samedi 5 février 2011

Terre sans mal - Martin Lessard

Quatrième de couverture
Au XIVe siècle, sur les rives d'un continent alors inconnu des Européens, U'tal, un jeune Guarani de quatorze ans, remet en cause une tradition qu'il juge trop violente. A ses yeux, le supplice de l'initiation n'a pas lieu de se dresser sur le chemin qui mène à l'Abaagui, la Terre sans mal. Dominant la terreur que lui inspirent les étrangers, il prend la route des hautes montagnes de l'Ouest et rencontre un homme reclus qui devient son ami. Ensemble, ils créent un lieu où la violence n'a pas sa place. Une terre de paix où le liage des races permettra aux mortels de convaincre Namandu d'accorder à leurs âmes le repos éternel. Mais le sang souille bientôt cette utopie et le destin d'Ut'al se jouera ailleurs... 750 ans plus tard, une immense nef extraterrestre apparaît dans le ciel. U'tal est de retour et, au nom des Guides, il a un marché à proposer à l'humanité. Pour son premier roman, Martin Lessard décrit de façon réaliste, avec une ambition peu commune, l'impact d'un premier contact extraterrestre sur les plus hautes sphères du pouvoir mondial. Roman lumineux, optimiste mais sans angélisme aucun, Terre sans mai navigue à contre-courant de la science-fiction actuelle. 

Impossible pour moi, du moins dès que j'ai attaqué la seconde partie, de ne pas penser à Robert Charles Wilson. Et en particulier à son roman Le vaisseau des voyageurs. Là comme ici, les terriens, pardon, l'humanité, reçoit une visite, a priori amicale, de voyageurs extra-terrestres. Et à chaque fois, les visiteurs ont une proposition à faire aux humains. Mais là s'arrête la comparaison. Alors que le roman de Wilson vire assez vite au récit post-apocalyptique (même s'il n'y a pas d'apocalypse au sens ordinaire) et nous décrit une terre d'où l'humain a presque entièrement disparu, Martin Lessard préfère nous parler d'une humanité face à l'un de ses choix les plus important. Peut-être même le premier et seul choix qu'elle ait eu à faire en tant qu'espèce face à une espèce étrangère.
À partir de là, nous allons suivre l'existence d'une poignée d'individus tant sur Mars ou sur la Lune que sur Terre et qui vont devoir choisir (la plupart d'entre eux vont faire un choix rapide) entre cynisme, pragmatisme, voire appétit de pouvoir et simplement humanisme. Comme chez Wilson, là encore, Martin Lessard profite de son récit pour dresser la peinture d'une galerie de personnages dignes d'intérêt. Mais je dois avouer que les personnages de Terre sans mal ont tout de même moins de profondeur que ceux du Vaisseau des voyageurs. Mais quand l'un des deux auteurs a déjà signé une dizaine de romans, l'autre n'en est qu'à son tout premier.
Et ma foi, comme coup d'essai, on est en droit de parler de coup de maître. Le style est fluide et parfaitement efficace. Le tout se laisse lire sans aucun moment d'ennui mais au contraire avec beaucoup de plaisir. Le propos est intelligent et nous laisse son lot de réflexions comme une écume sur les rivages de notre esprit. Car il en traite des sujets l'auteur. Tant politiques que philosophiques ou moraux. Je déplorerai juste que par moment le discours m'a paru un peu difficile à suivre. Je n'ai pas toujours compris ni les prises de position des uns et des autres ni pourquoi parfois les évènements prenaient telle ou telle tournure. Mais la faute m'en incombe sans doute davantage qu'à l'auteur dans la mesure où je suis un lecteur assez dissipé. La fluidité du style que j'ai déjà évoquée participe sans doute à endormir la vigilance du lecteur. Un conseil donc, accrochez-vous un tant doit peu si vous êtes, comme moi, du genre à divaguer.
Mais qu'importent ces petits défauts que nous mettrons sur le compte d'un premier roman. Martin Lessard m'apparait déjà, sans aucun doute, comme un futur grand nom de la SF. Et pas que francophone.

Ce qu'en pense BiblioMan(u).

