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samedi 21 septembre 2019

Le Train Bleu - Agatha Christie

Résumé :

Macabre découverte à bord du fameux " train bleu " qui mène vers la Riviera les riches vacanciers : Ruth Kettering, la fille du milliardaire américain Van Aldin, a été assassinée dans son compartiment.

Fuyant son mari avec qui elle ne s'entendait plus, elle allait rejoindre le comte de La Roche, loin de se douter que ce séduisant personnage était très surveillé par la police. Or le somptueux collier offert à la jeune femme par son père, et dont le plus gros rubis est le célèbre "Cœur de feu," a disparu...
Mais pourquoi, s'il ne s'agissait que de dérober le joyau, avoir eu le raffinement morbide de défigurer la victime ? C'est ce détail qui va conduire Hercule Poirot à éliminer les suspects les plus évidents...

Autant le dire, ce roman sort de l'ordinaire et ce à plus d'un titre. D'abord et c'est sans doute l'élément le plus important, car de lui découle tout le reste, il n'est pas raconté par Hastings. Hastings qui suit le célèbre détective belge comme son ombre, habituellement. Du coup, l'histoire n'est plus autant centrée sur Poirot qu'à l'accoutumée. D'ailleurs notre enquêteur préféré n’apparaît que très tard dans le récit. De plus, il est seul, sans son habituel acolyte, comme je l'ai indiqué. L'autrice a donc eu l'idée de lui adjoindre une compagne de route et d'enquête temporaire mais qui ne parvient jamais tout à fait à remplacer dans notre esprit le brave capitaine. Malgré tout, ce personnage de plus tout à fait jeune femme, de condition modeste, qui voit sa situation sociale s'améliorer en très peu de temps sans que la tête lui tourne, est très sympathique.
Quant à Poirot, il est plus facétieux qu'à l'accoutumée. Il lui arrive même d'être un peu cruel avec certains des suspects pour mieux découvrir la vérité. Autre conséquence de ne pas avoir Hastings à "l'écriture", c'est que l'histoire nous est contée par un narrateur omniscient, et que, de ce fait, les pistes que suit le détective sont moins mystérieuse qu'à l'habitude. On sait à quel point Poirot aime faire des cachotteries à son ami Hastings. Ici les agissements de l'enquêteur sont donc moins chargés de mystère pour le lecteur, mais rassurons-nous, cela ne rend pas les choses plus faciles à comprendre.
Autre particularité de ce roman, c'est le nombre de personnages et partant, le nombre de suspects. Difficile dès lors de trouver le ou la coupable, et c'est ce qui rend la lecture encore plus intéressante.
J'ajoute que le crime a lieu dans un train, l'un des lieux de choix pour servir de décor à ce genre de récit car l'isolement, même temporaire, des protagonistes permet de limiter le nombre des suspects sans pour autant faciliter l'enquête. Agatha Christie en a largement usé dans son oeuvre, pour notre plus grand plaisir. Trains, mais aussi bateaux, avions, îles, demeures isolées...
Un très bon Poirot donc, et qui fait partie, sans nul doute, de mes favoris.

Très bon

lundi 12 août 2019

Aucune bête aussi féroce - Edward Bunker

Résumé :

Le discret Mister Blue de Reservoir Dogs eut une vie avant d'étaler son faciès vérolé sur le grand écran. Bunker, le bien nommé, était l'auteur d'un traité post carcéral sans égal publié en 1973 et alors épuisé outre-Atlantique.

L'une de ces vraies fausses autobiographies qui ne s'encombre d'aucune couenne littéraire. La chair, les os et les tripes suffisent à faire de ce roman noir un aller simple pour l'enfer d'une vie toute tracée dès le berceau.
Un parcours horriblement classique, balisé et implacable : problèmes familiaux, délinquance juvénile et au bout une succession de séjours "au château..."
Rien de vraiment neuf, si ce n'est la violence aride, impitoyable, voire clinique, avec laquelle Edward Bunker décrit le quotidien du taulard en liberté conditionnelle et, surtout, l'impossibilité de modifier, voire seulement de rectifier une destinée ou de réécrire ce scénario.
Son héros, Max Dembo (Bunker lui-même, évidemment), s'applique ainsi consciencieusement en sortant de prison à ne pas s'engouffrer dans les culs-de-sac de son passé.
Mais le milieu et la prison sont des aimants dont on n'interrompt pas l'attraction à coup de rédemption. La cavale se fait alors allégorique, avec un terminus on ne peut plus kafkaïen.
En 1978, Dustin Hoffman achètera les droits d'Aucune bête aussi féroce, confiant à Ulu Grosbard la mise en scène de l'adaptation.
Le film, "Le Récidiviste" (Straight Time), superbe road movie nu comme un haïku, amplifiait ce sentiment tragique d'impossible rachat.
Bref, "Aucune bête aussi féroce" confirme que le roman noir demeure un genre idéal pour sonder l'esprit humain. Dostoïevski ou Chandler s'en doutaient bien ; Bunker n'eut qu'à confirmer.

En principe, je ne suis pas amateur des fictions mettant en scène des personnages soit tout blanc, soit tout noir. Tout blanc, je les trouve à peine crédibles et ils m'ennuient. Tout noir, j'ai un mal fou à m'identifier à eux. Autant dire que c'était mal barré pour ce roman écrit par un taulard qui, certes, n'est pas autobiographique, mais qui s'inspire tout de même beaucoup, vraiment beaucoup, de la vie de l'auteur. Mais convaincu par la critique, je décidais de tenter l'expérience.
Et bien m'en a pris.
D'abord le livre est bien écrit. Des phrases courtes, sans fioritures et qui disent l'essentiel. Le récit à tout d'un polar classique à ceci près que le narrateur est un criminel. Il y a évidemment de l'action et on ne s'ennuie pas une seconde. Les personnages, dont la plupart sont des truands, inspirent de l'empathie, mais oui, et en particulier Max Dembo. Il faut voir comment on tremble à chaque page qu'il ne retombe dans ses mauvais travers tout en sachant qu'il n'y a quasiment aucune chance qu'il en soit autrement. D'autant que la société américaine n'est pas idéale pour effectuer une réinsertion. Doux euphémisme.
Mais le narrateur ne rejette pas l'entièreté de la faute sur le système. Il a l'honnêteté (sic) et la lucidité de reconnaître qu'il est plus facile, en tout cas pour lui, de demeurer un voyou plutôt que de chercher à tout prix à rester dans le droit chemin. Son discours n'est pas un étalage d'excuses mais c'est plutôt la description, quasiment froide et clinique, de ses choix, de ses décisions et de se qui se passe dans la tête de types comme lui.
Ce roman a le mérite de nous inviter à nous poser la question : qu'est-ce qu'on attend de la prison et des autorités carcérales ? Simplement que les criminels paient leurs forfaits quitte à relâcher en fin de peine des gens prêts à recommencer, ou de tout tenter pour les réinsérer afin d'obtenir au bout du compte un voyou de moins et un honnête homme de plus ?
J'ai ma petite idée de la réponse, mais chacun se fera son opinion.
Lisez ce livre, c'est, dans le pire des cas, un très bon moment à passer dans un torrent d'adrénaline.

