mercredi 14 août 2019

Sur les hauteurs du mont Crève-Cœur - Thomas H. Cook

Résumé :
Qui Kelli a-t-elle retrouvé sur le mont Crève-Coeur, ce jour fatal de 1962 ? Trente ans après, personne n'a compris. Pas même moi. Car il n'y en avait pas deux comme elle : fervente avocate de la cause des Noirs, belle et passionnée. Son souvenir hante notre petite communauté blanche et conservatrice, ici à Choctaw, Alabama. Je dois parler. Je dois raconter ce rêve d'amour devenu cauchemar qui a distillé le poison.

Comme toujours, Thomas H. Cook (sur qui je n'ai jusqu'à présent mystérieusement écrit aucune ligne) nous gratifie d'un roman profond, puissant et poignant. Peut-être, à ce jour, le plus poignant que j'ai pu lire de l'auteur. 
Le récit est effectué par Ben, médecin parvenu à un âge honorable, et tourne autour d'une journée de mai 1962 alors que le narrateur était encore au lycée, journée au cours de laquelle on a retrouvé le corps de Kelli, une camarade de classe du jeune étudiant. On retrouve dans ce roman ce qui fait l'intérêt de tous les ouvrages de Cook. Les souvenirs de jeunesse et partant, l'évocation d'une époque, les aller-retours entre passé et présent, la tragédie, déclarée ou sous-jacente, les secrets, les non-dits et le mystère, bien sûr, dont le voile se soulève avec une lenteur exaspérante mais jouissive ...
Ici le narrateur titille particulièrement la curiosité du lecteur, nous laissant entendre qu'il va nous dire la vérité, toute la vérité, mais qui attend la toute fin pour ce faire, évidemment, et qui nous distille, en attendant, tout un tas d'indices qui, loin de nous aider à y voir plus clair, nous lance sur de continuelles fausses pistes. 
Il faudra donc attendre le tout dernier chapitre (on s'en doute) pour apprendre ce qu'il s'est réellement passé ce jour-là. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que je ne m'y attendais pas du tout. Bravo M. Cook.
Un excellent roman noir, donc, dans la veine de ce que j'ai déjà lu de cet excellent auteur. Il va falloir que je relise les précédents ouvrages pour vous en dire deux mots, parce qu'en dehors de l'excellente impression qu'ils m'ont laissé, j'ai oublié tous les détails, ou presque, sacrée mémoire défaillante ! (Au lieu-dit Noir-Étang, Les feuilles mortes, La preuve de sang ou encore Les liens du sang).


Excellent

lundi 12 août 2019

Aucune bête aussi féroce - Edward Bunker

Résumé :

Le discret Mister Blue de Reservoir Dogs eut une vie avant d'étaler son faciès vérolé sur le grand écran. Bunker, le bien nommé, était l'auteur d'un traité post carcéral sans égal publié en 1973 et alors épuisé outre-Atlantique.

L'une de ces vraies fausses autobiographies qui ne s'encombre d'aucune couenne littéraire. La chair, les os et les tripes suffisent à faire de ce roman noir un aller simple pour l'enfer d'une vie toute tracée dès le berceau.
Un parcours horriblement classique, balisé et implacable : problèmes familiaux, délinquance juvénile et au bout une succession de séjours "au château..."
Rien de vraiment neuf, si ce n'est la violence aride, impitoyable, voire clinique, avec laquelle Edward Bunker décrit le quotidien du taulard en liberté conditionnelle et, surtout, l'impossibilité de modifier, voire seulement de rectifier une destinée ou de réécrire ce scénario.
Son héros, Max Dembo (Bunker lui-même, évidemment), s'applique ainsi consciencieusement en sortant de prison à ne pas s'engouffrer dans les culs-de-sac de son passé.
Mais le milieu et la prison sont des aimants dont on n'interrompt pas l'attraction à coup de rédemption. La cavale se fait alors allégorique, avec un terminus on ne peut plus kafkaïen.
En 1978, Dustin Hoffman achètera les droits d'Aucune bête aussi féroce, confiant à Ulu Grosbard la mise en scène de l'adaptation.
Le film, "Le Récidiviste" (Straight Time), superbe road movie nu comme un haïku, amplifiait ce sentiment tragique d'impossible rachat.
Bref, "Aucune bête aussi féroce" confirme que le roman noir demeure un genre idéal pour sonder l'esprit humain. Dostoïevski ou Chandler s'en doutaient bien ; Bunker n'eut qu'à confirmer.

En principe, je ne suis pas amateur des fictions mettant en scène des personnages soit tout blanc, soit tout noir. Tout blanc, je les trouve à peine crédibles et ils m'ennuient. Tout noir, j'ai un mal fou à m'identifier à eux. Autant dire que c'était mal barré pour ce roman écrit par un taulard qui, certes, n'est pas autobiographique, mais qui s'inspire tout de même beaucoup, vraiment beaucoup, de la vie de l'auteur. Mais convaincu par la critique, je décidais de tenter l'expérience.
Et bien m'en a pris.
D'abord le livre est bien écrit. Des phrases courtes, sans fioritures et qui disent l'essentiel. Le récit à tout d'un polar classique à ceci près que le narrateur est un criminel. Il y a évidemment de l'action et on ne s'ennuie pas une seconde. Les personnages, dont la plupart sont des truands, inspirent de l'empathie, mais oui, et en particulier Max Dembo. Il faut voir comment on tremble à chaque page qu'il ne retombe dans ses mauvais travers tout en sachant qu'il n'y a quasiment aucune chance qu'il en soit autrement. D'autant que la société américaine n'est pas idéale pour effectuer une réinsertion. Doux euphémisme.
Mais le narrateur ne rejette pas l'entièreté de la faute sur le système. Il a l'honnêteté (sic) et la lucidité de reconnaître qu'il est plus facile, en tout cas pour lui, de demeurer un voyou plutôt que de chercher à tout prix à rester dans le droit chemin. Son discours n'est pas un étalage d'excuses mais c'est plutôt la description, quasiment froide et clinique, de ses choix, de ses décisions et de se qui se passe dans la tête de types comme lui.
Ce roman a le mérite de nous inviter à nous poser la question : qu'est-ce qu'on attend de la prison et des autorités carcérales ? Simplement que les criminels paient leurs forfaits quitte à relâcher en fin de peine des gens prêts à recommencer, ou de tout tenter pour les réinsérer afin d'obtenir au bout du compte un voyou de moins et un honnête homme de plus ?
J'ai ma petite idée de la réponse, mais chacun se fera son opinion.
Lisez ce livre, c'est, dans le pire des cas, un très bon moment à passer dans un torrent d'adrénaline.

