Affichage des articles dont le libellé est Blanche. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Blanche. Afficher tous les articles

dimanche 9 avril 2017

Babylone - Yasmina Reza

Résumé :
« Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C'est l'image d'eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l'excitation d'être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d'autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l'infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j'entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l'irrémédiable. »

Prenez un soupçon de vie de gens ordinaires. Ajoutez-y une pincée de polar. Faites revenir dans une belle langue et vous obtenez Babylone.
L'histoire est toute simple, vraiment simple, mais doit-on rendre une histoire complexe pour écrire un bon roman ? Pour moi la réponse est définitivement non. D'autant que je suis de ceux qui privilégient la peinture réussie de personnages intéressants, voire attachants et qui sonnent juste à une histoire aux nombreuses ramifications mais peuplée d'individus qui ressemblent à des caricatures, auxquels on ne s'identifie pas et dont le destin nous laisse totalement indifférent.
Donc, ici, nous avons quatre, cinq personnages. Ce n'est pas une foule, mais c'est entièrement suffisant. Après tout, dans Robinson Crusoé, les protagonistes ne sont pas pléthore non plus. N'est-ce pas ?
Un immeuble parisien. Nous avons donc Jean-Lino, qui habite au cinquième. C'est un homme d'une soixantaine d'années, petit-fils d'immigrés juifs italiens, doux et discret et qui a la phobie des lieux clos. Lydie, sa seconde femme, est un «genre de thérapeute», dont l'une des passions est le chant, qu'elle exerce, de temps à autre, dans quelques bars ou petits cabarets. Elle a un petit-fils, Rémi, qui loge fréquemment chez sa grand-mère. Il y a Pierre, le mari de la narratrice. Il est gai, facile à vivre, pas bavard et tendre. Enfin, il y a Élisabeth, la narratrice. Elle a soixante ans passés et Pierre et elle habitent au quatrième. Elle est ingénieur brevets à l'Institut Pasteur.
L'histoire que nous raconte Élisabeth est toute simple, comme je l'ai indiqué, et tourne essentiellement autour de ses voisins Jean-Lino et Lydie et autour de Pierre et elle-même. La manière qu'elle a de nous raconter le tout est très proche du mode oral. Non pas tant par le style, qui reste littéraire, encore que tout ce qu'il y a de plus accessible et agréable, mais par sa façon de passer d'un sujet à l'autre, exactement comme dans ces conversations à bâtons rompus.
C'est à mon sens la marque de fabrique du récit. Du moins jusqu'au drame, où la narration devient plus linéaire. Enfin, pas trop longtemps quand même, Élisabeth nous gratifiant de loin en loin de quelques flash-back
 Un petit moment intéressant de la vie d'un immeuble, quelques jours, voire quelques heures.

Très bon. 

samedi 1 avril 2017

Sa Majesté des Mouches - William Golding

Résumé :
Soit un groupe d'enfants, de six à treize ans, que l'on isole sur une île déserte. Qu'advient-il d'eux après quelques mois? William Golding tente l'expérience. Après les excitantes excursions et parties de baignade, il faut s'organiser pour survivre. C'est au moins la réflexion de Ralph, celui qui fut élu chef au temps heureux des commencements, et du fidèle Piggy. Mais c'est ce que refusent de comprendre Jack, le second aspirant au "trône", et les siens. Cette première division clanique n'est pas loin de reproduire un schéma social ancestral. S'ensuivent des comportements qui boudent peu à peu la civilisation et à travers lesquels les rituels immémoriaux le disputent à une sauvagerie d'une violence sans limite. 

Je n'avais pas encore lu ce grand classique. La lacune est désormais comblée. Décidément, il va falloir que je copie ces deux phrases, ou leurs petites sœurs, quelque part et que j'en fasse des copié/collé tant je les utilise. En même temps, quand on aime lire et qu'on n'a qu'une seule vie, comme la plupart des gens (je ne connais pas d'exception, mais allez savoir), on se retrouve souvent dans cette situation de ne lire que tardivement ce que d'aucuns ont déjà lu, voire relu, depuis longtemps. Mais il faut bien une première fois. Passons.
Le roman est classé en littérature jeunesse. Disons-le tout de suite, il est parfaitement lisible pour un adulte. La violence de certaines situations pourraient même le destiner à des lecteurs avertis. Mais rien de gore, rassurez-vous. En définitive, tous les lecteurs, quel que soit leur âge, y trouvent leur compte.
Le style est agréable et le texte se dévore littéralement. Je n'aurais qu'un petit reproche à faire aux dialogues qui sont parfois malaisés à suivre. Les enfants (puisqu'il n'y a que des enfants dans l'histoire) ont souvent des répliques qui semblent sans rapport avec ce que leur interlocuteur vient de leur dire. C'est parfois déroutant. Mais c'est peut-être une façon pour l'auteur de nous indiquer que chacun est perdu dans ses propres pensées et n'écoute pas vraiment ce qu'on lui dit. Peut-être.
Les efforts faits par le groupe pour s'organiser et survivre sont intéressants à suivre même si l'auteur ne montre absolument aucun optimisme. Le lutte entre les «raisonnables» et les «sauvages» tourne vite à l'avantage des seconds qui deviennent de plus en plus nombreux au fur et à mesure que le temps passe.
Les premiers sont représentés essentiellement par Ralph et Piggy (Porcinet). Ralph devient vite le chef du groupe et symbolise la démocratie, les règles. Piggy symbolise le savoir mais il est gros, myope et asthmatique, trois caractéristiques qui le font mépriser par le reste des enfants, malgré son intelligence supérieure. De l'autre côté il y a  Jack, ex chef de la maîtrise du collège et qui devient chef des chasseurs. Il symbolise le guerrier et accessoirement, le brutalité et la violence.
Très vite, donc, la raison et le bon sens vont devoir s'incliner devant l'envie de s'amuser qui anime de plus en plus d'enfants, qui vont préférer n'écouter que leur instinct quitte à réduire à néant les chances d'être retrouvés et secourus.
J'ai peur d'être assez proche de l'idée que Golding se fait de l'humanité. Livrés à eux-même et sans les garde-fous de la société, les humains, et particulièrement les plus jeunes, sont probablement plus enclins à ne suivre que la loi du plus fort, quitte à mettre le groupe tout entier en danger.
Laissez dans une société de la place pour les peurs, les superstitions, la haine et nul doute que ces maux la submergent rapidement et la rendent incapable de protéger les plus faibles, les plus vulnérables et au final, de se protéger elle-même.

