jeudi 19 novembre 2015

A Darkness More Than Night - Michael Connelly

Suite de mon incursion dans la langue de Shakespeare (ou devrais-je dire la langue de Poe ?)

Terry McCaleb, un ancien agent du FBI spécialisé dans les tueurs en série, est sorti de sa retraite paisible par Jaye Winston, une ex-collègue, qui lui demande son aide pour résoudre un meurtre qui laisse la police impuissante. Malgré sa répulsion a quitter sa tranquille vie de famille, McCaleb est vite embarqué par l'excitation qui accompagne son enquête. On ne se refait pas. Très vite, il découvre que le principal suspect est un flic avec lequel il a travaillé jadis et dont il apprécie l'efficacité. Il s'agit d'Harry Bosch lui-même qui est, dans le même temps, un témoin capital dans un procès pour meurtre.

Très vite, on comprend que, bien qu'il s'agisse officiellement de la septième enquête de l'inspecteur Harry Bosch,  c'est bien de Terry McCaleb dont on va suivre les exploits. Et ce qui pourrait passer pour une micro escroquerie se transforme, peu à peu, au fur et à mesure de la lecture, en une palpitante enquête. 
On se met à trembler pour Harry Bosch et on en arrive même à douter sérieusement de son innocence. Si, si. La victime est en effet Edward Gunn, un type que l'inspecteur a arrêté six ans plus tôt pour une affaire d'homicide et qui a été relâché faute de preuves suffisantes. Bosch est cependant absolument convaincu que Gunn était coupable et il ne cache pas en outre avoir la certitude que les criminels ne peuvent éternellement échapper au châtiment qu'ils méritent. De là à penser qu'il aurait pu donner un petit coup de main au destin, il n'y a qu'un pas.
C'est avec intérêt redoublé, donc, que l'on suit les progrès de l'enquête de McCaleb en parallèle avec le procès dont Bosch est un témoin à charge capital. Ici également, l'accusé pourrait bien échappé à la justice alors même qu'il a avoué à Bosch son crime, hélas en dehors de tout enregistrement ou témoin.
Comme toujours, j'ai aimé cette nouvelle aventure de l'un de mes flics préférés, même si l'enquête au cœur du roman est effectuée par un autre. C'est l'occasion de découvrir un autre personnage né sous la plume de Connelly et que nous pouvons retrouver dans un autre roman n'appartenant pas à la série des Harry Bosch, Créance de sang ( Blood Work ).

A Darkness More Than Night est paru en français sous le titre L'oiseau des ténèbres.
 

mardi 17 novembre 2015

Blindsighted - Karin Slaughter

J'ai toujours souhaité lire les auteurs anglo-saxons dans leur langue d'origine. Mais malgré quelques tentatives très espacées, je n'ai jamais rendu cette pratique systématique. Pourtant, il y a bien d'avantages à cela : lire la suite de ma série préférée sans attendre la publication en français, éviter les inconvénients de certaines traductions, apprécier l'oeuvre dans sa forme originale...
Du coup, me voilà fermement décidé à m'y mettre, et quoi de mieux pour (re)commencer, qu'un livre dont l'intérêt n'est pas à ce point important que mes éventuelles difficultés de lecture se révèlent rédhibitoires ? En deux mots, un polar. Et voici comment je me suis retrouvé à lire mon premier Karin Slaughter en anglais. Ça va. Ça fait même pas mal.

L'histoire se déroule dans une petite ville (imaginaire) de Géorgie, Heartsdale, Grant County, typique des petites villes du sud des États Unis. On y fait la connaissance de Sara Linton, pédiatre et, accessoirement, médecin légiste de la ville. Oui, je sais, ça surprend un peu au début, mais bon, nous sommes aux États-Unis où tout est possible, n'est-ce pas ?
Elle  découvre un jour le cadavre sauvagement assassiné de Sybil, la soeur jumelle aveugle de l'une des inspectrices de la police de la ville, Lena Adams. C'est Jeffrey Tolliver, l'ancien mari de Sara, qui est chargé de l'enquête.
Très vite, on comprend que le coupable est un déséquilibré et qu'il ne compte pas en rester là. On s'aperçoit également que Jeffrey est toujours amoureux de son ex-femme, ce qui ne facilite pas vraiment leur collaboration.
Que dire de ce premier roman de la série sinon qu'il est plutôt agréable à lire (oui, même en anglais) et que j'ai trouvé les personnages assez attachants ? Ceci étant dit, j'ai bien peur que le seul intérêt de la série ne réside précisément dans les personnages et la découverte du quotidien d'une ville du sud des States (voilà, ça y est, je dérape... ). Pour le reste, entendez les meurtres, l'enquête, ne vous attendez pas à quelque chose de particulièrement original. Tout ça semble lu et relu. C'est d'ailleurs tout le piège des romans du genre que ne semble pas avoir pu complètement éviter Karin Slaughter (quel nom, au passage, pour un auteur de polar ! Je rappelle que slaughter signifie : abattre, massacrer).
Petite parenthèse pour ajouter qu'est fait dans le roman une discrète allusion à la légitimation de la possession d'arme chez le simple citoyen, qui me gêne toujours un peu. Mais bon, voilà, question de culture, probablement. Mais on est loin, très très loin même des gros sabots dans le domaine d'une Patricia Cornwell dont les liens avec les plus conservateurs du parti républicain n'est pas un secret. Fin de la parenthèse.
Pour résumer, une série somme toute assez sympathique mais largement dispensable. En revanche, parfait pour me mettre le pied à l'étrier pour entamer mes lectures en version originale. D'abord parce que ce n'est pas trop dur à lire et ensuite parce que ne pas tout comprendre n'était pas grave, mais alors pas grave du tout.
La traduction en français de ce roman est parue sous le titre Mort aveugle.
 

