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dimanche 5 février 2017

Le club des punks contre l'apocalypse zombie - Karim Berrouka

Résumé :
Les zombies ont envahi Paris. Un groupe de punks décide de profiter de la situation pour faire flotter le drapeau anarchiste sur la tour Eiffel. Mais, dans l'ombre, des rescapés du Medef ourdissent également un plan infernal.
Mêlant univers punk et humour, ce roman post-apocalyptique, ode à l'anarchie et à l'amitié, aborde aussi des questions de société. 

Je ne suis pas trop fan des histoires de zombie. À part World War Z mais bon, on est d'accord... Je ne connais pas l'univers punk et je ne m'y suis jamais intéressé. Je n'apprécie que modérément l'humour dans les livres et en particulier dans la littérature de l'imaginaire. Enfin si, j'aime bien, mais à petites doses. Vous imaginez donc à quel point j'entrais dans la lecture de ce roman à reculons.
 Eh bien, foin de suspense insoutenable : j'avais tort et j'ai passé un excellent moment. D'abord, et c'est important de le souligner, ce n'est pas ce que décrit l'auteur (excellent) qui est drôle. D'ailleurs, pas du tout. C'est même plutôt tragique. C'est plutôt la façon de le dire qui l'est. Le ton, le style, le vocabulaire, les images, tout est drôle. Alors bien sûr, de temps en temps, ce sont les situations qui sont cocasses. En particulier lorsque Karim Berrouka introduit dans son récit des personnages publics pour le moins inattendus. Il en profite d'ailleurs pour régler quelques comptes, assez gentiment d'ailleurs.
Mais ce roman n'est pas simplement un roman humoristique. C'est aussi un vrai roman fantastique. Avec de vrais morceaux de zombies dedans. C'est le cas de le dire. Des zombies (presque) ordinaires. Sauf que, bon, des zombies vraiment ordinaires, c'est pas drôle. L'auteur les a donc dotés de caractéristiques inédites qui pimentent le récit. Et c'est également un roman politique. Mais pas dans le sens ennuyeux. Bien au contraire. C'est juste le regard aiguisé d'un homme sur la société qui nous entoure.
On peut ajouter à cela des personnages très attachants, la plupart complètement barrés, mais infiniment sympathiques.
Pour couronner le tout, j'ai particulièrement apprécié, à titre personnel, pour le coup, que le plus gros de l'action se situe dans l'est parisien, quartier de mon enfance, de mon adolescence et même du début de ma vie d'adulte. J'ai même ressenti une satisfaction limite puérile (mais j'assume) à reconnaître, à sa description, la place Félix Eboué à Paris, dans le 12ème arrondissement. Souvenirs, souvenirs.
Ma seule restriction concernera la fin. Au premier abord, elle semble insatisfaisante. Trop ouverte et pas assez explicite. Puis, à la réflexion, il m'est apparu que c'est probablement une façon, pour l'auteur, de conclure que l'Anarchie ne saurait survivre sans son adversaire séculaire, j'ai nommé la religion. Ou, si ce n'est l'Anarchie, du moins les anarchistes.
Malgré tout, le roman est excellent et jubilatoire. A lire pour passer un très, très bon moment.

Merci (le énième)  à Fan2polar qui m'a conseillé cet auteur et en particulier ce livre. Sa chronique.

Très bon

dimanche 9 octobre 2016

Les pantins cosmiques - Philip K. Dick

Résumé :
Millgate, Virginie. Un trou perdu au fond des Appalaches. Quelques bars, quelques boutiques qui s'échelonnent le long de la grand-rue... Une petite ville tranquille, confite dans ses habitudes, où rien ne semble devoir changer. Jusqu'au jour où c'est la réalité elle-même qui bascule.
Dans un roman où le fantastique le dispute à l'horreur, Philip K. Dick fait passer le souffle des grand combats cosmiques ici même, à notre porte.
Terrifiant. 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, je crois bien n'avoir encore jamais lu ce roman de Dick. Fut pourtant une époque où aucune de ses œuvres publiée en France ne m'échappait. Lacune sans doute dû à sa publication tardive (1984, après la mort de l'auteur).
Quoi qu'il en soit, j'ai abordé ce roman sans aucun a priori. Et j'avoue avoir été extrêmement (mais aussi agréablement) surpris. Si on retrouve bien la "patte" de Dick, on comprend vite que nous n'avons pas affaire à un récit de science-fiction, son domaine de prédilection. L'histoire est plutôt tout ce qu'il y a de plus fantastique. Fantômes, golems, animaux sauvages obéissant aux hommes...
Même le thème de fond, la ville étrange qu'on ne peut quitter, et qui a depuis été repris à maintes et maintes reprises, fleure bon le fantastique. On se croirait dans du King avant l'heure, car n'oublions pas que le roman est paru en 1957 (je n'étais pas encore né (mais presque) et King avait 10 ans).
Alors déçu ? Pas le moins du monde. D'autant que c'est bien du Dick que nous sommes invités à lire, pas de doute possible. On y retrouve son thème de prédilection, la réalité altérée. Le tout se lit très bien, très vite, d'autant plus qu'il est très court. Je dirais qu'il s'agit d'une petite perle, manifestement et à tort assez méconnue mais fort sympathique. Sans être exceptionnel, ce roman devrait vous faire passer un excellent moment (1 heure et demie à tout casser). Une surprise inattendue pour le Dickien que je suis.

Très bon.

dimanche 29 novembre 2015

We are all completely fine - Daryl Gregory

Résumé (de la version française)
Il y a d’abord Harrison, qui, adolescent, a échappé à une telle horreur qu’on en a fait un héros de romans. Et puis Stan, sauvé des griffes d’une abomination familiale l’ayant pour partie dévoré vif. Barbara, bien sûr, qui a croisé le chemin du plus infâme des tueurs en série et semble convaincue que ce dernier a gravé sur ses os les motifs d’un secret indicible. La jeune et belle Greta, aussi, qui a fui les mystères d’une révélation eschatologique et pense conserver sur son corps scarifié la clé desdits mystères. Et puis il y a Martin, Martin qui jamais n’enlève ses énormes lunettes noires… Tous participent à un groupe de parole animé par le Dr Jan Sayer. Tous feront face à l’abomination, affronteront le monstre qui sommeille en eux… et découvriront que le monstre en question n’est pas toujours celui qu’on croit…

J'avoue, à ma grande honte, que je ne connaissais pas Daryl Gregory. J'avais bien lu son nom, ici ou là, cité par des personnes dont le bon goût n'est plus à démontrer. Mais je n'avais pas encore lu d'oeuvre du monsieur. Bon, en même temps, son premier roman (Pandemonium) est paru en 2008 (si Wikipedia ne m'abuse). Je ne suis pas trop à la ramasse non plus. Et puis, je ne peux pas être partout.
Mais voilà, l'oubli est réparé et c'est comme ça que je me suis lancé dans la lecture de ce court roman (prix World Fantasy du meilleur roman court).
Comme je ne savais pas à quoi m'attendre, je me suis gentiment laissé entraîner par l'auteur dans son histoire. C'est ainsi que j'ai pu découvrir, très lentement, au gré de leur désir de se livrer aux autres, la personnalité de chaque membre du groupe. Moi qui n'aime rien tant que la qualité, l'épaisseur des personnages, je fus comblé. Pensez donc, six personnes, en comptant la psychothérapeute. Toutes aussi importantes dans l'histoire les unes que les autres. Et s'agissant d'un groupe de parole, donc de gens censés se livrer, plus ou moins rapidement et plus ou moins en profondeur, quelle mine de portraits psychologiques !
De plus, chaque patient a été victime d'un violent traumatisme. Sans être tout à fait dingues, ils sont quand même un peu barrés. De ce fait, on ne sait jamais si ce qu'ils racontent est vrai ou bien si c'est le résultat d'une imagination exacerbée. Et laissez-moi vous dire que si ce qu'ils disent est vrai, il y a du souci à se faire.
C'est ainsi que l'on bascule tout doucement d'un contexte assez ordinaire vers quelque chose de plus en plus angoissant. À tout bien réfléchir, la partie fantastique du roman est assez originale mais sans plus. Le vrai intérêt me semble résider définitivement dans les relations qui se développent entre les membres du groupe. Quoi qu'il en soit, l'ensemble est agréable à lire et le tout étant très court, pas le temps de s'ennuyer une seule seconde. Je crois même que j'aurais souhaité que le texte fût un poil plus long pour développer un peu le passé de chaque personnage.
Pour ceux qui voudraient tenter l'aventure en anglais, sachez que le style est vraiment accessible, pas du tout alambiqué, avec des phrases courtes et que le vocabulaire est de ceux qui m'ont posé le moins de problème jusqu'à maintenant. J'estime à 90 si ce n'est 95 % l'ensemble des mots ne m'ayant procuré aucune difficulté. 
Ce roman est paru en français sous le titre : Nous allons tous très bien, merci

mercredi 25 novembre 2015

I am legend - Richard Matheson

Résumé (de la version française)
Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l'abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil...
Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu'aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme.
Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l'ultime survivant d'une espèce désormais légendaire.