Très bon. 

samedi 25 mars 2017

Le Bureau des Jardins et des Étangs - Didier Decoin

Résumé :
Japon, aux alentours de l'an Mil, Shimae, un village paysan sur les bords de la rivière Kusagawa. Cet humble village a un talent : celui d'abriter le pêcheur Katsuro, virtuose dans l'art d'attraper et de transporter des carpes de grande valeur vers la ville impériale d'Heiankyo, la cité de tous les raffinements, de tous les plaisirs, et surtout la ville où se trouve le bureau des jardins et des étangs. À la mort de katsuro, qui se noie dans la rivière, qui parmi les villageois va pouvoir prendre sa suite ? Poser sur son dos le lourd fardeau des nacelles d'osier où tournoient les carpes boueuses et, en équilibre, marcher jusqu'à l'épuisement, traverser tous les dangers jusqu'à la capitale ? Qui ? Sinon la veuve de Katsuro, la ravissante, l'effarouchée, la délicate Miyuki. Mais sera-t-elle capable d'une tâche pareille ?

Je n'avais jamais encore lu de Didier Decoin. Voilà qui est fait. Et bien fait. Ce roman a été un plaisir de lecture du début à la fin. Il faut dire que l'auteur s'y entend pour nous projeter dans un japon médiéval plus vrai que nature. Dans une langue magnifique il parviendrait presque, voire parvient tout court à nous faire croire que son livre est l’œuvre d'un brillant écrivain japonais.
Sa connaissance du pays comme de l'époque est indéniable et le récit est parsemé de détails érudits sans jamais être lourd. Ajoutez à cela un magnifique portrait de femme et celui d'une société aux coutumes mystérieuses et étranges pour nos yeux d’occidentaux et vous obtenez  un très beau roman qui vous emmène loin, très loin, dans l'espace et le temps.

Très bon.

dimanche 12 février 2017

Les noces barbares - Yann Queffélec

Résumé :
Fruit d'une alliance barbare et d'un grand amour déçu, Ludovic, enfant haï par sa trop jeune mère — Nicole — et ses grands-parents, vit ses premières années caché dans un grenier.
La situation ne s'arrange guère après le mariage de Nicole avec Micho, brave et riche mécanicien qui cherche à protéger Ludovic. Hantée par ses amours brisées, sombrant dans l'alcoolisme et méprisant son mari, la jeune femme fait enfermer son fils dans une institution pour débiles légers. Mais Ludovic est loin d'être le crétin qu'on suppose. Il ne cesse de rêver à sa mère qu'il adore autant qu'il la redoute. Même une première expérience amoureuse ne parvient pas à l'en détourner. Son seul but, son unique lumière : la retrouver.
S'enfuyant un soir de Noël, il trouve refuge sur la côte bordelaise, à bord d'une épave échouée, écrit des lettres enflammées qui restent sans réponse. Et c'est là que va se produire entre Nicole et son fils une scène poignante et magnifique de re-connaissance mutuelle.

Ces noces barbares, ce sont l'histoire de Ludovic, dit Ludo, un enfant dont le moins qu'on puisse dire est qu'il n'est pas désiré. Totalement ignoré par son grand-père, à peine plus considéré par sa grand-mère, délaissé, voire détesté par sa mère, martyrisé par son frère adoptif, Ludo s'élève tout seul et grandit sans amour, ou presque. Seul une cousine va lui montrer de l'affection mais la mauvaise santé de celle-ci va l'empêcher de prendre soin du garçon. Son beau-père, mari de sa mère, va lui aussi tenter de protéger son beau-fils, mais sa lâcheté et l'envie de ne pas entretenir de conflit avec sa femme, va rendre son affection totalement improductive.
Nous vivons donc le quotidien de cet enfant, son enfer permanent. Bien qu'il ne soit pas si bête, il passe pour idiot dans la mesure où il n'a pas bénéficié d'un socialisation digne de ce nom. C'est tout juste s'il sait lire et écrire. Tout le monde l'accuse de tous les maux et ce d'autant plus facilement qu'il se défend peu et que les autres profitent de son innocence pour faire des vacheries et le faire accuser à leur place.
De fait, Ludo est un innocent. Il n'a aucune notion du bien et du mal. Tout ce qui l'intéresse, c'est de se faire aimer de cette mère qu'il adore mais qui, malheureusement, n'a qu'un désir, se débarrasser de lui. 
Inutile de chercher un rayon de soleil dans la grisaille de cette vie, il n'y en a pour ainsi dire pas. Même ses amourettes d'enfant/ado sont sordides, clandestines et insatisfaisantes. Sa petite amie n'est pas cette mère idéalisée qui hante ses pensées. Cette mère à qui il écrit des dizaines de lettres qui restent sans réponse. Cette mère dont il attend la venue mais qui ne vient jamais. Ou trop tard, ou pour de mauvaises raisons.
Vous êtes prévenus, aucune chance que vous esquissiez le moindre sourire à cette lecture, en revanche, l'écriture est tellement magnifique, le personnage tellement attachant que vous êtes assuré de passer un excellent moment littéraire.

