jeudi 17 juin 2010

L'étrange vie de Nobody Owens - Neil Gaiman

Quatrième de couverture
Nobody Owens est un petit garçon parfaitement normal. Ou plutôt, il serait parfaitement normal s'il n'avait pas grandi dans un cimetière, élevé par un couple de fantômes, protégé par Silas, un être étrange ni vivant ni mort, et ami intime d'une sorcière brûlée vive autrefois. Mais quelqu'un va attirer Nobody au-delà de l'enceinte protectrice du cimetière : le meurtrier qui cherche à l'éliminer depuis qu'il est bébé. Si tu savais, Nobody, comme le monde des vivants est dangereux...

Je ne suis pas un très grand fan de Neil Gaiman. Enfin pas vraiment. Disons que j'ai tellement aimé l'excellentissime Neverwhere que j'ai toujours beaucoup de mal à trouver le reste de son œuvre aussi bien.
Je ne suis pas très bien placé non plus, loin s'en faut, pour juger de la qualité des romans pour la jeunesse.
Cela fait deux bonnes raisons pour que ce Nobody Owens soit mal parti pour me séduire.
Quelle ne fut dès lors ma surprise (légère tout de même, convenons-en) de constater que je dévorai le livre du début jusqu'à la fin et ce presque d'une traite et sur seulement deux jours (sachant qu'il ne s'agissait pas de mon livre de chevet). Et l'explication  n'est pas à chercher uniquement dans la facilité de lecture inhérente à la littérature jeunesse. Il faut y ajouter une bonne histoire et des personnages pour certains très attachants et pour d'autres inquiétants à souhait.
Mais l'écriture n'est pas pour rien dans l'engouement que peut provoquer le roman. J'ai trouvé la traduction fort réussie et si j'avais un seul reproche à lui faire, c'est d'utiliser parfois un vocabulaire peut-être un peu trop soutenu. Je fais partie de ces gens qui pensent qu'il faut soigner autant la forme que le fond lorsqu'il s'agit des œuvres destinées aux plus jeunes. Je crois aussi qu'un enfant ne devrait pas non plus avoir à lire un roman avec un dictionnaire sous le coude. Dès le début du livre, un mot m'a frappé. La traductrice utilise pour le mot fenêtre le mot croisée là où, avec un peu de chance, Gaiman avait juste écrit window. Bon, je reconnais qu'il s'agit d'un détail, d'autant plus que, du coup, la lecture devient, pour l'adulte que je suis, extrêmement plaisante.
Et puis il y a l'histoire et les personnages, l'une et les autres fort bien réussis. L'histoire, simple somme toute, c'est celle de ce bébé qui échappe de peu au massacre qui coûtera la vie à toute sa famille. Chaque chapitre qui lui est consacré est l'occasion de le retrouver chaque fois de deux ans plus vieux, environ. Et c'est ainsi que nous voyons grandir Nobody Owens qui passe de quasi bébé à adolescent, au fil d'aventures rythmées par des chapitres qui sont comme autant de nouvelles. L'impression en est encore renforcée lorsque, dans ses remerciements de fin d'ouvrage, Gaiman précise qu'il n'a pas écrit ses chapitres dans l'ordre (il a commencé par le quatrième) et que certains d'entre eux ont fait l'objet d'une première publication à part. C'est ainsi que nous sont narrées les aventures de Bod (Nobody) avec une sorcière dans un chapitre/histoire assez émouvant ou bien avec des goules dans un passage à la fois effrayant et coloré, voire joyeux. Nous retrouvons également Bod à l'école ou Bod se faisant une copine "vivante". Tout cela pourrait d'ailleurs faire un peu hétérogène s'il n'y avait ce fil rouge, cette menace quasi permanente représentée par ce tueur, ce Jack, qui n'abandonne jamais.
Bod va également être amené à côtoyer des personnages protecteurs aussi étranges et presque inquiétants qu'attachants. Nul doute que les enfants qui les découvrirons lors de la lecture sauront les apprécier.
Sans révéler la fin, bien sûr, je m'autorise cependant à vous dévoiler qu'elle est assez mélancolique et que l'auteur nous évite la sempiternelle happy end qui est la conclusion quasi obligatoire des livres pour la jeunesse. Gaiman se contente de nous livrer une fin qui, si elle est assez émouvante n'en reste pas moins chargée d'espoir. L'espoir que donne la vie, tout simplement, aux plus jeunes d'entre nous, une vie toute entière à rêver, à imaginer, à craindre, à inventer, à réaliser. Pour ma part, si j'estime qu'une fin plus ou moins triste ne peut faire que du bien aux jeunes lecteurs, je pense aussi que les priver d'espoir serait presque criminel.
Un livre à acheter pour vos enfants (ou pour vous) et à lire en cachette (ou pas) avant de le leur donner. A lire, j'imagine, à partir de dix ans, compte tenu du vocabulaire soutenu et des quelques 310 pages du livre.