Hunger Games, 2 - Suzanne Collins

L'embrasement
Résumé
Après le succès des derniers Hunger Games, le peuple de Panem est impatient de retrouver Katniss et Peeta pour la Tournée de la victoire. Mais pour Katniss, il s’agit surtout d’une tournée de la dernière chance. Celle qui a osé défier le Capitole est devenue le symbole d’une rébellion qui pourrait bien embraser Panem. Si elle échoue à ramener le calme dans les districts, le président Snow n’hésitera pas à noyer dans le sang le feu de la révolte. À l’aube des Jeux de l’Expiation, le piège du Capitole se referme sur Katniss…


J'avais, à l'époque, dit tout le bien que je pensais du premier volet. Ce second opus ne démérite pas, bien au contraire. Il est, d'une certaine façon, encore meilleur que le précédent. Sans doute parce qu'il reprend (nécessairement) quelques éléments déjà développés dans le premier mais en s'y attardant beaucoup moins longtemps (inévitablement), de sorte que  le rythme s'en trouve encore accentué. Et on ne peut pas dire que le premier tome était particulièrement lent. Certes pas. 
Du rythme donc, beaucoup de rythme. Des personnages (en partie les mêmes) encore un peu plus creusés et par conséquent, un peu plus attachants. De nouveaux venus et pas des moindres dont certains nous font frissonner. Enfin, un surtout. Un style fluide, efficace. Une histoire solide, très bien construite. Et même si nous retournons au sein des Hunger Games (après tout, c'est le nom de la trilogie) et qu'on pourrait craindre des redites et partant, un sentiment d'ennui, il n'en est rien.
Suzanne Collins a su admirablement renouveler le suspense de ces jeux barbares et nous en offre une seconde vision absolument différente de la première. J'ignore jusqu'à quel point on peut dire que cette trilogie est réellement destinée à la jeunesse. Même si l'héroïne est une adolescente, le fait que le récit soit à la première personne (c'est donc elle qui parle), nous fait nous rapprocher d'elle, quel que soit notre âge. Sur le site de France Loisirs, il est stipulé que ce roman est destiné aux 9 ans et plus. Ma fille va très bientôt atteindre cet âge et j'avoue ne pas l'imaginer lire des choses aussi violentes (violentes pour son âge, j'entends. Il n'y a aucun passage vraiment gore. Mais on est loin, loin, des bisounours).
Je dirais que ce livre est destiné aux adolescents et aux adultes. Ces derniers trouveront matière à s'enthousiasmer sauf s'ils ne condescendent à lire que les auteurs qui pratiquent la masturbation intellectuelle. Ici, il est surtout question d'aventure et d'action et plutôt bien fichues, même si sentiments et réflexions ne sont pas laissés pour compte. Loin de là.
Une réussite majeure !
Un tout petit, minuscule, insignifiant bémol. La fin de ce deuxième tome est bien moins fermée que pour le précédent. Pour ne pas dire qu'elle est diablement ouverte. Beaucoup, beaucoup de choses restent à régler. Vivement le troisième opus. Moi je vous le dis !

samedi 15 janvier 2011

Loterie Solaire - Philip K. Dick

Sur cette Terre de l'avenir, le jeu décide du sort des hommes. Tel qui œuvrait servilement dans une colonie industrielle peut devenir du jour au lendemain maître du monde, Meneur de Jeu, si les hasards des combinaisons atomiques du minimax en décident ainsi.
C'est ce qui arrive à Leon Cartwright, simple réparateur électronicien. Mais dans ce monde du XXIIIème siècle, l'assassinat légal du Meneur de Jeu est autorisé. Dès son arrivée au pouvoir, Cartwright se sent menacé de toutes parts malgré le corps de policiers télépathes qui est chargé de sa protection.
Encore ne sait-il pas que l'assassin qui le traque n'est pas humain et que rien ne peut l'arrêter.