Très bon

mardi 6 août 2019

La Maison du Péril - Agatha Christie

Résumé :

Un lourd tableau qui se décroche à la tête d'un lit. Un rocher qui dévale une falaise et s'écrase sur le sentier.
Les freins d'une voiture qui lâchent dans une descente... Et pour finir, une balle perdue qui vient se loger dans un chapeau !
Pour Hercule Poirot, en villégiature sur la cote sud de l'Angleterre, il n'y a guère de doute : on en veut à la vie de la ravissante Miss Buckley, héritière d'une villa délabrée du voisinage. Même si l'intéressée ouvre de grands yeux, se demandant qui peut bien lui en vouloir.
L'assassinat de sa cousine, qu'on a manifestement confondue avec elle, obligera Miss Buckley à prendre au sérieux les craintes du détective. Lequel n'aura de cesse de démasquer le coupable. Mais seule une très savante mise en scène lui permettra d'y parvenir. Et la surprise sera de taille...

— Voilà ce qui est tombé sur la terrasse, il y a un instant, lorsque nous parlions. Une balle perdue !
— Hein ?
— Deux centimètres de plus et la tête aurait été percée du même trou que le feutre ; vous comprenez maintenant, je suppose, l’intérêt que je porte à cette jeune fille et à son chapeau ?
« Avouons que ce préposé au crime ne manque pas d’audace en visant sa victime à quinze mètres d’Hercule Poirot ! Ce défi ne lui portera pas chance. Maintenant, entrons à «La Maison du Péril» et entretenons-nous avec Miss Nick. Le plus tôt sera le mieux, Hastings. N’a-t-elle pas dit qu’en trois jours elle avait trois fois échappé à la mort ? Le danger est proche.

C'est la troisième fois que j'entreprends la lecture des œuvres de la Reine du polar britannique. J'avais découvert cette fameuse et fabuleuse collection de romans et nouvelles adolescent et j'avais alors lu déjà bon nombre des titres. Quelques vingt ans plus tard, je me lançais à nouveau à l'aventure. Et c'est presque vingt ans après, une nouvelle fois, que je me replonge dans les enquêtes d'Hercule Poirot (essentiellement). Serais-je encore de ce monde pour prendre plaisir à voir s'agiter les petites cellules grises du détective belge dans vingt autres années ? Je me le souhaite.
Pour l'anecdote, si j'ai commencé cette fois par La Maison du Péril, c'est que je louais une chambre d'hôtes dans une splendide demeure à Dinard qui surplombait la mer. Tout comme dans le roman, ameublement et décoration inclus. J'étais dedans.
La première chose qui me frappait, à peine commencé la lecture, ce fut la nature des personnages. Tous, ou peu s'en faut, sont des jeunes gens et jeunes femmes de la haute société, oisifs, cela va sans dire et qui passent leur journée à boire des verres à la terrasse des palaces, jouer au tennis ou au golf, bronzer au soleil, donner des fêtes, toutes activités qui, on l'admettra volontiers sont plutôt pénibles. Bon, ce n'était pas une découverte, bien sûr. Je sais bien qu'Agatha Christie n'a mis essentiellement en scène que des gens de cette catégorie sociale. Mais voilà, ce coup-ci, ça m'a agacé. Un peu. Pas trop. Après tout, l'étude de cette partie de la population n'a pas moins d'intérêt que celle des ouvriers dont s'est occupé en son temps un certain Émile Zola, pour ne citer que lui.
Mais je m'égare. Les personnages m'agacent, d'accord, mais il n'en reste pas moins vrai que l'enquête que mène Hercule Poirot est passionnante à souhait. Comme souvent, mais c'est ce qui fait le charme des récits d'Agatha Christie, le nombre des suspects est limité et les soupçons se portent sur chacun d'entre eux. Nous sommes en terrain connu. Et on cherche, aidé par les indices que dévoile notre fameux détective, l'identité du coupable. J'ai une triste habitude, c'est celle d'oublier très vite ce que je lis. Autant dire que dans ce cas précis, cela devient une bénédiction car je n'ai pas la moindre idée de la vérité.
Un très bon Poirot que je vous invite à déguster.

Très bon

Hypothermie - Arnaldur Indridason

Résumé :

Un soir d'automne. Maria est retrouvée pendue dans son chalet d'été sur les bords du lac de Thingvellir. Après autopsie, la police conclut à un suicide. 

Quelques jours plus tard, Erlendur reçoit la visite d'une amie de cette femme qui lui affirme que ce n'était pas "le genre" de Maria de se suicider et qui lui remet une cassette contenant l'enregistrement d'une séance chez un médium que Maria était allée consulter pour entrer en contact dans l'au-delà avec sa mère. 
Celle-ci lui avait promis de lui envoyer un signe. Au pays du fantastique et des fantômes, aussi dubitatif que réticent, le commissaire Erlendur, troublé par l'audition de la cassette, se sent obligé de reprendre l'enquête à l'insu de tous. 
Il découvre que l'époux de Maria n'est pas aussi fiable qu'il en a l'air et ses investigations sur l'enfance de la suicidée, ses relations avec une mère étouffante vont le mener sur des voies inattendues semées de secrets et de douleur. 
Obsédé par le deuil et la disparition, harcelé par les frustrations de ses enfants, sceptique devant les croyances islandaises, bourru au cœur tendre, le commissaire Erlendur poursuit sa recherche sur lui-même et rafle tous les suffrages des lecteurs.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que cet épisode des aventures du commissaire Erlendur est plutôt atypique. Qu'on en juge. Il s'intéresse cette fois-ci à un suicide. Ce qui n'est a priori pas du ressort de la police. Et il s'agit d'un "vrai" suicide. Erlendur lui-même en est convaincu, d'autant plus qu'aucun indice ne vient étayer la thèse d'un meurtre maquillé en suicide. Oui mais voilà, en bon flic au flair exacerbé, il renifle comme une odeur familière qui le pousse à enquêter. Et il a d'autant plus de facilité à se permettre ce genre de liberté, qu'il a beaucoup de temps libre, précisément. Les tueurs sont en R.T.T. apparemment. L'Islande est décidément un bien singulier pays. Il faut dire qu'avec une population d'environ 350 000 habitants (en gros comme la ville de Nice), on peut imaginer qu'il n'y a pas tant d'homicides que ça.
Et parce que décidément il s'ennuie un peu, visiblement, Erlendur enquête également sur de vieilles affaires non élucidées. Et il en profite aussi pour régler quelques problèmes familiaux. En bref, il est en roues libres. Cela nous donne un roman curieux, il faut bien l'avouer. Rien de passionnant, encore que les découvertes que fait le commissaire sur le passé de Maria, la suicidée, ne manquent pas d'intérêt, mais l'ensemble se laisse lire sans ennui.
Loin de valoir les précédents romans, cet opus nous donne l'occasion de suivre, avec plaisir, les tribulations d'un flic bien attachant.

Bon

dimanche 9 juillet 2017

Succédané, juin 2017

Vaincu par une grosse flemme, j'ai décidé de remplacer mes chroniques chronophages et à la régularité plus que douteuse par un petit point mensuel, voire bimensuel, de mes lectures. Ce petit exercice n'ira pas autant en profondeur qu'à l'accoutumée, d'où l'emploi du mot succédané. 