Ils en parlent :

lundi 7 juin 2010

A la pointe de l'épée - Ellen Kushner

Quatrième de couverture
Richard Saint-Vière est le plus fameux des tueurs des Bords-d'Eau, le quartier des pickpockets et des prostituées. Aussi brillant qu'impitoyable, violent à ses heures, ce dandy scandaleux gagne sa vie comme mercenaire en vendant ses talents de bretteur au plus offrant, sans trop se soucier de morale. Mais tout va se compliquer lorsque, pour de mystérieuses raisons, certains nobles de la Cité décident de se disputer ses services exclusifs; Saint-Vière va dès lors se retrouver au coeur d'un inextricable dédale d'intrigues politiques et romanesques qui pourraient bien finir par lui coûter la vie... Au-delà du roman d'aventures mâtiné de mélo-drame, au-delà de l'hommage savoureux rendu aux grands récits de cape et d'épée, A la pointe de l'épée est une oeuvre forte, profondément dérangeante, sur la nature de la réalité et la moralité de la violence.

Ce roman aura été pour moi une véritable découverte. D'abord parce que j'ai lu très peu de critiques à son sujet et que mon système neuronique défaillant les a vite effacées de ma mémoire. Ensuite parce que, fidèle à mon habitude, j'ai lu en diagonale et très vite la quatrième de couverture qui ne m'a pas laissé davantage de souvenirs ou d'indications.
Du coup, j'ai entamé la lecture sans préjugés ni a priori ce qui reste assez rare pour être souligné dans notre époque de surinformation (surinformation à laquelle je contribue dans ma modeste mesure. J'ai conscience du paradoxe).
Et ma foi, lire un roman dans un tel état d'esprit, ça fait du bien.
Alors, me direz_vous, et si vous ne me le dites pas je le dirai à votre place, de quoi est-il question dans cette Pointe de l'épée ? Autant le dire d'emblée, dans le domaine des critères permettant de la classer en fantasy, le roman ne remplit que le minimum syndical. Il ne doit en effet de faire partie du genre que parce que l'histoire se situe dans un monde totalement imaginé par l'auteure. Cependant, l'univers développé par Kushner n'est pas sans rappeler l'Europe du XVIII ème siècle. Il en est même un reflet assez fidèle ce qui peut rendre curieux le choix d'avoir inventé un monde quand un roman historique aurait pu tout aussi bien convenir. Mais c'est sans compter avec le petit truc qui distingue de notre monde réel celui du livre. Dans ce dernier, les nobles dans leur quasi totalité, répugnent à utiliser l'épée pour régler leurs différents. Ils préfèrent faire appel, lorsque la situation l'exige, à des bretteurs professionnels. Et c'est d'ailleurs l'histoire de l'un d'entre eux, la plus fine lame du pays, qui fait la substance du roman. Après avoir mené à bien (comme toujours) son premier contrat à l'ouverture du roman, Saint-Vière, ce fameux meilleur bretteur, se retrouve impliqué bien malgré lui dans des embrouilles politiques.