J'avais déjà lu ce roman (en français à l'époque, car je n'ai pas toujours été dingue) et j'avais même dû voir le film avec Will Smith si je ne souviens bien (qu'est-ce qu'il m'a frappé, si je l'ai vraiment vu, c'est fou). Inutile de dire que, avec ma mémoire de poisson rouge, cette relecture était une totale découverte.
Pour résumer, je dirais que c'est l'histoire d'un type seul vivant dans une maison entourée de vampires pas vraiment armés des meilleures intentions. Dit comme ça, ça fait pas envie. La vie d'un type cloîtré et qui n'a personne à qui parler (parce que les vampires, ici, ne sont vraiment pas bavards), on ne voit pas tout de suite en quoi ça peut nous intéresser. Sauf que le quotidien de Robert Neuville (c'est son nom), même s'il n'est guère enviable est loin d'être aussi banal que le notre. Bon, disons que le mien. 
Allez faire des courses, c'est autrement plus compliqué. Avoir des légumes frais est un vrai défi. Quant à manger de la viande, il faut oublier. Même au niveau divertissement, fini le cinéma, le théâtre, les concerts. Place à l'extermination des vampires pendant leur sommeil diurne. Un sport comme un autre.
Mais si l'auteur se contentait de nous faire partager le quotidien, même hors norme de son héros, notre intérêt serait peu excité. C'est pourquoi il nous distille quelques évènements qui viennent briser la routine qui s'est installée dans la vie de Neuville. C'est ainsi que celui-ci laisse malencontreusement passer l'heure et se retrouve dans la rue à la tombée de la nuit. Mauvais plan. Puis il rencontre un chien errant qu'il tente d'apprivoiser. Et apprivoiser un clébard qui passe son temps à éviter les vampires, et d'une façon générale, tous ceux qui se déplacent debout, bonjour le challenge. Il se lance ensuite dans l'étude de tous les livres qu'il peut trouver qui lui permettrait de comprendre l'origine de l'épidémie qui a transformé tous les humains sauf lui et, pourquoi pas, de trouver un remède. Et quelques autres épisodes que je me garderais bien de vous révéler pour ne pas tout dévoiler de l'histoire.
Mais il existe un autre aspect, de loin pas le plus inintéressant, qui s'intéresse aux questionnements de Neuville, à ses sautes d'humeur, ses découragements, ses baisses de moral. Il n'est pas rare chez lui de se trouver à deux doigts de laisser tomber, de se laisser mordre par un vampire et de finir comme eux. Mais, on le sait, l'instinct de survie chez l'homme est colossal. Et c'est ainsi qu'on verra Neuville se battre jusqu'à la fin.
Ce roman est sans conteste un petit bijou. Écrit en 1954, il renouvelle déjà le thème du vampire et s'éloigne, au fur et à mesure de la compréhension qu'a Neuville du phénomène, du Dracula de la légende. À ce propos, c'est lui-même, dernier homme sur la terre, du moins autant qu'il le sache, qui devient une légende. En fait, Matheson fait basculer le vampire du domaine du fantastique, qui ne s'embarrasse pas d'explications scientifiques, à celui de la science-fiction,qui tente de trouver une explication rationnelle à des phénomènes réputés surnaturels.
À lire si vous avez une paire d'heures, le roman étant très court et prenant. Et, je tiens à le préciser, même si vous n'êtes pas fan des histoires de vampires. Ceux-ci sont en effet à peine présents et l'intérêt est définitivement ailleurs.
L'ouvrage est sorti en français sous le titre : Je suis une légende. 

mardi 21 juin 2011

Plaisirs coupables - Laurell K. Hamilton

Une aventure d'Anita Blake, tueuse de vampires.
Bon ! Au moins pourrai-je dire : j'ai essayé. Ma femme aussi par la même occasion. Elle n'a pas fait mieux que moi. Nous avons l'un et l'autre arrêté la lecture avant la fin non sans avoir vraiment tenté de nous accrocher.
L'idée de départ n'est pourtant pas mauvaise : un monde dans lequel les morts-vivants se baladent au vu et au su de tout le monde, où les vampires ont pignon sur rue. Mais qu'est-ce que tout cela est mal exploité ! On a le sentiment que Hamilton n'a pas pris le temps de penser son univers. D'en éprouver la solidité. Du coup, le récit est bourré d'invraisemblances, ou, au mieux, de choses non dites, d'explications non données. Alors on n'accroche pas. On n'arrive pas à y croire une seconde. Même en faisant des efforts.
Un exemple parmi d'autres. Les vampires ne se cachent pas. Ils vivent au milieu des humains. Pourtant, Anita Blake, l'héroïne, peut les tuer en toute impunité !!?? De plus, elle les déteste. Pourquoi ? Bah on n'en sais rien. Peut-être l'apprendront nous plus tard. En attendant, on n'y comprend rien. Enfin, moi en tout cas, je n'y comprends rien (et puis je m'en fous).
Et l'histoire n'avance pas. Anita est chargée d'enquêter sur les meurtres de plusieurs vampires. Mais après avoir lu une bonne partie du livre avant de déclarer forfait, je constate qu'Anita n'a toujours pas entamé son enquête à proprement parlé, trop occupée qu'elle est à se débarrasser des bâtons qu'on lui met dans les roues. Qui plus est, les bâtons viennent souvent de ceux qui l'ont mandatée. Quand je vous dit que je n'y comprends rien.
L'histoire ressemble en fait à un mauvais jeu de rôle. Anita ouvre une porte, elle se fait tabassée, elle s'enfuit. Elle ouvre une porte, elle se fait tabassée, elle s'enfuit ... ad nauseam. Cela me rappelle, même si cela n'a rien à voir, la fois où j'ai voulu attaquer la série des Lancedragon histoire de lire quelque chose qui ne prend pas la tête. En fait c'était tellement bourrin que cela en devenait illisible. Ce n'était pas plaisant, c'était une torture. Eh bien je ressens la même chose ici.
Le plus dommage, c'est que cela aurait pu être beaucoup plus réussi mais je crois qu'il aurait fallu à l'auteure un peu plus de travail. Voilà, maintenant c'est officiel : je n'aime pas la bit-lit. Je m'en doutais bien un peu mais ma sacro-sainte rigueur intellectuelle m'interdisait de l'affirmer sans en avoir fait l'expérience. C'est fait. C'est dit.

dimanche 19 juin 2011

Passage - Connie Willis

Allez ! Parlons d'abord des choses qui fâchent. Ce livre est long. Très long. Trop long. Plus de 900 pages, ça commence à faire beaucoup. Évidemment pas quand il s'agit d'écrire une épopée comme le Seigneur des Anneaux, mais ici, il faut bien reconnaître que nous sommes loin de la même veine épique.
Non. L'histoire, toute l'histoire, tiendrait en quelques pages. Joanna Lander est psychologue au Mercy General. Elle s'est fait une spécialité des E.M.I. Des expériences de mort imminente. Ce phénomène décrit les sensations éprouvées par les personnes en état de mort clinique avant d'être réanimées. Les témoignages recueillis comportent un certain nombre de points communs : un bruit difficile à identifier, un tunnel, une lumière vive, la présence de proches déjà décédés ...
Dans le domaine elle a un rival, Maurice Mandrake, auteur d'un livre : La lumière au bout du tunnel. Lui aussi interroge les personnes ayant survécu à un coma profond. Mais à la différence de Joanna qui essaie d'interférer le moins possible avec le témoignage de ceux qu'elle interroge, Mandrake n'hésite pas à les influencer. Pour obtenir les réponses qui l'arrangent.
Un beau jour, Joanna croise la route du Dr Wright. Ce dernier cherche à l'associer à des recherches qu'il mène sur les E.M.I. Il tente de reproduire celles-ci artificiellement sur des volontaires à l'aide de certaines substances chimiques pour ensuite analyser les réactions sur l'organisme afin de tenter de déterminer ce qui se produit lors de ces expériences (ne m'en demandez pas plus. D'abord je n'ai rien compris, ensuite je n'ai rien retenu).
Bon, tout ça, en délayant un peu, ça nous fait 300 pages. Allez, 400 parce que c'est vous. Mais 900 !!!
Il faut dire que dans ce roman, Connie Willis se plaît (se complaît ?) à répéter inlassablement les mêmes choses. C'est Joanna qui passe son temps à fuir Mandrake. C'est Joanna qui parcours l'hôpital en long en large en travers. D'est en ouest. De haut en bas. C'est le Dr Wright qui se perd dans le labyrinthe en 3 dimensions qu'est le Mercy General. Je n'ai pas le souvenir d'avoir lu la description d'un établissement aussi complexe. Il faut dire qu'il est le résultat de la réunion de plusieurs bâtiments qui n'étaient pas conçus à l'origine pour communiquer entre eux. C'est Joanna qui rend visite à la petite Maisie. Joanna qui rend visite à son ancien professeur d'anglais et à sa nièce. Ce sont les soirées tombola (soirées vidéo) au cours desquelles Vielle, la meilleure amie de Joanna, essaie de caser celle-ci avec Richard Wright. Et puis bien sûr tous les récits des différentes E.M.I. vécues par les volontaires du programme.
C'est ainsi qu'on va retrouver, tout le long du récit, une succession des passages susmentionnés.  Passage a tout d'une hélice ADN en fait. Et à la longue, cela peut un peu devenir ennuyeux. D'autant que le roman se termine de façon assez décevante. L'explication finale n'est pas loin d'être consternante, du moins n'est-elle pas exceptionnelle. Tout ça pour ça, est-on tenté de se dire. De plus, la fin ouverte permet les interprétations les plus fantaisistes en complètes oppositions avec les caractères plutôt rigoureux de Joanna et Richard.
Bon, à la réflexion, quand j'évoquais les choses qui fâchent, je crains bien qu'en fait, cela concerne tous les aspects du roman.
Je suis pourtant arrivé à bout de ma lecture. Par quel miracle ? Eh bien il faut avouer que Connie Willis sait écrire et sait nous raconter des histoires. Et puis, on a envie de savoir comment tout cela se termine. Mais autant j'avais particulièrement aimé Sans parler du chien autant avec Passage, j'ai un peu souffert. Connie Willis reste malgré tout une auteure que je garde à l'œil. Et je lirai sans aucun doute le prochain de ses livres à sortir en poche. À condition bien sûr qu'il fasse une taille raisonnable.