La mariée était en noir - William Irish

Durant la petite fête organisée pour célébrer ses fiançailles, Kenneth Bliss chute du dix-septième étage et s'écrase sur le pavé new-yorkais. Tous les participants s'interrogent pour savoir ce qu'a pu devenir la jeune blonde vêtue de noir qui bavardait avec la victime peu avant le drame. Le plus acharné à la retrouver reste l'inspecteur Wanger qui la soupçonne d'avoir poussé Kenneth. Mais les mois passent et la femme mystérieuse demeure introuvable. Jusqu'au jour où Wanger flaire de nouveau sa piste lorsqu'on retrouve un certain Mitchell, pensionné de l'armée, empoisonné au cyanure dans sa chambre. Le témoignage de la maîtresse de la victime semble corroborer ses soupçons, même si elle déclare avoir croisé une grande rousse qui avait un accent étranger. Pourtant, l'inspecteur n'est pas au bout de sa quête et il faudra encore que deux meurtres soient commis pour lui permettre d'entrevoir enfin une parcelle de vérité dans cette affaire.
Titre original : The bride wore black

Thriller

Vu le film, pas lu le livre. Désormais, c'est fait. Un petit bijou au style simple, direct, sans fioriture. Aucun mot ou détail superflu. Que l'essentiel pour raconter une sorte de tragédie moderne.

Très bon

 Le chuchoteur - Donato Carrisi

 Cinq petites filles ont disparu.
Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière.
Au fond de chacune, un petit bras, le gauche.

Depuis qu'ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d'agents spéciaux ont l'impression d'être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d'un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d'appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d'enlèvement. Dans le huis clos d'un appartement spartiate converti en QG, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs.
Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure...
Titre original : Il suggeritore (2009)

Thriller

Un excellent thriller qui se situe dans un pays jamais identifié. Même les noms des personnages sont cosmopolites. Juste ce qu'il faut de rebondissements pour ne pas lasser. Un seul bémol, un passage qui dérape vers le fantastique : agaçant et pas nécessaire du tout.
Bon

 La fille d'avant - JP Delaney

C’est sans doute la chance de sa vie : Jane va pouvoir emménager dans une maison ultra-moderne dessinée par un architecte énigmatique… avant de découvrir que la locataire précédente, Emma, a connu une fin aussi mystérieuse que prématurée. À mesure que les retournements de situation prennent le lecteur au dépourvu, le passé d’Emma et le présent de Jane se trouvent inextricablement liés dans ce récit hitchcockien, saisissant et envoûtant, qui nous emmène dans les recoins les plus obscurs de l’obsession.

Thriller
Idée originale. Chapitres courts. Personnages complexes. Style plutôt dépouillé mais pas désagréable. Des rebondissements. Que du bon en somme. Si on excepte, toutefois, un petit côté Harlequin, par moment, qui n'est pas ma cup of tea.

 Très bon

 Sueurs froides - Boileau-Narcejac

«Il essuya ses yeux, parce qu'il voulait regarder, à tout prix. Il y avait du sang, sur les cailloux, un sac à main noir, éventré. Le briquet d'or étincelait parmi les débris. Flavières pleurait. Il ne lui venait même pas à l'idée de descendre jusqu'à elle pour lui porter secours. Elle était morte. Et il était mort avec elle.»

Policier

Ayant oublié le film (si jamais je l'ai vu, je ne suis plus bien sûr), j'ai été scotché par la fin. Un excellent thriller de l'époque où ce n'était pas encore la mode, sans des milliers de rebondissements mais efficace quand même. Des personnages tout ce qu'il y a de plus inquiétants. Reste un style un poil désuet mais bien agréable tout de même

Très bon

Globalia - Jean-Christophe Rufin

Tu ne comprends pas, Kate.
Ce sera partout la même chose. Partout nous serons en Globalia. Partout, nous retrouverons cette civilisation que je déteste. Évidemment, puisqu'il n'y en a qu'une ! Aurais-tu la nostalgie du temps où il y avait des nations différentes qui n'arrêtaient pas de se faire la guerre ? Tu me récites la propagande que tu as apprise comme nous tous. Globalia, c'est la liberté ! Globalia, c'est la sécurité ! Globalia, c'est le bonheur.
Kate prit l'air vexé. Le mot de propagande était blessant. Moi, reprit Baïkal d'un ton passionné, je continue à croire qu'il existe un ailleurs.

 Science-fiction

 S'attaquer à un genre qui a produit de purs chefs-d’œuvre (1984, Le meilleur des mondes, Fahrenheit 451...), le pari était risqué. Et le résultat n'est pas tout à fait réussi. Le style n'est pas du meilleur Rufin, qui nous avait habitué à mieux et les personnages sont peu attachants. Mais la lecture est loin d'être désagréable

 Bon

mercredi 7 juin 2017

Le sonneur - Ed McBain

87ème district : tome 2
Résumé :
Il guettait la jeune femme qui, pour une fois, lui paraissait jolie.
Elle était seule et le sac qu'elle portait en bandoulière sur l'épaule semblait lourd... Le coup rêvé... Il s'avança sans bruit et si vivement qu'elle n'eut pas le temps de crier. Son bras lui encercla la gorge et il l'entraîna dans la ruelle. - Pas un mot! souffla-t-il, tout en la coinçant contre le mur de brique. Son poing partit au même instant, s'écrasa sur la figure de la femme. Ensuite, ce fut un jeu d'enfant de lui arracher son sac...
et de s'incliner gracieusement devant elle en déclarant : - Clifford vous remercie, madame.

Deuxième opus de la série 87ème district. Et c'est toujours aussi bien. Cette fois-ci, l'enquête principale (parce qu'il peut y en avoir plusieurs, c'est la loi du genre), porte sur un agresseur de femmes surnommé Le sonneur, parce qu'il «sonne» les femmes, entendez : il les roue de coups. Alors que le premier roman de la série s'intéressait plus particulièrement à Steve Carella, un inspecteur qui se révélera être le quasi héros de la série, même si elle n'en possède pas réellement un, cette fois-ci, nous suivons l'enquête d'un autre policier, l'agent Kling, un autre personnage tout aussi attachant.
De fait, l'une des particularité de la série, parfaitement assumée, même revendiquée par l'auteur, est que le véritable héros du 87ème district est le... 87ème district. C'est la vie du commissariat tout entier qui intéresse McBain et pas un flic en particulier. Même si plusieurs d'entre eux vont se révéler être des personnages récurrents pour notre plus grand plaisir. 
Et que Kling est attachant. Je l'ai déjà dit, mais je le répète. J'ai trouvé ni plus ni moins que délicieuse son histoire d'amour naissante avec l'un des personnages féminins du récit. Car une fois de plus, l'auteur met en lumière des personnages qui sont habituellement laissés dans l'ombre ou pas montrés sous leur meilleur jours par ses confrères. C'est ainsi que nous allons rencontrer des personnages de femmes très positifs. Bien sûr, de nos jours cela n'a rien d'extraordinaire, mais je rappelle que nous sommes en 1956 et cela prend tout de suite un autre aspect. Nous verrons aussi un inspecteur Juif sympathique et drôle. Toute une humanité en fait pour laquelle McBain a visiblement beaucoup de tendresse, en particulier ceux situés en bas de l'échelle sociale, ceux qui sont montrés du doigt, ceux qui sont mis à l'écart.
Nous allons découvrir aussi une inspectrice qui est appelée à revenir plusieurs fois par la suite et qui fait preuve d'un courage exceptionnel.
Je n'ai pas parlé des dialogues qui sont pourtant l'une des grandes réussites de la série qui a décidément tout pour plaire. En revanche, j'avais déjà eu l'occasion d'évoquer l'humour très présent et en particulier chez Kling qui est définitivement un sacré personnage qu'on espère revoir souvent. Cette saga littéraire a en fait tout d'une série TV actuelle dans laquelle on retrouve, épisode après épisode, les mêmes personnages que l'on voit évoluer au fil du temps.
Encore une fois, c'est un must.