  Les plus jeunes sont souvent agacés et souvent à juste titre par les phrases du genre : « C'était mieux avant ». Pourtant, au risque de me faire huer, j'ai bien envie de déclarer, chaque fois que je sors de la lecture d'un roman de Dick : « C'était mieux avant ». Quand on voit la situation désespérante dans laquelle se situe la Science-Fiction de nos jours, on ne peut que regretter son âge d'or. Bien sûr, il reste encore quelques auteurs très intéressants dans ce domaine, mais tellement moins qu'il y a trente ans. Mais heureusement, rien ne nous empêche de replonger ou plonger tout court dans les romans de l'époque et en particulier dans ceux du maître. Mais fermons ici la parenthèse nostalgie.
 Loterie Solaire est le premier roman de Dick. Il l'a écrit en 1955. Soit il y a plus de 55 ans. Il n'a toutefois pas pris une ride. Il est assez peu souvent cité pourtant il fait partie des romans de l'auteur que je préfère. L'intrigue est assez simple et se déroule sur seulement quelques jours. Leon Cartwright est devenu Meneur de Jeu et il va devoir déjouer les plans machiavéliques de son prédécesseur, Reese Verrick, qui souhaite assassiner (légalement) le nouveau maître du monde et retrouver sa place.
Comme à son habitude, Dick parvient à nous brosser en simplement quelques phrases l'univers dans lequel évolue l'action. Dans ce monde assez effrayant, l'homme le plus puissant de la terre est désigné par le hasard. N'importe qui peut assassiner le Meneur de Jeu, de la façon la plus légale qui soit, même si l'exercice est très règlementé.  Les citoyens sont rangés en deux catégories : les classés et les non-classés. Pour travailler pour quelqu'un, il faut lui prêter un serment d'allégeance qui fait de l'employé un véritable serf. Le Meneur de Jeu est protégé par un corps de policiers télépathes qui doivent allégeance à la fonction et non à l'homme.
Avec ces quelques éléments, Dick nous gratifie de ce que je qualifierais de thriller de Science-Fiction. Un roman d'action mené tambour battant. La réflexion n'y est portant pas totalement absente puisque l'auteur nous invite à réfléchir sur certaines question importantes. Notamment celle-ci : peut-on désobéir à des lois qui heurtent notre conscience ?

- (...) Est-ce un crime que de désobéir à une loi infâme ou à un serment vicié ?
- C'est un crime, dit Cartwright lentement. Mais il est peut-être bon de le commettre.
- Dans une société de criminels, avança Shaeffer, les innocents vont en prison.

Et pour ne rien modifier à ce qui est quasiment une marque de fabrique, Dick dresse une nouvelle fois (ou plutôt une première fois, s'agissant d'un premier roman) les portraits d'individus tout ce qu'il y a d'ordinaires. 
Un premier roman extraordinaire plutôt moins tourmenté que tous ceux qui allaient suivre. Et une fois de plus, je ne me lasse pas de le répéter, Dick nous offre une histoire solide et palpitante en seulement 182 pages.

mardi 11 janvier 2011

Second anniversaire

Étonnement Oui, parce qu'il faut bien le dire, je suis très étonné d'avoir tenu deux ans.
Bilan Je ne ferai pas de bilan chiffré parce que je suis un paresseux et je n'ai pas envie de compter. Ce qui est certain, c'est que cette année 2010 aura été très, très moyenne en terme de livres lus. La bonne nouvelle, c'est que la qualité était (assez souvent) au rendez-vous. Si je ne devais citer que les romans auxquels j'ai mis un 5/5 que je ne renierai pas, il y aurait (excusez du peu) :
et j'en passe.
À côté de cela, j'ai lu (et souvent même pas pu finir) pas mal de livres que je n'ai pas su apprécier et dont je n'ai même pas eu le courage de faire une chronique (citons entre autres, parmi les plus récents, Le monde vert de Brian W. Aldiss et Bloodsilver de Johan Heliot et Xavier Mauméjean. Ce dernier est fort bien écrit mais il n'a pas su me passionner)
Ajoutons une lassitude irrémédiable de la fantasy et vous aurez une bonne idée du triste bilan de cette année. Sans compter que les parutions de Science fiction étant réduites à la portion congrue, il ne me reste aucune échappatoire. Sauf en me replongeant dans mes lectures de jeunesse ce qui a au moins l'avantage de limiter les déceptions. Et voici comment je me retrouve (pour mon plus grand plaisir) à relire du Dick.
Polar Mais comme je ne pouvais pas passer le reste de mes jours à ressortir mes vieux poches de leurs cartons, il a bien fallu que je trouve de vrais remplaçants aux romans de fantasy qui commençaient à me sortir par les yeux. C'est ainsi que je me suis retourné vers d'anciennes amours : les polars. Et pour faire bonne mesure, j'ai même créé un nouveau blog : Noir et sans sucre.

