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vendredi 2 septembre 2016

Sula - Toni Morrison

Résumé :
Au cœur de l'Amérique profonde, deux petites filles noires s'inventent une autre vie, plus riche, plus drôle, plus libre surtout que la dure réalité qui les entoure.
L'âge venant, Sula la rebelle part rouler sa bosse dans les grandes villes alors que Nel, la sage, accomplit sa vocation de mère et d'épouse. Quarante ans après, elles font leurs comptes, s'opposent et incarnent chacune à sa manière la farouche énergie de la femme noire face aux hommes si vulnérables.

Troisième roman de Toni Morrison que je lis. Et là, patatras ! je ne le trouve pas aussi bon que les deux autres. Il semble qu'il soit un des plus courts écrits par l'auteure. Et ceci explique peut-être cela. On peut imaginer que l'histoire y aurait gagné à être un peu plus étirée. Les personnages plus fouillés. 
Pour ne parler que de Sula, le personnage qui donne son titre à l'ouvrage, on n'en parle pas tant que ça, à vrai dire. Le roman aurait pu s'appeler Nel (sa meilleure amie) ou Éva (sa grand-mère), voire Medallion (le nom de la bourgade). Sula n'est finalement qu'un personnage parmi les autres. Sa personnalité, pas plus que celle des personnages qui l'entourent, n'est pas très approfondie. La faute à un récit, encore une fois sans doute trop court et qui fait défiler les années à un rythme d'enfer et qui ne nous permet jamais de nous faire une image précise des caractères de chacun. 
Et même, en dehors des passages où l'auteure nous livre les anecdotes concernant les uns et les autres, et qui sont, comme dans chacun de ses livres, parfaitement réussis, tant son talent de conteuse est grand, j'avoue que je me suis laissé gagner par l'ennui. J'ai trouvé ces passages sans réelle action, très bavards et beaucoup moins fluides qu'à l'accoutumée.
Reste le regard toujours aussi acéré de Toni Morrison sur son pays et sur la façon dont il traite une partie de ses citoyens. Mais je n'ai hélas pas été en mesure de m'attacher aux personnages et je n'ai donc pas pu entrer vraiment dans l'histoire.

Moyen.

vendredi 26 août 2016

Délivrances - Toni Morrison

Résumé :
Dans son onzième roman, qui se déroule à l’époque actuelle, Toni Morrison décrit sans concession des personnages longtemps prisonniers de leurs souvenirs et de leurs traumatismes. Au centre du récit, une jeune femme qui se fait appeler Bride. La noirceur de sa peau lui confère une beauté hors norme. Au fil des ans et des rencontres, elle connaît doutes, succès et atermoiements. Mais une fois délivrée du mensonge – à autrui ou à elle-même – et du fardeau de l’humiliation, elle saura, comme les autres, se reconstruire et envisager l’avenir avec sérénité.

Ceci est le second roman de Toni Morrison que je lis, et j'y retrouve un procédé littéraire qui me fait penser que c'est peut-être la signature de l'artiste. La plupart des chapitres tournent autour d'un et souvent d'un seul des personnages du livre. Comme si, pour Toni Morrison, l'être humain était condamné à vivre, sinon isolé, du moins loin de ses proches (Arutha, roi de l'oxymore). Ici, les chapitres sont tour à tour écrits à la première personne, par différents narrateurs et à la troisième personne par une sorte de narrateur omniscient. Cela donne au roman l'aspect d'un documentaire consacré au personnage principal, Bride et parsemé des témoignages des gens qui l'ont approchée. C'est ainsi que nous assistons aux évènements, passés ou présents, à travers les yeux de Bride, bien sûr, mais aussi Sweetness, sa mère, quasiment blanche de peau et qui rejettera une bonne partie de sa vie sa fille si noire. Brooklyn, sa meilleure amie et collègue. Sofia, une ancienne institutrice que le témoignage de Bride, enfant, enverra en prison. Rain une petite fille dont les parents adoptifs recueille un temps Bride. Booker, l'ex petit ami qui l'a quittée brutalement.
Et comme toujours, et toujours avec autant de subtilité, s'en avoir l'air d'y toucher, Toni Morrison dresse le portrait d'une Amérique toujours raciste.
Une magnifique plume et un sacré talent de conteuse. Merci madame Morrison.

Très bon. 

dimanche 21 août 2016

Home - Toni Morrison

Résumé :
Toni Morrison nous plonge dans l'Amérique des années 1950.

Oui, certes, le résumé est un poil léger. Mais au moins, on ne pourra pas lui faire le reproche de spoiler la lecture. Encore que, le lieu et l'époque en disent peut-être déjà trop. Bon, trêve de plaisanterie à 1 euro 50.
Home, c'est l'histoire de Frank Money, un jeune soldat noir, qui revient au pays suite à la guerre de Corée (25 juin 1950, 27 juillet 1953). C'est même, plus précisément, l'histoire de son long périple à travers les États Unis pour rejoindre sa ville natale qui ne lui a pourtant pas laissé que de bons souvenirs.
Alors certes, le récit aurait pu être d'une affligeante banalité, pour autant que le voyage d'un homme de sa condition, sans emploi et sans ressources, puisse être banal. Mais la tendresse évidente de l'auteure pour ses personnages, des sympathiques aux plutôt antipathiques, nous les rend extrêmement attachants. Et puis on comprend très vite que ce qui tient la place la plus importante pour Toni Morrison, c'est le portrait qu'elle dresse, par petites touches, de l'Amérique de l'époque. Elle nous rappelle (ou nous apprend, pour les plus distraits d'entre nous), à quel point les conditions de vie des afro-américains d'alors pouvaient être abominables. Et ce qui est particulièrement remarquable, c'est qu'elle n'utilise jamais un ton militant ou moralisateur. Elle se contente de nous énoncer, avec talent, des faits qui parlent d'eux-même et qui ont eu le don de me faire serrer les dents de rage à plusieurs reprises.
Pour un premier contact avec cette romancière, prix Nobel de littérature en 1993,j'avoue avoir été plutôt séduit et nul doute que je poursuivrai sous peu ma connaissance de son oeuvre. 

Très bon.