Excellent.
Coup de cœur. 

mardi 6 juin 2017

Du balai - Ed McBain

87ème district : tome 1.
Résumé :
La peur du flic, c'est, comme dit l'autre, le sentiment au monde le mieux partagé.
Et voilà qu'un beau soir, c'est le flic qui prend peur. Il a peur du noir. Il a peur des rues désertes. Il a peur du pas qui, soudain, résonne dans le vide de la rue, de la voix qui le hèle pour demander du feu.
Car le tueur des flics est lâché dans la ville. Il les guette à la nuit, quand ils rentrent chez eux, le travail terminé, et les abats dans le dos.

Je n'avais encore jamais lu d'Ed McBain. Malgré tout, son nom me disait quelque chose. Du moins le croyais-je. Parce que, vérifications faites, je devais bien admettre que je ne connaissais rien de cet auteur. Il est bien le scénariste de Les Oiseaux, mais sous le nom d'Evan Hunter. Donc, finalement, Ed McBain était définitivement un inconnu pour moi. Quelle lacune. Quelle erreur. Voire, quelle faute !
Parce que, pour ne pas entretenir un suspense à deux balles, ce premier opus du 87ème district, j'aime autant vous dire que je l'ai aimé, que dis-je ? adoré. De la première à la dernière ligne. Pourquoi ? Eh bien parce que...
Parce que, déjà, c'est bien écrit. Le style est limpide, facile, agréable, tout ça. Ça se lit vraiment facilement. Ensuite, les personnages. Ah ! Les personnages ! Ils mériteraient une chronique pour eux tout seuls. Ils sont attachants, très attachants même. Ils ont de l'épaisseur et beaucoup d'humanité.
D'humanité, l'auteur n'en manque d'ailleurs visiblement pas non plus. Il n'y a qu'à voir le traitement qu'il réserve à certaines catégories d'américains dont habituellement, on ne faisait pas grand cas (nous sommes fin des années 1950). Je veux parler des minorités, d'une part, comme les Noirs et des femmes, d'autre part, qui étaient cantonnées aux rôles sulfureux dans les polars. Quant on sait qu'il a écrit le roman puis le scénario de Graine de violence, un film avec Sidney Potiers (premier acteur Noir ayant un premier rôle au cinéma), on comprend mieux. L'un des inspecteurs est Noir et ce n'est vraiment pas banal pour l'époque. Quant aux femmes, même si elles restent des "femmes de" et n'ont pas de rôle principal dans l'histoire, elles sont présentées sous un jour beaucoup plus flatteur qu'à l'accoutumée. Ici, pas de veuves fatales (ou pas que), mais surtout des épouses courageuses, intelligentes, sensibles...
Un autre intérêt non négligeable de la série est qu'il s'agit, et c'est à l'époque assez nouveau, de Procédure Policière, un sous-genre des romans policiers qui s'attache essentiellement à présenter les détails du quotidien des forces de police. On voit d'ailleurs, tout au long de ce premier livre, une série de fac-similés de documents officiels. L'effet est ma foi assez plaisant. Et le résultat est, quant à lui, très réaliste. On s'y croirait. L'auteur ayant écrit plus d'une cinquantaine de romans dans le cadre de cette série jusque dans les années 2000, il y a fort à parier que nous verrons évoluer la ville (Isola, ville imaginaire calquée sur New-York), sa police et ses méthodes. J'ai hâte.
Je n'ajouterais à tout cela qu'une seule chose, c'est que ça n'a pas pris une ride malgré les années (plus de 60 ans). Le roman possède plutôt un charme désuet tout ce qu'il y a de plus agréable. Je cherche des défauts, mais n'en trouve pas. C'est très court, mais pour moi c'est une qualité. Et, j'allais oublier, c'est bourré d'humour.
Si vous ne connaissez pas je n'aurais qu'un conseil : foncez !

Excellent.
Coup de cœur.

jeudi 16 février 2017

Au bonheur des ogres - Daniel Pennac

Résumé :
Benjamin Malaussène a un drôle de métier : bouc émissaire au service réclamations d'un grand magasin parisien où il est chargé d'apitoyer les clients grincheux.
Une bombe, puis deux, explosent dans le magasin. Benjamin est le suspect numéro un de cette vague d'attentats aveugles. Attentats ? Aveugles ? Et s'il n'y avait que ça !

Quand on est l'aîné, il faut aussi survivre aux tribulations de sa tumultueuse famille: la douce Clara qui photographie comme elle respire, Thérèse l'extralucide, Louna l'amoureuse, Jérémy le curieux, le Petit rêveur, la maman et ses amants...

Le tout sous les yeux de Julius, le chien épileptique, et de Tante Julia, journaliste volcanique. 

Il était temps, plus de trente ans après sa parution, que je lise le premier roman de cette saga devenue culte. En même temps, j'étais pas obligé non plus, c'est Pennac lui-même qui le dit (dans son essai : Comme un roman). Alors !
Mais bon, je l'ai attaqué sans me forcer. Et j'avoue que bien m'en a pris.
Je dois tout de même reconnaître que j'ai été bien vite étonné de la tournure que prenait le roman. Dans mon esprit et pour le peu que j'en savais, j'avais affaire à une saga familiale tout ce qu'il y a de plus classique racontant, du moins l'imaginais-je ainsi, les aventures d'un père et d'une mère, de leurs enfants, de grand-parents aussi, pourquoi pas, de cousins, de cousines, que sais-je encore ? Bah non. Ou du moins pas que. Et déjà pas une famille ordinaire. Une fratrie en réalité faite de demi-frères et de demi-sœurs, plus spécifiquement de frères et sœurs utérins. 
Cette tribu partage le même logement (à l'exception d'une sœur) et va de l’aîné, Benjamin, le narrateur, adulte et déjà dans la vie active au Petit, le dernier en date, encore à l'école primaire. L'auteur ne livre d'ailleurs aucune indication explicite sur l'âge des personnages ce qui nous permet de laisser libre court à notre imagination dans ce domaine.
Donc, de famille, il en est question, évidemment. Mais une autre facette du roman, et pas la moindre, se fait très vite jour. Et je veux parler de l'aspect policier de l'histoire et qui est davantage qu'un élément cosmétique, accessoire. De fait, une enquête est menée qui devient vite  l'ossature même du récit. Et il faut se rendre à l'évidence, nous avons affaire à un roman policier. Sans l'ombre d'un doute. Avec même des policiers dedans.
Le tout est écrit dans un style enlevé, alerte, agréable et le ton est léger, drôle. Impossible pour moi de ne pas voir d'analogie avec la façon d'écrire d'un Frédéric Dard. Même si le vocabulaire est moins argotique, il emprunte, ici et là quelques mots de la langue verte du plus jubilatoire effet. C'est aussi truculent qu'un bon San Antonio. J'ajoute que les personnages sont très attachants, et en particulier, toute la petite famille.
Inutile de vous dire que je suis sous le charme et que la suite des aventures de Benjamin Malaussène va rapidement défiler.  