Très bon

vendredi 9 août 2019

Sur ma peau - Gillian Flynn

Résumé :

La ville de Wind Gap dans le Missouri est sous le choc : une petite fille a disparu. Déjà, l'été dernier, une enfant avait été sauvagement assassinée...
Une jeune journaliste, Camille Preak, se rend sur place pour couvrir l'affaire. Elle-même a grandi à Wind Gap. Mais pour Camille, retourner à Wind Gap, c'est réveiller de douloureux souvenirs.
A l'adolescence, incapable de supporter la folie de sa mère, Camille a gravé sur sa peau les souffrances qu'elle n'a pu exprimer. Son corps n'est qu'un entrelacs de cicatrices... 
On retrouve bientôt le cadavre de la fillette. Très vite, Camille comprend qu'elle doit puiser en elle la force d'affronter la tragédie de son enfance si elle veut découvrir la vérité...

Sur ma peau est le roman dont a été tiré l'excellentissime série Sharp Objects que je vous invite, évidemment, à regarder si vous en avez l'occasion.
L'un comme l'autre, roman et série, adaptée extrêmement fidèlement, sont d'une noirceur assez inégalable. Peu de violences physiques mais en revanche, des violences psychologiques qui deviennent vite insoutenables. Beaucoup de personnages en sont affectés et en particulier le personnage principal, Camille, qui a subi, et subit encore suite à son retour dans sa ville natale, les brimades, humiliations et autres tortures mentales de la part de sa mère, un personnage qui rend Folcoche, de Vipère au poing, douce comme un agneau.
Gageons qu'en lisant ce livre vous allez adorer Camille et trembler d'effroi et de colère face au harcèlement maternel insidieux et continuel dont elle est la victime et vous allez adorer détester cette mère au comportement si brutal. Nul doute non plus que vous allez vous passionner pour l'enquête qui va révéler bien des choses que beaucoup auraient préféré garder secrètes. Parce que, comme nombre d'écrivains américains, Gillian Flynn sait parfaitement nous décrire les travers de ces petites villes des États-Unis où chacun épie tout le onde, où chacun soupçonne tout le monde et où personne n'est irréprochable.
Précipitez-vous sur ce roman puis enchaînez avec la série (et pas l'inverse comme j'ai fait et qui était sans doute une erreur). 
Gillian Flynn est décidément une excellente autrice.

Excellent

Les nuages de Magellan - Estelle Faye

Résumé :

27ème siècle. L’Humanité s’est étendue à toute la Voie Lactée. La nouvelle frontière, ce sont désormais les Nuages de Magellan, mais les Compagnies ont fini par renoncer à tout projet de colonisation, préférant les affaires aux rêves d’exploration spatiale. Deux siècles auparavant, l’humanité a pourtant maîtrisé l’énergie sombre, une ressource quasi illimitée, mettant ainsi fin aux guerres pour les énergies fossiles. Ont suivi plusieurs siècles de liberté, d’exploration, d’avancées… Puis, insidieusement, de nouveaux jeux de pouvoir et d’influence se sont mis en place, conduisant à la multiplication des hors-la-loi. Depuis, un mythe court la galaxie : des pirates auraient créé sur Carabe, une planète perdue, une république idéale, hors d’atteinte du pouvoir des Compagnies. Dans l’un des derniers postes frontières avant les Nuages, Dan, une jeune serveuse idéaliste, chante du blues dans un bar pseudo texan tout en rêvant d’aventures stellaires. Elle est fascinée par Mary, une cliente taciturne dont on dit qu’elle serait peut-être une ex-pirate…

Les Nuages de Magellan n’ont pas dit leur dernier mot !

Space opera bien sympathique et très agréable à lire mais qui ne s'élève jamais au niveau de ce que le genre a produit de meilleur. La vraie grande originalité du roman réside dans le couple de héros qui sont des... héroïnes. Alors, d'accord, ça fait du bien de s'éloigner des stéréotypes des spationautes bourrés de testostérone mais ça ne suffit hélas pas à faire un livre exceptionnel.
Les deux personnages principaux sont certes assez attachants mais je pense qu'ils auraient mérités d'être encore plus creusés. Quant aux personnages secondaires, ma foi, ils sont quasi inconsistants. L'histoire n'a rien de bien palpitant ni de bien original. Le monde dans lequel tout ce beau monde évolue est lui aussi insuffisamment développé. Maintenant il est vrai que le roman est court, ce qui en soi est, ou peut être une qualité, mais qui empêche évidemment tout développement un peu poussé.
En bref, une lecture loin d'être ennuyeuse mais qui manque cruellement de souffle.

Bon

mardi 6 août 2019

La Maison du Péril - Agatha Christie

Résumé :

Un lourd tableau qui se décroche à la tête d'un lit. Un rocher qui dévale une falaise et s'écrase sur le sentier.
Les freins d'une voiture qui lâchent dans une descente... Et pour finir, une balle perdue qui vient se loger dans un chapeau !
Pour Hercule Poirot, en villégiature sur la cote sud de l'Angleterre, il n'y a guère de doute : on en veut à la vie de la ravissante Miss Buckley, héritière d'une villa délabrée du voisinage. Même si l'intéressée ouvre de grands yeux, se demandant qui peut bien lui en vouloir.
L'assassinat de sa cousine, qu'on a manifestement confondue avec elle, obligera Miss Buckley à prendre au sérieux les craintes du détective. Lequel n'aura de cesse de démasquer le coupable. Mais seule une très savante mise en scène lui permettra d'y parvenir. Et la surprise sera de taille...

