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samedi 25 janvier 2020

Les Portes de la Maison des Morts - Steven Erikson

Le Livre des Martyrs, Tome 2
Résumé :

Deuxième tome de la saga épique de Steven Erikson, Les Portes de la Maison des Morts nous emmènent sur le vaste continent de Sept-Cités, au cœur du Saint-Désert de Raraku où l'oracle Sha'ik rassemble son armée pour une rébellion des plus sanglantes : un maelström de fanatisme et de férocité qui façonnera des destinées et enfantera des légendes...


Félisine, la plus jeune fille de la Maison Paran, tombée en disgrâce, rêve de vengeance dans les mines d’Otataral. Pendant ce temps, le sapeur Violain et l'assassin Kalam, deux Brûleurs de Ponts devenus hors-la-loi, se sont fixé comme mission de ramener la jeune Apsalar chez elle et, ce faisant, de confronter l'Impératrice Laseen. Tandis qu’à Hissar, Coltaine, commandant de la 7ème Armée de Malaz, s'apprête à lancer ses fidèles Wickiens et ses troupes dans une ultime bataille pour sauver les populations jetées sur les routes par le chaos de la rébellion.

C’est ce moment que choisissent deux vagabonds séculaires pour revenir : Mappo le Trell et son compagnon Icarium de demi-sang Jaghut, porteurs d'un secret dévastateur qui menace de rompre ses chaînes à tout instant...

Deuxième tome de la sage, et c'est toujours aussi bien. Voire mieux. Et, oui, c'est possible.
J'avais exprimé, dans ma critique du premier opus, comme la plupart des autres lecteurs, à quel point la lecture pouvait être difficile. En particulier du fait du nombre des personnages. Nous avions en effet affaire avec pas moins de 250 personnages de premier plan. J'exagère à peine. Quelle ne fut ma surprise de constater que, en tout début de ce deuxième volet, deux nouveaux personnages apparaissent. Ou alors, c'en est d'anciens dont j'avais oublié l'existence. Ce qui revient à peu près au même. Je blêmis, je tremble, la sueur perle sur mon front.
Mais je suis vite rassuré. D'une part, la grande majorité des personnages de ce deuxième tome sont connus et d'autre part, ils ne sont pas très nombreux cette fois-ci. Qui plus est, ils sont constitués en groupe facilement identifiables.
Et pour une fois, parce que le cas n'est pas si fréquent, chacun des groupes est intéressant à suivre. Car souvent, il faut le reconnaître, lorsque l'histoire s'intéresse à plusieurs protagonistes, les péripéties sont inégales.
Ici, ce n'est pas le cas, même si, je dois l'avouer, les aventures qui concernent le groupe auquel appartient l'historien Duiker, sont les plus passionnantes à suivre. Il faut dire que Duiker évolue au sein d'une armée et que la partie qui leur est consacrée est de loin la plus importante du roman en terme de taille. Il  y a de quoi raconter et la tension dramatique y est à son comble.
Nous faisons un peu plus connaissance avec quelques personnages qui deviennent vraiment attachants. Quant à l'aventure, elle est toujours aussi présente dans cet opus et les près de 900 pages du livre se dévorent sans aucun souci.

Excellent. Coup de cœur.

dimanche 19 mai 2019

Les Jardins de la Lune - Steven Erikson

Le Livre des Martyrs, Tome 1
Résumé :

Saigné à blanc par des luttes intestines, d’interminables guerres et plusieurs confrontations sanglantes avec le Seigneur Anomander Rake et ses Tistes Andii, le tentaculaire Empire Malazéen frémit de mécontentement.

Les légions impériales elles-mêmes aspirent à un peu de répit. Pour le sergent Mésangeai et ses Brûleurs de Ponts, ainsi que pour Loquevoile, seule sorcière survivante de la 2e Légion, les contrecoups du siège de Pale auraient dû représenter un temps de deuil. Mais Darujhistan, la dernière des Cités Libres de Genabackis, tient encore et toujours bon et l’ambition de l’Impératrice Laseen ne connaît aucune limite.

Cependant, il semble que l’Empire ne soit pas la seule puissance impliquée. De sinistres forces sont à l’oeuvre dans l’ombre, tandis que les dieux eux-mêmes se préparent à abattre leurs cartes...

Pour sacrifier à la tradition, je commencerai cette chronique par une mise en garde, qui se fait l'écho de toutes celles que vous pourrez trouver sur le net. Ce Livre des Martyrs (publié naguère sous le titre Livre Malazéen des Glorieux Défunts), n'est pas d'un abord facile. De l'aveu même de son auteur, ce qui a présidé en priorité à la conception de cette oeuvre c'est l'ambition. Et qui dit auteur ambitieux dit lecteur ambitieux. Disons le tout net, pour lire cette saga, il faut s'accrocher. Et s'accrocher ferme. On est loin ici d'un David Gemmell ou d'un David Eddings. Je respecte profondément l'excellent travail de ces deux grands auteurs, mais il faut reconnaître qu'ils ne sont pas réputés pour leur difficulté à les lire.
Ce qui rend si difficile l'approche du Livre des Martyrs c'est, paradoxalement, ce qui fait sa qualité première : la richesse. Cette série est tout simplement d'une richesse exceptionnelle. Il y a énormément de personnages de premier plan, énormément de peuples à découvrir, ainsi que de cultures, de traditions. Énormément de lieux (il s'agit d'un Empire après tout), de magie, de dieux, d'Histoire (oui, avec un grand H). Comme l'auteur nous plonge là dedans comme un maître-nageur sadique plongerait un enfant ne sachant pas nager dans le grand bain, imaginez les sensations. C'est exaltant autant que terrifiant.
Pour en revenir, par exemple, aux personnages, ceux-ci sont, dans ce premier tome, une bonne vingtaine. Et attention, je parle d'une bonne vingtaine dont l'importance varie entre primordiale et majeure. J’exagère à peine, voire pas du tout. Notez que ceux qui ont survécu à la lecture du génialissime Trône de Fer devraient avoir un gros avantage sur les autres. Parce que, là aussi, en terme de personnages centraux... Mais en fait même pas, ce serait trop simple. Chez Erikson, on n'a pas le temps de s'approprier un personnage que déjà, on passe à un autre. Alors du coup, forcément, irrévocablement, on finit par s'emmêler les pinceaux. 
Heureusement toutefois, la plupart de ces personnages appartiennent à des groupes distincts dont on va suivre les aventures ce qui rend l'identification un poil plus facile. De plus, certains d'entre eux vont davantage marquer nos mémoires de par leur nom, leur fonction, leur grade, leur apparence physique, etc., voire un peu de tout ça. Le sergent Mésengeai, le capitaine Paran, le haut-poing Dujek Unbras, l'Adjointe Lorn, Loquevoile, Mes Regrets, Crokus, Toc le Jeune, qui est borgne, Kruppe, qui a de l'embonpoint, et j'en passe. Et pour finir, pour ceux qui décrocherait quand même, il y a un glossaire en fin de volume avec tous les personnages, les lieux, les titres, les groupes, les peuples, les garennes (éléments de première importance du système de magie). Ne surtout pas hésiter à s'y référer, et souvent.
À côté de ça, le talent de conteur de Steven Erikson est tellement grand, qu'on peut suivre avec un réel plaisir les aventures des uns et des autres sans y comprendre tout. Voire sans y comprendre grand chose. D'ailleurs les personnages eux-mêmes ne comprennent pas tout ce qui se passe. Mais avec un peu de patience, on découvre que tout ce qui pouvait paraître obscur devient soudain lumineux. Enfin pas loin.