Excellent. 

lundi 6 février 2017

La petite fille de Marie Gare - Danielle Thiéry

Résumé :
Quand le commissaire Danielle Thiéry prend la tête de la brigade des chemins de fer, en 1985, elle savoure la coïncidence : prononcer des dizaines de fois par jour le nom de son arrière-grand-mère, une enfant trouvée nommée Marie Gare parce qu'elle a été abandonnée dans la gare de Dijon. De quoi donner à Danielle Thiéry l'envie d'enquêter sur cette mystérieuse aïeule, et des prédispositions pour diriger la police des trains... Dans une fresque parfois joyeuse, parfois sordide mais toujours optimiste, Danielle Thiéry raconte ses vingt-cinq ans de « femme flic » : la brigade des mineurs, ses fugueurs récidivistes et ses enfants exploités, maltraités ; la brigade des stups, où en tant que femme fraîchement entrée dans la police, donc inconnue du Milieu, elle servit de « chèvre » pour l'enquête sur un dealer insaisissable ; enfin la police des trains, microcosme de tous les problèmes qui frappent la France. De par sa position stratégique, Danielle Thiéry s'est retrouvée au coeur des attentats de 1986, puis elle a dû gérer tant bien que mal la dégradation des banlieues, la délinquance des toxicomanes, la prostitution, le mal-être des policiers... La tumultueuse vie professionnelle d'une « madame le commissaire » à la plume virevoltante et au caractère bien trempé. Première femme commissaire divisionnaire de l'histoire de la police française, Danielle Thiéry connaît le milieu policier de l'intérieur. Récompensée par le Prix Polar à Cognac, le Prix Exbrayat, et le Prix du Quai desOrfèvres 2013, elle s'est imposée comme une grande figure féminine sur la scène du polar, notamment avec "Affaire classée" (vendu à près de 100 000exemplaires).

Je n'avais pas encore lu de Danielle Thiéry, mais le nombre de prix qu'elle avait reçu pour son œuvre excitait ma curiosité. Fidèle à mes habitudes (mes manies, diront certains), je commençais par le premier de la liste, m'attendant à lire un bon polar. Compte tenu de ma perspicacité légendaire, je m'aperçus vite, qu'en guise de polar, j'avais affaire à une autobiographie. Mais s'agissant de la vie de la première femme commissaire divisionnaire de France, l'aspect roman policier ne s'éloignait pas tout à fait.
Et j'avoue que la lecture n'a pas manqué d'intérêt pour moi. La vie de cette femme intelligente, courageuse, obstinée, qui a été en charge de monter de toutes pièces un certain nombre de services, m'a passionné. D'autant qu'on est convié au cœur même des rouages de la police.
Alors, bien sûr, même si la langue est parfaitement maîtrisée (on sent la littéraire), le style reste trop proche du rapport de police. Analytique, concis, précis mais manquant sans doute de la petite flamme qui lui aurait conféré une autre envergure.
À lire, donc, pour se faire une idée de la police nationale de ces années là.
Notez que la vie de cette policière hors norme a inspiré la série télévisée Quai n° 1 avec Sophie Duez puis Astrid Veillon.

Bon.
 

mardi 11 octobre 2016

Jusqu'au dernier - Deon Meyer

Résumé :
Mat Joubert, capitaine à la Brigade des vols et homicides du Cap, en Afrique du Sud, est sur ses gardes depuis l'arrivée du colonel Bart De Wit. Celui-ci, récemment nommé à la tête de ce service par le ministre noir de l'intérieur, est un ancien de l'ANC, vif, calculateur et ambitieux. À peine installé dans ses nouvelles fonctions, il demande à Mat d'arrêter de fumer, de perdre quinze kilos, et l'envoie chez une psychologue pour qu'il retrouve toute son efficacité dans le travail. Tâche difficile pour le capitaine qui a perdu son épouse depuis deux ans et, avec elle, son envie de vivre et de se battre. Il lui faudra pourtant remonter le courant lorsque deux affaires réclameront sa perspicacité légendaire. La première concerne un braqueur de banque, doux, aimable, surnommé "Monsieur Mon Cœur". La seconde est plus obscure : des meurtres sont perpétrés avec un Tokarev, arme utilisée par les guérilleros marxistes qui sévissaient en Angola et avec un mauser, ressurgi de la guerre de Boers. Poursuivi par la presse, aiguillonné par le colonel De Wit et de nouveau attiré par les femmes, Mat émerge de ses ténèbres pour plonger dans celles de l'assassin.

J'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre. La faute déjà à un peu de dispersion de ma part au moment où je l'ai lu, puisque j'avais plusieurs autres lectures en cours. C'est vrai. Mais également à la façon dont l'auteur traite son sujet. Loin de ne s'intéresser qu'à l'enquête, ou plutôt aux enquêtes, puisqu'il y en a deux en cours, il s'intéresse également de très près au quotidien des personnages. Creusant jusqu'aux détails les plus banals : le régime nutritionnel que son chef impose au capitaine Joubert, la tentative du même Joubert pour arrêter de fumer, ses (més)aventures avec les femmes, j'en passe et des meilleurs d'autant que la vie des autres personnages n'est pas moins décortiquée. Vous me direz que tout cela a l'air plutôt positif, et qu'un auteur ne creuse jamais trop profondément dans la psyché de ses personnages. C'est tout à fait vrai. Mais on est tellement peu habitué à l'accumulation de ces tranches de vie plutôt triviales qu'on s'en trouve un peu dérouté. Ça part un peu dans tous les sens, on passe d'un personnage à l'autre, d'une enquête à l'autre. Puis soudain, on finit par s'y faire et on savoure. Voir un flic étudier avec application un livre de diététique, voilà du banal pas banal si vous me passez l'expression.
A côté de ça, nous découvrons, à hauteur d'homme si je puis dire, la société sud-africaine. Et elle ne fait pas vraiment rêver. Elle fait un peu penser aux États-Unis des années 1960, sauf que dans cette Afrique du sud là, la ségrégation est officiellement abolie. Malheureusement, de vieilles habitudes ont la vie dure. Les conflits entre communautés semblent toujours d'actualité et cela n'aide pas la police, bien entendu. La multiplicité des langues officielles dans le pays est probablement aussi un facteur de division. Je ne citerai que les trois évoquées dans le roman : l'afrikaans, l'anglais et le xhosa. Il faut lire la scène, quasi surréaliste, de la conférence de presse pour se rendre compte.
Côté enquête, là je n'ai pas été particulièrement surpris. Une fois n'est pas coutume, j'ai découvert l'assassin bien avant la fin, moi qui suis une buse à ce jeu là. En fait, je ne joue jamais à essayer de trouver, je me laisse embarquer par l'auteur, en général. Rien de bien original, le mobile étant relativement facile à deviner quand on a lu quelques romans policiers. Mais vous l'aurez compris, l'essentiel est ailleurs.
Il est dans un pays assez exotique pour nous (mais encore une fois, pas si éloigné que ça des États-Unis), dans le personnage très attachant du capitaine Joubert, sans doute parce qu'il a l'air bien paumé et dans le reste de l'équipe.
J'ai donc passé un excellent moment et nul doute que je me laisse embarquer à nouveau dans une enquête du capitaine Joubert en souhaitant que le niveau de l'intrigue s'améliore.