Pourtant, malgré la présence quasi permanente de cet escrimeur hors-pair, le roman n'est pas réellement un pur roman de capes et d'épées. Tout juste assisteront nous à deux ou trois duels et l'action n'est pas la caractéristique principale du récit. On pensera davantage, immanquablement, aux Liaisons Dangereuses, qu'aux Trois Mousquetaires. Même si, loin s'en faut, Kushner n'est pas Laclos et ses personnages n'ont pas tout à fait l'esprit d'une Merteuil ou d'un Valmont. Pas sûr qu'ils soient même aussi délicieusement détestables. Mais je vous accorde que nous ne sommes plus au XVIIIème siècle et qu'il serait vain et ridicule d'écrire comme à l'époque. Toutefois l'écriture est belle, ciselée et bien rendue par une excellente traduction de Patrick Marcel.
Une seule fausse note, malgré tout, dans la symphonie composée par Kusner : les dialogues. Je les ai trouvés pour ma part calamiteux, au moins la plupart du temps. Et en particulier lorsqu'ils auraient du permettre de mieux cerner les motivations des protagonistes ou de mieux comprendre les détails des intrigues. J'ai souvent du renoncer, je l'avoue, à comprendre les déclarations de tel ou tel personnages. Bon, en même temps, dans les grandes lignes, les motivations se résument souvent à : je veux être calife à la place du calife et les intrigues consistent simplement à trouver un moyen efficace mais non compromettant de tuer ledit calife. Rien de bien compliqué. Eh bien même ça, Kushner parvient à le rendre abscons dans les dialogues qu'elle a imaginé. On frise l'exploit.
Alors me direz-vous que reste-t-il au roman pour nous séduire ? Eh bien, ma foi, s'il n'est pas un roman de capes et d'épées, un roman d'aventures, s'il n'est pas bourré d'action, il n'en reste pas moins un drame parfaitement réussi. Je n'hésiterai pas à reprendre le sous-titre du roman pour le qualifier. A savoir : un mélodrame d'honneur. Voire une tragédie. Une tragédie dont tous les personnages sont masqués. A l'exception notable de Saint-Vière, qui n'est peut-être pas, au départ, le plus sympathique de ceux que nous seront amenés à croiser dans le récit. Après tout il est ni plus ni moins un tueur. Mais c'est pratiquement le seul à agir à visage découvert (autant du moins que sa "profession" le lui permette). Chaque protagoniste va ainsi jouer son rôle, grand ou modeste, dans le drame qui se joue. Nous aurons droit à notre lot de fausses pistes, de coups de théâtre.
Impossible de conclure sans dire un mot du traitement remarquable, de mon humble point de vue, qui est fait de l'homosexualité, en l'espèce masculine, par Ellen Kushner. L'auteure parle en effet du sujet sans ostentation, sans sensationnalisme, sans voyeurisme. Elle y met une tendresse probablement toute féminine et un naturel confondant. A aucun moment on ne devine de sous-entendus du genre : regardez comme je suis une femme moderne, ouverte, tolérante. Elle parle d'ailleurs moins d'amours homosexuelles que d'amour tout court. Je devrais dire de passion en l'occurrence tant les relations entre les deux amants si dissemblables sont empreintes de violence.
En résumé un roman bien écrit, dans l'ensemble, agréable à lire et qui devrait vous faire passer un bon moment à condition toutefois que vous ne cherchiez pas à tout prix de l'action, des intrigues élaborées mais que vous vous contentiez de suivre les agissements de personnages que le destin a réunis, pour le malheur de quelques uns, un court moment de leurs vies.