D'aucuns disent que beaucoup de personnages sont froids et par conséquent, peu attachants. Je ne suis pas si sûr de partager cette opinion. Certes, Erikson ne fait rien pour créer une véritable proximité entre nous et les protagonistes du roman. Malgré tout, je suis parvenu à m'attacher à bon nombre d'entre eux. Une chose importante à noter c'est que la quasi totalité des personnages n'a rien de détestable. Ici, pas de réels vilains dont on se surprend à souhaiter la mort dans d'atroces souffrances. Je ne dis pas qu'ils sont tous gentils et qu'on est dans un monde de bisounours, pas du tout. Nous ne sommes tout simplement pas dans un monde manichéen ou tout est soit blanc soit noir. Tout est plutôt en nuances de gris. Bon, gris clair si vous voulez, mais gris quand même. Après tout, connaissons-nous vraiment des individus à l'âme d'une noirceur absolue ? J'en doute.

Même si l'exercice ne présente qu'un intérêt limité, il peut être tentant de faire un parallèle entre Le Livre des Martyrs et Le Trône de Fer. Ne serait-ce que parce qu'il s'agit de deux monuments de la fantasy, voire de la dark fantasy. Ajoutons-y Le Seigneur des Anneaux, et nous avons, me semble-t-il, le tiercé gagnant. Alors bon, nous sommes dans chaque cas soit dans un immense royaume soit dans un empire. Il y a des batailles, des complots. Même des dragons. Mais en dehors de ça, les deux œuvres sont fondamentalement différentes. Parlons de ce qui distingue Le Livre des Martyrs du Trône de Fer. Ici, il est assez peu fait mention des grandes familles nobles, voire quasiment pas. Les personnages centraux sont plutôt d'extraction assez modeste. Ce sont des soldats, des mages, des voleurs, des assassins (professionnels)... On est baignés à certains moments dans des intrigues politiques, mais sans excès. La magie est ici très, mais alors très, très importante. Primordiale. Originale aussi, à tel point qu'on ne comprend pas toujours bien comment ça marche en dehors du fait que les mages utilisent des "garennes", espèces de labyrinthes situés dans une autre dimension et qui servent aussi à se déplacer plus rapidement et plus discrètement. Même si c'est parfois plus dangereusement. Il y a d'autres différences mais je n'entrerai pas plus dans les détails. Une chose est sûre cependant, une adaptation en série TV aussi réussie que celle du Trône de Fer donnerait probablement lieu à une oeuvre audiovisuelle exceptionnelle. On peut rêver.

Du côté des parallèles qu'on peut être amenés à faire, j'ajouterais juste, outre Le Trône de Fer des oeuvres comme : La Compagnie Noire de Glenn Cook, Les Princes d'Ambre de Roger Zelazny, voire Le Cycle d'Elric de Michael Moorcock, excusez du peu.

Seul petit bémol dans ce discours dithyrambique, l'origine ludique du roman est parfois assez (trop ?) évidente. L'empire Malazéen est en effet au départ un univers de jeu de rôles. Et ça se sent. Du moins est-ce l'impression que cela m'a fait. Le nombre impressionnant de protagonistes, qui sont autant de personnages joueurs ou non joueurs et qui surgissent au milieu des scènes comme invoqués par un Maître de Jeu, fait parfois un peu artificiel. Mais on pardonne à l'auteur tellement tout ça participe à renforcer l'aspect dramatique de l'histoire.

Bon, vous l'avez compris, ce premier tome m'a juste emballé, scotché, embarqué, enflammé, enthousiasmé... Je vous fais grâce de tous les synonymes. Moi qui suis ce qu'on appelle, en bon français, plutôt un easy reader, je n'ai pas éprouvé les difficultés que je craignais en abordant cet ouvrage. Bien sûr, tout n'est pas limpide au premier abord, loin de là, mais le plaisir de lecture est total. Petits conseils : lire avec un maximum de concentration, ne jamais hésiter à consulter le glossaire, c'est important, ne pas se braquer dès que quelque chose nous échappe, car soit nous comprendrons plus tard, soit la compréhension n'est pas indispensable. Enfin, laissez vous porter par l'histoire.

À l'heure où j'écris ces lignes, trois tomes sont sortis. Les Jardins de la Lune, Les Portes de la Maison des Morts et Les Souvenirs de la Glace. Au rythme d'une parution tous les six mois, il reste encore quelque chose comme trois ans et demi pour avoir la totalité de la décalogie en français. Si tout se passe bien. Sachant comme il n'est (quand même) déjà pas simple de lire l'oeuvre dans sa traduction française, loin de moi l'idée de tenter l'expérience dans la langue originale. Tant pis, il va falloir s'armer de patience. Et prier pour ne pas avoir oublié tout ce qu'on a lu d'un semestre à l'autre.