Très bon.
 

mercredi 5 octobre 2016

Bull Mountain - Brian Panowich

Résumé :
Chez les Burroughs, on est hors-la-loi de père en fils. Depuis des générations, le clan est perché sur les hauteurs de Bull Mountain, en Géorgie du Nord, d’où il écoule alcool de contrebande, cannabis et méthamphétamine jusque dans six États, sans jamais avoir été inquiété par les autorités. Clayton, le dernier de la lignée, a tourné le dos à sa fratrie, et comme pour mettre le maximum de distance entre lui et les siens, il est devenu shérif du comté. À défaut de faire régner la loi, il maintient un semblant de paix. Jusqu’au jour où débarque Holly, un agent fédéral décidé à démanteler le trafic des montagnards. Clayton se résout alors à remonter là-haut pour proposer un marché à son frère. Il sait qu’il a une chance sur deux de ne pas en redescendre. Ce qu’il ignore, c’est que Holly en a fait une affaire personnelle, et que l’heure des pourparlers est déjà passée.
Salué par bon nombre d’auteurs fameux, à commencer par James Ellroy, Bull Mountain se lit comme l’histoire de Caïn et Abel dans un Sud plus poisseux que jamais. Avec ce premier opus d’une violence et d’une force également insoutenables, Brian Panowich signe un roman noir rural et déchirant.

Il y avait longtemps que je n'avais été happé par un livre pour ne plus le lâcher jusqu'à la fin. La raison est sans doute à chercher dans l'aspect scénario de film noir du roman. Chaque scène écrite génère en nous des images fortes. Et les personnages, particulièrement épais, nous semblent tous familiers. Le patriarche et ses fils, le shérif et ses frères encombrants, les sbires fidèles et loyaux, la femme amoureuse et inquiète, le flic tordu et j'en passe. On pourrait dès lors penser qu'on a affaire à du réchauffé, du mille fois vu. Eh bien pas du tout. Disons plutôt qu'on a l'impression de retrouver de vieilles connaissances qui nous manquaient.
L'histoire participe aussi beaucoup à nous tenir en haleine. Assez complexe pour nous intéresser mais pas trop, pour ne pas nous perdre. Chaque personnage se retrouve avec le projecteur braqué sur lui à un moment où à un autre. Cela permet non seulement de mieux le comprendre mais également de mieux comprendre ceux qui l'entourent tant ils sont impactés. C'est ainsi que, par exemple, l'attitude du père explique le caractère du fils.
On pourra simplement regretter le manque de présence féminine mais il est vrai que le monde décrit par Panowich est par nature très masculin. Masculin et violent. Car autant vous prévenir tout de suite, nous ne sommes pas chez les bisounours, et c'est d'ailleurs ce qui fait l'un des intérêts du livre qui n'épargne pas grand chose au lecteur. Mais, est-ce que cela ne fait pas du bien d'être un peu bousculé ? Les femmes sont toutefois présentes quand même, dans des rôles forts et tourmentés.
Voilà, c'est violent, c'est noir, c'est rythmé (les chapitres sont ultra courts), c'est l'Amérique profonde paumée au fin fonds des bois dans la montagne. J'imagine très bien le carton que ferait l'adaptation au cinéma.

Merci à Fan2polar de m'avoir proposé ce roman pour une lecture commune.

Excellent.

mardi 27 septembre 2016

L'effet papillon - Jussi Adler-Olsen

Résumé :
Marco, un adolescent de quinze ans, a passé toute sa vie au sein d'une bande de jeunes voleurs exploités par son oncle Zola. Un jour, alors qu'il essaie de sortir de la clandestinité, il découvre le cadavre d'un homme, lié à des affaires de corruption internationale, dans le bois derrière les maisons de son ancien clan, et doit fuir, poursuivi par son oncle qui veut le faire taire. Parallèlement, l'enquête du Département V sur la disparition d'un officier danois, piétine. Du moins, jusqu'à ce que Carl Mørck ne découvre qu'un jeune voleur, Marco, pourrait avoir des informations pour résoudre ce cold case. Déjà traqué par la bande de Zola, Marco déclenche malgré lui un tsunami d'évènements et se retrouve avec des tueurs serbes et d'anciens enfants soldats sur le dos. Aucun moyen ne sera épargné pour l'éliminer et gagner le département V de vitesse. Encore une fois, Jussi Adler-Olsen a réussi à nous surprendre. Dans ce cinquième tome de la série, Carl Mørck et ses assistants s'engagent dans une course-poursuite au suspense haletant qui, des rues de Copenhague, les amène jusqu'en Afrique.

Dire que j'aime cette série est un doux euphémisme. Que dire alors de la déception que j'ai connue avec ce cinquième opus. D'abord il est truffé d'invraisemblances. On a souvent bien du mal à croire à la possibilité des évènements tels qu'ils sont décrits, sans parler de l'attitude de certains personnages. De plus, un certain nombre de phrases sont répétées à quelques pages d'intervalle, comme si l'auteur avait oublié de les avoir déjà écrites. Ce n'est pas bien méchant, mais ça fait désordre. Ensuite l'intrigue est assez quelconque et pas mal brouillonne. On ne sait pas ce qui ce passe à part qu'il s'agit d'histoire de gros sous. Le texte est bien trop long et aurait certainement gagné à être resserré. Le plus gros du récit est basé sur la fuite du jeune Marco. Au début, ça va, mais au bout d'un moment, ça lasse. D'autant que la facilité avec laquelle les hommes à sa recherche le retrouvent laisse pantois. A croire que tous les habitants de Copenhague font partie de la bande. Une des invraisemblances à ajouter au dossier.
Bref, ce roman à toute l'apparence d'un texte bâclé et pas relu. C'est du moins l'impression qu'il donne. Reste à espérer que l'auteur n'a pas tout donné dans ses premiers romans et qu'il ne va pas désormais nous livrer du sous-Adler-Olsen. C'est ce que je verrai avec Promesse, le sixième opus. Que je lirai quand même, bien entendu. Mais faudrait pas que l'accident se reproduise.

Moyen. 

jeudi 8 septembre 2016

Rouge-Gorge - Jo Nesbo

Résumé :
Rouge-Gorge, c'est le surnom d'un soldat mort qui continue pourtant de faire parler de lui. C'est aussi l'oiseau, discret comme le destin, qui vient à chaque porte, un jour, prendre son dû... Harry Hole, à la suite d'une bévue diplomatiquement grave, est muté à la surveillance des milieux néo-nazis de Norvège. Une seule consigne : faire le mort. Hole le voudrait qu'il n'y parviendrait pas. Surtout si sa meilleure amie est retrouvée littéralement brisée sur un chemin de neige. Surtout s'il découvre que l'un des fusils les plus rares au monde, spécifiquement utilisé par le terrorisme international, est arrivé sur le territoire... Le passé, prompt à rattraper le présent, refait surface avec une question lancinante : que s'est-il réellement passé cinquante ans plus tôt dans les tranchées de Leningrad ?

