Nobody Owens est un petit garçon parfaitement normal. Ou plutôt, il serait parfaitement normal s'il n'avait pas grandi dans un cimetière, élevé par un couple de fantômes, protégé par Silas, un être étrange ni vivant ni mort, et ami intime d'une sorcière brûlée vive autrefois. Mais quelqu'un va attirer Nobody au-delà de l'enceinte protectrice du cimetière : le meurtrier qui cherche à l'éliminer depuis qu'il est bébé. Si tu savais, Nobody, comme le monde des vivants est dangereux...
Je ne suis pas un très grand fan de Neil Gaiman. Enfin pas vraiment. Disons que j'ai tellement aimé l'excellentissime Neverwhere que j'ai toujours beaucoup de mal à trouver le reste de son œuvre aussi bien.
Je ne suis pas très bien placé non plus, loin s'en faut, pour juger de la qualité des romans pour la jeunesse.
Cela fait deux bonnes raisons pour que ce Nobody Owens soit mal parti pour me séduire.
Quelle ne fut dès lors ma surprise (légère tout de même, convenons-en) de constater que je dévorai le livre du début jusqu'à la fin et ce presque d'une traite et sur seulement deux jours (sachant qu'il ne s'agissait pas de mon livre de chevet). Et l'explication n'est pas à chercher uniquement dans la facilité de lecture inhérente à la littérature jeunesse. Il faut y ajouter une bonne histoire et des personnages pour certains très attachants et pour d'autres inquiétants à souhait.
Mais l'écriture n'est pas pour rien dans l'engouement que peut provoquer le roman. J'ai trouvé la traduction fort réussie et si j'avais un seul reproche à lui faire, c'est d'utiliser parfois un vocabulaire peut-être un peu trop soutenu. Je fais partie de ces gens qui pensent qu'il faut soigner autant la forme que le fond lorsqu'il s'agit des œuvres destinées aux plus jeunes. Je crois aussi qu'un enfant ne devrait pas non plus avoir à lire un roman avec un dictionnaire sous le coude. Dès le début du livre, un mot m'a frappé. La traductrice utilise pour le mot fenêtre le mot croisée là où, avec un peu de chance, Gaiman avait juste écrit window. Bon, je reconnais qu'il s'agit d'un détail, d'autant plus que, du coup, la lecture devient, pour l'adulte que je suis, extrêmement plaisante.
Et puis il y a l'histoire et les personnages, l'une et les autres fort bien réussis. L'histoire, simple somme toute, c'est celle de ce bébé qui échappe de peu au massacre qui coûtera la vie à toute sa famille. Chaque chapitre qui lui est consacré est l'occasion de le retrouver chaque fois de deux ans plus vieux, environ. Et c'est ainsi que nous voyons grandir Nobody Owens qui passe de quasi bébé à adolescent, au fil d'aventures rythmées par des chapitres qui sont comme autant de nouvelles. L'impression en est encore renforcée lorsque, dans ses remerciements de fin d'ouvrage, Gaiman précise qu'il n'a pas écrit ses chapitres dans l'ordre (il a commencé par le quatrième) et que certains d'entre eux ont fait l'objet d'une première publication à part. C'est ainsi que nous sont narrées les aventures de Bod (Nobody) avec une sorcière dans un chapitre/histoire assez émouvant ou bien avec des goules dans un passage à la fois effrayant et coloré, voire joyeux. Nous retrouvons également Bod à l'école ou Bod se faisant une copine "vivante". Tout cela pourrait d'ailleurs faire un peu hétérogène s'il n'y avait ce fil rouge, cette menace quasi permanente représentée par ce tueur, ce Jack, qui n'abandonne jamais.
Bod va également être amené à côtoyer des personnages protecteurs aussi étranges et presque inquiétants qu'attachants. Nul doute que les enfants qui les découvrirons lors de la lecture sauront les apprécier.
Sans révéler la fin, bien sûr, je m'autorise cependant à vous dévoiler qu'elle est assez mélancolique et que l'auteur nous évite la sempiternelle happy end qui est la conclusion quasi obligatoire des livres pour la jeunesse. Gaiman se contente de nous livrer une fin qui, si elle est assez émouvante n'en reste pas moins chargée d'espoir. L'espoir que donne la vie, tout simplement, aux plus jeunes d'entre nous, une vie toute entière à rêver, à imaginer, à craindre, à inventer, à réaliser. Pour ma part, si j'estime qu'une fin plus ou moins triste ne peut faire que du bien aux jeunes lecteurs, je pense aussi que les priver d'espoir serait presque criminel.
Un livre à acheter pour vos enfants (ou pour vous) et à lire en cachette (ou pas) avant de le leur donner. A lire, j'imagine, à partir de dix ans, compte tenu du vocabulaire soutenu et des quelques 310 pages du livre.
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