Bonne année 2011 à toutes et à tous et à l'année prochaine ... peut-être. 

samedi 8 janvier 2011

Ubik - Philip K. Dick

Joe Chip est un technicien criblé de dettes travaillant pour Runciter Associates. Cette entreprise propose à ses clients de lutter contre des psis (des personnes aux pouvoirs psychiques développés comme des télépathes, par exemple) susceptibles de leur nuire. Elle utilise pour cela des neutraliseurs, des sortes d'anti-psis capables d'annihiler les pouvoirs des psis, de les rendre inopérants. Le travail de Chip, aidé en cela par un matériel sophistiqué, est de découvrir de nouveaux talents anti-psis. Attiré par une offre alléchante, Runciter embarque ses meilleurs neutraliseurs ainsi que Joe Chip en direction de la lune. Le rendez-vous s'avère être un piège et l'équipe est victime d'un attentat.

Il aura fallu attendre presque deux ans pour découvrir, enfin, sur ce blog une chronique sur un roman de Dick. Pourtant, Dick est incontestablement mon auteur de SF préféré. Mais il est vrai également que mes lectures du maître remontent maintenant à des années (des décennies) et qu'il faut bien que je me rafraichisse la mémoire avant d'en parler.
Si je commence par Ubik, c'est que mon histoire avec ce roman est un peu particulière. C'est d'abord celui de Dick que je préfère et je l'avais déjà lu deux fois ce qui est rare. J'ai aussi perdu deux fois le livre ce qui est exceptionnel. Celui d'aujourd'hui est donc mon troisième exemplaire. Et à chaque lecture, j'oublie totalement les détails et de quoi il est question, mais ça, c'est plutôt habituel. Le seul souvenir qui me reste d'un roman est l'impression générale que j'en ai retiré. Et Ubik faisait partie du sommet dans le domaine. C'est donc avec une hâte fébrile que j'attaquais cette troisième lecture.
Et je n'ai pas été déçu. Quelle claque encore une fois. Mais cette fois-ci, grâce à cette chronique, peut-être m'en restera-t-il quelque chose de plus substantiel.
Ubik foisonne d'idées.  C'est tout d'abord une vision personnelle du monde du futur. Un futur d'ailleurs pas si éloigné puisque vingt-six ans seulement séparent l'écriture du roman de l'époque à laquelle l'histoire est censée se dérouler (1966 - 1992). Ce monde est un monde du tout-payant. D'aucuns ont pu y voir une critique du capitalisme. À vrai dire, je n'en sais rien. Toujours est-il que du point de vue du héros (Joe Chip), ce monde est assez hostile. Pour entrer (et même sortir) de chez soi, il faut « payer » la porte. Pour utiliser sa douche, son réfrigérateur, sa cafetière, il faut y aller de sa petite pièce. Et pour Joe, qui n'a jamais un cent en poche, la vie est un calvaire.
L'idée que des télépathes (entre autres) peuvent constituer une menace pour les sociétés (on pense à l'espionnage industriel, surtout aujourd'hui, en pleine affaire Renault) est intéressante. Sans parler de cette autre idée géniale d'une société (Runciter Associates) qui se consacre entièrement à la neutralisation de ces espions du futur.
La possibilité de pouvoir communiquer avec des personnes « cliniquement » mortes, en semi-vie pour reprendre les termes du roman, est bien vue également.
Quant à cette spirale infernale qui semble entrainer tous les protagonistes dans le passé, elle entretient un suspense efficace, d'autant que les lecteurs que nous sommes n'en savent pas davantage que les personnages eux-mêmes.
Et puis Ubik c'est avant tout du Dick pur jus. Entendez par-là que l'auteur, comme à l'accoutumée, nous fait vivre le quotidien d'un héros tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Si on me posait la question, je serais bien incapable de citer un héros du maître qui soit grand, fort, beau, puissant, sachant ce qu'il veut et où il va. Joe Chip n'échappe pas à la règle. C'est un technicien tout ce qu'il y a de plus ordinaire, entrainé bien malgré lui dans une histoire absolument extraordinaire. Et comme il est facile de s'identifier à lui.
Autre qualité du roman : sa taille. Avec simplement 250 pages, Dick nous offre une histoire palpitante. Les auteurs d'aujourd'hui qui ne sont satisfaits que lorsqu'il nous délivrent un pavé d'un minimum d'un bon millier de pages, feraient peut-être bien de s'en inspirer. Je dis ça, je ne dis rien.
Voilà, Ubik est à consommer sans modération. Liquide, en poudre, en pilules; matin, midi et soir; assis, debout ou couché.