Excellent. Coup de cœur.

mercredi 7 juin 2017

Le sonneur - Ed McBain

87ème district : tome 2
Résumé :
Il guettait la jeune femme qui, pour une fois, lui paraissait jolie.
Elle était seule et le sac qu'elle portait en bandoulière sur l'épaule semblait lourd... Le coup rêvé... Il s'avança sans bruit et si vivement qu'elle n'eut pas le temps de crier. Son bras lui encercla la gorge et il l'entraîna dans la ruelle. - Pas un mot! souffla-t-il, tout en la coinçant contre le mur de brique. Son poing partit au même instant, s'écrasa sur la figure de la femme. Ensuite, ce fut un jeu d'enfant de lui arracher son sac...
et de s'incliner gracieusement devant elle en déclarant : - Clifford vous remercie, madame.

Deuxième opus de la série 87ème district. Et c'est toujours aussi bien. Cette fois-ci, l'enquête principale (parce qu'il peut y en avoir plusieurs, c'est la loi du genre), porte sur un agresseur de femmes surnommé Le sonneur, parce qu'il «sonne» les femmes, entendez : il les roue de coups. Alors que le premier roman de la série s'intéressait plus particulièrement à Steve Carella, un inspecteur qui se révélera être le quasi héros de la série, même si elle n'en possède pas réellement un, cette fois-ci, nous suivons l'enquête d'un autre policier, l'agent Kling, un autre personnage tout aussi attachant.
De fait, l'une des particularité de la série, parfaitement assumée, même revendiquée par l'auteur, est que le véritable héros du 87ème district est le... 87ème district. C'est la vie du commissariat tout entier qui intéresse McBain et pas un flic en particulier. Même si plusieurs d'entre eux vont se révéler être des personnages récurrents pour notre plus grand plaisir. 
Et que Kling est attachant. Je l'ai déjà dit, mais je le répète. J'ai trouvé ni plus ni moins que délicieuse son histoire d'amour naissante avec l'un des personnages féminins du récit. Car une fois de plus, l'auteur met en lumière des personnages qui sont habituellement laissés dans l'ombre ou pas montrés sous leur meilleur jours par ses confrères. C'est ainsi que nous allons rencontrer des personnages de femmes très positifs. Bien sûr, de nos jours cela n'a rien d'extraordinaire, mais je rappelle que nous sommes en 1956 et cela prend tout de suite un autre aspect. Nous verrons aussi un inspecteur Juif sympathique et drôle. Toute une humanité en fait pour laquelle McBain a visiblement beaucoup de tendresse, en particulier ceux situés en bas de l'échelle sociale, ceux qui sont montrés du doigt, ceux qui sont mis à l'écart.
Nous allons découvrir aussi une inspectrice qui est appelée à revenir plusieurs fois par la suite et qui fait preuve d'un courage exceptionnel.
Je n'ai pas parlé des dialogues qui sont pourtant l'une des grandes réussites de la série qui a décidément tout pour plaire. En revanche, j'avais déjà eu l'occasion d'évoquer l'humour très présent et en particulier chez Kling qui est définitivement un sacré personnage qu'on espère revoir souvent. Cette saga littéraire a en fait tout d'une série TV actuelle dans laquelle on retrouve, épisode après épisode, les mêmes personnages que l'on voit évoluer au fil du temps.
Encore une fois, c'est un must.

Excellent.
Coup de cœur. 

mardi 6 juin 2017

Du balai - Ed McBain

87ème district : tome 1.
Résumé :
La peur du flic, c'est, comme dit l'autre, le sentiment au monde le mieux partagé.
Et voilà qu'un beau soir, c'est le flic qui prend peur. Il a peur du noir. Il a peur des rues désertes. Il a peur du pas qui, soudain, résonne dans le vide de la rue, de la voix qui le hèle pour demander du feu.
Car le tueur des flics est lâché dans la ville. Il les guette à la nuit, quand ils rentrent chez eux, le travail terminé, et les abats dans le dos.

Je n'avais encore jamais lu d'Ed McBain. Malgré tout, son nom me disait quelque chose. Du moins le croyais-je. Parce que, vérifications faites, je devais bien admettre que je ne connaissais rien de cet auteur. Il est bien le scénariste de Les Oiseaux, mais sous le nom d'Evan Hunter. Donc, finalement, Ed McBain était définitivement un inconnu pour moi. Quelle lacune. Quelle erreur. Voire, quelle faute !
Parce que, pour ne pas entretenir un suspense à deux balles, ce premier opus du 87ème district, j'aime autant vous dire que je l'ai aimé, que dis-je ? adoré. De la première à la dernière ligne. Pourquoi ? Eh bien parce que...
Parce que, déjà, c'est bien écrit. Le style est limpide, facile, agréable, tout ça. Ça se lit vraiment facilement. Ensuite, les personnages. Ah ! Les personnages ! Ils mériteraient une chronique pour eux tout seuls. Ils sont attachants, très attachants même. Ils ont de l'épaisseur et beaucoup d'humanité.
D'humanité, l'auteur n'en manque d'ailleurs visiblement pas non plus. Il n'y a qu'à voir le traitement qu'il réserve à certaines catégories d'américains dont habituellement, on ne faisait pas grand cas (nous sommes fin des années 1950). Je veux parler des minorités, d'une part, comme les Noirs et des femmes, d'autre part, qui étaient cantonnées aux rôles sulfureux dans les polars. Quant on sait qu'il a écrit le roman puis le scénario de Graine de violence, un film avec Sidney Potiers (premier acteur Noir ayant un premier rôle au cinéma), on comprend mieux. L'un des inspecteurs est Noir et ce n'est vraiment pas banal pour l'époque. Quant aux femmes, même si elles restent des "femmes de" et n'ont pas de rôle principal dans l'histoire, elles sont présentées sous un jour beaucoup plus flatteur qu'à l'accoutumée. Ici, pas de veuves fatales (ou pas que), mais surtout des épouses courageuses, intelligentes, sensibles...
Un autre intérêt non négligeable de la série est qu'il s'agit, et c'est à l'époque assez nouveau, de Procédure Policière, un sous-genre des romans policiers qui s'attache essentiellement à présenter les détails du quotidien des forces de police. On voit d'ailleurs, tout au long de ce premier livre, une série de fac-similés de documents officiels. L'effet est ma foi assez plaisant. Et le résultat est, quant à lui, très réaliste. On s'y croirait. L'auteur ayant écrit plus d'une cinquantaine de romans dans le cadre de cette série jusque dans les années 2000, il y a fort à parier que nous verrons évoluer la ville (Isola, ville imaginaire calquée sur New-York), sa police et ses méthodes. J'ai hâte.
Je n'ajouterais à tout cela qu'une seule chose, c'est que ça n'a pas pris une ride malgré les années (plus de 60 ans). Le roman possède plutôt un charme désuet tout ce qu'il y a de plus agréable. Je cherche des défauts, mais n'en trouve pas. C'est très court, mais pour moi c'est une qualité. Et, j'allais oublier, c'est bourré d'humour.
Si vous ne connaissez pas je n'aurais qu'un conseil : foncez !