— Voilà ce qui est tombé sur la terrasse, il y a un instant, lorsque nous parlions. Une balle perdue !
— Hein ?
— Deux centimètres de plus et la tête aurait été percée du même trou que le feutre ; vous comprenez maintenant, je suppose, l’intérêt que je porte à cette jeune fille et à son chapeau ?
« Avouons que ce préposé au crime ne manque pas d’audace en visant sa victime à quinze mètres d’Hercule Poirot ! Ce défi ne lui portera pas chance. Maintenant, entrons à «La Maison du Péril» et entretenons-nous avec Miss Nick. Le plus tôt sera le mieux, Hastings. N’a-t-elle pas dit qu’en trois jours elle avait trois fois échappé à la mort ? Le danger est proche.

C'est la troisième fois que j'entreprends la lecture des œuvres de la Reine du polar britannique. J'avais découvert cette fameuse et fabuleuse collection de romans et nouvelles adolescent et j'avais alors lu déjà bon nombre des titres. Quelques vingt ans plus tard, je me lançais à nouveau à l'aventure. Et c'est presque vingt ans après, une nouvelle fois, que je me replonge dans les enquêtes d'Hercule Poirot (essentiellement). Serais-je encore de ce monde pour prendre plaisir à voir s'agiter les petites cellules grises du détective belge dans vingt autres années ? Je me le souhaite.
Pour l'anecdote, si j'ai commencé cette fois par La Maison du Péril, c'est que je louais une chambre d'hôtes dans une splendide demeure à Dinard qui surplombait la mer. Tout comme dans le roman, ameublement et décoration inclus. J'étais dedans.
La première chose qui me frappait, à peine commencé la lecture, ce fut la nature des personnages. Tous, ou peu s'en faut, sont des jeunes gens et jeunes femmes de la haute société, oisifs, cela va sans dire et qui passent leur journée à boire des verres à la terrasse des palaces, jouer au tennis ou au golf, bronzer au soleil, donner des fêtes, toutes activités qui, on l'admettra volontiers sont plutôt pénibles. Bon, ce n'était pas une découverte, bien sûr. Je sais bien qu'Agatha Christie n'a mis essentiellement en scène que des gens de cette catégorie sociale. Mais voilà, ce coup-ci, ça m'a agacé. Un peu. Pas trop. Après tout, l'étude de cette partie de la population n'a pas moins d'intérêt que celle des ouvriers dont s'est occupé en son temps un certain Émile Zola, pour ne citer que lui.
Mais je m'égare. Les personnages m'agacent, d'accord, mais il n'en reste pas moins vrai que l'enquête que mène Hercule Poirot est passionnante à souhait. Comme souvent, mais c'est ce qui fait le charme des récits d'Agatha Christie, le nombre des suspects est limité et les soupçons se portent sur chacun d'entre eux. Nous sommes en terrain connu. Et on cherche, aidé par les indices que dévoile notre fameux détective, l'identité du coupable. J'ai une triste habitude, c'est celle d'oublier très vite ce que je lis. Autant dire que dans ce cas précis, cela devient une bénédiction car je n'ai pas la moindre idée de la vérité.
Un très bon Poirot que je vous invite à déguster.

Très bon

Hypothermie - Arnaldur Indridason

Résumé :

Un soir d'automne. Maria est retrouvée pendue dans son chalet d'été sur les bords du lac de Thingvellir. Après autopsie, la police conclut à un suicide. 

Quelques jours plus tard, Erlendur reçoit la visite d'une amie de cette femme qui lui affirme que ce n'était pas "le genre" de Maria de se suicider et qui lui remet une cassette contenant l'enregistrement d'une séance chez un médium que Maria était allée consulter pour entrer en contact dans l'au-delà avec sa mère. 
Celle-ci lui avait promis de lui envoyer un signe. Au pays du fantastique et des fantômes, aussi dubitatif que réticent, le commissaire Erlendur, troublé par l'audition de la cassette, se sent obligé de reprendre l'enquête à l'insu de tous. 
Il découvre que l'époux de Maria n'est pas aussi fiable qu'il en a l'air et ses investigations sur l'enfance de la suicidée, ses relations avec une mère étouffante vont le mener sur des voies inattendues semées de secrets et de douleur. 
Obsédé par le deuil et la disparition, harcelé par les frustrations de ses enfants, sceptique devant les croyances islandaises, bourru au cœur tendre, le commissaire Erlendur poursuit sa recherche sur lui-même et rafle tous les suffrages des lecteurs.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que cet épisode des aventures du commissaire Erlendur est plutôt atypique. Qu'on en juge. Il s'intéresse cette fois-ci à un suicide. Ce qui n'est a priori pas du ressort de la police. Et il s'agit d'un "vrai" suicide. Erlendur lui-même en est convaincu, d'autant plus qu'aucun indice ne vient étayer la thèse d'un meurtre maquillé en suicide. Oui mais voilà, en bon flic au flair exacerbé, il renifle comme une odeur familière qui le pousse à enquêter. Et il a d'autant plus de facilité à se permettre ce genre de liberté, qu'il a beaucoup de temps libre, précisément. Les tueurs sont en R.T.T. apparemment. L'Islande est décidément un bien singulier pays. Il faut dire qu'avec une population d'environ 350 000 habitants (en gros comme la ville de Nice), on peut imaginer qu'il n'y a pas tant d'homicides que ça.
Et parce que décidément il s'ennuie un peu, visiblement, Erlendur enquête également sur de vieilles affaires non élucidées. Et il en profite aussi pour régler quelques problèmes familiaux. En bref, il est en roues libres. Cela nous donne un roman curieux, il faut bien l'avouer. Rien de passionnant, encore que les découvertes que fait le commissaire sur le passé de Maria, la suicidée, ne manquent pas d'intérêt, mais l'ensemble se laisse lire sans ennui.
Loin de valoir les précédents romans, cet opus nous donne l'occasion de suivre, avec plaisir, les tribulations d'un flic bien attachant.