On en parle, décidément beaucoup, par-ci par-là :
Vert
Hugin & Munin
El Jc
Salvek

samedi 8 mai 2010

La quête d'Erekosë, tome 1 - Michael Moorcock

Le champion éternel
Présentation de l'éditeur
"Je suis John Daker, victime des rêves du monde entier. Je suis Erekosë, Champion de l'Humanité, qui extermina la race humaine. Je suis Ulrik Skarsol, Seigneur de la forteresse Gelée, qui porta l'Epée Noire. Je suis Ilian de Garathorm, Elric le Tueur de Femmes, Hawkmoon, Corum et tant d'autres, hommes, femmes ou androgynes. Je fus tous ceux-là. Et tous sont des guerriers engagés dans l'éternelle Guerre de la Balance, cherchant à préserver la justice dans un univers sous la menace perpétuelle d'un Chaos qui gagne du terrain, à imposer le Temps à une existence sans commencement ni fin. Et pourtant, cela n'est pas ma vraie malédiction. " Extrait du prologue du Dragon de l'épée.

Si ça continue, je vais finir par avoir lu tout Moorcock. En tout cas, tous les livres sur le Champion Eternel. Il faudra que je songe d'ailleurs à vous gratifier, ou vous infliger, c'est selon, de quelques chroniques sur Elric, Hawkmoon et autres Corum. Mais pour ça, il va d'abord falloir que je les relise. Tant il est vrai que je suis incapable de dire deux mots d'un livre que j'aurais lu il y a plus de six mois.
Or donc, voici que j'attaque un nouveau héros de Moorcock. Ceci est étonnant lorsqu'on sait l'espèce de fascination-répulsion que j'éprouve à l'égard de l'heroic-fantasy ou la sword and sorcery si vous préférez. Non, vous ne préférez pas ? Je vous laisse les deux alors.
J'ai remarqué que, trop souvent, les récits du genre finissent toujours par dériver vers des délires mystico-philosophico-onirique du plus chiant effet sur votre serviteur. Et Moorcock n'échappe pas forcément à la règle. Certains passages chez Elric ne sont pas piqués des hannetons. Il est assez étonnant de constater que, pour des récits censés ne parler que  de gros bourrins camés à la testostérone, on nous inflige des lignes et des lignes qui font davantage appel à notre cortex préfrontal qu'à notre cerveau reptilien. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, ou écrit. J'aime réfléchir même si ça me fatigue. Mais il y a un temps pour tout. Un temps pour réfléchir et un temps pour se distraire. Bon, je vous accorde qu'on peut se distraire en réfléchissant et vice-versa. Mettons que lorsque la distraction tourne à la torture, il faut savoir dire stop.
Eh bien sachez que ce premier tome de la trilogie Erekosë, est le premier ouvrage de Moorcock que je lis avec autant de facilité. Le style est fluide. Bon, ça n'est pas forcément étonnant de la part de cet auteur. Ce qui l'est davantage, c'est que l'histoire est particulièrement facile à suivre, elle aussi. Pas de passage ésotérique. Rien que l'histoire d'un héros venu de son monde (le notre ?) pour sauver l'humanité d'un monde dont nous ignorons tout. Simple donc. Du moins en surface. Parce que le propos de Moorcock est un rien plus complexe que ça, mine de rien. Erekosë étant appelé, voire invoqué, par l'humanité pour l'aider à combattre ses ennemis de toujours, on s'attend à ce que le champion soit confronté à des créatures sauvages, sans foi ni loi. C'est d'ailleurs ce que tout le monde prétend. Mais il apparait bien vite que ce sont les hommes qui se comportent comme des barbares sans scrupules.
J'ai souvent pensé que seul l'homme est capable de commettre des actes que l'on qualifie d'inhumains. Joli paradoxe linguistique. L'animal, en effet, n'agit que pour des raisons purement vitales. Se nourrir, se protéger. A ma connaissance (limitée, certes), l'homme est la seule créature capable de faire du mal "gratuitement".
Moorcock va ainsi aborder des thèmes comme : la légitimité d'une espèce d'en exterminer une autre pour assurer sa survie, l'honneur, la trahison, la valeur de la parole donnée. Il va aussi nous parler d'amour et de ce qu'on est prêt à faire en son nom.
Ce Champion éternel est de ces livres que j'aimerais lire plus souvent. Bien écrit, intelligent, questionnant mais sans prendre la tête, épique. Je suis tombé sous le charme de ce héros maudit et compagnon éternel de la mort. Et si Erekosë m'avait définitivement réconcilié avec l'heroic-fantasy ?
A noter que je n'ai trouvé que de rares critiques sur ce champion-ci de Moorcock. Je n'ai bien entendu pas encore achevé la trilogie, mais je trouve d'ores et déjà injuste cet état de fait. Il est au moins aussi intéressant que le célébrissime Elric. Non mais.