Excellent.
Coup de cœur.

dimanche 2 avril 2017

Cet été là - Lee Martin

Résumé :
Tout ce qu'on a su de cette soirée-là, c'est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu'elle n'était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l'Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l'enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n'a jamais su ce qui était arrivé à Kathy.
Que s'est-il réellement passé cet été là ?
Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent.
Le frère de Katie, son professeur, la veuve d'un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient.
Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd'hui encore, qui manipule qui ? 

Cet été là, c'est l'histoire d'un drame. D'un drame épouvantable. Sans doute le plus épouvantable des drames. La disparition d'une fillette. Autour de ce fait divers, l'auteur nous raconte un été caniculaire dans une petite ville des États-Unis, au travers du témoignage de plusieurs des protagonistes.
Ce roman est un roman sur la culpabilité, le mensonge, la dissimulation, les différences de classe sociale. C'est un portrait réussi d'une petite ville des États-Unis et de ses habitants, un genre romanesque dont beaucoup d'auteurs américains se sont fait les champions. J'ai toujours beaucoup de plaisir à voir vivre sous la plume d'un bon auteur ces microcosmes passionnants. 
Et de bon auteur, Lee Martin en est un, assurément. Son style est agréable et ses personnages particulièrement fouillés. Quant à l'histoire, elle nous est livrée de façon parcellaire, sous forme d'un puzzle que nous tentons de reconstituer, chacun des personnages s'exprimant tour à tour et nous livrant sa version des faits. La reconstitution est d'autant plus difficile (et c'est bien là l'intérêt de la chose), que les pièces qui nous sont fournis sont parfois minuscules, voire insignifiantes, ou bien fausses et ne rentrant pas à leur emplacement, les mensonges étant nombreux. Les allers-retours dans le temps  sont fréquents. Enfin, certaines pièces ont un contour flou, les faits remontant à plus de trente ans et les protagonistes ayant à faire des efforts de mémoire.
Nous sommes donc tenus en haleine du début à la fin. Une fin dont le lecteur sent bien très vite qu'elle ne sera pas heureuse. Dès lors, ce qu'on attend du dénouement, c'est qu'il nous apporte les réponses à toutes les questions que nous nous posons.
Paradoxalement, les amateurs de thriller pourront être déçus le livre ne rentrant finalement pas forcément dans cette catégorie. D'abord parce qu'il est bien écrit et que ce n'est pas toujours le cas des thrillers qui sont devenus en quelques années le nouveau genre à la mode et que tout le monde veut s'y essayer; ensuite parce que je le vois plutôt comme une magnifique étude d'un groupe humain.
Quoi qu'il en soit, Lee Martin est, selon moi, un auteur à suivre. Incontestablement.

Excellent. Coup de cœur. 
 

dimanche 12 février 2017

Les noces barbares - Yann Queffélec

Résumé :
Fruit d'une alliance barbare et d'un grand amour déçu, Ludovic, enfant haï par sa trop jeune mère — Nicole — et ses grands-parents, vit ses premières années caché dans un grenier.
La situation ne s'arrange guère après le mariage de Nicole avec Micho, brave et riche mécanicien qui cherche à protéger Ludovic. Hantée par ses amours brisées, sombrant dans l'alcoolisme et méprisant son mari, la jeune femme fait enfermer son fils dans une institution pour débiles légers. Mais Ludovic est loin d'être le crétin qu'on suppose. Il ne cesse de rêver à sa mère qu'il adore autant qu'il la redoute. Même une première expérience amoureuse ne parvient pas à l'en détourner. Son seul but, son unique lumière : la retrouver.
S'enfuyant un soir de Noël, il trouve refuge sur la côte bordelaise, à bord d'une épave échouée, écrit des lettres enflammées qui restent sans réponse. Et c'est là que va se produire entre Nicole et son fils une scène poignante et magnifique de re-connaissance mutuelle.