Bon

dimanche 19 mai 2019

Les Jardins de la Lune - Steven Erikson

Le Livre des Martyrs, Tome 1
Résumé :

Saigné à blanc par des luttes intestines, d’interminables guerres et plusieurs confrontations sanglantes avec le Seigneur Anomander Rake et ses Tistes Andii, le tentaculaire Empire Malazéen frémit de mécontentement.

Les légions impériales elles-mêmes aspirent à un peu de répit. Pour le sergent Mésangeai et ses Brûleurs de Ponts, ainsi que pour Loquevoile, seule sorcière survivante de la 2e Légion, les contrecoups du siège de Pale auraient dû représenter un temps de deuil. Mais Darujhistan, la dernière des Cités Libres de Genabackis, tient encore et toujours bon et l’ambition de l’Impératrice Laseen ne connaît aucune limite.

Cependant, il semble que l’Empire ne soit pas la seule puissance impliquée. De sinistres forces sont à l’oeuvre dans l’ombre, tandis que les dieux eux-mêmes se préparent à abattre leurs cartes...

Pour sacrifier à la tradition, je commencerai cette chronique par une mise en garde, qui se fait l'écho de toutes celles que vous pourrez trouver sur le net. Ce Livre des Martyrs (publié naguère sous le titre Livre Malazéen des Glorieux Défunts), n'est pas d'un abord facile. De l'aveu même de son auteur, ce qui a présidé en priorité à la conception de cette oeuvre c'est l'ambition. Et qui dit auteur ambitieux dit lecteur ambitieux. Disons le tout net, pour lire cette saga, il faut s'accrocher. Et s'accrocher ferme. On est loin ici d'un David Gemmell ou d'un David Eddings. Je respecte profondément l'excellent travail de ces deux grands auteurs, mais il faut reconnaître qu'ils ne sont pas réputés pour leur difficulté à les lire.
Ce qui rend si difficile l'approche du Livre des Martyrs c'est, paradoxalement, ce qui fait sa qualité première : la richesse. Cette série est tout simplement d'une richesse exceptionnelle. Il y a énormément de personnages de premier plan, énormément de peuples à découvrir, ainsi que de cultures, de traditions. Énormément de lieux (il s'agit d'un Empire après tout), de magie, de dieux, d'Histoire (oui, avec un grand H). Comme l'auteur nous plonge là dedans comme un maître-nageur sadique plongerait un enfant ne sachant pas nager dans le grand bain, imaginez les sensations. C'est exaltant autant que terrifiant.
Pour en revenir, par exemple, aux personnages, ceux-ci sont, dans ce premier tome, une bonne vingtaine. Et attention, je parle d'une bonne vingtaine dont l'importance varie entre primordiale et majeure. J’exagère à peine, voire pas du tout. Notez que ceux qui ont survécu à la lecture du génialissime Trône de Fer devraient avoir un gros avantage sur les autres. Parce que, là aussi, en terme de personnages centraux... Mais en fait même pas, ce serait trop simple. Chez Erikson, on n'a pas le temps de s'approprier un personnage que déjà, on passe à un autre. Alors du coup, forcément, irrévocablement, on finit par s'emmêler les pinceaux. 
Heureusement toutefois, la plupart de ces personnages appartiennent à des groupes distincts dont on va suivre les aventures ce qui rend l'identification un poil plus facile. De plus, certains d'entre eux vont davantage marquer nos mémoires de par leur nom, leur fonction, leur grade, leur apparence physique, etc., voire un peu de tout ça. Le sergent Mésengeai, le capitaine Paran, le haut-poing Dujek Unbras, l'Adjointe Lorn, Loquevoile, Mes Regrets, Crokus, Toc le Jeune, qui est borgne, Kruppe, qui a de l'embonpoint, et j'en passe. Et pour finir, pour ceux qui décrocherait quand même, il y a un glossaire en fin de volume avec tous les personnages, les lieux, les titres, les groupes, les peuples, les garennes (éléments de première importance du système de magie). Ne surtout pas hésiter à s'y référer, et souvent.
À côté de ça, le talent de conteur de Steven Erikson est tellement grand, qu'on peut suivre avec un réel plaisir les aventures des uns et des autres sans y comprendre tout. Voire sans y comprendre grand chose. D'ailleurs les personnages eux-mêmes ne comprennent pas tout ce qui se passe. Mais avec un peu de patience, on découvre que tout ce qui pouvait paraître obscur devient soudain lumineux. Enfin pas loin.

D'aucuns disent que beaucoup de personnages sont froids et par conséquent, peu attachants. Je ne suis pas si sûr de partager cette opinion. Certes, Erikson ne fait rien pour créer une véritable proximité entre nous et les protagonistes du roman. Malgré tout, je suis parvenu à m'attacher à bon nombre d'entre eux. Une chose importante à noter c'est que la quasi totalité des personnages n'a rien de détestable. Ici, pas de réels vilains dont on se surprend à souhaiter la mort dans d'atroces souffrances. Je ne dis pas qu'ils sont tous gentils et qu'on est dans un monde de bisounours, pas du tout. Nous ne sommes tout simplement pas dans un monde manichéen ou tout est soit blanc soit noir. Tout est plutôt en nuances de gris. Bon, gris clair si vous voulez, mais gris quand même. Après tout, connaissons-nous vraiment des individus à l'âme d'une noirceur absolue ? J'en doute.