jeudi 24 février 2011

World War Z - Max Brooks

Ce livre n'est pas un roman. Pas même, à proprement parlé, un recueil de nouvelles. Il s'agit d'une compilation de récits, de témoignages portant tous sur une supposée guerre mondiale ayant opposé l'humanité aux ... zombies.
On pouvait donc craindre un caractère répétitif et à la longue assez ennuyeux. Il n'en est rien. Loin de là. D'abord parce que le livre est divisé en plusieurs sections qui traite d'un des aspects, d'une des périodes de cette guerre. On passe donc par l'origine de la contamination, l'épidémie, les premières solutions « locales », la guerre proprement dite, etc. De plus, chacun des récits est particulièrement bien fichu. Aucun d'eux n'est médiocre et il en est plusieurs tout simplement exceptionnels. Certains dégagent même une émotion assez forte.
Mais la qualité première du livre, outre un style très agréable, c'est son intelligence. On sent que l'auteur a parfaitement préparé le terrain avant de se lancer dans l'écriture. Si les zombies existaient et si cette guerre avait eue lieu, on dirait de l'auteur qu'il est bien documenté. mais les zombies n'existent pas (si,si, je vous jure) et cette guerre non plus a fortiori.
Max Brooks ne s'est donc pas documenté, forcément, mais il semble avoir réfléchi à tous les aspects, les conséquences, qu'une telle guerre pourrait avoir sur la planète. Il ne néglige aucun domaine. Il traite de conséquences aussi diverses que l'impact militaire, économique, politique, bien sûr, mais aussi écologique, démographique, moral, philosophique et même psychiatrique. Et j'en oublie tout un tas.
Je ne suis pas un spécialiste des zombies ni même un très grand fan. Ceci expliquant cela. Mais je souhaite dire à tous ceux qui seraient aussi tièdes que moi que ce livre est tout ce qu'il y a de plus lisible pour quelqu'un qui n'a pas d'appétence particulière pour le sujet voire pour quelqu'un que le sujet ferait fuir.
Il est à noter que ces zombies, dont on parle tout du long, bien entendu, sont au final, paradoxalement, assez absents. Au travers de tous les témoignages que nous sommes amenés à lire, ce sont, encore une fois, les conséquences sur la vie des gens qui s'expriment que nous découvrons. À peine si nous sont narrées quelques batailles opposant vivants et zombies. Mais si elles sont rares, elles sont mémorables.
Un excellent livre, donc, que j'ai littéralement dévoré (sans jeu de mots). Il paraitrai même que l'ouvrage ferait plus de 500 pages. Ah oui ? Je gage que vous aurez plaisir à le lire, que vous soyez amateurs ou non des morts-vivants.

Il(s) ou elle(s) en parle(nt) :
BiblioMan(u)
Gromovar
Efelle

dimanche 6 février 2011

Nephilim - Asa Schwarz

Il y a quelques temps, je recevais un mail de France Loisirs m'indiquant que la date limite pour satisfaire à mon obligation d'acheter un livre par trimestre, approchait. Je me rend donc dans la boutique la plus proche pour remplir mon devoir. Après avoir passé un bon bout de temps dans les rayons, prenant et déposant nombre d'ouvrages, je devais me rendre à l'évidence : les livres du catalogue de F.L. ne sont pas tout à fait ma tasse de thé. Je le savais déjà, notez bien. Mais jusqu'ici, j'étais parvenu à faire les quelques achats qui m'étaient réclamés sans trop de difficulté. On trouve (parfois) de très bonnes choses (de mon point de vue s'entend). Après tout, ils avaient bien édité Terreur de Dan Simmons ou L'Étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman. Bon, sans doute l'erreur d'un stagiaire d'été qui avait cru bon d'inscrire ces excellents ouvrages dans le catalogue. Bref, après moult hésitations, je jetais finalement mon dévolu sur ce Nephilim. Guère plus convaincu que ça.
Il faut savoir que Nephilim est un condensé de tout ce qui est peu ou prou à la mode ces temps-ci.  C'est un livre très tendance. D'abord il s'agit de Fantasy/Fantastique. Enfin vaguement. Une petite teinte, juste pour dire. Ça donne surtout dans le mystique. Genre Dan Brown. Ça fait vendre, coco, ça fait vendre. Ça parle aussi d'écologie. Ça c'est porteur. Dans l'air du temps. Et puis enfin (mais là, l'auteure n'y est pour rien) ça nous vient tout droit de Scandinavie. Et ça aussi, mine de rien, c'est à la mode en ce moment.

 Mais voilà. Être tendance, c'est aussi prendre le risque de nous servir du déjà-vu. Paradoxalement. Pas de l'ancien, bien entendu. Par définition. Mais du connu. On sature. C'est l'overdose. Le ras le bol.
J'ai donc entamé la lecture avec pas mal d'a priori négatifs. Mais qu'est-ce qui m'avait donc pris d'acquérir ce bouquin ? Ah oui ! J'ai déjà expliqué pourquoi. Bon, bah, puisqu'on y est, allons jusqu'au bout. Justifions la dépense.
Nous voilà donc plongés dans une histoire qui va, essentiellement, tourner autour de deux personnages. Féminins. Logique. L'auteure est une femme après tout. Et puis moi, ça ne me dérange pas, mais alors pas du tout de côtoyer des figures de femmes dans les romans. J'aime bien, au contraire.
Nous avons donc, à ma gauche Nova, jeune activiste de Greenpeace prête à (presque) tout pour faire triompher sa cause. À ma droite, Amanda, inspecteur de police. La première va se trouver impliquée dans une série de meurtres assez horribles. La seconde est chargée de l'enquête. Rien que de très classique.
Mais les personnages sont assez bien campés. En particulier Amanda, qui n'a rien du policier infaillible qui découvre la vérité en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Sans être tout à fait fragile ou vulnérable elle est humaine, simplement. Et de plus, son organisme se rappelle à son bon souvenir de façon assez violente. Elle n'est pas à la fête pour son enquête.
Le style est fluide et très efficace. Rien de très démonstratif. Il est tout entier dédié à l'action. N'espérez donc pas mieux connaitre Stockholm à l'issue de votre lecture. Mais le rythme est là.
Et au bout du compte, contre toute attente, on arrive au bout du roman sans avoir eu l'impression de s'ennuyer une seconde. Rien de bien extraordinaire, donc, mais un livre qui se laisse lire. Gentiment. C'est déjà pas si mal.


vendredi 3 décembre 2010

Terreur - Dan Simmons

1845, Vétéran de l'exploration polaire, Sir John Franklin se déclare certain de percer le mystère du passage du Nord-Ouest. Mais l'équipée, mal préparée, tourne court; le Grand Nord referme ses glaces sur Erebus et Terror, les deux navires de la Marine royale anglaise commandés par Sir John. Tenaillés par le froid et la faim, les cent vingt-neuf hommes de l'expédition se retrouvent pris au piège des ténèbres arctiques. L'équipage est, en outre, en butte aux assauts d'une sorte d'ours polaire à l'aspect prodigieux, qui transforme la vie à bord en cauchemar éveillé. Quel lien unit cette « chose des glaces » à Lady Silence, jeune Inuit à la langue coupée et passagère clandestine du Terror ? Serait-il possible que l'étrange créature ait une influence sur les épouvantables conditions climatiques rencontrées par l'expédition ? Le capitaine Crozier, promu commandant en chef dans des circonstances tragiques, parviendra-t-il à réprimer la mutinerie qui couve ?