Diamond Dogs, Turquoise Days - Alastair Reynolds

Résumé :
Diamond Dogs, ou le stupéfiant périple d'une expédition aux confins d'une planète morte abritant la Flèche. Quelle est la raison d'être de ce monument-piège quasi conscient? Pourquoi ces énigmes mathématiques de plus en plus complexes, étage après étage, auxquelles sont confrontés les membres de l'expédition ? Des énigmes qui se révèlent bientôt mortelles...

Turquoise Days, ou la rencontre des Mystifs, le plus fascinant des organismes marins de la planète Turquoise. Les plongeurs qui se sont risqués à leur contact y ont laissé leur mémoire, leur empreinte au cœur de cette immense conscience collective. Naqi Okpik. y a perdu sa sœur. Parviendra-t-elle à percer le secret de ce monde lointain et protégé ?

J'ai bien peur de ne pouvoir faire mieux qu'une chronique très courte, aussi courte que les mini romans (les novellas comme disent nos amis anglo-saxons) dont il est question.
J'ai certes passé un assez bon moment avec l'un comme avec l'autre. Réellement. Peut-être un meilleur moment avec le premier, Diamond Dogs qu'avec le second, Turquoise Days. 
Bon, il faut sans doute que je développe un petit peu.
Diamond Dogs est un pur roman d'aventure. Il y est question d'un groupe de personnes, toutes choisies pour leur compétence particulière partant à l'assaut d'une espèce de « tour à énigmes » qui sanctionne les mauvaises réponses par des membres arrachés, découpés, déchiquetés quand ce n'est pas par la mort, pur et simple, de préférence dans d'atroces souffrances.
Turquoise Days est davantage une oeuvre écologiste. Même si je me sens vraiment très, très concerné par les problèmes d'environnement qu'il va nous falloir résoudre dans les années qui viennent, j'avoue avoir un peu de mal avec les romans militants dans ce domaine. Ne me demandez pas pourquoi : je n'en sais rien. Toujours est-il que, chez moi, l'auteur n'a pas trouvé sa cible.

Globalement, j'oserai dire que ce recueil est très dispensable. Préférez-lui, de mon humble point de vue, les autres romans du cycle des inhibiteurs (L'espace de la révélation, La cité du gouffre...), excellents. Un peu ardus, peut-être, mais excellents.
 

Le vieil homme et la guerre - John Scalzi

Résumé
“J’ai fait deux choses le jour de mon soixante-quinzième anniversaire. Je suis allé sur la tombe de ma femme et je me suis engagé.” À soixante-quinze ans, l’âge minimum requis, John Perry n’est pas le seul à intégrer les Forces de défense coloniale, le seul ticket pour les étoiles, mais sans retour. Plus rien ne le retient sur Terre. Combien d’années de vie peut-il encore espérer? En revanche, s’engager, c’est défendre la Terre, protéger l’expansion de l’humanité dans les étoiles, retrouver une seconde jeunesse et, à l’issue du service, obtenir le statut de colon sur une planète nouvelle. Sur Terre, nul ne sait ce qu’il advient de ces recrues à part qu’on leur promet une guerre sans merci contre la myriade d’espèces intelligentes qui se partagent un “ espace vital” interstellaire beaucoup trop étroit. John Perry devient donc soldat. Avec son nouveau statut commencent les révélations, inimaginables.