Même si l'exercice ne présente qu'un intérêt limité, il peut être tentant de faire un parallèle entre Le Livre des Martyrs et Le Trône de Fer. Ne serait-ce que parce qu'il s'agit de deux monuments de la fantasy, voire de la dark fantasy. Ajoutons-y Le Seigneur des Anneaux, et nous avons, me semble-t-il, le tiercé gagnant. Alors bon, nous sommes dans chaque cas soit dans un immense royaume soit dans un empire. Il y a des batailles, des complots. Même des dragons. Mais en dehors de ça, les deux œuvres sont fondamentalement différentes. Parlons de ce qui distingue Le Livre des Martyrs du Trône de Fer. Ici, il est assez peu fait mention des grandes familles nobles, voire quasiment pas. Les personnages centraux sont plutôt d'extraction assez modeste. Ce sont des soldats, des mages, des voleurs, des assassins (professionnels)... On est baignés à certains moments dans des intrigues politiques, mais sans excès. La magie est ici très, mais alors très, très importante. Primordiale. Originale aussi, à tel point qu'on ne comprend pas toujours bien comment ça marche en dehors du fait que les mages utilisent des "garennes", espèces de labyrinthes situés dans une autre dimension et qui servent aussi à se déplacer plus rapidement et plus discrètement. Même si c'est parfois plus dangereusement. Il y a d'autres différences mais je n'entrerai pas plus dans les détails. Une chose est sûre cependant, une adaptation en série TV aussi réussie que celle du Trône de Fer donnerait probablement lieu à une oeuvre audiovisuelle exceptionnelle. On peut rêver.

Du côté des parallèles qu'on peut être amenés à faire, j'ajouterais juste, outre Le Trône de Fer des oeuvres comme : La Compagnie Noire de Glenn Cook, Les Princes d'Ambre de Roger Zelazny, voire Le Cycle d'Elric de Michael Moorcock, excusez du peu.

Seul petit bémol dans ce discours dithyrambique, l'origine ludique du roman est parfois assez (trop ?) évidente. L'empire Malazéen est en effet au départ un univers de jeu de rôles. Et ça se sent. Du moins est-ce l'impression que cela m'a fait. Le nombre impressionnant de protagonistes, qui sont autant de personnages joueurs ou non joueurs et qui surgissent au milieu des scènes comme invoqués par un Maître de Jeu, fait parfois un peu artificiel. Mais on pardonne à l'auteur tellement tout ça participe à renforcer l'aspect dramatique de l'histoire.

Bon, vous l'avez compris, ce premier tome m'a juste emballé, scotché, embarqué, enflammé, enthousiasmé... Je vous fais grâce de tous les synonymes. Moi qui suis ce qu'on appelle, en bon français, plutôt un easy reader, je n'ai pas éprouvé les difficultés que je craignais en abordant cet ouvrage. Bien sûr, tout n'est pas limpide au premier abord, loin de là, mais le plaisir de lecture est total. Petits conseils : lire avec un maximum de concentration, ne jamais hésiter à consulter le glossaire, c'est important, ne pas se braquer dès que quelque chose nous échappe, car soit nous comprendrons plus tard, soit la compréhension n'est pas indispensable. Enfin, laissez vous porter par l'histoire.

À l'heure où j'écris ces lignes, trois tomes sont sortis. Les Jardins de la Lune, Les Portes de la Maison des Morts et Les Souvenirs de la Glace. Au rythme d'une parution tous les six mois, il reste encore quelque chose comme trois ans et demi pour avoir la totalité de la décalogie en français. Si tout se passe bien. Sachant comme il n'est (quand même) déjà pas simple de lire l'oeuvre dans sa traduction française, loin de moi l'idée de tenter l'expérience dans la langue originale. Tant pis, il va falloir s'armer de patience. Et prier pour ne pas avoir oublié tout ce qu'on a lu d'un semestre à l'autre.

Excellent. Coup de cœur.

mardi 14 mai 2019

Jusqu'au cœur du soleil - David Brin

Cycle de l'élévation - Tome 1
Résumé :
En s'aventurant au-delà du système solaire, les Terriens ont établi le Contact avec une civilisation galactique vieille d'un milliard d'années, composée de milliers d'espèces intelligentes et basée sur le principe d'Élévation : les races aînées ont le devoir de guider les espèces plus primitives vers le stade de la pleine sapience. Mais les humains font figure d'exception à cette grande tradition. Sans aînés connus, ils prétendent avoir atteint l'intelligence eux-mêmes au cours de leur évolution, et ils ont déjà élevés à la conscience les dauphins et les chimpanzés. Résolus à faire leurs preuves auprès des Galactiques, les Terriens mènent le projet Sundiver, qui envoie des missions d'exploration à proximité de notre soleil. Leurs découvertes, notamment celle de l'existence des formes de vie inconnues dans les archives de la Bibliothèque galactique, risquent cependant de mettre le feu aux poudres. Sous l'égide de Jacob Demwa, ancien détective scientifique, l'équipe Sundiver se voit mêlée aux intrigues des puissantes races aînées, à l'affût du moindre prétexte pour remettre ces parvenus de la Terre à leur place... Premier volume du Cycle de l'Élévation, Jusqu'au cœur du soleil est un roman de science-fiction haletant, où suspense, rigueur scientifique et réflexion se côtoient.