Excellent. Coup de cœur.

lundi 6 février 2017

Beaux rivages - Nina Bouraoui

Résumé :
C'est une histoire simple, universelle. Après huit ans d'amour, Adrian quitte A. pour une autre femme ; Beaux rivages est la radiographie de cette séparation.
Quels que soient notre âge, notre sexe, notre origine sociale, nous sommes tous égaux devant un grand chagrin d'amour.
Les larmes rassemblent davantage que les baisers.
J'ai écrit Beaux rivages pour tous les quittés du monde.
Pour ceux qui ont perdu la foi en perdant leur bonheur.
Pour ceux qui pensent qu'ils ne sauront plus vivre sans l'autre et qu'ils ne sauront plus aimer. Pour comprendre pourquoi une rupture nous laisse si désarmés. Et pour rappeler que l'amour triomphera toujours. En cela, c'est un roman de résistance. 

A priori, je n'étais pas le cœur de cible de ce roman. Mais les a priori, c'est le mal. Après tout, la plupart d'entre nous, même ceux qui refusent de l'admettre, nous avons été largués, un jour ou l'autre. Et les années passant, le risque augmente. C'est statistique.
Partant de ce principe, je ne pouvais nier que ce que Nina Bouraoui décrit, si bien, éveillait en moi des choses vécues. Pas nécessairement ce que A., le personnage principal, vit, mais du moins, je possède, à un degré certes différent, la (douloureuse) expérience de ce qu'elle endure.
De quoi susciter en moi la nécessaire empathie qu'un lecteur doit avoir pour des personnages pour que la lecture «fonctionne». Même si, parfois, on a envie de secouer A. pour qu'elle passe, enfin, à autre chose. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire.
Et on assiste au long et nécessaire cheminement du personnage pour, non pas forcément accéder à la lumière, mais au moins, quitter le plus profond des ténèbres dans lesquelles l'a plongée la séparation. Nous découvrons chaque étape : le chagrin, l'incompréhension, la colère, la haine de l'autre, celle qui nous a «volé» celui qu'on aime, la paranoïa, parce que l'héroïne est persuadée que, par blog interposé, la rivale l'agresse.
Parce que, et c'est un élément important du livre, me semble-t-il, l'auteure n'hésite pas à faire référence aux nouvelles technologies, tant elles ont, il est vrai, envahi notre vie. Du coup, nous sommes plongés en pleine modernité et cela renforce encore notre proximité avec les personnages.
Le tout est écrit dans une magnifique langue, élégante, efficace, avec des phrases le plus souvent courtes qui apportent du rythme au récit. À l'exception notable, toutefois, d'une phrase qui m'a frappé, interminable mais rythmée, hachée pourrait-on dire par la présence de nombreuses virgules en manière de points, d'une telle longueur et d'une telle intensité qu'elle nous laisse, une fois achevée, avec la curieuse impression de l'avoir lue en apnée. Une apnée cérébrale, si j'ose cette image, mais qui nous abandonne presque physiquement essoufflé, haletant, comme si, en guise de lecture, nous avions fait de la plongée sans bouteille. L'effet est saisissant.
Plutôt éloigné de mes lectures habituelles, ce très beau roman m'a donné envie de faire plus ample connaissance avec l'univers de cette talentueuse auteure.

Très bon.

dimanche 15 janvier 2017

La salamandre - Jean-Christophe Rufin

Résumé :
Catherine, dont la vie s'organisait autour du travail avec la haine des dimanches, le secours de la télévision, l'affection d'un chat et l'usage fréquent de somnifères, tourne le dos à la France pour s'installer au Brésil. Dépassant sa condition de touriste, elle quitte l'univers des agences de voyages pour celui des favelas. La violence avec laquelle les gens se traitent entre eux ne lui est alors plus épargnée. Dans ce récit d'un parcours absolu, Jean-Christophe Rufin livre une tragédie moderne, où l'héroïne semble soudain obéir à une loi profonde qui la pousse à se détruire et à s'accomplir en même temps. À travers ce portrait d'une femme qui se perd et se découvre, l'auteur reprend aussi un thème qui lui est cher, celui de la rencontre entre les Occidentaux et leur tiers-monde fantasmé. Loin de la vitrine exotique et du mythe révolutionnaire, il va au-delà de la vision idéalisée, tout au moins " idéologisée ", du tiers-monde, vers un monde ambivalent, fait à la fois de richesse et de violence, repoussant et attirant.