Ces noces barbares, ce sont l'histoire de Ludovic, dit Ludo, un enfant dont le moins qu'on puisse dire est qu'il n'est pas désiré. Totalement ignoré par son grand-père, à peine plus considéré par sa grand-mère, délaissé, voire détesté par sa mère, martyrisé par son frère adoptif, Ludo s'élève tout seul et grandit sans amour, ou presque. Seul une cousine va lui montrer de l'affection mais la mauvaise santé de celle-ci va l'empêcher de prendre soin du garçon. Son beau-père, mari de sa mère, va lui aussi tenter de protéger son beau-fils, mais sa lâcheté et l'envie de ne pas entretenir de conflit avec sa femme, va rendre son affection totalement improductive.
Nous vivons donc le quotidien de cet enfant, son enfer permanent. Bien qu'il ne soit pas si bête, il passe pour idiot dans la mesure où il n'a pas bénéficié d'un socialisation digne de ce nom. C'est tout juste s'il sait lire et écrire. Tout le monde l'accuse de tous les maux et ce d'autant plus facilement qu'il se défend peu et que les autres profitent de son innocence pour faire des vacheries et le faire accuser à leur place.
De fait, Ludo est un innocent. Il n'a aucune notion du bien et du mal. Tout ce qui l'intéresse, c'est de se faire aimer de cette mère qu'il adore mais qui, malheureusement, n'a qu'un désir, se débarrasser de lui. 
Inutile de chercher un rayon de soleil dans la grisaille de cette vie, il n'y en a pour ainsi dire pas. Même ses amourettes d'enfant/ado sont sordides, clandestines et insatisfaisantes. Sa petite amie n'est pas cette mère idéalisée qui hante ses pensées. Cette mère à qui il écrit des dizaines de lettres qui restent sans réponse. Cette mère dont il attend la venue mais qui ne vient jamais. Ou trop tard, ou pour de mauvaises raisons.
Vous êtes prévenus, aucune chance que vous esquissiez le moindre sourire à cette lecture, en revanche, l'écriture est tellement magnifique, le personnage tellement attachant que vous êtes assuré de passer un excellent moment littéraire.

Excellent. Coup de cœur.

mardi 1 novembre 2016

Six jours - Ryan Gattis

Résumé :
Pendant six jours, Los Angeles est une ville assiégée.
Pendant six jours, dix-sept personnes sont prises dans le chaos. Pendant six jours, Los Angeles a montré au monde ce qui se passe quand les lois n’ont plus cours.
Le premier jour des émeutes, en plein territoire revendiqué par un gang, le massacre d’un innocent, Ernesto Vera, qui rentrait chez lui après sa journée de travail, déclenche une succession d’événements qui vont traverser la ville.
Dans les rues de Lynwood, les tensions s’exacerbent, les membres de gangs chicanos profitent des émeutes pour piller, vandaliser, et régler leurs comptes. Au cœur de ce théâtre de guerre urbaine se croisent sapeurs pompiers, infirmières, ambulanciers et graffeurs, autant de personnages dont la vie est bouleversée par ces journées de confusion et de chaos. 

Avant toute chose, je crois que je me dois de faire une introduction en forme d'avertissement : ce roman est violent, extrêmement violent. Âmes sensibles s'abstenir. Maintenant, une fois que j'ai dit ça, je n'ai rien dit . Rien dit des qualités exceptionnelles du livre, de la qualité d'écriture, de la force évocatrice du récit, ou plutôt des récits, qui vous prend, vous emporte et ne vous lâche plus jusqu'à la fin où vous vous retrouvez petite chose secouée semblable à un débris qu'une mer démontée aurait rejeté sur la plage.
 Je parle de qualité et la première d'entre elles est, à l'évidence, car on s'en rend compte dès les premières pages, que les évènements de ces six jours sanglants sont vus par des personnages différents. Alors, vous me direz, c'est du déjà vu et revu. Certes, mais lorsque ces personnages sont aussi nombreux et s'expriment tous, je dis bien tous, à la première personne, là je dis que ça devient franchement intéressant. Intéressant n'étant qu'un pauvre mot qui ne rend pas hommage au procédé et que vous pouvez remplacer par : génial, fabuleux, extraordinaire, exceptionnel, enfin, vous avez le choix.
C'est ainsi qu'on change chaque fois de point de vue, qu'on passe littéralement de l'intérieur d'une tête à l'intérieur d'une autre tête. Le style change, la façon de s'exprimer change, l'intelligence de chacun, sa sensibilité, sa force, sa faiblesse, tout ça vous tombe dessus sans transition aucune. Sans aller jusqu'à dire que chacun d'eux devient attachant, s'agissant tout de même pour la plupart de membres endurcis de gangs violents, on se prend tout de même à comprendre leur motivations à défaut d'excuser leurs actes.
Rassurez-vous, les évènements ne sont pas répétés ad nauseam par plusieurs personnages y ayant participé, directement ou indirectement. Cela arrive bien de temps en temps, comme des clins d’œil mais l'auteur prend bien garde de ne pas s'apesantir sur une scène qu'il a déjà traitée par ailleurs.
Non, je crois qu'il faut plutôt voir dans cette succession de «témoignages» comme des dominos placés debout l'un derrière l'autre et dont on fait basculer le premier d'une pichenette provoquant ainsi la chute de tous les autres, un par un. Chaque personnage possède un lien, de fort, permanent à léger, temporaire avec le personnage suivant. Pour utiliser une image cinématographique, c'est comme si la caméra, après s'être intéressé à un personnage, bascule soudain sur un autre et abandonne le premier pour le second, et ainsi de suite.
Une autre des qualités du roman réside dans le souci de Gattis de nous faire entrer dans la tête d'au moins un représentant de tous les corps de métier impliqués dans l'histoire. Les acteurs, les victimes, les témoins. On passe ainsi, en dehors des membres des gangs à des policiers, des infirmières, des pompiers, des commerçants, des tagueurs...
C'est en outre bien écrit. C'est fort, c'est puissant, c'est bouleversant. Ce roman est un portrait sans concession et, me semble-t-il, réaliste d'une ville, Los Angeles, qui, si elle ne peut être réduite à cette violence permanente, érigée en mode de communication, ne peut sans doute pas nier le fait qu'elle soit l'une de ses facettes et non la moindre.
Dernière précision, si les émeutes de 1992 servent de toile de fond au roman il y est surtout question de ce règlement de compte qui dégénère en bain de sang, même si ce sont précisément les dites émeutes qui ont permis les exactions dont nous sommes les témoins.
Alors si vous aimez être virtuellement traîné dans la poussière attaché à la queue d'un cheval fou, précipitez-vous sans plus attendre sur ce livre qui devrait vous couper le souffle. Un vrai coup de cœur même si le terme semble inapproprié. Un ouragan ? Une tornade ? Peu importe, l'idée est là.

J'ai lu ce livre dans le cadre d'une lecture commune avec mon amie'naute Fan2polar dont vous trouverez la chronique ici.