Encore une fameuse série de science-fiction à la solide réputation que je n'avais pas encore lue. Décidément, j'ai beau lire de la SF depuis plus de quarante ans, je fais encore des découvertes, et c'est tant mieux. 
J'avoue que j'ai beaucoup aimé ce premier tome qui n'est pas, au dire de certains fans, le meilleur du cycle. Ça promet alors. J'y ai trouvé tout ce que j'aime dans un ouvrage du genre. Des personnages divers et variés, bien dessinés, une histoire intrigante juste ce qu'il faut pour vouloir en connaître l'issue, des péripéties captivantes et pas trop, trop de jargon scientifique indigeste.
Le tout verse, plus ou moins, dans le space opera. Mais un space opera light. Intimiste. En quasi huis-clos. Au contraire des grandes épopées à la Star Wars, on a affaire ici à une douzaine de personnages. Et parmi eux, quelques spécimens d'extraterrestres plutôt exotiques, tant par leurs apparences que par leurs façons de penser. C'est d'ailleurs l'un des premiers intérêts du roman, cette galerie d'aliens improbables et souvent drôles. Quoique. D'un autre côté, l'intrigue principale a tout d'une enquête policière. On se croirait parfois dans un Agatha Christie avec Jacob Demwa, le personnage principal, dans le rôle d'Hercule Poirot.
Voilà un premier tome très agréable à lire, prometteur, et qui m'incite à poursuivre ma lecture du cycle.

Très bon

jeudi 2 mai 2019

Chanur - Carolyn J. Cherryh

Résumé :
Au spatioport, on a vu l'inconnu errer, hagard, apeuré, apparaissant et disparaissant dans le dédale des conteneurs, des ponts et des passerelles. Et c'est lui que la capitaine Chanur et son équipage découvrent à bord de leur vaisseau qui vient de prendre l'air. Quel est cet être à la peau pâle et nue, sans crocs ni griffes, et qui ne semble pas comprendre leurs questions ?
Qui sont-elles, se demande-t-il à son tour, ces navigantes mi-femmes mi-lionnes, dont la fourrure rousse scintille de bijoux d'or ?
Tandis que le vaisseau fend l'espace, deux mondes, deux langages vont découvrir leurs différences. Pour s'affronter ou se répondre ?

Soyons honnête, je n'ai pas été complètement séduit par ce premier tome de la saga Chanur. Au chapitre de ce qui m'a plu, je mettrais les choses suivantes. Le style, qui est agréable sans jamais atteindre des sommets littéraires. Disons qu'il est efficace et digeste. C'est déjà bien. L'histoire est intéressante et propose des idées originales. Les races extraterrestres présentées sont variées et certaines présentent des caractéristiques qui nous arrachent, de loin en loin, quelques sourires. Les hani, race à laquelle appartient l'héroïne, Pyanfar Chanur, est de ce point de vue assez intéressante en ce qu'elle est une société où seules les femmes ont le droit de voyager dans l'espace, les mâles restant à la maison pour s'occuper des problèmes domestiques. Tout simplement parce que la faible constitution de ces pauvres choses ne leur permet pas d'affronter les dangers de l'espace. Détail qui a son importance, les humains sont totalement absents du paysage. Enfin, presque. Il y a de l'action, sans temps mort.
Au chapitre de ce qui m'a nettement moins emballé, je citerai les choses suivantes. La connaissance que peut avoir le lecteur de la façon dont fonctionne la société hani, la seule vraiment développée dans ce roman, ne vient que très progressivement, de façon très parcellaire, et, le moins qu'on puisse dire, est qu'on ne comprend pas tout ce qui se passe. Loin de là. Ajoutons à cela une multitude de noms propres qu'on ne retient pas facilement et vous devinerez que l'immersion dans la culture hani ne nous est pas facilitée. Ce qui est assez dommage, compte tenu de l’intérêt qu'elle pouvait susciter. Le choix d'une société où le mâle n'est pas dominant est évidemment une excellente idée. Mais pourquoi avoir fait des femmes le sexe dominant en ce cas ? Je veux dire par là, pourquoi, tant qu'à inventer une société, vouloir à tout prix que l'un des sexes domine l'autre ? N'est-il pas possible d'imaginer une société où hommes et femmes sont juste égaux ? Je pose juste la question. Je préfère, quant à moi, le féminisme tout en subtilité d'une Ursula Le Guin, mais ça n'engage que moi. Notons cependant, pour être honnête, que Pyanfar semble vouloir amorcer une révolution dans les rapports hommes femmes.
Autre chose qui m'a un peu gêné, même si ce n'est qu'à un faible degré, c'est la façon dont Pyanfar Chanur s'adresse aux autres extraterrestres, qu'ils soient amicaux ou hostiles. Elle est constamment dans l'injure ou l'insulte. À tel point que cela en devient à peine crédible. Peut-on imaginer quelqu'un passant son temps à insulter tous ses interlocuteurs ? Et surtout sans réplique. J'ai un peu de mal. Notez bien qu'en même temps, cette Pyanfar Chanur n'a vraiment rien de sympathique, finalement. Son comportement est le plus souvent autoritaire voire agressif. Et c'est le personnage principal autour duquel tout le récit s'articule. C'est un peu gênant. Et autre point négatif, c'est précisément que les personnages secondaires sont... secondaires mais alors, très secondaires.
Bref, une saga agréable à lire, certes, mais à laquelle il manque ce petit plus qui la rendrait exceptionnelle. Je me tâte pour savoir si je vais lire la suite. À mon âge, le temps manque de plus en plus pour risquer de le perdre inutilement alors qu'il y a, à n'en pas douter, d'autres choses bien plus passionnantes à lire.

Bon

lundi 29 avril 2019

L'Espace d'un An - Becky Chambers

Résumé :
Rosemary, jeune humaine inexpérimentée, fuit sa famille de richissimes escrocs. Elle est engagée comme greffière à bord du Voyageur, un vaisseau qui creuse des tunnels dans l'espace, où elle apprend à vivre et à travailler avec des représentants de différentes espèces de la galaxie : des reptiles, des amphibiens et, plus étranges encore, d'autres humains. La pilote, couverte d'écailles et de plumes multicolores, a choisi de se couper de ses semblables ; le médecin et cuistot occupe ses six mains à réconforter les gens pour oublier la tragédie qui a condamné son espèce à mort ; le capitaine humain, pacifiste, aime une alien dont le vaisseau approvisionne les militaires en zone de combat ; l'IA du bord hésite à se transférer dans un corps de chair et de sang... Les tribulations du Voyageur, parti pour un trajet d'un an jusqu'à une planète lointaine, composent la tapisserie chaleureuse d'une famille unie par des liens plus fondamentaux que le sang ou les lois : l'amour sous toutes ses formes. Loin de nous offrir un space opera d'action et de batailles rangées, Becky Chambers signe un texte tout en humour et en tendresse subtile. Elle réussit le prodige de nous faire passer en permanence de l'exotisme à la sensation d'une familiarité saisissante.