J'avoue avoir eu un peu de mal, tout d'abord, à entrer dans le roman. La faute sans doute à ces incessants allers-retours entre passé (seconde guerre mondiale) et présent. Le procédé n'est pas neuf et ne me gêne pas plus que ça habituellement. Mais ce qui devient problématique ici c'est la fréquence des changements d'époque et la courte durée d'installation du récit dans chacune d'elle. En un mot, le lecteur ne parvient pas à se poser.
Puis, finalement, le récit s'enracine presque pour de bon dans le présent et on peut, enfin, souffler un peu. Et suivre l'enquête qui sans révolutionner le genre n'est pas un moment de déplaisir. Loin de là. J'ai juste été un poil perdu dans la galerie de personnage d'autant qu'ils changent parfois d'identité et que l'un d'eux pourrait être atteint d'un trouble dissociatif de l'identité. En gros, ils sont plusieurs dans le même cerveau. Ce qu'on appelle souvent, à tort, schizophrénie. 
À noter que, pour la première fois en trois romans, l'inspecteur Harry Hole mène son enquête en Norvège. C'est bien pour un inspecteur norvégien. Reste que je n'ai jamais autant apprécié les enquêtes de Harry que celles des autres policiers scandinaves ou disons, du nord. Tels les Carl Mørck (Les enquêtes du département V, Jussi Adler-Olsen) ou le commissaire Erlendur Sveinsson (Arnaldur Indriðason). Sans doute à cause d'une personnalité moins fouillée. Et celui-ci ne relève pas la moyenne.
Qu'importe, ce Rouge-Gorge est (quand même) un voyage agréable dans un pays que nous connaissons je crois assez peu, ici, en France et rien que pour ça, il vaut qu'on le lise.

Moyen

mardi 26 juillet 2016

Germania - Harald Gilbers

Résumé :
Berlin, été 1944. De jeunes femmes sont retrouvées mortes, nues et mutilées, devant des monuments aux morts de la Première Guerre mondiale. Contre toute attente, le SS-Hauptsturmführer Vogler fait appel à Richard Oppenheimer, l'ancien enquêteur star. Pourtant Oppenheimer est juif et donc officiellement interdit d'exercer... Tiraillé entre son quotidien misérable dans une " maison juive " et le confort que lui offre son nouveau statut, Oppenheimer est de plus en plus inquiet. Tous les indices pointent vers un assassin appartenant à l'élite nazie, si Oppenheimer échoue, son destin est scellé. Mais n'est-il pas encore plus dangereux de démasquer le coupable ? Pendant les derniers jours du Reich, les tensions sont à leur comble...

Palme de l'originalité pour ce roman pour le lieu et l'époque, pas si souvent exploités (voir Philip Kerr et sa trilogie Berlinoise), et surtout ce duo inattendu formé d'un commissaire juif et d'un officier S.S. Les personnages sont fouillés, l'intrigue est solide, l'ambiance bien rendue, la documentation exemplaire. Une très bonne surprise.

Bon.

Lumière Morte - Michael Connelly

Neuvième enquête de l'inspecteur Harry Bosch
Résumé :
Harry Bosch a pris sa retraite. Mais une chose est sûre : il élucidera le meurtre d'Angella Benton, jeune assistante de production tuée quelques jours avant le braquage sanglant d'un studio d'Hollywood. Même si, dès le départ, " on " lui ordonne de renoncer...

Encore un bon Harry Bosch. Mais il faut dire qu'on n'est jamais déçu. Pour une fois, la narration est à la première personne, mais cela ne change rien puisque j'ai chaque fois l'impression qu'il en est ainsi. On y parle des méthodes musclées du FBI dans un pays traumatisé par le terrorisme. Un peu d'émotion à la fin. Notre Harry deviendrait-il un tendre ?

Bon.

Casanova et la femme sans visage - Olivier Barde-Cabuçon

Résumé :
Après avoir sauvé Louis XV de la mort lors de l’attentat de Damiens, et malgré son peu de goût pour la monarchie, le jeune Volnay obtient du roi la charge de “commissaire aux morts étranges” dans la police parisienne.
Aidé d’un moine aussi savant qu’hérétique et d’une pie qui parle, Volnay apparaît comme le précurseur de la police scientifique, appelé à élucider les meurtres les plus horribles ou les plus inexpliqués de son époque. Epris de justice, c’est aussi un homme au passé chargé de mystère, en révolte contre la société et son monarque qu’il hait profondément. Lorsque, en 1759, le cadavre d’une femme sans visage est retrouvé dans Paris, Volnay doit conduire une enquête sur le fil du rasoir avant que le meurtrier ne frappe de nouveau.
Surveillé de près par Sartine, le redoutable chef de la police qui voit d’un mauvais œil ce policier hors normes, Volnay, aidé à cette occasion par le libertin Casanova en personne et une jeune aristocrate italienne tournée vers les sciences et le progrès, remonte la piste d’un crime qui pourrait impliquer la Pompadour et Louis XV lui-même. Mais entre des alliés incertains et des adversaires redoutables, à qui le commissaire aux morts étranges peut-il se fier ? Des intrigues de la Cour de Versailles à la mystérieuse maison du Parc-aux-Cerfs, Casanova et la femme sans visage restitue avec une stupéfiante justesse, dans l’atmosphère si particulière de l’époque, les étonnants personnages que sont Louis XV, la marquise de Pompadour, Casanova et la figure énigmatique du comte de Saint-Germain, et inaugure une série policière des plus prometteuses.

Impossible de ne pas penser au Nicolas Le Floch de Jean-François Parot. Même lieu, même époque. Sauf que... on est loin d'atteindre ici les qualités qui font des ouvrages de Parot une vraie réussite. Je me suis ennuyé, mais ennuyé avec ce Volnay. À tel point que j'ai dû abandonner ma lecture.

Bof.

L'Homme du Lac - Arnaldur Indridason

Résumé :
A la suite des tremblements de terre d'Islande en juin 2000, le lac de Kleifarvatn se vide peu à peu. Une géologue chargée de mesurer le niveau de l'eau découvre sur le fond asséché un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacés. Erlendur et son équipe se voient chargés de l'enquête.
Il dormait au fond d'un lac depuis soixante ans. Il aura fallu un tremblement de terre pour que l'eau se retire et dévoile son squelette, lesté par un émetteur radio recouvert d'inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacés. Qui est donc l'homme du lac ? L'enquête révèlera au commissaire Erlendur le destin tragique d'étudiants islandais confrontés aux rouages implacables de la Stasi.

Encore un bon Indridason avec dépaysement garanti. D'autant qu'on voyage aussi hors d'Islande et dans une autre époque. Indridason nous invite à éviter les amalgames faciles entre une certaine idée du monde et l'image pervertie qu'en donnent certains. Les relations du commissaire Erlendur avec sa famille ne s'arrangent pas vraiment. On fait un peu plus connaissance avec ses deux partenaires.

Bon.

jeudi 17 mars 2016

City of bones - Michael Connelly

Résumé (de la french version)
L'inspecteur Harry Bosch surveille l'enlèvement des deux premiers cadavres de l'année nouvelle lorsque le sergent de garde au commissariat d'Hollywood l'informe qu'un humérus d'enfant vient d'être retrouvé dans les hauteurs de Laurel Canyon. Qui plus est, l'ossement porte des traces laissant entendre qu'il y aurait eu mauvais traitements répétés.
Horrifié par la nouvelle, - il n'y a rien de plus éprouvant que d'enquêter sur la mort d'un enfant -, Harry Bosch se rend sur les lieux de la découverte et s'aperçoit que l'enfant semble avoir été tout à la fois victime d'un assassinat prémédité et, contradiction majeure, enterré à la va-vite. Et pour corser la difficulté, l'affaire remonterait à une vingtaine d'années.
Désespérante au possible, la tâche qui l'attend pourrait le devenir si Harry Bosch ne faisait pas alors la rencontre d'une jeune recrue éperdue d'admiration pour lui… 

Celles et ceux qui ont vu (l'excellente) série TV Bosch auront reconnu l'une des intrigues. La première saison a en effet mélangé différentes enquêtes, mais la principale est bien celle sur le gamin assassiné. L'adaptation TV a pris quelques libertés avec le roman notamment en l'édulcorant un peu. Quand considérera-t-on les téléspectateurs en adultes ? Mais ce n'est pas le sujet. Revenons au roman.
Ce n'est sans doute pas le meilleur opus de la série mais cela reste malgré tout d'une lecture agréable. Même en anglais, le style de Connelly n'étant pas alambiqué.
L'ambiance reste noire (c'est du Bosch, quand même !) mais le ton devient peut-être un peu plus léger. On se prend même à penser que notre Harry pourrait finir par être heureux. Pourrait. Faut pas non plus déconner.
Rien de spécial à dire si ce n'est que les personnages secondaires prennent un peu plus de place et, par conséquent, un peu plus d'épaisseur.