Excellent. Coup de cœur.

jeudi 27 octobre 2016

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee

Résumé :
Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

Quand on lit pas mal comme moi, c'est aussi pour avoir le bonheur, de temps en temps, de lire un roman tel que celui-ci. Parce que ces quelques heures passées en compagnie de l'attachante Scout, c'est du pur bonheur. Pourtant, le pari n'était pas gagné d'avance tant j'ai peu de goût pour les personnages gentils, très gentils, trop gentils. J'ai depuis longtemps passé l'âge d'apprécier les Bisounours et j'ai peu d'appétit pour tout ce qui dégouline de bons sentiments. Et dans ce roman, la plupart des personnages sont gentils. Pour mieux dire : bienveillants. Seulement voilà, tout le talent de Harper Lee est de nous convaincre que de telles personnes existent pour de bon et que le monde n'est pas peuplé de salauds, loin de là. Et puis quoi ? L'ambition de chacun d'entre nous (au moins de la plupart) n'est-elle pas de montrer de la bienveillance ? Je doute que nous cherchions, tous autant que nous sommes, à être couronné du titre d'ordure de l'année. N'est-ce pas ?
Alors oui, les personnages de ce roman sont bienveillants. À commencer par le père Atticus. Mais être avocat et ne pas montrer un minimum d'empathie à l'égard de l'humanité toute entière, voilà qui semblerait curieux. À moins bien sûr de considérer cette profession comme juste un bon moyen de gagner beaucoup d'argent. Il y a également la voisine, Miss Maudie, qui vit seule depuis la mort de son mari. Le shérif, M. Tate, un brave homme même s'il n'a pas toujours le courage d'assurer ses fonctions. D'une façon générale, d'ailleurs, les habitants de Maycomb sont plutôt de braves gens qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre en paix.
Malheureusement, vivre en paix n'est pas toujours possible dans ces lieux et en ces temps. Surtout quand un Noir est accusé, à tort, on s'en doute, d'avoir violé une jeune fille blanche. Et qu'Atticus Flinch est chargé de défendre l'accusé. Et là, on découvre comment, dans cette période de racisme et de bigoterie, les braves gens peuvent se transformer en foule sauvage.
De ce point de vue, le message de l'auteur m'a semblé être que l'humain est sans doute foncièrement bon,mais que la dureté de la vie, la peur, des croyances tenaces peuvent le rendre mauvais et cruel.
Quant au génie de Harper Lee, il réside entre autre dans l'idée de nous avoir fait vivre cet épisode d'une petite ville de l'Alabama à travers les yeux d'une petite fille fort attachante. On va ainsi la suivre pendant les trois premières années de sa vie scolaire (en gros du CP au CE2 en équivalent français) et les alternances de cours d'école ennuyeux pour cette gamine qui sait déjà lire et écrire et d'étés merveilleux de découvertes mais qui passent trop vite. Quoi d'autre que le regard d'une enfant pour nous montrer à quel point cela n'a aucun sens d'être condamné, avant même d'être jugé, parce qu'on n'a pas la chance d'avoir la bonne couleur de peau ?
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur est un roman qui n'a décidément pas usurpé l'excellente réputation qu'il a. Je vous invite à le lire séance tenante.

Excellent. Coup de cœur.

samedi 17 septembre 2016

Vipère au poing - Hervé Bazin

Résumé :
« Vipère au poing » est le premier roman d'Hervé Bazin ; et celui qui l'a rendu immédiatement célèbre. Publié en 1948, c’est le premier volet d'une trilogie (« Vipère au poing », « La mort du petit cheval », « Le cri de la chouette ») qui raconte successivement l'enfance de Jean Rezeau (dit Brasse-Bouillon), sa vie de jeune adulte puis celle d'homme d'âge mûr, jusqu'à la mort de sa mère, Paule Pluvinec, dite Folcoche.
Ce premier roman, très largement autobiographique, est l'histoire d’une famille de la petite bourgeoisie provinciale, les Rezeau : 3 fils, un père effacé et rêveur et une mère autoritaire et méchante. Mais c'est surtout l'histoire de la haine qui lie le narrateur, benjamin des fils à sa mère...

Classique de chez classiques. Et que je n'avais jamais lu. Hou ! La honte ! Ouais bon, ça va. On peut pas être partout. L'erreur est réparée, la lacune comblée.
Quel magnifique roman que celui-ci. D'abord parce qu'il est superbement écrit. Et ça, on a beau dire, ça compte énormément, surtout quand on aime lire de la littérature avec de vrais morceaux de langue française dedans. Ensuite parce que le récit nous transporte loin, très loin. Dans un autre temps, un autre monde.
Vipère au poing c'est  bien sûr le portrait d'une drôle de mère. Drôle dans le sens de bizarre, étrange, spéciale, disons le mot : flippante. Parce que rigolote, elle ne l'est point. Mais point du tout. Plutôt haïssable, détestable. Finalement, pas une mère du tout.
C'est aussi le portrait d'une famille. La mère, donc, mais aussi le père, un tout mou et les trois fils, tous plus ou moins victimes de la tyrannie de leur génitrice. C'est également le portrait d'une époque qui nous semble aujourd'hui à la fois proche et lointaine. C'est le moment où l'Europe bascule, pour le meilleur et pour le pire, dans la modernité : électricité, téléphone, automobile, avion, radio... Encore que cette modernité ne semble pas avoir énormément bousculée cette région de France où se situe l'action. Ce qui renforce encore ce sentiment d'exotisme.
Et puis il y a la religion, toujours aussi présente en dépit de la (toute récente) loi sur la laïcité. Parce que des soutanes, croyez-moi qu'on va en croiser, et pas qu'un peu.
Mais ce roman est avant tout l'histoire d'une haine tenace et violente. Fort heureusement, le tout est écrit avec une légèreté, un humour, qui rendent la lecture délectable.
Bon, je ne vais pas être original, mais je le dis quand même : attention ! chef-d'oeuvre.

Excellent. Coup de cœur.

lundi 12 septembre 2016

14 - Jean Echenoz

Résumé :
Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état. 