Le premier adjectif qui me vient à l'esprit en pensant à ce roman c'est : frais. C'est du space opera frais. Comprenez : léger, sans prétention, tendre, sans violence (quoique). Frais, quoi. Un internaute évoquait à son sujet : le petit vaisseau dans la prairie. C'est pas faux. Mais là où l'auteur de ces mots mettait sans doute un peu d'ironie mordante, voire acide, j'y mets, moi, de la sympathie, voire de l'affection.
J'ai adoré ce space opera atypique. A-do-ré. Qu'est-ce que ça fait du bien dans le monde de violence que nous habitons. Alors certes, certains diront qu'il ne se passe pas grand chose dans ce roman et que les personnages ont tout de bisounours. Pourquoi pas ? D'accord, tout est centré sur les personnages, leurs désirs, leurs joies, leurs peines, leurs difficultés et l'intrigue passe au second plan. Figurez-vous que c'est ça que j'aime dans un roman, les personnages. Et bon sang, qu'est-ce qu'ils sont attachants ! 
En dehors de ça, en principe, je ne suis pas fan du tout des œuvres qui dégoulinent de bons sentiments. Ou bien il faut que ce soit bien fait et crédible. Et là, c'est joliment construit et c'est très crédible. Crédible en effet que les membres d'un même vaisseau, même appartenant à des races différentes, contraints de passer des mois, voire des années entières ensemble, finissent par former une famille unie ou règne la bienveillance. Et puis, pour renforcer cette crédibilité, il y a bien quelques moments de tensions inévitables entre les membres de l'équipage. Sans parler d'un spécimen assez réussi de type plutôt antipathique.
Donc, finalement, rien à redire sur l'aspect que d'aucuns pourraient trouver un peu trop lisse, un peu trop gentil des personnages. Ils sont parfaits comme ils sont. D'autant qu'on découvre que ce ne sont pas des héros, loin de là. Face à un danger soudain et inattendu, ils se comportent comme la plupart des gens ordinaires. Ils tremblent de peur. Et cela ne fait que renforcer leur proximité avec nous.
Pour ce qui est de l'action, comme je l'ai évoqué, il ne se passe pas énormément de choses, c'est vrai. Malgré tout, la lecture est loin d'être ennuyeuse. L'auteure s'intéresse à chaque personnage, à tour de rôle, lui consacrant des chapitres entiers dont il est le centre d'intérêt.
L'essentiel est ailleurs. Dans un discours subtil, ni moralisateur, ni prosélyte, sur l'écologie, la tolérance, l'amour... Dans un monde de plus en plus déserté par ces valeurs, cela fait beaucoup de bien.
Si vous êtes comme moi, que vous aimez les récits un peu trash, remplis de personnages border line, mais que vous ne dédaignez pas, de temps en temps, de lire un roman résolument optimiste, en tout cas, positif, pour peu qu'il soit bien écrit, ce livre est fait pour vous.

Très bon

jeudi 25 avril 2019

La Flotte Perdue - Jack Campbell

Résumé :
La série se déroule sur plus de cent ans dans une guerre interstellaire entre deux cultures humaines différentes, l'Alliance et les Syndics. (Wikipedia)

Tome 1 : Indomptable
C'est une guerre interstellaire de cent ans, et la défaite est proche désormais. L'armada qui devait décapiter l'ennemi au cœur même de son empire est désormais prise au piège, mutilée. Ne reste-t-il pour la sauver que ce capitaine émergé d'un siècle d'hibernation et dont l'histoire a retenu le sacrifice héroïque aux premiers temps du conflit ? " Black Jack " Geary est devenu une légende, une icône révérée dans toute l'Alliance et sa flotte. Comment l'homme lui-même, revenu du passé, pourrait-il se hisser a la hauteur du mythe ? Parmi ces jeunes capitaines dont les usages tournent le dos aux traditions d'autrefois, et qui hésitent entre méfiance et idolâtrie, comment sauver la flotte perdue et la ramener a bon port ? Car l'Indomptable, son vaisseau amiral, cache a son bord un secret décisif volé a l'ennemi, capable d'enrayer une défaite inéluctable.