Il est paru en français sous le titre :  Wonderland Avenue (si, si, je vous jure, c'est le titre français ça).

dimanche 29 novembre 2015

Farthing - Jo Walton

Résumé (de la version française) :
Huit ans après que «la paix dans l'honneur» a été signée entre l'Angleterre et l'Allemagne, les membres du groupe de Farthing, à l'origine de l'éviction de Churchill et du traité qui a suivi, fin 1941, se réunissent au domaine Eversley pour le week-end. Bien qu'elle se soit mariée avec un Juif, ce qui lui vaut d'habitude d'être tenue à l'écart, Lucy Kahn, née Eversley, fait partie des invités. Les festivités sont vite interrompues par le meurtre de Sir James Thirkie, le principal artisan de la paix avec Adolf Hitler. Sur son cadavre a été laissée en évidence l'étoile jaune de David Kahn. Un meurtre a eu lieu à Farthing et un coupable tout désigné se trouvait sur les lieux du crime. Convaincue de l'innocence de son mari, Lucy trouvera dans le policier chargé de l'enquête, Peter Antony Carmichael, un allié. Mais pourront-ils ensemble infléchir la trajectoire d'un Empire britannique près de verser dans la folie et la haine? 

Quand on attaque Farthing, on se croit plongé dans un authentique roman policier de Lady Agatha Christie. Tout y est, à peu de chose près. La splendide demeure, la famille de la haute société et ses proches, avec ce que cela comporte de jalousie, de ressentiment, de haine. Sans oublier la pléthore de domestiques. Et le meurtre, bien sur. Ne manque que le fameux Hercule Poirot. Encore que nous avons un policier compétent au moins aussi doué que le célèbre détective belge.
C'est tout juste si l'auteure développe les éléments de l'uchronie qu'elle a évoquée timidement dans les premières pages. Tout ce que l'on sait, c'est que dans cette version de l'Histoire, l'Angleterre a signé un traité de paix avec l'Allemagne nazie. Pour un lecteur inattentif (ou très, très mauvais en Histoire), le fait passerait presque inaperçu.
Pourtant, le monde n'est assurément pas ce qu'il est censé être à l'époque. Nous sommes en 1949 et non seulement Hitler n'a pas encore perdu la guerre mais il a bel et bien réussi à conquérir l'Europe. Seule l'URSS continue à lui tenir tête sur le front de l'est. Cette réalité alternative fait froid dans le dos. D'autant plus que l'extermination des Juifs du continent se poursuit dans l'indifférence générale.
Indifférence d'autant plus grande que, même au Royaume Uni, il ne fait pas vraiment bon être Juif. David Kahn en fait l'expérience tous les jours et en particulier dans cette enquête jalonnée d'indices qui conduisent à lui. Et cela arrange tout le monde en dehors bien sûr de son épouse.
Malgré tout, en dehors de quelques éléments qui nous rappellent que le monde qui nous est présenté n'est pas celui qui correspond à la réalité historique, on a longtemps le sentiment que la partie purement policière du roman aurait pu tout aussi bien se dérouler dans la «vraie» Histoire. Du coup, pourquoi imaginer cette uchronie, se demande-t-on ?
Sauf que lentement, très lentement, la petite histoire du meurtre rejoint la grande Histoire. Tout se met en place comme les pièces d'un puzzle et l'image d'ensemble prend doucement corps. Et on finit par se dire : mais oui ! mais c'est bien sûr !
 De toutes les choses particulièrement réussies dans ce roman (et il y en a), il faut distinguer l'ambiance, particulière au domaine de Farthing ou à tout le Royaume Uni, spécialement bien rendue. L'un des personnages dit à un moment donné (allez, je me lance dans une traduction personnelle,) : «Je lui ai dit que c'était insensé, que nous ne connaîtrions jamais le fascisme ici (en Angleterre) parce que les gens sont, par essence, convenables.» Et j'avoue avoir tendance à penser que le personnage n'a peut-être pas tort. J'ai beaucoup de mal à imaginer les britanniques renonçant à une démocratie plus ancienne (1)  et aussi, voire plus solide que la notre.
Pourtant, la «bonne» société anglaise n'a rien à envier à ses homologues du continent. Elle a le même mépris, voire haine, pour celui qui n'appartient pas à leur monde. J'ai nommé, les Juifs, les homosexuels, les «rouges», j'en passe. Et des Juifs, des homosexuels, des gauchistes, Jo Walton va se faire un plaisir de nous en présenter via ses différents personnages. Une occasion de nous donner à voir l'enfer qu'ils ont tous pu connaître à l'époque et de nous rappeler que, de nos jours, quelques soixante-dix ans après, les choses n'ont pas à ce point évoluées.
Donc, non, pas de fascistes en Angleterre mais  simplement une partie de la société qui en propose une imitation fort réussie. Et puisqu'on parle de société, que je n'oublie pas de dire que tous les personnages sont travaillés avec une minutie jouissive. On se plait à plaindre cette pauvre Lucy qui tombe littéralement de sa chaise au fur et à mesure que l'enquête (et ses propres réflexions) progressent. Dans le même temps, on a tellement envie de la claquer, tellement elle s'est montrée aveugle jusque là. On adore détester sa mère, Lady Eversley, qui va se montrer, au fil des pages, toujours plus abominable. On s'intéresse aussi bien sûr à David Kahn, coupable idéal. Ainsi qu'à Lord Eversley, le père de Lucy, et Carmichael, le policier de Scottland Yard et tous les autres.
A bien y regarder, ce roman est une réussite sur tous les points. Le seul point qui m'a donné un peu de mal, c'est la fin. Ignorant, durant la lecture, qu'il existait une suite, j'ai été un peu surpris par cette fin tellement ouverte, qu'elle pourrait laisser le passage au Queen Elizabeth. Certains arcs narratifs n'ont, à mon sens, pas trouvé de conclusion. Ou alors, pour les considérer comme conclus, il faut une sacré dose d'indulgence.
Telle qu'elle est, en tout cas, et sans trop en dévoiler, cette fin m'a laissé un goût amer. Espérons que la suite nous donnera plus d'occasion de nous réjouir. 
Quoi qu'il en soit, même pris individuellement, ce roman est une pure merveille et je vous invite à le lire, si ce n'est encore fait.
Il est paru en français sous le titre : Le Cercle de Farthing.  
 

(1) Renseignements pris, parce que je suis une bille en Histoire et a fortiori en Histoire Anglaise, la naissance de la démocratie chez nos voisins d'outre-manche, peut être située, soit en 1215 (si, si), au plus tôt, avec la Grande Charte, soit en 1689, au plus tard, avec le Bill of Rights (Déclaration des droits), qui marque le début de la monarchie parlementaire. Soit un siècle pile avant notre Révolution française.