Si je devais citer un défaut de ce roman, ce serait sa longueur. Il est objectivement long. Près de sept cent pages. Et quand on le lit, comme moi, dans une période où on est peu disponible pour la lecture et qu'on y passe plus d'un mois et demi, il devient interminable. Pourtant, paradoxalement, impossible de dire que je me suis ennuyé, ne serait-ce qu'un peu. Chaque fois que je reprenais la lecture, à l'endroit même où je l'avais abandonné et parfois quelques jours plus tard (et cela devait m'arriver souvent tant le texte que je lisais à chaque étape était court), chaque fois je retrouvais le même plaisir. Le récit, autant vous le dire tout de suite, est extrêmement immersif.
À part ce défaut ( qui n'en est pas vraiment un, tant chaque moment du récit a sa place et manquerait s'il était absent) le roman ne possède que des qualités.
Lorsque l'histoire commence, les deux navires sont immobilisés sur la banquise. L'auteur nous explique comment s'organise l'équipage, jour après jour. Je pouvais craindre au début du livre que Simmons nous entraine dans une certaine routine des marins, qui plus est sur des bateaux pris dans les glaces. Pas question d'apprendre grand chose sur la navigation dans ces conditions. Mais il parvient à nous intéresser au quotidien de ces hommes parce qu'il aborde un nouvel aspect de la vie à bord des navires dans chaque chapitre. Sans compter que chacun de ces derniers est raconté suivant le point de vue de l'un des personnages. Rassurez-vous, nous ne passerons pas en revue les cent vingt-neuf membres d'équipage dans le roman, mais chaque catégorie a droit à son « porte parole » : officiers supérieurs, officiers subalternes, civils, matelots, mousses ... Et beaucoup, parmi ces personnages sortis du lot, se montrent très attachants comme : Irving, Goodsir, Peglar, Bridgens pour ne citer que quelques uns. Je n'oublierai pas non plus le formidable personnage du capitaine Crozier ou l'énigmatique Lady Silence. D'autres en revanche font de magnifiques crapules inquiétantes à souhait.
Outre la qualité des personnages que Simmons fait vivre, il faut souligner sa puissance d'évocation. Très vite, nous sommes littéralement transportés dans l'arctique et il est vivement conseillé de lire ce livre avec une doudoune et des gants (même si ce n'est pas pratique). Les conditions de froid extrême sont tellement bien rendues que l'on finit par avoir mal pour les malheureux marins. Mais très vite, aux conditions climatiques exceptionnelles, il faut ajouter d'autres problèmes, d'autres dangers. Des problèmes de nourriture d'abord. Les conserves (procédé assez nouveau à l'époque) sont en grande partie impropres à la consommation. Autre danger, le paysage très changeant et dans lequel il est facile de se perdre. Et dans l'arctique, se perdre est synonyme de mort inéluctable. Sans compter qu'une créature mystérieuse, une sorte d'ours gigantesque, rode autour des navires et tue les hommes qui ont le malheur de croiser sa route. Et comme si tout cela ne suffisait pas, la mutinerie menace. Le moindre danger pour l'homme n'est pas forcément l'homme lui-même.

− Comme si la nature n'apportait pas avec elle son fardeau de misère, dit soudain le Dr Goodsir. Pourquoi faut-il que les hommes cherchent à l'alourdir ? Pourquoi le genre humain, non content d'endurer la pleine mesure de malheur, de terreur et de mort que lui inflige le Seigneur, s'acharne-t-il à l'augmenter de sa part ? Pouvez-vous répondre à cela, monsieur Hickey ?

L'une des grandes forces du roman, à mon sens, est qu'alors que la situation de départ est déjà fort peu reluisante, les choses ne vont cesser de s'aggraver. Le plus souvent, dans les récits de terreur, les personnages nous sont présentés dans le quotidien d'une vie calme et tranquille voire nageant dans le bonheur intégral. Puis, lentement, les choses se dégradent. Tandis qu'ici, Simmons à fait le pari de partir d'une situation déjà catastrophique. Pourtant, le pire est à venir. Même si l'auteur ne nous épargne pas certaines scènes (presque) gores, il faut lui reconnaitre qu'il n'en abuse absolument pas.
Bien que le suspense ne soit pas, à proprement parler, insoutenable (le récit étant tiré d'une histoire authentique, nous savons comment cela finit), nous sommes pris par le talent de Simmons et nous nous surprenons à dévorer les pages pour découvrir ce qu'il advint à tel ou tel personnage. La fin que l'auteur a imaginé est assez conforme à ce que j'avais supposé, au moins dans les grandes lignes.
Un excellent roman donc, qui va vous plonger dans la Marine royale anglaise du XIXème siècle ainsi qu'au cœur de l'arctique. À lire absolument.

Autres opinions :
BiblioMan(u)
Nébal
Efelle
Gromovar
Salvek
SBM
Martlet
Papa Fredo
Les corbeaux

samedi 9 octobre 2010

Manitou - Graham Masterton

Mon édition française de Manitou (Milady) a une particularité : deux fins différentes. J'ignore s'il en est de même d'autres éditions voire de toutes. La première fin présentée n'est paradoxalement pas la fin originale. Il s'agit en réalité de celle concoctée par l'auteur suite à la demande de son éditeur américain que la première mouture ne satisfaisait pas. La seconde est donc la fin originale, publiée en Grande-Bretagne.
Ce n'est rien de dire que celle des deux que j'ai le moins appréciée est la première, celle destinée aux lecteurs d'outre-atlantique. Je l'ai trouvée d'un ridicule qui frôle le pathétique. Déjà lorsque l'un des personnages nous explique que non seulement tous les êtres vivants possèdent un manitou ( un esprit, une âme ), mais également les objets : stylos, machines à écrire, je dois avouer une petite réticence. Mais je me reprends vite. Qui c'est le boss sinon l'auteur lui-même ? S'il décide que les poignées de porte, les tournevis ou les moules à gaufres ont une âme, qui suis-je pour le contredire ? Mais là où ça se complique, c'est lorsque le héros utilise le manitou d'un objet qui symbolise le dernier cri de la technologie de l'époque pour combattre le sorcier maléfique. Je me garderais bien de vous révéler de quoi il s'agit pour ne pas vous gâcher le plaisir (plaisir ?) de la découverte au cas où vous souhaiteriez tenter l'aventure. Bien sûr, d'autres auteurs ont donné une intelligence à des objets divers et variés (poupées, voitures ... ) mais la façon dont Masterton présente la chose m'a donné alternativement envie d'éclater de rire et de grincer des dents. On comprend mieux quand on sait que cette fin a été écrite a posteriori.
La fin « britannique » est un poil plus réussie. Du moins, moins ridicule. Mais pour le coup, elle est aussi moins dynamique. Elle est plus courte et il y a moins d'action. Et la chute fait irrémédiablement penser à une autre fin d'un certain H.G. Wells, ce dont Masterton ne se cache pas, il faut le reconnaître.
De fait, il n'y a guère que le tout début du roman qui se laisse lire avec un certain plaisir. En fait, dès l'apparition du sorcier, le récit perd de son intérêt. 
J'ai même pu constater certains travers qu'a dénoncés Gromovar dans sa chronique sur Le Portrait du Mal du même auteur. Notamment cette facilité déconcertante qu'ont certains personnages (et censés être des scientifiques) a accepter le surnaturel comme allant de soi. J'ajouterai que la galerie de personnages d'un roman est presque parfaitement interchangeable avec celle du second. 
Et si Masterton écrivait sans cesse la même histoire en modifiant quelques détails ici ou là ? C'est un peu l'impression que j'ai eu après ces deux expériences. Mais à tout prendre, je crois que j'ai quand même préféré Le Portrait du Mal. Peut-être tout simplement parce qu'il s'agissait du premier que je lisais.
Reste qu'au niveau des qualités qu'on peut reconnaître à Masterton c'est la facilité avec laquelle on peut lire ces romans. Même si on peut déplorer que, en contrepartie, le style ne soit pas son fort.
Pas certain qu'on me reprendra à lire cet auteur. Dommage, parce que j'ai encore deux de ses livres cachés quelque part. Bon, on va dire qu'ils sont à mon épouse (qui a renoncé à les lire) et de toute façon, ils ne sont pas dans ma pile à lire. Officiellement, j'entends.

