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lundi 28 septembre 2009

Le Dernier Magicien - Megan Lindholm (Robin Hobb)

C'est l'histoire d'un magicien. Du Magicien devrait-on dire. C'est ainsi qu'on l'appelle. Personne ne connait son nom. Lui-même l'ignore sans doute. C'est aussi un sans abri. Chaque jour il parcoure Seattle, un peu au hasard. Chaque nuit il regagne son repaire : un vieil immeuble inoccupé. Il n'a que peu d'amis. Tous magiciens. Un jour il rencontre une jeune femme. Elle tient absolument à l'aider même si lui ne veut rien savoir. Mais il rencontre aussi une redoutable ombre grise. Une menace.

Ce Dernier Magicien est un livre plutôt atypique. Très original. D'abord, vous l'aurez compris, parce qu'il s'agit d'Urban Fantasy. Les romans de fantasy se déroulant dans notre monde contemporain ne sont pas légions. En tout cas pas dans ma bibliothèque. La magie y est d'ailleurs discrète. Et pas commune. La plupart des pouvoirs de nos magiciens sont peu spectaculaires. Ils seraient, pour certains, du genre à nous faire nous demander : à quoi ça sert ? Souvent, ils s'apparente davantage à des devoirs, des obligations. Le Magicien peut et doit nourrir les pigeons du parc à l'aide d'un sac de maïs inépuisable. Mais il peut aussi, ce qui semble plus utile tout de même, susciter les confidences des gens qu'il croise et trouver les mots précis qui vont les aider.
Rien de bien spectaculaire, donc. Cette histoire s'attache même aux aspects les plus ordinaires de la vie. Mais de la vie des sans abri, de ceux qui sont seuls, de ceux qui n'ont rien. Une fois encore, l'auteure s'intéresse tout d'abord aux gens, à ce qu'ils pensent, à la façon qu'ils ont de lutter contre les problèmes qu'ils rencontrent. Ou à leur façon de baisser les bras. Et pourquoi ils luttent, pourquoi ils abandonnent. Elle nous parle de solitude et d'errance. De vies brisées. D'incommunicabilité.
C'est un livre simple, triste et beau.

vendredi 5 juin 2009

Le vol des harpies - Megan Lindholm

Ki et Vandien 1

La jeune Ki voit rouge le jour où sa famille se fait massacrer par les harpies, ces créatures ailées sacrées aux yeux de tous. Bravant l'interdit, elle détruit le nid de l'une d'elles et la tue. Désormais poursuivie sans relâche, tant par les harpies que par leurs nombreux serviteurs humains, et prête à tout pour leur échapper, Ki accepte de convoyer un chargement vers la lointaine Diblun, quitte à devoir emprunter le redoutable " Col des Soeurs ". Un seul homme, Vandien, voleur de profession, ose la suivre et se dresser à ses côtés contre la toute puissance des harpies. Leur périple s'annonce long et périlleux ...

On a beaucoup dit, ici ou là, que ce premier roman de Megan Lindholm n'était, malgré ses qualités, pas tout à fait à la hauteur des oeuvres que l'auteure, sous le nom de Robin Hobb, allait publier. On a parlé de prémices, de promesses, de voix naissante. Bref, ce n'était pas encore du Robin Hobb. Je ne suis pas loin de partager ces avis. Mais j'apporterai tout de même deux précisions. La première c'est que ce premier roman, EST, malgré tout, du Robin Hobb. J'entend par là que tous ceux qui n'apprécient pas cette auteure peuvent passer leur chemin. Aucune bonne surprise ne les attend. La seconde est qu'il s'agit indubitablement d'un très bon roman, si ce n'est pas, à l'évidence, un chef-d'oeuvre.

Le roman peut être divisé en deux parties, emmêlées, imbriquées l'une dans l'autre. La première partie concerne les aventures proprement dites de Ki et Vandien. Elles se déroulent dans le présent des personnages. Ki est une jeune femme à l'origine mal définie mais qui a été élevée parmi les romnis, dont le modèle est à chercher auprès des gens du voyage, devenus très à la mode dans la fantasy moderne. Elle a pour mission de transporter, dans sa roulotte, des pierres précieuses pour le compte d'un marchand. Elle rencontre Vandien lorsque celui-ci tente de lui voler l'un de ses chevaux. Elle le surprend, le maîtrise puis décide finalement de le laisser l'accompagner. Le reste est assez classique, les deux personnages étant amenés à franchir un col réputé infranchissable à cette époque de l'année. Déjà ici, ce qui compte chez Lindholm-Hobb, c'est davantage la psychologie des personnages et comment ils vont s'apprivoiser l'un l'autre, que l'action proprement dite.
La seconde partie est toute entière faite des flashbacks de Ki qui la ramènent à une période plus douloureuse de sa vie, au moins du point de vue psychologique. Elle se rappelle les moments où elle a perdu son mari Sven et ses deux enfants, tués par une harpie. Elle se rappelle son désir de vengeance et le besoin qu'elle a ressenti de décimer, à son tour, la famille de la harpie. Elle se rappelle enfin sa vie au sein de la famille de Sven. C'est probablement la partie la plus intéressante du roman. Il s'agit, à mon sens, d'une charge fine et intelligente, contre l'intolérance. La famille (la tribu) de Sven nous est d'abord présentée comme des gens, certes un peu obtus, mais néanmoins assez sympathiques et accueillant. Mais au fur et à mesure que Ki, et nous à ses côtés, apprend à les connaître, elle découvre à quel point ils peuvent, pour certains d'entre eux, se révéler campés sur leurs certitudes, aveuglés par leurs croyance, englués dans leurs traditions. Ils la traitent, elle, l'étrangère, celle qui ne partage pas leur foi, avec mépris, condescendance, voire haine. Tout ceci est amené lentement, inexorablement, comme si le voile qui recouvre la noirceur de leur âme s'effilochait petit à petit. Je ne me rappelle pas avoir lu si souvent des portraits aussi réussis de salauds bien-pensant.

Une autre des qualités de ce roman, et pas la moindre, est sa taille. Il "pèse" 285 pages et se suffit à lui-même. Chaque tome de la saga étant indépendant. Et en ces temps de surenchère du nombre de pages qu'est supposé avoir un roman de fantasy, c'est un vrai bonheur.
Au final, un excellent roman qu'il n'est certes pas indispensable d'avoir lu mais qui vaut largement quelques pavés indigestes dont nous sommes quotidiennement abreuvés.