Bon, ne tournons pas autour du pot, La Flotte Perdue est un space opera militaire. Plus militaire, tu meurs (si je puis dire). Même Starship Troopers ressemble à un livre pour enfants à côté. Un Martine dans les étoiles.
Jugez plutôt. Le Capitaine John Geary s'est donné pour tâche, un peu à l'insu de son plein gré, de ramener au sein de l'Alliance les restes de la flotte décimée par l'ennemi Syndic. Le seul souci, de taille, c'est que ladite flotte est en plein territoire ennemi et que pour en sortir, il va falloir traverser des dizaines de système solaires hostiles. 
D'où des combats spatiaux à chaque tome. On pourrait craindre que l'accumulation rende le récit un peu répétitif. Ce n'est pas vraiment le cas. D'abord parce que la problématique à laquelle est confronté Geary est différente à chaque fois et ensuite parce qu'il a à faire face en interne à une hostilité presque aussi forte que celle que lui oppose l'adversaire. Et gagner des batailles avec des commandants de vaisseau au mieux indisciplinés, au pire désireux de faire tomber le chef, ce n'est pas de la tarte.
Il faut dire que Geary est resté en état d'hibernation pendant un siècle, et le moins qu'on puisse dire, c'est que la conception de l'honneur dans la flotte de l'Alliance, a bien changée en 100 ans. Le mot d'ordre est devenu tuer ou être tuer (voire des civils), à tout prix. Ce qui se traduit le plus souvent par la stratégie : on fonce et on réfléchit après. Dès lors, le plus gros boulot du boss, va être de ranimer dans l'esprits de ses officiers les vieux principes. Et calmer les ardeurs suicidaires.
Cette situation permet à l'auteur de développer, en marge des batailles qui par ailleurs sont superbement décrites, de nombreuses intrigues et complots. Le tout servi par des dialogues entre les personnages que je trouve particulièrement réussis. Le style étant, par ailleurs, l'une des grandes forces de la saga.
Et en parlant des personnages, il est à noter que bon nombre des commandants de vaisseau, et d'une façon générale, bon nombre des personnages d'importance, sont des femmes. Des femmes intelligentes, compétentes, fortes, courageuses... Une saga militaire, certes, mais pas machiste.
Ceci étant dit, je déplorerais malgré tout un défaut dans le récit. Il est à mon goût un peu trop centré sur le Capitaine Geary. Loin d'être un récit choral, la série relate avant tout le point de vue de son héros. L'écriture aurait été faite à la première personne, ça n'aurait pas changé grand chose. J'imagine que l'auteur a voulu se focaliser sur le seul individu ayant connu le début de la guerre, le seul qui ait été éduqué avec les anciens principes d'honorabilité inculqués aux spatiaux. Si tant est qu'une guerre puisse être honorable. L'idée se défend, mais du coup, tous les personnages secondaires sont un poil plus ternes que Geary. 

Mais ne boudons pas notre plaisir. La série, dont j'ai lu quatre tomes déjà, est un vrai plaisir de lecture. Si tant est, bien entendu, que l'on aime les batailles spatiales narrées avec un maximum de vraisemblance. Ne cherchons pas de message plus ou moins bien caché. Si ce n'est : la guerre, c'est crade, mais il est possible de la rendre (un peu) moins inhumaine. Ce que nous avons sous les yeux, en l'occurrence, c'est du pur divertissement. Mais une réussite dans le genre.

Très bon


mercredi 24 avril 2019

Les Guerriers du Silence - Pierre Bordage

Résumé :

Quelque cent mondes composent la Confédération de Naflin, parmi lesquelles la somptueuse et raffinée Syracusa. Or, dans l'ombre de la famille régnante, les mystérieux Scaythes d'Hyponéros, venus d'un monde lointain, doués d'inquiétants pouvoirs psychiques, trament un gigantesque complot dont l'instauration d'une dictature sur la Confédération ne constitue qu'une étape.

Qui pourrait donc leur faire obstacle ? Les moines guerriers de l'ordre Absourate ? Ou faudrait-il compter avec cet obscur employé d'une compagnie de voyages, qui noie son ennui dans l'alcool sur la planète Deux-Saisons ? Car sa vie bascule le jour où une belle Syracusaine, traquée, passe la porte de son agence... 


Cela faisait des années que ce volume dormait sur une étagère sans que j'ai pris la peine de m'y attaquer. Ou peut-être une fois, timidement. Cette lacune est enfin comblée. Et bien m'en a pris... ou pas. Enfin si. Mais voyons cela.
Pour commencer par les aspects positifs, je dirais que j'ai effectué la lecture des plus de 1600 pages (oui, quand même) avec beaucoup de plaisir et sans faire de pause. C'est plutôt bon signe, n'est-ce pas ? Disons le tout net, la trilogie est très agréable à lire, le monde imaginé est assez complexe et bien travaillé, les personnages sont nombreux et plutôt intéressants.
Alors, qu'est-ce qui m'empêche de montrer davantage d'enthousiasme ? Parce que vous sentez bien que je n'ai pas été tout à fait séduit.
À cause des personnages dans un premier temps. Ils sont nombreux, divers et variés, mais voilà, la quasi totalité d'entre eux, qui semblaient prometteurs, sont vite abandonnés et on ne sait pas ce qu'ils deviennent pendant un long moment. Quand ils ne disparaissent pas tout simplement sans jamais revenir, souvent à notre plus grande surprise. En fait, aucune "héroïne" ni aucun "héros" ne se détache. Alors, oui, on comprend ce choix de l'auteur un peu plus tard. Mais en attendant, on est pour le moins désorienté.
J'ai trouvé également que certains personnages ne bénéficiaient pas d'assez d'éclairage. En particulier certains "méchants". Ajoutez à cela pas mal d'ellipses dans l'histoire qui nous font sauter allègrement quelques paquets d'années, et vous comprendrez à quel point on peut être déroutés et frustrés.
Le style n'est pas désagréable et contribue au plaisir de la lecture. 
Ainsi que j'y ai déjà fait allusion, l'univers est assez riche. Même si la religion dominante est, à l'évidence, calquée sur le catholicisme, nous avons droit à quelques idées originales concernant les peuples et les planètes de la galaxie.
Pour être (presque) complet, j'ajouterais que le récit lorgne assez souvent vers le fantastique. Ce qui n'est pas pour m'emballer, n'étant pas si fan du genre. Cela m'est souvent apparu comme une facilité que se permet l'auteur pouvant faire intervenir des procédés extraordinaires pour justifier certains événements. Mais rien de bien grave.
J'ai trouvé la fin un rien bâclée, comme si l'auteur, en ayant fini avec l'essentiel de son récit, précipitait l'épilogue.
Pour résumer, cette trilogie est (quand même) une surprise plutôt agréable, notamment parce qu'elle hisse le space opera français en bonne place. Clairement, elle n'atteint pas vraiment le niveau auquel nous ont habitué les auteurs anglo-saxons et en particulier britanniques, mais, comme la plupart des auteurs français, Bordage a su éviter de nous assommer avec des considérations scientifiques et technologiques qui, à mon sens, n'apportent pas grand chose à l'histoire et rendent parfois le propos indigeste. Merci pour ça.
À lire donc, sans aucun doute.

Bon