vendredi 7 mai 2010

La Geste des Princes-Démons, volume 4 - Jack Vance

Le visage du démon
Quatrième de couverture
Kirth Gersen a juré de tuer les cinq monstres, des princes-démons, qui ont jadis massacré ses parents et réduit sa famille en esclavage. Cette quête de la vengeance va l'amener à parcourir toute la Galaxie et à découvrir des mondes aussi insolites que dangereux.
Lens Larque, son nouvel adversaire, est sans doute le plus brutal et le plus cruel. Son nom évoque pour tous un univers de supplices et de terreurs.
L'approcher, c'est dîner avec le diable.
Après
Le Prince des étoiles, La Machine à tuer et Le Palais de l'amour, Le Visage du démon est le quatrième volume du célèbre cycle de Jack Vance, La Geste des princes-démons, qui en compte cinq. Le Livre des rêves qui conclut ce cycle paraîtra prochainement dans la même collection.

Une fois encore, mais il s'agit de la marque de fabrique de la saga, Kirth Gersen est à la recherche d'un ennemi dont il ne connait pas le visage. Et une fois encore, la quasi totalité du roman va être consacrée aux efforts de Gersen pour amener son adversaire à se démasquer. De ce point de vue, je me dois d'avouer que la première partie m'a semblé tirée par les cheveux et presque ennuyeuse. Enfin, lorsque je dis tirée par les cheveux, je veux dire davantage qu'a l'accoutumée. Parce qu'en effet, dans cette série, Vance révèle une habitude sur laquelle j'avais jusqu'alors jeté un voile pudique. La plupart des plans de Gersen sont assez peu vraisemblables, ils tiennent rarement la route et le pire, c'est que pourtant, ils aboutissent. D'une façon générale, je m'en arrange et m'en amuse plus qu'autre chose. Mais cette fois, j'ai trouvé que l'ami Jack poussait le bouchon un peu loin. Chercher à entamer une procédure judiciaire, pour une broutille, à l'encontre du propriétaire d'un vaisseau spatial en espérant que ledit propriétaire, en l'occurrence Lens Larque se déplace en personne et qu'ainsi Gersen soit en mesure de l'identifier, m'a paru un peu gros. Bon, il faut le lire pour comprendre de quoi je parle. De fait, le plan foire lamentablement. Commence alors une seconde partie nettement plus intéressante lors de laquelle Gersen cherche à acquérir un maximum de parts d'une société utilisée par Larque, de façon a en prendre le contrôle. Et la pêche aux actions va s'avérer plutôt mouvementée voire musclée. C'est une fois de plus l'occasion pour Vance de nous faire découvrir une civilisation tout droit issue de son imagination qui, vous pouvez me croire, est fertile.
Notre ami Kirth va même tomber amoureux. Une fois encore me direz-vous tant il est, là aussi, coutumier du fait. Mais comme il est difficile de conjuguer vie sentimentale et chasse à l'homme.
Finalement, le roman s'achève sur une nouvelle victoire de Gersen. Je ne crois pas révéler un fait crucial en l'occurrence tant on se doute que, puisqu'il y a 5 monstres à exécuter et 5 romans, le héros s'en tire à chaque fois. Le seul suspense qui demeure est la façon dont va se terminer le cinquième et dernier volet de la série.
Reste que Vance nous à gratifié pour ce quatrième épisode d'une fin assez inattendue et drôle. Extravagante mais drôle.