Le début du roman commence par un récit d'une grande banalité. Les vacances d'une jeune française à Recife. En même temps, je ne la ramène pas trop parce que moi, je n'ai jamais mis les pieds en Amérique du sud. Donc, les vacances de cette française «moyenne» au Brésil, ce pays qui fait tant rêver bon nombre de nos compatriotes, ne sont pas si banales que ça. Mais, malgré tout, cela reste des vacances dans tout ce que cela peut avoir de plus ordinaire. Puis, progressivement, presque sournoisement, le séjour bascule de l'ambiance de carte postale à celle, moins rieuse, d'un tableau de Jérôme Bosch, du rêve au cauchemar, du paradis à l'enfer. La vie de l'héroïne va sombrer bientôt dans l'horreur.
On se surprend à exhorter Catherine à ouvrir les yeux, à sortir de l'engrenage infernal dans lequel elle s'est elle-même engouffrer. Parce que, et c'est peut-être ça qui nous agace le plus, la jeune femme est consentante. Ou, pour mieux dire, incapable de résister à l'attrait du piège, non dépourvu de charme, qui l’entraîne à sa perte.
Impuissants, et pour cause, pauvres lecteurs, nous assistons à cette lente dégringolade de l'héroïne jalonnée d'humiliations, de mensonges, de trahisons, jusqu'au drame final.
Nul doute que, en dépit de ma mémoire de poisson rouge, mon esprit garde encore longtemps les images puissantes de ce beau roman.
 

jeudi 27 octobre 2016

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee

Résumé :
Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

Quand on lit pas mal comme moi, c'est aussi pour avoir le bonheur, de temps en temps, de lire un roman tel que celui-ci. Parce que ces quelques heures passées en compagnie de l'attachante Scout, c'est du pur bonheur. Pourtant, le pari n'était pas gagné d'avance tant j'ai peu de goût pour les personnages gentils, très gentils, trop gentils. J'ai depuis longtemps passé l'âge d'apprécier les Bisounours et j'ai peu d'appétit pour tout ce qui dégouline de bons sentiments. Et dans ce roman, la plupart des personnages sont gentils. Pour mieux dire : bienveillants. Seulement voilà, tout le talent de Harper Lee est de nous convaincre que de telles personnes existent pour de bon et que le monde n'est pas peuplé de salauds, loin de là. Et puis quoi ? L'ambition de chacun d'entre nous (au moins de la plupart) n'est-elle pas de montrer de la bienveillance ? Je doute que nous cherchions, tous autant que nous sommes, à être couronné du titre d'ordure de l'année. N'est-ce pas ?
Alors oui, les personnages de ce roman sont bienveillants. À commencer par le père Atticus. Mais être avocat et ne pas montrer un minimum d'empathie à l'égard de l'humanité toute entière, voilà qui semblerait curieux. À moins bien sûr de considérer cette profession comme juste un bon moyen de gagner beaucoup d'argent. Il y a également la voisine, Miss Maudie, qui vit seule depuis la mort de son mari. Le shérif, M. Tate, un brave homme même s'il n'a pas toujours le courage d'assurer ses fonctions. D'une façon générale, d'ailleurs, les habitants de Maycomb sont plutôt de braves gens qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre en paix.
Malheureusement, vivre en paix n'est pas toujours possible dans ces lieux et en ces temps. Surtout quand un Noir est accusé, à tort, on s'en doute, d'avoir violé une jeune fille blanche. Et qu'Atticus Flinch est chargé de défendre l'accusé. Et là, on découvre comment, dans cette période de racisme et de bigoterie, les braves gens peuvent se transformer en foule sauvage.
De ce point de vue, le message de l'auteur m'a semblé être que l'humain est sans doute foncièrement bon,mais que la dureté de la vie, la peur, des croyances tenaces peuvent le rendre mauvais et cruel.
Quant au génie de Harper Lee, il réside entre autre dans l'idée de nous avoir fait vivre cet épisode d'une petite ville de l'Alabama à travers les yeux d'une petite fille fort attachante. On va ainsi la suivre pendant les trois premières années de sa vie scolaire (en gros du CP au CE2 en équivalent français) et les alternances de cours d'école ennuyeux pour cette gamine qui sait déjà lire et écrire et d'étés merveilleux de découvertes mais qui passent trop vite. Quoi d'autre que le regard d'une enfant pour nous montrer à quel point cela n'a aucun sens d'être condamné, avant même d'être jugé, parce qu'on n'a pas la chance d'avoir la bonne couleur de peau ?
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur est un roman qui n'a décidément pas usurpé l'excellente réputation qu'il a. Je vous invite à le lire séance tenante.

Excellent. Coup de cœur.

dimanche 2 octobre 2016

L'occupation des sols - Jean Echenoz

Résumé :
Une femme est peinte sur un mur dans un quartier de Paris voué à la rénovation. L’époux et le fils du modèle entre-temps défunt regardent l’image chérie disparaître.

Je vais tâcher de ne pas faire une chronique plus longue que le texte lui-même (16 pages). Alors voilà, c'est triste (un peu), poétique (beaucoup) et aussi, surprenant, grave et léger à la fois, déconcertant, fou. C'est juste beau. 

Très bon.

samedi 1 octobre 2016

Un an - Jean Echenoz

Résumé :
N’étant que trop sûre d’avoir provoqué la mort de Félix, Victoire aime autant s’éloigner. Où qu’elle se trouve alors, Louis-Philippe passe l’informer de temps en temps des suites de cette affaire. Or Louis-Philippe ment.

Ce (très court) roman se lit comme on déguste un excellent vin. On fait durer le plaisir, par petites gorgées, même si une petite heure se révèle suffisante pour le lire. Par plaisir j'entends bien sûr celui que l'on prend à lire la prose d'Echenoz. Parce qu'au niveau du récit, il n'y a guère de quoi se réjouir de cette lente déchéance de Victoire. Mais la dégringolade de l'héroïne est ponctuée de moments qui frisent le fantastique, en particulier chaque apparition de son ami Louis-Philippe. La fin est assez inattendue (encore que) et nous laisse un peu ébété pendant quelques instants.