Ce court roman est un petit bijou. Déjà, il est admirablement écrit mais dans un style à la fois magnifique et abordable. Ensuite, il réussi l'exploit de condenser quatre années de guerre en nous livrant l'essentiel de ce qu'il y a à savoir sur la période et ce, malgré sa taille modeste. Car le roman part précisément du jour de la mobilisation et se termine par l'évocation de la dernière bataille. Il nous y est narré la liesse du départ, quand, dans l'esprit de la plupart, la guerre ne devait durer que quinze jours. Les premiers combats, les tranchées. La vétusté du matériel et son côté inadapté. Les balbutiements de l'aviation. Les premiers morts, blessés, estropiés. L'arrogance des officiers et l'intransigeance des gendarmes face aux déserteurs ou prétendus tels. J'en oublie, forcément, mais tout est là. Tout. Ce 14 ressemble à un petit livre d'histoire écrit avec infiniment de talent.
À lire. Absolument.

 Excellent. Coup de cœur.

vendredi 26 août 2016

Ethan Frome - Edith Wharton

Résumé :
Ethan Frome, dans une petite ferme du Massachusetts, est sous la domination de sa femme Zenobia, une mégère. L'arrivée de Mattie Silver, une cousine de Zenobia, illumine la vie d'Ethan en lui apportant de la douceur et de la compréhension. Mais elle déchaîne la jalousie de la redoutable Zenobia, qui va réussir à chasser la jeune fille.

Ce roman est incontestablement un roman d'amour. Celui d'un amour malheureux. Et figurez-vous que le vieux grincheux que je suis adore les romans d'amour. À condition qu'ils soient écrits avec talent. Et du talent, Edith Wharton n'en manque certainement pas.
Et il en faut pour nous narrer de sublime manière les quelques jours du quotidien somme toute banal des trois personnages du livre. D'abord, il y a Ethan Frome, bien sûr.  Jeune homme qui a hérité d'une ferme et d'une scierie qui ne lui rapportent qu'à peine de quoi subsister à ses besoins en dépit des heures qu'il y passe chaque jour. Ensuite il y a Zenobia, dite Zeena, son épouse. Une femme hypocondriaque qui dilapide tout l'argent qu'il parvient à gagner. Non pas comme ces clichés de femmes frivoles et superficielles qui dépensent tout en toilettes et sorties. Non, elle, elle dépense tout en médicaments et visites chez le docteur. Et enfin il y a Mattie Silver, la cousine de Zenobia et accessoirement son souffre-douleur, le véritable soleil dans la vie d'Ethan. Et du soleil, les personnages en ont bien besoin tout ensevelis qu'ils sont sous une neige qui semble perpétuelle (le roman est d'ailleurs d'abord paru en France sous le titre Sous la neige).
Le style est simple et magnifique, les personnages attachants et vous allez adorer détester Zenobia.

Excellent. Coup de cœur.
 

mercredi 24 août 2016

Le collier rouge - Jean-Christophe Rufin

Résumé :
Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l'été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d'une caserne déserte.
Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit.
Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère.
Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes.

Trois personnages et, au milieu d'eux, un chien, qui détient la clef du drame...

Ceci est ma première incursion dans l'univers de Rufin et il y a fort à parier que ce ne sera pas la dernière.
Le récit prend place dans une petite ville du Berry et en particulier, son ancienne caserne désaffectée transformée en prison. Nous sommes en 1919. Le seul prisonnier des lieux est un soldat décoré pour bravoure. Il attend l'arrivée du juge militaire chargé de l'instruction de son affaire. Affaire dont on ne saura rien, quasiment jusqu'à la fin. Quand le juge arrive, un jeune commandant idéaliste, les choses ne se déroulent pas comme prévues. Alors que l'officier cherche tous les moyens possibles pour minimiser la gravité de l'acte et libérer le prisonnier, ce dernier lui rend la tâche difficile en refusant, notamment, de travestir ce qu'il considère comme étant la vérité des faits. Toute cette lutte insolite à lieu dans les aboiements incessants du chien du prisonnier. Chien qui joue un rôle de premier plan dans l'explication du comportement étonnant de son maître.
 Les qualités du roman sont nombreuses. D'abord il est court, ce qui est toujours agréable par les temps qui courent où la priorité est donnée aux pavés. Il est fort bien écrit et cependant, fort agréable à lire et d'une grande fluidité. Il y avait longtemps que je n'avais pas lu un livre sans buter, ne serait-ce que de temps en temps, sur une phrase. Et puis il y a l'ambiance, admirablement restituée. On EST littéralement dans cette petite ville, dans cette caserne-prison, sur cette place en compagnie du chien. On est à la guerre lorsque le soldat relate les évènements qui l'ont conduit en prison. On transpire avec les personnages.
J'ai pris un immense plaisir à dévorer ce petit roman qui parle de l'absurdité de la guerre, de fidélité, de loyauté, d'orgueil, d'amour. Et de chiens...
C'est sans conteste un immense coup de cœur que je vous invite à découvrir séance tenante. Il ne vous faudra guère plus d'une heure et demie pour en venir à bout.

Excellent. Coup de cœur.

lundi 25 juillet 2016

Paradis - Mike Resnick

L'infernale Comédie, tome 1 (Trilogie)
Résumé :
« À la seconde où vous posiez le pied sur cette planète, c'était comme si vous veniez de redécouvrir le jardin d'Eden. » Monde sauvage et exotique peuplé de créatures fabuleuses pour August Hardwicke, l'ancien chasseur de fauves, paradis perdu pour les colons qui ont fui quand la planète a accédé à l'indépendance, paradis à retrouver pour les indigènes projetés de l'âge de pierre à l'Ére galactique, Peponi est d'abord un mystère, une forêt de récits contradictoires qui enflamment l'imagination de Matthew Breen. Jusqu'à ce qu'il se rende enfin sur les lieux et voie se dessiner sous ses yeux tour à tour fascinés et horrifiés une vérité aussi complexe que douloureuse...

Ce roman a tout de chroniques de l'Afrique Noire. Sauf que l'action se déroule sur Peponi, une planète colonisée par les terriens. Mais remplacez les différentes tribus de la planète, les rebelles ou les despotes locaux, les humains colons, explorateurs, chasseurs ou autres touristes, par leurs homologues africains ou européens, et vous y êtes. Une magnifique transposition de la décolonisation.