Quatrième de couverture :
Chaque nuit, Karen faisait d'épouvantables cauchemars. Chaque matin, la tumeur qui déformait son cou était un peu plus grosse. Une tumeur inopérable qui laissait les médecins perplexes et qui bougeait imperceptiblement, comme s'il y avait eu quelque chose de vivant sous la peau.
Quelque créature diabolique qui ne rêvait que d'effroyables massacres. Pour Misquamacus, le vieux sorcier indien, l'heure était enfin venue de se venger de l'Homme blanc qui avait exterminé son peuple. Une revanche qu'il attendait et préparait depuis plusieurs siècles...

samedi 28 août 2010

La couronne des sept royaumes - David B. Coe

Quatrième de couverture
C'est avec une impatience doublée d'une légère angoisse que le jeune Tavis, fils du duc de Curgh, voit se rapprocher au-delà des remparts les joyeuses banderoles du festival. Lors de cet événement, en effet, les adolescents sont soumis à l'épreuve de la révélation, durant laquelle les Glaneurs Qirsi, de mystérieux magiciens dévoilent à chacun une partie de son futur destin. On a toujours répété à Tavis qu'il deviendrait Duc, puis roi, à la suite de son père. Et si la Révélation lui apprenait le contraire ? Lorsqu'il ressort de son entrevue avec le magicien Qirsi, Tavis n'est plus le même homme : ce que lui a révélé le Glaneur est si terrible, si effrayant qu'il refuse de le croire... Mais peut-on lutter contre sa destinée ?

J'avais déjà eu l'occasion de faire une première "pré"-critique de cette œuvre. Là, juste ici. Ayant achevé la saga, je suis aujourd'hui en mesure de vous proposer une analyse définitive.
Comme à l'époque, je suis tenté de présenter ce cycle comme un Trône de fer light. N'y voyez là de volonté de ma part, ni de surestimer l'œuvre ni de la sous-estimer. Pour sûr, nous n'avons pas affaire ici à un monument de la trempe de la saga de Georges R.R. Martin. Il parait vite, à l'évidence, que nous sommes face à une œuvre bien moins sombre et, de fait, plus légère. Ce n'est pas un défaut en soi. C'est juste une façon différente de présenter les choses. Pas moins bien, juste différent. A côté de ça, il faut reconnaitre quelques liens de parentés entre les deux sagas, qui en font les membres d'une même famille. La taille d'abord, même si, avec ses 10 volumes (en français) la série de Coe fait un peu poids plume. Mais reconnaissons lui une qualité : elle est finie. Le cœur du sujet (intrigues et complots) rapprochent encore les deux cycles. Le nombre de personnages aussi. Ils foisonnent également dans La couronne des sept royaumes. Il y a moins foule, mais on y est toutefois nombreux. La géographie des lieux est également évocatrice du Trône de fer. Sept royaumes, ça ne vous dit rien ? Bref, beaucoup de points communs mais aussi pas mal de divergences. Il ne faudrait pas croire que nous avons affaire à un copier-coller.
Ici, la magie est très présente. Et assez originale. Elle est l'apanage du peuple Qirsi qui n'est pas originaire des Sept Royaumes et dont les membres forment les gouvernements des différents Ducs et Rois. On peut se demander comment les Eandis (les habitants des Sept Royaumes) peuvent faire à ce point confiance à d'anciens ennemis ( une guerre a autrefois opposé Qirsis et Eandis ), mais passons. La magie, donc, se décline en plusieurs talents que chaque Qirsi ne possède qu'en un, voire deux et exceptionnellement trois exemplaires. Comme le glanage (vision de l'avenir), le façonnage (action sur les matériaux durs), brumes et vents, feu, langage des animaux ... Chaque acte magique ponctionne chaque fois un peu de l'énergie vitale de son auteur. Ce qui rend les Qirsi plus fragiles et leur accorde une longévité moins importante.
L'axe principal de l'histoire va reposer sur un complot Qirsi visant à renverser toute la noblesse Eandi. Ce scénario, finalement assez simple, va nous entrainer dans une succession de complots secondaires, d'intrigues, de trahisons, de changements de camps. Nous allons nous attarder longuement sur les différents stratagèmes utilisés par la conspiration pour provoquer des guerres civiles et ce, dans plusieurs des royaumes. C'est d'ailleurs presque l'un des défauts de la série. Qu'on nous montre de quoi sont capables les comploteurs dans un royaume, c'est normal. Dans un deuxième, ça va encore. À partir du troisième, cela commence furieusement à faire répétitif. Même si les méthodes changent.
En revanche, les dialogues représentent l'une des grandes qualité de la saga. Ils sont plutôt bien écrits et sont plus longs que dans la plupart des ouvrages du genre. Les personnages ont, pour une fois, le temps de développer leurs arguments et rien n'est laissé dans l'ombre. Pour une fois que l'on comprend tout à ce qui se passe. Bien sûr, cela pourra faire fuir les amateurs d'action. Encore que, dans ce domaine, l'auteur ne soit pas en reste.
Pourtant, c'est dans ces mêmes dialogues qu'apparait parfois, paradoxalement, l'un des plus grands défauts de l'œuvre : une certaine naïveté. Les phrases prononcées par certains personnages haut placés frisent quelque fois le ridicule. Et le récit fait aussi, de temps en temps, songé à un texte destiné aux plus jeunes.
Mais qu'on se rassure, la lecture reste d'un bout à l'autre très agréable. Les personnages sont, pour la plupart, très bien travaillés et souvent attachants. L'histoire est, quant à elle, pleine de rebondissements.
Voilà donc une série, finie, et très divertissante même si elle est sans prétention. Et si, après tout, elle se rapprochait plus d'une histoire de cape et d'épée ? Si cela tenait davantage des Trois mousquetaires que du Trône de fer ? Ce ne serait déjà pas si mal.

jeudi 12 août 2010

L'affaire Charles Dexter Ward - H.P. Lovecraft

Quatrième de couverture
Échappé de Salem lors de la grande chasse aux sorcières du XVIIIe siècle, Joseph Curwen vint s'établir à Providence où il mourut en 1771. La découverte de sa tombe par son descendant, Charles Dexter Ward, marque le début d'un drame au cours duquel le jeune homme perd l'esprit.
Un vieil ami de sa famille, le docteur Willet, enquête sur cette affaire diabolique où chaque pas vers la vérité révèle des horreurs innommables. Pourquoi, par exemple, l'écriture du jeune Ward devient-elle peu à peu semblable à celle de Joseph Curwen, le sorcier ?

J'ai un problème avec Lovecraft. Je me rends compte que je lis de la littérature de l'imaginaire depuis bientôt 40 ans et que je n'ai jamais lu une page de cet auteur. Pourquoi me direz-vous ? Eh bien pour l'incroyable raison que je connais depuis toujours le racisme extrêmement prononcé de l'individu et que je n'ai jamais voulu accorder la moindre attention à ses écrits. Vous avez le droit de trouver cela stupide mais je suis ainsi fait. J'avais sans doute la crainte d'être souillé par ses textes à l'instar de ces héros de nos récits préférés qui refusent d'approcher certains lieux qu'ils jugent maléfiques. Mais bon, je m'en serais voulu de montrer la même haine irrationnelle à l'égard de l'écrivain Lovecraft que celle que l'homme Lovecraft montrait vis à vis des Noirs. Et voilà comment j'attaquais donc cette Affaire Charles Dexter Ward, bien décidé à juger ce que j'allais lire avec la plus totale objectivité. Et je vous donne ma parole que c'est bien ainsi que je procédai.
Eh bien je dois avouer que le résultat était fort éloigné de mes espérances (si tant est que j'avais espéré quoi que ce soit). J'ai trouvé ce roman d'un ennui comme j'en ai rarement éprouvé.
La faute d'abord à un style archaïque et lourd peu apte à susciter mon intérêt. J'ai dû souvent, bien trop souvent, relire plusieurs fois les mêmes phrases avant d'en comprendre le sens. Parfois du fait même de leur construction, d'autres fois parce que mon esprit s'évadait, par manque d'intérêt, et que je n'étais plus assez concentré sur ce que je lisais. Ma lecture a pris souvent une allure de calvaire et les 120 pages m'ont semblé 300. Il faut ajouter à cela un manque presque total de dialogues. Le fait qu'un récit en soit dépourvu ne me gêne pas a priori. Mais les dialogues étant, en quelque sorte, la respiration du texte, son oxygène, il faut que le récit soit diablement passionnant pour s'en passer. Et il ne l'a pas été pour moi.
On peut diviser le texte en trois parties, à peu près égales, qui deviennent, il faut bien le dire, au fur et à mesure moins ennuyeuses. La première concerne Joseph Curwen, l'ancêtre de Charles Ward. Elle est constitué essentiellement de témoignages, de lettres, de documents qui remontent tous à plus d'un siècle. Le résultat est un récit pas très vivant. Lovecraft s'est cru de plus obligé de sombrer dans le détail géographique du plus soporifique effet. Celui qui aurait en tête de réaliser un plan détaillé de la ville de Providence y trouverait sans doute son compte. Moi, pas. Le tout est chargé de pseudo-mystères qui rendent la lecture encore un peu plus difficile mais de façon artificielle et vaine puisqu'on sait très vite parfaitement ce que Curwen cherche à faire.
La seconde partie est davantage centrée sur Charles Ward lui-même. Les évènements étant cette fois contemporains de la narration, ils sont un poil plus vivants. Là aussi beaucoup de mystères mais qui paraissent gonflés artificiellement. On ne voit jamais se qui se passe dans le laboratoire de Ward mais on se doute bien de ce qui s'y déroule. Encore une fois, la montagne accouche d'une souris.
Dernière partie (enfin), de loin la plus vivante et qui concerne cette fois le docteur du brave Charles. Il va tenter de faire la lumière complète sur l'enfer qu'a traversé son patient. Il y parviendra, mais le dénouement est, hélas, bien trop prévisible. Ce texte de 1927 était probablement très original à l'époque mais il a perdu toute sa force aujourd'hui.
Reste que les personnages sont assez inintéressants. Très peu vivants (humour). On se fiche comme d'une guigne de ce qui peut arriver aux uns ou aux autres. On ne tremble pas. Aucune peur, aucune angoisse. Et pourtant je suis loin d'être blasé. D'autres textes, et encore récemment, m'ont fait courir des frissons le long de l'échine.