Très bon.

samedi 17 septembre 2016

Vipère au poing - Hervé Bazin

Résumé :
« Vipère au poing » est le premier roman d'Hervé Bazin ; et celui qui l'a rendu immédiatement célèbre. Publié en 1948, c’est le premier volet d'une trilogie (« Vipère au poing », « La mort du petit cheval », « Le cri de la chouette ») qui raconte successivement l'enfance de Jean Rezeau (dit Brasse-Bouillon), sa vie de jeune adulte puis celle d'homme d'âge mûr, jusqu'à la mort de sa mère, Paule Pluvinec, dite Folcoche.
Ce premier roman, très largement autobiographique, est l'histoire d’une famille de la petite bourgeoisie provinciale, les Rezeau : 3 fils, un père effacé et rêveur et une mère autoritaire et méchante. Mais c'est surtout l'histoire de la haine qui lie le narrateur, benjamin des fils à sa mère...

Classique de chez classiques. Et que je n'avais jamais lu. Hou ! La honte ! Ouais bon, ça va. On peut pas être partout. L'erreur est réparée, la lacune comblée.
Quel magnifique roman que celui-ci. D'abord parce qu'il est superbement écrit. Et ça, on a beau dire, ça compte énormément, surtout quand on aime lire de la littérature avec de vrais morceaux de langue française dedans. Ensuite parce que le récit nous transporte loin, très loin. Dans un autre temps, un autre monde.
Vipère au poing c'est  bien sûr le portrait d'une drôle de mère. Drôle dans le sens de bizarre, étrange, spéciale, disons le mot : flippante. Parce que rigolote, elle ne l'est point. Mais point du tout. Plutôt haïssable, détestable. Finalement, pas une mère du tout.
C'est aussi le portrait d'une famille. La mère, donc, mais aussi le père, un tout mou et les trois fils, tous plus ou moins victimes de la tyrannie de leur génitrice. C'est également le portrait d'une époque qui nous semble aujourd'hui à la fois proche et lointaine. C'est le moment où l'Europe bascule, pour le meilleur et pour le pire, dans la modernité : électricité, téléphone, automobile, avion, radio... Encore que cette modernité ne semble pas avoir énormément bousculée cette région de France où se situe l'action. Ce qui renforce encore ce sentiment d'exotisme.
Et puis il y a la religion, toujours aussi présente en dépit de la (toute récente) loi sur la laïcité. Parce que des soutanes, croyez-moi qu'on va en croiser, et pas qu'un peu.
Mais ce roman est avant tout l'histoire d'une haine tenace et violente. Fort heureusement, le tout est écrit avec une légèreté, un humour, qui rendent la lecture délectable.
Bon, je ne vais pas être original, mais je le dis quand même : attention ! chef-d'oeuvre.

Excellent. Coup de cœur.

lundi 12 septembre 2016

Dans le jardin de l'ogre - Leïla Slimani

Résumé :
«Une semaine qu'elle tient. Une semaine qu'elle n'a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d'Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n'a pas bu d'alcool et elle s'est couchée tôt.
Mais cette nuit, elle en a rêvé et n'a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s'est introduit en elle comme un souffle d'air chaud. Adèle ne peut plus penser qu'à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d'un pied sur l'autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu'on la saisisse, qu'on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu'elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n'être qu'un objet au milieu d'une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu'on lui pince les seins, qu'on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l'ogre.» 

Voici donc le second livre de Leïla Slimani que je lis mais il s'agit du premier dans l'ordre chronologique. Et ma foi, je pense que si j'avais commencé par celui-ci, j'aurais sans doute moins eu envie de me confronter à l'univers de l'auteure.
Il reste cependant un bon livre, mais moins abouti que le second (Chanson douce). Certes, ce style que j'apprécie tant est déjà là. Simple, direct, efficace, presque sec, voire aride mais beau. Certes, cette histoire d'addict au sexe, même si elle est traitée avec des mots et un ton souvent crus, ne verse jamais dans la vulgarité. Certes les personnages sont forts, le récit prenant. 
Mais il y a un petit je-ne-sais-quoi qui empêche le roman d'être sublime. L'explication est peut-être à chercher du côté des personnages qui n'ont rien de vraiment sympathiques, au moins au départ, et dont les motivations nous apparaissent assez floues. J'aurais aimé plus de matière pour mieux comprendre ce qui pousse les uns et les autres à agir comme ils le font. Quant à la fin, même si elle m'a paru claire, elle n'est pas aussi explicite qu'elle aurait pu l'être.
Un bon roman malgré tout, pas déplaisant à lire mais un cran au-dessous de Chanson douce

Bon.

vendredi 9 septembre 2016

Chanson douce - Leïla Slimani

Résumé :
Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Cette chanson douce a en fait tout du thriller. Une journaliste a même avancé le terme de thriller domestique. Ce n'est pas mal trouvé. Sauf que, au contraire de la plupart des thrillers, ce roman commence par le drame horrible qui en principe clos ce genre d'ouvrage. Dès lors ce qui va intéresser l'auteure et nous, lecteurs, c'est le pourquoi d'une telle horreur.
 Dans un style direct, efficace, sans fioriture et fort plaisant à lire, Leïla Slimani nous raconte donc l'histoire de cette étrange nounou du moment où elle est engagée jusqu'à la tragédie finale (ou initiale, pour le coup). On suit sa lente descente vers la folie qui l'amène à accomplir l'irréparable.
L'auteure évoque, sans émettre le moindre jugement, le cas des parents si débordés qu'ils n'ont pas le temps de s'occuper de leurs enfants, les rapports de classes, les conditions de vie des nounous de l'étranger et des immigrés en général, le comportement assez peu élégant de certains logeurs, la solitude, l'enfermement de ceux qui se réfugient dans le mutisme et tout un tas d'autres maux de notre société.
J'ai découvert cette auteure tout à fait par hasard et sans aucun a priori et nul doute que je vais entamer dans un peu moins de pas longtemps son premier livre Dans le jardin de l'ogre

