucoup de gens lisent des auteurs aux qualités littéraires discutables (je ne nomme personne, chacun y verra qui il veut), en prétextant que c'est pour se divertir, se vider la tête, j'ai envie de leur dire, alors lisez du Brussolo. Vous atteindrez le même but mais avec le sentiment d'avoir lu un véritable écrivain.
Enfin moi, je dis ça, je dis rien.

Très bon.    
 

mardi 27 septembre 2016

L'effet papillon - Jussi Adler-Olsen

Résumé :
Marco, un adolescent de quinze ans, a passé toute sa vie au sein d'une bande de jeunes voleurs exploités par son oncle Zola. Un jour, alors qu'il essaie de sortir de la clandestinité, il découvre le cadavre d'un homme, lié à des affaires de corruption internationale, dans le bois derrière les maisons de son ancien clan, et doit fuir, poursuivi par son oncle qui veut le faire taire. Parallèlement, l'enquête du Département V sur la disparition d'un officier danois, piétine. Du moins, jusqu'à ce que Carl Mørck ne découvre qu'un jeune voleur, Marco, pourrait avoir des informations pour résoudre ce cold case. Déjà traqué par la bande de Zola, Marco déclenche malgré lui un tsunami d'évènements et se retrouve avec des tueurs serbes et d'anciens enfants soldats sur le dos. Aucun moyen ne sera épargné pour l'éliminer et gagner le département V de vitesse. Encore une fois, Jussi Adler-Olsen a réussi à nous surprendre. Dans ce cinquième tome de la série, Carl Mørck et ses assistants s'engagent dans une course-poursuite au suspense haletant qui, des rues de Copenhague, les amène jusqu'en Afrique.

Dire que j'aime cette série est un doux euphémisme. Que dire alors de la déception que j'ai connue avec ce cinquième opus. D'abord il est truffé d'invraisemblances. On a souvent bien du mal à croire à la possibilité des évènements tels qu'ils sont décrits, sans parler de l'attitude de certains personnages. De plus, un certain nombre de phrases sont répétées à quelques pages d'intervalle, comme si l'auteur avait oublié de les avoir déjà écrites. Ce n'est pas bien méchant, mais ça fait désordre. Ensuite l'intrigue est assez quelconque et pas mal brouillonne. On ne sait pas ce qui ce passe à part qu'il s'agit d'histoire de gros sous. Le texte est bien trop long et aurait certainement gagné à être resserré. Le plus gros du récit est basé sur la fuite du jeune Marco. Au début, ça va, mais au bout d'un moment, ça lasse. D'autant que la facilité avec laquelle les hommes à sa recherche le retrouvent laisse pantois. A croire que tous les habitants de Copenhague font partie de la bande. Une des invraisemblances à ajouter au dossier.
Bref, ce roman à toute l'apparence d'un texte bâclé et pas relu. C'est du moins l'impression qu'il donne. Reste à espérer que l'auteur n'a pas tout donné dans ses premiers romans et qu'il ne va pas désormais nous livrer du sous-Adler-Olsen. C'est ce que je verrai avec Promesse, le sixième opus. Que je lirai quand même, bien entendu. Mais faudrait pas que l'accident se reproduise.

Moyen. 

dimanche 18 septembre 2016

Silo - Hugh Howey

Résumé :
Dans un futur post-apocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s’inscrire à une loterie. Mais les tickets de naissance des uns ne sont redistribués qu’en fonction de la mort des autres.
Les citoyens qui enfreignent la loi sont envoyés en dehors du silo pour y trouver la mort au contact d’un air toxique. Ces condamnés doivent, avant de mourir, nettoyer à l’aide d’un chiffon de laine les capteurs qui retransmettent des images de mauvaise qualité du monde extérieur sur un grand écran, à l’intérieur du silo.
Ces images rappellent aux survivants que ce monde est assassin. Mais certains commencent à penser que les dirigeants de cette société enfouie mentent sur ce qui se passe réellement dehors et doutent des raisons qui ont conduit ce monde à la ruine.

La genèse de ce roman est une nouvelle que l'auteur avait publiée sur internet. Et à la lecture, on se rend assez vite compte de deux choses. D'abord que la première partie du roman est, probablement, la nouvelle d'origine. Elle dispose de son autonomie et sa fin correspond tout à fait à ce qu'on attend de la chute d'une nouvelle. Ensuite, et c'est en quelque sorte un corollaire, l'auteur n'a donc pas choisi de reprendre sa nouvelle et de l'étoffer pour en faire un roman, il a préféré en écrire la suite.
Fort heureusement pour nous, ce qui aurait pu avoir pour conséquence une certaine hétérogénéité dans le récit n'a pas lieu. La seconde partie reprend là où s'était arrêté la première et repart d'une façon parfaitement naturelle. Et si la première partie est une parfaite réussite, cohérente et se suffisant à elle même, la suite n'est quand même pas mal non plus. Un peu plus longue, forcément, plus délayée, forcément aussi, mais c'est l'occasion, autour du personnage central de Juliette de faire mieux connaissance avec le silo et d'en découvrir tous les rouages...  ou presque.
La vérité sur le pourquoi de ce monde souterrain va finir par nous être révélée (bah oui, quand même) et elle ne manque pas d'être assez étonnante et effroyable.
J'avoue que j'ai lu ce roman avec grand plaisir. Sans y trouver exactement les qualités qui m'auraient fait en dire qu'il est excellent, il est néanmoins très bon. Les personnages auraient peut-être gagné à être un peu plus creusés. Les contours de bon nombre d'entre eux sont on ne peut plus flous. Mais cela ne nuit pas réellement au récit qui repose davantage sur l'aspect aventure.