Voilà, on va dire que je ne suis pas fait pour Lovecraft ou qu'il n'est pas fait pour moi. Certains me diront que je suis passé à côté de quelque chose d'exceptionnel mais je n'en ai jamais eu aussi peu conscience.
Je crois savoir que ce roman (unique chez l'auteur) est un peu à part dans la bibliographie de Lovecraft et que même certains de ses fans ne l'apprécient pas plus que ça. Je vais donc, consciencieusement, poursuivre mon effort de découverte.
Pour prouver à HPL que je ne suis pas rancunier, je vous invite à lire la chronique, une fois de plus admirable, de mon quand même ami El Jc qui a une toute autre vision de l'œuvre.

Et en parlant d'ami, je sens que je vais m'en faire tout plein d'ici pas longtemps.

jeudi 24 juin 2010

Le portrait du mal - Graham Masterton

Quatrième de couverture :
Ils étaient prêts aux pires atrocités pour conserver l'éternelle jeunesse. Un portrait de douze personnages au visage en décomposition... La toile est l'œuvre d'un certain Waldegrave, ami d'Oscar Wilde et passionné d'occultisme, mais elle est sans valeur et plutôt médiocre. Alors pourquoi la mystérieuse Cordelia Gray veut-elle à tout prix s'en emparer ? Quel est le secret du portrait ? Qui sont ces douze personnages ? Vincent Pearson, l'actuel propriétaire du tableau, découvre un lien entre cette œuvre démoniaque et une série de meurtres particulièrement abominables qui secouent la Nouvelle-Angleterre depuis quelques mois.

C'est le premier livre que je lis de Graham Masterton, auteur dont j'ignorais tout. Ne me traitez pas de barbare inculte : d'autres s'en sont déjà chargé. Et encore ne dois-je d'avoir lu ce livre qu'au hasard le plus total, ma femme l'ayant acquis pour sa consommation personnelle sans en savoir plus que moi sur Masterton (et ma femme n'est pas une barbare inculte). Après que ma douce et tendre ait joué les éclaireuses dans cet environnement littéraire nouveau pour nous, je me lançai à l'assaut du roman, rassuré par une épouse qui me garantissait que le seul risque que je courais, était d'apprécier un ouvrage qu'elle avait littéralement dévoré. Et quand mon éclaireuse, en qui je place une confiance totale forgée par des années de lectures communes, me dit que tout danger est écarté, alors je fonce tête baissée.
Et force m'est d'admettre que, en dépit d'un certain nombre de défauts sans réelle incidence d'ailleurs sur le plaisir de la lecture, le livre ne se pose que contraint et forcé, chaque soir, vaincu par le besoin de sommeil, ou bien après avoir atteint le point final.
Pour dire deux mots et nous vite débarrasser de ces petits défauts que j'ai mentionnés, je parlerai tout d'abord de l'habitude, quasi systématique de l'auteur d'employer des noms de marque en lieu et place de noms communs. Il n'est par exemple jamais question de voitures mais de Fleetwood (Cadillac), de Bentley, de Cherokee et autres Volkswagen. Exit également les termes de vin, chemise, chaussures, montre remplacés par leurs équivalents commerciaux. Et, bien entendu, s'agissant d'un roman dans le milieu de la peinture, il n'est jamais question de tableaux mais de Renoir, de Degas, de Sisley ... Le procédé, même s'il est utilisé ad nauseam, fini par devenir drôle et tous comptes faits pas si gênant. Autre léger défaut, les descriptions des personnages sont assez froides. Pour chacun d'entre eux c'est, de façon quasi systématique, une simple liste assez rébarbative des différentes parties du corps accompagnées d'adjectifs de couleur ou de forme, là où la plupart des autres écrivains utilisent des portraits par petites touches, prenant parfois plusieurs pages mais qui s'intègrent parfaitement dans le récit. En un mot comme en cent, disons que la qualité littéraire de ce Portrait du Mal n'est sans doute pas son principal atout. Reste que le style est efficace et qu'il se laisse lire avec une grande facilité.
Mais l'intérêt est ailleurs. Dans une histoire passionnante et inquiétante à souhait et dans des personnages qui ne sont pas en reste de ces points de vue. J'avoue n'avoir rencontré que rarement des "méchants" aussi terrifiants. Absolument dénués de scrupules, ils n'hésitent devant rien pour aboutir à leurs fins. Sans parler des méthodes qu'ils emploient pour ce faire et qui font par moment basculer le roman dans le gore le plus total. Rien qui puisse choquer le vieux briscard que je suis mais je préfère mettre en garde les âmes les plus sensibles. Quoi qu'il en soit, le lecteur n'attend qu'une chose, c'est que quelqu'un se dresse contre ces êtres abominables et les mette hors d'état de nuire. Et l'attente est longue (pas trop quand même) et le suspens à son comble. D'abord parce les monstres font preuve d'une discrétion dont la raison est évidente et ensuite parce que les victimes sont, trop longtemps, sans rapport les unes avec les autres et qu'aucune enquête n'est donc menée sur l'ensemble des crimes. Jusqu'à ce que ... Jusqu'à ce que les tueurs soient amenés à commettre quelques imprudences et se fassent remarquer par un certain nombre de personnes. Dès lors, nous allons trembler, jusqu'au bout, pour ces personnes qui vont découvrir petit à petit les motivations et l'absence totale de pitié de ces meurtriers pas ordinaires.
Le portrait du mal est donc un roman d'horreur assez addictif : une fois entamé, je gage que vous aurez du mal à vous arrêter, si tant est, bien entendu, que les inévitables scènes macabres ne vous aurons pas rebuté.

jeudi 17 juin 2010

L'étrange vie de Nobody Owens - Neil Gaiman

Quatrième de couverture
Nobody Owens est un petit garçon parfaitement normal. Ou plutôt, il serait parfaitement normal s'il n'avait pas grandi dans un cimetière, élevé par un couple de fantômes, protégé par Silas, un être étrange ni vivant ni mort, et ami intime d'une sorcière brûlée vive autrefois. Mais quelqu'un va attirer Nobody au-delà de l'enceinte protectrice du cimetière : le meurtrier qui cherche à l'éliminer depuis qu'il est bébé. Si tu savais, Nobody, comme le monde des vivants est dangereux...