Dès le début de la lecture, et l'impression dure encore longtemps, nous avons le sentiment d'être en présence d'un clone de Étoiles, garde-à-vous ! (plus connu sous le titre de Starship Troopers) de Robert Heinlein ou de La Guerre Éternelle de Joe Haldeman.
Ici aussi, on commence par  l'enrôlement de recrues terrestres pour aller combattre l'ennemi extra-terrestre, puis on suit leur entraînements, leurs premières missions, leur entrée dans le coeur du conflit.
Rien de bien nouveau sous le soleil, donc, mais quand on aime (et moi j'aime) on ne compte pas. Rien de nouveau sauf que, en l'occurrence, les recrues ne sont plus vraiment de la première jeunesse (d'où le titre). L'âge est même une condition sine qua non pour être engagé. Pour deux années de service (renouvelables), les candidats soldats ont la promesse de retrouver leur jeunesse et de bénéficier, au terme de leur engagement, d'une retraite dorée. Ce qui, au vu de la violence des combats, est loin d'être acquis.
Parce que, et là aussi c'est une constante du genre, les  nouvelles recrues, malgré des avantages physiques, psychologiques et technologiques indéniables, tombent comme des mouches.
Autre chose qui distingue ce roman de ses illustres prédécesseurs, c'est le questionnement que nous livre l'auteur sur l'identité. Qu'est-ce qui fait qu'un individu est lui-même ? Son corps, son esprit, ses souvenirs, son âme ? La réponse n'est pas dans le livre, mais vous y trouverez quelques éléments pour tenter de répondre à la question vous-même.
Les personnages, et en particulier le narrateur, John Perry, qui ne manque pas d'humour,  sont assez attachants.
Le vieil homme et la guerre n'est, à mon avis, sans doute pas le roman du siècle, mais nul doute qu'il vous fera passer un excellent moment, à condition, bien entendu, d'apprécier les romans de guerre intersidérale. 
 

dimanche 15 novembre 2015

Les chutes - Joyce Carol Oates

Résumé :
Veuve au matin d'une nuit de noces hallucinante, lorsque son époux, un jeune pasteur, se suicide en se jetant dans les Chutes du Niagara, Ariah Littrell se considère désormais comme vouée au malheur. Pourtant, au cours de sa semaine de veille au bord de l'abîme, en attendant qu’on retrouve le corps de son mari d’un jour, La Veuve banche des Chutes (ainsi que la presse l’a surnommée avant d’en faire une légende) attire l’attention de Dirk Burnaby, un brillant avocat au cœur tendre, très vite fasciné par cette jeune femme étrange.Une passion improbable et néanmoins absolue lie très vite ce couple qui va connaître dix ans d’un bonheur total avant que la malédiction des Chutes s'abatte de nouveau sur la famille. Désamour, trahison, meurtre ? C'est aux enfants Burnaby qu'il reviendra de découvrir les secrets de la tragédie qui a détruit la vie de leurs parents. Une quête qui les obligera à affronter non seulement leur histoire personnelle mais aussi un sombre épisode du passé de l’Amérique : les ravages infligés à toute une région par l’expansion industrielle gigantesque des années 50 et 60, expansion nourrie par la cupidité et la corruption des pouvoirs en place.

Je n'avais jamais entendu parler de cette auteure jusqu'à ce que je tombe sur cette chronique de Tigger Lilly, merci à elle. Mon amie blogueuse a aimé, c'est donc somme toute assez confiant que je me lançais à mon tour dans ma lecture.
Dans la lecture de ce roman qui parle de... qui parle de... oui, qui parle de quoi en fait ? Ah oui, qui parle d'un couple particulièrement religieux. Ça parle donc de mariage et de religion. Ah bah non. Il meurt. Ça parle donc d'une veuve. Ah bah non, elle se marie. Ça parle donc d'un couple, finalement, mais moins religieux du coup. Mais arrive un enfant. Ça parle donc d'une famille. Et accessoirement, ça parle aussi d'un scandale sanitaire.
En fait, et cela finit progressivement par poser problème, on ne sait pas réellement de quoi parle le roman. Et rien de tel pour perdre un lecteur (au sens propre comme au sens figuré) que de partir, ou sembler partir, comme ça, un peu dans tous les sens.
Sauf que voilà, le style de Oates est tel que, non, rien à faire, impossible d'abandonner la lecture. Et puis, si après tout, le véritable sujet du livre c'était tout simplement celui évoqué par son titre ? Parce que, pour le coup, s'il est un « personnage » dont on parle du début à la fin, c'est bien des chutes. De la fascination qu'elles exercent, des nombreux suicides qu'elles suscitent, de leur présence visuelle de tous les points de la région, de leur présence sonore, également, parce que ça fait du boucan, tout de même, toute cette eau qui tombe, de l'industrialisation à outrance de la région et des problèmes environnementaux que cela provoque.
Mais pour être honnête, il est surtout question de cette femme, Ariah Littrell, des épreuves qu'elle traverse et aussi (surtout ?) de ses obsessions, de ses craintes, des combats intérieurs qui la rongent et qui frisent parfois la folie. Et des rapports, toujours difficiles et complexes avec ses proches, que ce soit ses parents, son mari ou ses enfants.
Quoi qu'il en soit,  que ce roman puisse être accusé de manquer d'homogénéité ou pas, c'est un merveilleux plaisir de lecture qui nous entraine dans un tourbillon créé d'ailleurs sans doute par sa supposée hétérogénéité et ne peut se lâcher avant le point final.
Une auteure dont je vais probablement renouveler la lecture. En anglais si j'en ai le courage. C'est en effet ma nouvelle lubie, mais, chut ! je vous en reparlerai.