Excellent.

vendredi 2 septembre 2016

Sula - Toni Morrison

Résumé :
Au cœur de l'Amérique profonde, deux petites filles noires s'inventent une autre vie, plus riche, plus drôle, plus libre surtout que la dure réalité qui les entoure.
L'âge venant, Sula la rebelle part rouler sa bosse dans les grandes villes alors que Nel, la sage, accomplit sa vocation de mère et d'épouse. Quarante ans après, elles font leurs comptes, s'opposent et incarnent chacune à sa manière la farouche énergie de la femme noire face aux hommes si vulnérables.

Troisième roman de Toni Morrison que je lis. Et là, patatras ! je ne le trouve pas aussi bon que les deux autres. Il semble qu'il soit un des plus courts écrits par l'auteure. Et ceci explique peut-être cela. On peut imaginer que l'histoire y aurait gagné à être un peu plus étirée. Les personnages plus fouillés. 
Pour ne parler que de Sula, le personnage qui donne son titre à l'ouvrage, on n'en parle pas tant que ça, à vrai dire. Le roman aurait pu s'appeler Nel (sa meilleure amie) ou Éva (sa grand-mère), voire Medallion (le nom de la bourgade). Sula n'est finalement qu'un personnage parmi les autres. Sa personnalité, pas plus que celle des personnages qui l'entourent, n'est pas très approfondie. La faute à un récit, encore une fois sans doute trop court et qui fait défiler les années à un rythme d'enfer et qui ne nous permet jamais de nous faire une image précise des caractères de chacun. 
Et même, en dehors des passages où l'auteure nous livre les anecdotes concernant les uns et les autres, et qui sont, comme dans chacun de ses livres, parfaitement réussis, tant son talent de conteuse est grand, j'avoue que je me suis laissé gagner par l'ennui. J'ai trouvé ces passages sans réelle action, très bavards et beaucoup moins fluides qu'à l'accoutumée.
Reste le regard toujours aussi acéré de Toni Morrison sur son pays et sur la façon dont il traite une partie de ses citoyens. Mais je n'ai hélas pas été en mesure de m'attacher aux personnages et je n'ai donc pas pu entrer vraiment dans l'histoire.

Moyen.

dimanche 28 août 2016

Le mystérieux Mr Kidder - Joyce Carol Oates

Résumé :
Lolita postmoderne, Katya Spivak oscille entre la naïveté de ses seize ans et le cynisme d’une gamine élevée à la dure. Et, quand le vieux et très distingué Mr Kidder l’aborde courtoisement alors qu’elle a le nez collé contre une vitrine de dessous affriolants, elle réagit avec la méfiance polie qui convient. Pourtant, peu à peu, au fil des jours et de leurs rencontres, la jeune fille en mal d’affection se laisse vaguement séduire par le charme et la générosité désintéressée que déploie à son égard le vieil homme. Mais, derrière sa richesse, ses manières impeccables, ses talents artistiques, sa grande maison vide, ses tableaux bizarres, sa gouvernante et son chauffeur discrets, qui est le mystérieux Mr Kidder ? Et que veut-il vraiment de Katya ?

Comme elle sait si bien le faire, Oates nous entraine dans une histoire à plusieurs niveaux de lecture. Ce sont d'abord les rapports plutôt ambigus qu'entretiennent un vieil artiste, Mr Kidder et une jeune baby-sitter, Katya. On s'interroge longtemps pour savoir si le vieil homme est bien attentionné à l'égard de la jeune fille. Jusqu'à sombrer dans le sordide. C'est du moins ce que l'on pense. Et au moment où on s'y attend le moins, le récit prend soudain des allures morbides. Entre sordide et morbide, il n'y a que peu de lettres qui changent. Et alors qu'on croit savoir comment le roman va se terminer, voilà qu'on bascule dans la tragédie. Puis le récit reprend un cours plus serein, plus apaisé. Le lecteur est secoué, balloté et c'est ça qu'on aime. Non ?
Mais en dehors des quelques courts chemins de traverse qu'emprunte l'histoire, il y est essentiellement question de la rencontre de deux solitudes. Celle du vieil homme fatigué et de la jeune fille en mal d'affection, de reconnaissance. Elle a tellement besoin qu'on l'aime (enfin) qu'elle va commettre une grosse, grosse bêtise.
Encore un très bon roman de Joyce Carol Oates qui nous montre encore une autre facette de son talent décidément multiple. Elle sait tout écrire et c'est précisément à ça qu'on reconnait un bon écrivain.

Très bon.

vendredi 26 août 2016

Ethan Frome - Edith Wharton

Résumé :
Ethan Frome, dans une petite ferme du Massachusetts, est sous la domination de sa femme Zenobia, une mégère. L'arrivée de Mattie Silver, une cousine de Zenobia, illumine la vie d'Ethan en lui apportant de la douceur et de la compréhension. Mais elle déchaîne la jalousie de la redoutable Zenobia, qui va réussir à chasser la jeune fille.