Je ne suis pas un très grand fan de Neil Gaiman. Enfin pas vraiment. Disons que j'ai tellement aimé l'excellentissime Neverwhere que j'ai toujours beaucoup de mal à trouver le reste de son œuvre aussi bien.
Je ne suis pas très bien placé non plus, loin s'en faut, pour juger de la qualité des romans pour la jeunesse.
Cela fait deux bonnes raisons pour que ce Nobody Owens soit mal parti pour me séduire.
Quelle ne fut dès lors ma surprise (légère tout de même, convenons-en) de constater que je dévorai le livre du début jusqu'à la fin et ce presque d'une traite et sur seulement deux jours (sachant qu'il ne s'agissait pas de mon livre de chevet). Et l'explication  n'est pas à chercher uniquement dans la facilité de lecture inhérente à la littérature jeunesse. Il faut y ajouter une bonne histoire et des personnages pour certains très attachants et pour d'autres inquiétants à souhait.
Mais l'écriture n'est pas pour rien dans l'engouement que peut provoquer le roman. J'ai trouvé la traduction fort réussie et si j'avais un seul reproche à lui faire, c'est d'utiliser parfois un vocabulaire peut-être un peu trop soutenu. Je fais partie de ces gens qui pensent qu'il faut soigner autant la forme que le fond lorsqu'il s'agit des œuvres destinées aux plus jeunes. Je crois aussi qu'un enfant ne devrait pas non plus avoir à lire un roman avec un dictionnaire sous le coude. Dès le début du livre, un mot m'a frappé. La traductrice utilise pour le mot fenêtre le mot croisée là où, avec un peu de chance, Gaiman avait juste écrit window. Bon, je reconnais qu'il s'agit d'un détail, d'autant plus que, du coup, la lecture devient, pour l'adulte que je suis, extrêmement plaisante.
Et puis il y a l'histoire et les personnages, l'une et les autres fort bien réussis. L'histoire, simple somme toute, c'est celle de ce bébé qui échappe de peu au massacre qui coûtera la vie à toute sa famille. Chaque chapitre qui lui est consacré est l'occasion de le retrouver chaque fois de deux ans plus vieux, environ. Et c'est ainsi que nous voyons grandir Nobody Owens qui passe de quasi bébé à adolescent, au fil d'aventures rythmées par des chapitres qui sont comme autant de nouvelles. L'impression en est encore renforcée lorsque, dans ses remerciements de fin d'ouvrage, Gaiman précise qu'il n'a pas écrit ses chapitres dans l'ordre (il a commencé par le quatrième) et que certains d'entre eux ont fait l'objet d'une première publication à part. C'est ainsi que nous sont narrées les aventures de Bod (Nobody) avec une sorcière dans un chapitre/histoire assez émouvant ou bien avec des goules dans un passage à la fois effrayant et coloré, voire joyeux. Nous retrouvons également Bod à l'école ou Bod se faisant une copine "vivante". Tout cela pourrait d'ailleurs faire un peu hétérogène s'il n'y avait ce fil rouge, cette menace quasi permanente représentée par ce tueur, ce Jack, qui n'abandonne jamais.
Bod va également être amené à côtoyer des personnages protecteurs aussi étranges et presque inquiétants qu'attachants. Nul doute que les enfants qui les découvrirons lors de la lecture sauront les apprécier.
Sans révéler la fin, bien sûr, je m'autorise cependant à vous dévoiler qu'elle est assez mélancolique et que l'auteur nous évite la sempiternelle happy end qui est la conclusion quasi obligatoire des livres pour la jeunesse. Gaiman se contente de nous livrer une fin qui, si elle est assez émouvante n'en reste pas moins chargée d'espoir. L'espoir que donne la vie, tout simplement, aux plus jeunes d'entre nous, une vie toute entière à rêver, à imaginer, à craindre, à inventer, à réaliser. Pour ma part, si j'estime qu'une fin plus ou moins triste ne peut faire que du bien aux jeunes lecteurs, je pense aussi que les priver d'espoir serait presque criminel.
Un livre à acheter pour vos enfants (ou pour vous) et à lire en cachette (ou pas) avant de le leur donner. A lire, j'imagine, à partir de dix ans, compte tenu du vocabulaire soutenu et des quelques 310 pages du livre.

Ils en parlent :

jeudi 8 avril 2010

Riverdream - Georges R.R. Martin

Quatrième de couverture
Mississippi, 1857. Quel capitaine de vapeur sensé refuserait le marché de Joshua York ? Cet armateur aux allures de dandy romantique offre des fonds illimités pour faire construire le navire le plus grand, le plus rapide et le plus somptueux que le fleuve ait jamais connu. En échange de quoi ses exigences paraissent bien raisonnables : garder la maîtrise des horaires et des destinations, et, surtout, ne jamais - à aucun prix - être dérangé dans sa cabine hermétiquement close, dont il ne sort qu'une fois la nuit tombée.
Voilà enfin l'occasion qu'attendait le capitaine Marsh, vieux loup de rivière aux proportions gargantuesques, pour relancer sa compagnie en perte de vitesse. Si ce formidable vapeur lui permet de coiffer ses concurrents au poteau, peu lui importe les lubies de l'étrange armateur. Jusqu'au jour où une vague de meurtres sanglants apparaît dans le sillage du Rêve de Fèvre...

Je mesure souvent l'intérêt que je porte à mon livre de chevet par la hâte et le plaisir de le retrouver chaque soir, lorsque je me glisse sous ma couette. Riverdream fait partie, à cet égard, de ces livres qui ont le plus excité mon imagination depuis bien longtemps. La raison de cet engouement est à mettre au crédit des personnages. En particulier du capitaine Abner Marsh. Il n'a pourtant rien d'un héros. Il n'est plus tout jeune, il est laid, il n'a qu'une passion : ses bateaux à vapeurs, même si, au début de l'aventure, il ne lui reste qu'un rafiot vieillissant. En conséquence de quoi, il ne s'intéresse guère à tout ce qui n'est pas lié directement à la navigation sur le fleuve. Il se garde bien, par exemple, d'exprimer le moindre avis sur l'esclavagisme dans une région où l'activité économique est liée à l'exploitation ignominieuse des Noirs par les Blancs. Mais pourtant, au fil du roman, ce personnage va révéler des qualités que lui même ne suspectait pas nécessairement de posséder et forcer notre admiration. Toutefois, Marsh ne serait pas devenu le personnage qu'il devient et nous intéresserait sans doute moins sans son opposition à d'autres personnages pour le moins inquiétants. Eux en revanche sont beaux et forts mais le fond de leur âme n'est pas en adéquation avec leur physique. Et puis il y a, peut-être avant tout, le Mississippi et tous ses affluents. Et les magnifiques bateaux à aubes qui parcourent le fleuve. En particulier le Rêve de Fevre, le bateau le plus grand et le plus rapide jamais construit. C'est d'ailleurs lui qui donne son nom au roman, tout au moins dans la version originale (Fevre Dream) et ce n'est pas tout à fait par hasard.
Dès le moment où le bâtiment est construit on ne le quittera pour ainsi dire plus. La plus grande partie de l'histoire devenant alors une sorte de huis clos fréquemment oppressant.

Je me suis aperçu, en entamant ce roman, que j'avais finalement peu, voire pas du tout, lu d'ouvrages sur les vampires. En dehors du Dracula de Bram Stoker, bien entendu. Même si j'ai par ailleurs vu, en revanche, pas mal de films sur le genre. N'étant pas de ceux qui suivent les modes, je n'avais jusque là pas jugé utile de m'engouffrer dans la tendance vampirique du moment. Il aura fallu, pour que je m'attaque à Riverdream, l'enthousiasme de l'ami Martlet. Qu'il en soit remercié.
Même si je n'ai pas une connaissance très étendue de ce qui se fait en matière de vampires, j'ai eu la sensation de lire ici une histoire dans laquelle le mythe est, me semble-t-il, bien dépoussiéré. Débarrassé de tout le folklore pour ne conserver que l'essentiel. Somme toute ce qui rend les vampires effrayants. Leur besoin de sang humain frais.
Si on ajoute à cela une histoire solide, un décor qui fait rêver : le Mississippi et ses vapeurs, un style fluide, nous avons au final un roman fort plaisant à lire et diablement évocateur.
Si vous ne devez lire qu'un seul livre sur les Gens de la Nuit, que ce soit celui-ci. Enfin c'est mon avis. Pas du tout éclairé.

Les avis de SBM et de Gromovar

lundi 22 mars 2010

Les enfants de Cayenne - Cédric Ferrand

L'histoire se situe quelque temps après la première guerre mondiale. Bourdeau, le narrateur, est un proxénète condamné au bagne pour le meurtre d'un bourgeois qui a eu le malheur de maltraiter l'une de ses putains, Nina. Il partage une cellule avec quatre autres futurs bagnards dans les cales d'un navire qui fait route vers Cayenne. En dépit de conditions de voyage abominables, ils arriveront tous les cinq sains et saufs à destination alors que d'autres détenus auront moins de chance. Mais parvenus sur place, une surprise de taille les attend.