Très bon.
 

samedi 17 septembre 2016

Vipère au poing - Hervé Bazin

Résumé :
« Vipère au poing » est le premier roman d'Hervé Bazin ; et celui qui l'a rendu immédiatement célèbre. Publié en 1948, c’est le premier volet d'une trilogie (« Vipère au poing », « La mort du petit cheval », « Le cri de la chouette ») qui raconte successivement l'enfance de Jean Rezeau (dit Brasse-Bouillon), sa vie de jeune adulte puis celle d'homme d'âge mûr, jusqu'à la mort de sa mère, Paule Pluvinec, dite Folcoche.
Ce premier roman, très largement autobiographique, est l'histoire d’une famille de la petite bourgeoisie provinciale, les Rezeau : 3 fils, un père effacé et rêveur et une mère autoritaire et méchante. Mais c'est surtout l'histoire de la haine qui lie le narrateur, benjamin des fils à sa mère...

Classique de chez classiques. Et que je n'avais jamais lu. Hou ! La honte ! Ouais bon, ça va. On peut pas être partout. L'erreur est réparée, la lacune comblée.
Quel magnifique roman que celui-ci. D'abord parce qu'il est superbement écrit. Et ça, on a beau dire, ça compte énormément, surtout quand on aime lire de la littérature avec de vrais morceaux de langue française dedans. Ensuite parce que le récit nous transporte loin, très loin. Dans un autre temps, un autre monde.
Vipère au poing c'est  bien sûr le portrait d'une drôle de mère. Drôle dans le sens de bizarre, étrange, spéciale, disons le mot : flippante. Parce que rigolote, elle ne l'est point. Mais point du tout. Plutôt haïssable, détestable. Finalement, pas une mère du tout.
C'est aussi le portrait d'une famille. La mère, donc, mais aussi le père, un tout mou et les trois fils, tous plus ou moins victimes de la tyrannie de leur génitrice. C'est également le portrait d'une époque qui nous semble aujourd'hui à la fois proche et lointaine. C'est le moment où l'Europe bascule, pour le meilleur et pour le pire, dans la modernité : électricité, téléphone, automobile, avion, radio... Encore que cette modernité ne semble pas avoir énormément bousculée cette région de France où se situe l'action. Ce qui renforce encore ce sentiment d'exotisme.
Et puis il y a la religion, toujours aussi présente en dépit de la (toute récente) loi sur la laïcité. Parce que des soutanes, croyez-moi qu'on va en croiser, et pas qu'un peu.
Mais ce roman est avant tout l'histoire d'une haine tenace et violente. Fort heureusement, le tout est écrit avec une légèreté, un humour, qui rendent la lecture délectable.
Bon, je ne vais pas être original, mais je le dis quand même : attention ! chef-d'oeuvre.

Excellent. Coup de cœur.

vendredi 16 septembre 2016

Chien du heaume - Justine Niogret

Résumé :
On l'appelle Chien du Heaume parce qu'elle n'a plus ni nom ni passé, juste une hache ornée de serpents à qui elle a confié sa vie. La quête de ses origines la mène sur les terres brumeuses du chevalier Sanglier, qui règne sans partage sur le castel de Broc. Elle y rencontre Regehir, le forgeron à la gueule barrée d'une croix, Iynge, le jeune guerrier à la voix douce, mais aussi des ennemis à la langue fourbe ou à l'épée traîtresse. Comme la Salamandre, cauchemar des hommes de guerre... On l'appelle Chien du Heaume parce qu'à chaque bataille, c'est elle qu'on siffle. Dans l'univers âpre et sans merci du haut Moyen Age, loin de l'image idéalisée que l'on se fait de ces temps cruels, une femme se bat pour retrouver ce qu'elle a de plus cher, son passé et son identité...

(Relecture)
Ce Chien du heaume, c'est essentiellement une ambiance. De par le lieu et l'époque d'abord, imaginaires, mais dont le modèle est incontestablement l'Europe du moyen-âge. De par l'écriture, somptueuse, qui semble venir du fond des âges tout en conservant un côté très moderne qui la rend à la fois belle et facile à lire. La grande réussite de ce roman. De par les personnages, tous ou quasiment des mercenaires abîmés par la vie, tant physiquement que moralement. De par le récit lui-même, ponctué de luttes, de combats, de plaies, de bosses, de morts violentes mais aussi,un peu, d'amour.
J'ai eu vraiment infiniment de plaisir à lire ce magnifique roman. J'ai passé quelques heures bien loin de chez moi, bien loin de mon époque. Justine Niogret fait partie, sans conteste, de ces grands auteurs français de fantasy. Je lui dresse, dans mon panthéon personnel, un trône tout à côté de Jean-Philippe Jaworski. C'est dire.

Très bon.