Ce roman est incontestablement un roman d'amour. Celui d'un amour malheureux. Et figurez-vous que le vieux grincheux que je suis adore les romans d'amour. À condition qu'ils soient écrits avec talent. Et du talent, Edith Wharton n'en manque certainement pas.
Et il en faut pour nous narrer de sublime manière les quelques jours du quotidien somme toute banal des trois personnages du livre. D'abord, il y a Ethan Frome, bien sûr.  Jeune homme qui a hérité d'une ferme et d'une scierie qui ne lui rapportent qu'à peine de quoi subsister à ses besoins en dépit des heures qu'il y passe chaque jour. Ensuite il y a Zenobia, dite Zeena, son épouse. Une femme hypocondriaque qui dilapide tout l'argent qu'il parvient à gagner. Non pas comme ces clichés de femmes frivoles et superficielles qui dépensent tout en toilettes et sorties. Non, elle, elle dépense tout en médicaments et visites chez le docteur. Et enfin il y a Mattie Silver, la cousine de Zenobia et accessoirement son souffre-douleur, le véritable soleil dans la vie d'Ethan. Et du soleil, les personnages en ont bien besoin tout ensevelis qu'ils sont sous une neige qui semble perpétuelle (le roman est d'ailleurs d'abord paru en France sous le titre Sous la neige).
Le style est simple et magnifique, les personnages attachants et vous allez adorer détester Zenobia.

Excellent. Coup de cœur.
 

Délivrances - Toni Morrison

Résumé :
Dans son onzième roman, qui se déroule à l’époque actuelle, Toni Morrison décrit sans concession des personnages longtemps prisonniers de leurs souvenirs et de leurs traumatismes. Au centre du récit, une jeune femme qui se fait appeler Bride. La noirceur de sa peau lui confère une beauté hors norme. Au fil des ans et des rencontres, elle connaît doutes, succès et atermoiements. Mais une fois délivrée du mensonge – à autrui ou à elle-même – et du fardeau de l’humiliation, elle saura, comme les autres, se reconstruire et envisager l’avenir avec sérénité.

Ceci est le second roman de Toni Morrison que je lis, et j'y retrouve un procédé littéraire qui me fait penser que c'est peut-être la signature de l'artiste. La plupart des chapitres tournent autour d'un et souvent d'un seul des personnages du livre. Comme si, pour Toni Morrison, l'être humain était condamné à vivre, sinon isolé, du moins loin de ses proches (Arutha, roi de l'oxymore). Ici, les chapitres sont tour à tour écrits à la première personne, par différents narrateurs et à la troisième personne par une sorte de narrateur omniscient. Cela donne au roman l'aspect d'un documentaire consacré au personnage principal, Bride et parsemé des témoignages des gens qui l'ont approchée. C'est ainsi que nous assistons aux évènements, passés ou présents, à travers les yeux de Bride, bien sûr, mais aussi Sweetness, sa mère, quasiment blanche de peau et qui rejettera une bonne partie de sa vie sa fille si noire. Brooklyn, sa meilleure amie et collègue. Sofia, une ancienne institutrice que le témoignage de Bride, enfant, enverra en prison. Rain une petite fille dont les parents adoptifs recueille un temps Bride. Booker, l'ex petit ami qui l'a quittée brutalement.
Et comme toujours, et toujours avec autant de subtilité, s'en avoir l'air d'y toucher, Toni Morrison dresse le portrait d'une Amérique toujours raciste.
Une magnifique plume et un sacré talent de conteuse. Merci madame Morrison.

Très bon. 

mardi 23 août 2016

Les champs d'honneur - Jean Rouaud

Résumé :
Quelque part en Loire inférieure. Quelque temps après la guerre. L'histoire d'une famille sur laquelle le destin s'acharne et qui assiste, impuissante, à la mort rapprochée de ses membres les plus chers : le père, la tante, le grand-père, la grand-mère. A priori, rien d'original. Et pourtant, pour pouvoir dire ces morts, Jean Rouaud fait revivre cette famille avec une délicatesse et une tendresse remarquables, qui sont autant de bonheurs de lecture. Et si ses mots sonnent aussi justes, c'est parce que cette famille, c'est la sienne. L'écriture se fait souvenir et le regard de l'enfant croise celui du romancier dans une langue limpide et enjouée, avec laquelle le lecteur entre immédiatement en connivence.
Prix Goncourt en 1990

Que ce roman ait reçu le Prix Goncourt ne m'a pas surpris une seconde tant la langue est somptueuse. Chaque phrase est un petit diamant taillé à la perfection. Le style est même à ce point exigeant, que chaque fois que ma concentration fléchissait, je devais relire un paragraphe entier pour comprendre ce qu'avait voulu dire l'auteur. Voilà pour la forme.
Concernant le fond,  j'avoue être davantage partagé. Alors certes, la qualité de l'écriture est de nature à nous faire apprécier un récit qui, sinon, n'engendrerait pas l'enthousiasme. Les évènements qui nous sont narrés sont en effet de la plus grande banalité. On y parle même de la pluie (et pas du beau temps). On y parle surtout d'une famille, sans aucun doute aussi honorable qu'une autre, las ! il ne s'agit pas de la nôtre, et l'intérêt qu'on peut trouver à lire ses péripéties en est amoindri. D'autant plus, et là, cela ne vaut bien entendu que pour moi, que cette famille et les évènements qu'elle subit sont à des lieues de ce que j'ai moi-même pu vivre. Autrement dit, à aucun moment je ne me suis identifié aux personnages.
Pour aller au bout de ma confession, j'ajouterai que je me suis par moment ennuyé et c'est avec une certaine difficulté que je suis venu à bout du roman. Pour utiliser une métaphore qui vaut ce qu'elle vaut, c'est comme si j'étais dans un musée rempli d’œuvres magnifiques avec des chaussures trop petites. La hâte d'en finir serait la même.
À lire donc pour ceux qui mettent la beauté de la langue par-dessus tout.
Ceci ne remet par contre pas en cause le fait que je lirai avec plaisir d'autres romans du même auteur.