Grande première à imagine...erre, j'entreprends la critique d'une nouvelle d'un voisin de blog, Cédric Ferrand aka Hugin, dont tout le monde connait les talents de chroniqueur, talents dont est doté également son co-blogueur Munin. L'exercice n'est pas si facile que l'on croit. La sympathie que j'éprouve pour Cédric qui s'est étoffée au fil des mois de commentaires échangés le disputant à l'honnêteté et la rigueur intellectuelle que je me flatte de tant posséder. Il est temps de le prouver. Cédric nous a demandé d'être francs. Je lui garantis que tout ce qui suit est le reflet de ce que je pense. Sans concession.
Pour tous ceux qui veulent lire le texte de notre (ex ?) ami, vous le trouverez au bout de ce lien.

La qualité qui frappe au premier abord lorsqu'on lit le texte de Cédric c'est, à l'évidence, l'écriture. L'auteur sait admirablement manier la langue. Mais au-delà de ça, le petit plus qu'il à su ajouter et qui propulse littéralement le texte dans une autre dimension c'est l'usage de l'argot. Bourdeau fait partie de cette population dont l'éducation, ou le manque d'éducation, l'empêche de s'exprimer dans la langue d'un Valmont. C'est donc dans celle d'un Gavroche qu'il s'adresse à nous. Il est né du mauvais côté de la langue, si vous me passez l'expression. Et c'est ce qui en fait un candidat idéal pour Cayenne, le bagne menaçant rarement les gens de la Haute.
Pour quelqu'un comme moi qui, sans être un spécialiste de la langue verte, en possède plus que des rudiments, c'est extrêmement jouissif. Je pourrais juste faire un léger reproche à l'auteur. C'est d'avoir mêlé des mots d'un niveau de langue différent. Je m'explique. Certains des noms employés tiennent davantage du langage familier ou enfantin, voire, tout bonnement, du langage ordinaire. J'aurais eu tendance à les bannir de la bouche de Bourdeau. Mais il ne s'agit que d'un défaut mineur relevé par malice par un esprit tatillon. Le mien.
J'aurais, par exemple, remplacé le mot père, qui tient du langage ordinaire et qui avait été remplacé comme il se doit par daron, dans une autre partie du texte, par : vieux ou paternel (1). Sang et chemise par raisiné et limace ou liquette. Quenotte, trop "enfantin" par ratiche.
Mais ne boudons pas notre plaisir, l'utilisation de la langue de la rue est une vraie réussite.
D'aucuns cependant élèveront la voix pour dire que le récit manque de description. J'avoue que cela m'est bien égal. Même si le fait m'a paru, pour une fois, flagrant. Je suis plus souvent étonné qu'à mon tour lorsqu'un critique écrit :" l'auteur utilise trop peu de description."
Le plus souvent, cela me passe largement au-dessus de la tête et je ne me rends compte de rien. Je prends ce que l'auteur me donne. S'il veut me faire partager son univers et qu'il truffe son récit de descriptions d'une précision de peintre, ça me va. Même si, le plus souvent, je substitue sans vergogne, mes images aux siennes. S'il veut que j'utilise mon univers personnel sans rien me décrire, ça me va aussi. En l'occurrence, le récit de Cédric est délibérément tourné vers l'action. Et c'est là l'un des aspects et non le moindre, du plaisir qu'on a à le lire.
Je ne peux en terminer avec l'aspect purement littéraire de la nouvelle sans évoquer la construction, une merveille. Chaque élément du récit est à la bonne taille, à la bonne place.
Reste l'histoire. Et c'est là, à mon avis, que se révèle la partie la moins forte de l'oeuvre. L'originalité n'est pas le trait le plus distinctif des faits qui nous sont racontés. Je ne suis pas un chantre de l'originalité, loin s'en faut. J'ai toujours pensé qu'un récit très original peut s'avérer sans intérêt. Mais choisir un sujet ou un angle peu ou pas traité ajoute un plus indéniable à une histoire. Ici on pourra toutefois saluer la bonne idée qui consiste à avoir choisi comme décor le bagne de Cayenne, délaissé depuis fort longtemps dans notre littérature. Malheureusement, les scènes qui composent le récit se révèlent trop classiques. Chacune sent trop le déjà vu. Même les personnages sont assez stéréotypés. Chacun est une figure connue de la littérature. Mais cela n'empêche d'ailleurs pas notre Bourdeau d'être attachant, à sa manière. Même si son C.V. ne fait pas de lui d'emblée quelqu'un de sympathique, il n'est pas non plus le mauvais garçon qu'on pourrait croire.
Quant à la fin, force m'est d'avouer qu'elle m'a déçu. D'une part parce qu'elle n'en est pas vraiment une et d'autre part parce qu'elle offre à mes yeux ce pour quoi je n'ai qu'une indulgence très limitée : l'invraisemblance. Impossible pour moi d'en dire davantage sans en révéler trop aux potentiels lecteurs. Il faut juste savoir que compte tenu du choix narratif, le récit ne peut se terminer ainsi.

En conclusion, je dirais que Les enfants de Cayenne est une nouvelle qui se lit avec beaucoup de plaisir et très vite, indépendamment de la longueur du texte. Reste qu'une fin plus "solide" aurait contribué à la rendre encore meilleure.
Je ne peux qu'encourager Cédric à nous gratifier d'autres textes du même acabit. N'étant pas un adepte exclusif des genres de l'imaginaire, de même que l'auteur, j'apprécie au moins autant un texte pour ses qualités littéraires que pour la qualité de son histoire. De ce point de vue, ce que fait Cédric me satisfait pleinement.

(1) Je me rend compte, après relecture du texte, que les mots vieux et paternel ont bien été utilisés par la suite. Désolé, Cédric, pour ce reproche sans fondement.
Bon, bah t'avais qu'a trouver un quatrième synonyme en argot. C'est vrai, quoi.

vendredi 15 janvier 2010

La trilogie de Gormenghast, tome 1 -Mervyn Peake

Titus d'Enfer

Dans le château de Gormenghast, chacun des habitants vit dans sa bulle dont il ne consent à sortir qu'en de rares occasions. Le seigneur des lieux, le Comte d'Enfer, ne vit que pour ses livres. La Comtesse Gertrude n'a d'yeux que pour ses chats et ses oiseaux (sic). Leur fille, la toute jeune Fuchsia, est toute entière accaparée par ses rêves d'adolescente. Et il en est ainsi de tout le monde. Les soeurs du Comte, le docteur et sa soeur, la gouvernante, le valet du Comte, le chef cuisinier. Jusqu'au jour où la Comtesse met au monde le premier héritier mâle, Titus d'Enfer. C'est le moment que choisit Finelame, jeune marmiton, pour quitter les cuisines et fuir le chef qu'il déteste. Découvrant pour la première fois le château dans toute son ampleur, il décide de tout faire pour entrer au service de la première personne qu'il rencontrera pourvu qu'elle dispose d'un rang social suffisant pour lui permettre d'entamer l'ascension qu'il a en tête. Car Finelame a de l'ambition, beaucoup, beaucoup d'ambition.

Quelle surprise que ce livre-ci. D'abord, je m'étais laissé dire que Moorcock s'en serait inspiré pour écrire la saga d'Elric. Mais j'eu beau chercher dans chaque phrase, dans les recoins de chaque paragraphe, j'eu beau même prendre le livre par ses deux couvertures, le retourner et secouer, aucun guerrier albinos, aucune épée dévoreuse d'âmes n'en sont tombés. Mais vite happé par le récit, j'oubliais la référence et abandonnais toute recherche de similitude. La seconde surprise résidait dans la qualité exceptionnelle de l'écriture pour une oeuvre du genre. Mais à quel genre, précisément, appartient ce roman ? On notera, à titre d'indice, que le livre est paru dans la collection Points comme n'importe quel livre de littérature blanche. Alors si je devais, sous la menace, donner un genre au roman, mais alors juste pour sauver ma peau, je serais assez tenté de dire qu'il s'agit de fantastique. Mais alors sans conviction. Ou alors pour l'ambiance générale. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser, au fur et à mesure que je lisais, à la famille Adams. Ici, s'il n'est pas question de main qui se promène toute seule, les personnages sont au moins aussi déjantés. A tel point parfois que c'est à peine s'ils gardent un semblant de réalisme. Ou, pour mieux dire, si chacun d'entre eux dans sa folie particulière est crédible, la réunion d'un si grand nombre de cas quasi pathologiques fait passer le domaine pour un asile d'aliénés. Oui, sauf que c'est pour notre plus grand plaisir. Car cette brochette de névrosés est drôle. Parfois pathétique, mais drôle. Et c'est tant mieux car, à bien y regarder, le propos est plutôt sombre. Peu de personnages semblent heureux. A part peut-être le docteur Salprune. Qui plus est, un drame terrible se joue, mis en scène par le personnage paradoxalement le plus "normal" mais sans conteste le plus dangereux.
Or donc, si vous aimez les histoires intimistes, dans un (quasi) huis clos, les drames voire les tragédies domestiques, ciselés dans une belle langue, alors ce livre est pour vous.

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