mercredi 5 mai 2010

La quête d'Ewilan, tome 1 - Pierre Bottero

D'un monde à l'autre
Quatrième de couverture
"Quand Camille vit le poids lourd qui fonçait droit sur elle, elle se figea au milieu de la chaussée. Son irrépressible curiosité l'empêcha de fermer les yeux et elle n'eut pas le temps de crier... Non, elle se retrouva couchée à plat ventre dans une forêt inconnue plantée d'arbres immenses. Te voici donc, Ewilan. Nous t'avons longtemps cherchée, mes frères et moi, afin d'achever ce qui avait été commencé, mais tu étais introuvable... "

J'ai toujours beaucoup de mal avec les chroniques des livres jeunesse. D'autant qu'il y en a de deux sortes à ce que j'en ai compris. Les "vrais" livres pour la jeunesse. Ceux-ci ont en général pour héros de jeunes gens et abordent des thèmes largement centrés sur ce qui intéresse les jeunes : l'école, la famille, les relations parents-enfants, l'amitié, les premiers émois amoureux. En revanche, ils évitent soigneusement les thèmes intéressant plus spécifiquement les adultes : l'amour entre grandes personnes, voire le sexe, la politique ... Dans cette première catégorie de romans, l'accent est assez peu mis sur la crédibilité des situations et la psychologie des personnages est rarement complexe. Il y a les bons et les méchants en caricaturant.
Et puis il y a les livres "tout public". Même s'ils abordent des thèmes pour jeunes, ils n'en dédaignent pas moins d'autres thèmes plus adultes. Les situations y sont plus crédibles et les personnalités plus complexes. Je pense ici notamment au magnifique cycle de Philip Pullman, A la croisée des mondes.
La quête d'Ewilan entre sans conteste possible dans la première catégorie. A partir de là, suis-je bien qualifié pour en faire une critique, aussi bienveillante soit-elle ? Je l'ignore. Du coup, j'ai préféré me poser quelques questions dont je vais de ce pas vous livrer les réponses. Bande de veinards.
Ai-je lu ce premier tome avec plaisir ? Indiscutablement : oui. Ai-je retrouvé le temps de la lecture mon âme d'adolescent ? Sans aucun doute : oui. Ai-je envie de lire la suite ? Oui. Vais-je en conseiller la lecture à ma fille le moment venu ? Définitivement. Les invraisemblances s'élèvent-elles cruellement au-dessus d'un quota acceptable ? Pas le moins du monde.
De fait, l'écriture est plaisante. Le vocabulaire riche. Les personnages sont attachants. Oh, bien sûr, les gentils sont particulièrement gentils et les méchants bien redoutables. Toutefois, l'héroïne qu'est Camille/Ewilan, parvient à éviter le rôle de tête à claques qu'endossent trop souvent les personnages de ce genre, la plupart du temps au contraire de ce qu'aurait souhaité leur auteur. Je n'ai pu m'empêcher de faire la comparaison entre Camille et Talia, l'héroïne des Hérauts de Valedmar. Même âge, même vie sans amour parental, même découverte de pouvoirs. Pourtant, alors que l'une, Camille, nous attendrit, nous émeut, nous fait avoir peur pour elle, nous amuse même, l'autre, Talia, ne cesse de nous agacer.
Boterro a su en outre créer un monde riche et il a imaginé une magie originale.
Cela me fait déplorer davantage sa disparition. A une époque où les maisons d'édition publient nombre d'ouvrages sans grand intérêt simplement pour surfer sur la vague de la fantasy ou du fantastique en général, de la bit-lit en particulier, la présence de Pierre Boterro aurait constitué un antidote efficace contre la médiocrité.