Moyen

dimanche 21 août 2016

Home - Toni Morrison

Résumé :
Toni Morrison nous plonge dans l'Amérique des années 1950.

Oui, certes, le résumé est un poil léger. Mais au moins, on ne pourra pas lui faire le reproche de spoiler la lecture. Encore que, le lieu et l'époque en disent peut-être déjà trop. Bon, trêve de plaisanterie à 1 euro 50.
Home, c'est l'histoire de Frank Money, un jeune soldat noir, qui revient au pays suite à la guerre de Corée (25 juin 1950, 27 juillet 1953). C'est même, plus précisément, l'histoire de son long périple à travers les États Unis pour rejoindre sa ville natale qui ne lui a pourtant pas laissé que de bons souvenirs.
Alors certes, le récit aurait pu être d'une affligeante banalité, pour autant que le voyage d'un homme de sa condition, sans emploi et sans ressources, puisse être banal. Mais la tendresse évidente de l'auteure pour ses personnages, des sympathiques aux plutôt antipathiques, nous les rend extrêmement attachants. Et puis on comprend très vite que ce qui tient la place la plus importante pour Toni Morrison, c'est le portrait qu'elle dresse, par petites touches, de l'Amérique de l'époque. Elle nous rappelle (ou nous apprend, pour les plus distraits d'entre nous), à quel point les conditions de vie des afro-américains d'alors pouvaient être abominables. Et ce qui est particulièrement remarquable, c'est qu'elle n'utilise jamais un ton militant ou moralisateur. Elle se contente de nous énoncer, avec talent, des faits qui parlent d'eux-même et qui ont eu le don de me faire serrer les dents de rage à plusieurs reprises.
Pour un premier contact avec cette romancière, prix Nobel de littérature en 1993,j'avoue avoir été plutôt séduit et nul doute que je poursuivrai sous peu ma connaissance de son oeuvre. 

Très bon.

lundi 15 août 2016

Zombi - Joyce Carol Oates

Résumé :
Il pose bien un peu problème à son professeur de père, et à sa mère – qui l'adore – mais ni l'un ni l'autre ne croient une seconde à l'accusation d'agression sexuelle sur un mineur dont il est l'objet. Il est un cas pour le psychiatre-expert auprès des tribunaux chargé de le suivre, qui se sent néanmoins encouragé par la nature toujours plus positive de ses rêves et sa franchise à en discuter. Il est le plus exquis et le plus attentif des garçons pour sa riche grand-mère de moins en moins capable de lui refuser quoi que ce soit. Il est le plus vrai et le plus abominablement terrifiant des tueurs-psychopathes jamais imaginés dans un roman dont on se demande par instants comment l'auteur a pu trouver les mots pour l'écrire.

 Décidément, Oates a un style bien particulier. Ou devrais-je dire des styles ? Cette fois-ci, elle nous entraine dans la tête d'un tueur psychopathe ce qui nous donne un voyage hallucinant dans les pensées délirantes d'un type complètement déconnecté de la réalité. Attention, les propos sont assez crus et les impressions du tueur sont livrées quasiment sans filtre. Terrifiant.

Bon.

dimanche 24 juillet 2016

Notre-Dame du Nil - Scholastique Mukasonga

Résumé :
Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2 500 mètres d'altitude, près des sources du grand fleuve égyptien. Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d'accès difficile, loin des tentations de la capitale, leurs filles parviendront vierges au mariage négocié pour elles dans l'intérêt du lignage. Les transgressions menacent au cœur de cette puissante et belle nature où par ailleurs un rigoureux quota " ethnique " limite à 10 % le nombre des élèves tutsi. Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un " vieux Blanc ", peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé. Avec passion, il peint à fresques les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d'insoumises reines de Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires. Non sans risques pour la jeune vie de l'héroïne, et pour bien d'autres filles Prélude exemplaire au génocide rwandais, le huis clos où doivent vivre ces lycéennes bientôt encerclées par les nervis du pouvoir hutu, les amitiés, les désirs et les haines, les luttes politiques, les complots, les incitations aux meurtres raciaux, les persécutions sournoises puis ouvertes, les rêves et les désillusions, les espoirs de survie, fonctionne comme un microcosme existentiel fascinant de vérité, décrit d'une écriture directe et sans faille. Scholastique Mukasonga, rescapée du massacre des Tutsi, nous donne ici son premier roman, où des jeunes filles à mains nues tentent d'échapper à l'Histoire monstrueuse qui a décimé sa propre famille.

À première vue, un roman léger sur la vie d'un lycée de jeunes filles rwandaises, perdu dans la montagne, avec parfois des allures de conte africain. En vérité, il s'agit d'un prélude au génocide qui allait avoir lieu une vingtaine d'années plus tard. L'auteure nous invite, sans nous forcer, à nous documenter sur la tragédie et à essayer de comprendre l'incompréhensible. Poignant mais sans pathos.

Très bon.