Excellent ! 
Coup de cœur !!

dimanche 29 novembre 2015

Farthing - Jo Walton

Résumé (de la version française) :
Huit ans après que «la paix dans l'honneur» a été signée entre l'Angleterre et l'Allemagne, les membres du groupe de Farthing, à l'origine de l'éviction de Churchill et du traité qui a suivi, fin 1941, se réunissent au domaine Eversley pour le week-end. Bien qu'elle se soit mariée avec un Juif, ce qui lui vaut d'habitude d'être tenue à l'écart, Lucy Kahn, née Eversley, fait partie des invités. Les festivités sont vite interrompues par le meurtre de Sir James Thirkie, le principal artisan de la paix avec Adolf Hitler. Sur son cadavre a été laissée en évidence l'étoile jaune de David Kahn. Un meurtre a eu lieu à Farthing et un coupable tout désigné se trouvait sur les lieux du crime. Convaincue de l'innocence de son mari, Lucy trouvera dans le policier chargé de l'enquête, Peter Antony Carmichael, un allié. Mais pourront-ils ensemble infléchir la trajectoire d'un Empire britannique près de verser dans la folie et la haine? 

Quand on attaque Farthing, on se croit plongé dans un authentique roman policier de Lady Agatha Christie. Tout y est, à peu de chose près. La splendide demeure, la famille de la haute société et ses proches, avec ce que cela comporte de jalousie, de ressentiment, de haine. Sans oublier la pléthore de domestiques. Et le meurtre, bien sur. Ne manque que le fameux Hercule Poirot. Encore que nous avons un policier compétent au moins aussi doué que le célèbre détective belge.
C'est tout juste si l'auteure développe les éléments de l'uchronie qu'elle a évoquée timidement dans les premières pages. Tout ce que l'on sait, c'est que dans cette version de l'Histoire, l'Angleterre a signé un traité de paix avec l'Allemagne nazie. Pour un lecteur inattentif (ou très, très mauvais en Histoire), le fait passerait presque inaperçu.
Pourtant, le monde n'est assurément pas ce qu'il est censé être à l'époque. Nous sommes en 1949 et non seulement Hitler n'a pas encore perdu la guerre mais il a bel et bien réussi à conquérir l'Europe. Seule l'URSS continue à lui tenir tête sur le front de l'est. Cette réalité alternative fait froid dans le dos. D'autant plus que l'extermination des Juifs du continent se poursuit dans l'indifférence générale.
Indifférence d'autant plus grande que, même au Royaume Uni, il ne fait pas vraiment bon être Juif. David Kahn en fait l'expérience tous les jours et en particulier dans cette enquête jalonnée d'indices qui conduisent à lui. Et cela arrange tout le monde en dehors bien sûr de son épouse.
Malgré tout, en dehors de quelques éléments qui nous rappellent que le monde qui nous est présenté n'est pas celui qui correspond à la réalité historique, on a longtemps le sentiment que la partie purement policière du roman aurait pu tout aussi bien se dérouler dans la «vraie» Histoire. Du coup, pourquoi imaginer cette uchronie, se demande-t-on ?
Sauf que lentement, très lentement, la petite histoire du meurtre rejoint la grande Histoire. Tout se met en place comme les pièces d'un puzzle et l'image d'ensemble prend doucement corps. Et on finit par se dire : mais oui ! mais c'est bien sûr !
 De toutes les choses particulièrement réussies dans ce roman (et il y en a), il faut distinguer l'ambiance, particulière au domaine de Farthing ou à tout le Royaume Uni, spécialement bien rendue. L'un des personnages dit à un moment donné (allez, je me lance dans une traduction personnelle,) : «Je lui ai dit que c'était insensé, que nous ne connaîtrions jamais le fascisme ici (en Angleterre) parce que les gens sont, par essence, convenables.» Et j'avoue avoir tendance à penser que le personnage n'a peut-être pas tort. J'ai beaucoup de mal à imaginer les britanniques renonçant à une démocratie plus ancienne (1)  et aussi, voire plus solide que la notre.
Pourtant, la «bonne» société anglaise n'a rien à envier à ses homologues du continent. Elle a le même mépris, voire haine, pour celui qui n'appartient pas à leur monde. J'ai nommé, les Juifs, les homosexuels, les «rouges», j'en passe. Et des Juifs, des homosexuels, des gauchistes, Jo Walton va se faire un plaisir de nous en présenter via ses différents personnages. Une occasion de nous donner à voir l'enfer qu'ils ont tous pu connaître à l'époque et de nous rappeler que, de nos jours, quelques soixante-dix ans après, les choses n'ont pas à ce point évoluées.
Donc, non, pas de fascistes en Angleterre mais  simplement une partie de la société qui en propose une imitation fort réussie. Et puisqu'on parle de société, que je n'oublie pas de dire que tous les personnages sont travaillés avec une minutie jouissive. On se plait à plaindre cette pauvre Lucy qui tombe littéralement de sa chaise au fur et à mesure que l'enquête (et ses propres réflexions) progressent. Dans le même temps, on a tellement envie de la claquer, tellement elle s'est montrée aveugle jusque là. On adore détester sa mère, Lady Eversley, qui va se montrer, au fil des pages, toujours plus abominable. On s'intéresse aussi bien sûr à David Kahn, coupable idéal. Ainsi qu'à Lord Eversley, le père de Lucy, et Carmichael, le policier de Scottland Yard et tous les autres.
A bien y regarder, ce roman est une réussite sur tous les points. Le seul point qui m'a donné un peu de mal, c'est la fin. Ignorant, durant la lecture, qu'il existait une suite, j'ai été un peu surpris par cette fin tellement ouverte, qu'elle pourrait laisser le passage au Queen Elizabeth. Certains arcs narratifs n'ont, à mon sens, pas trouvé de conclusion. Ou alors, pour les considérer comme conclus, il faut une sacré dose d'indulgence.
Telle qu'elle est, en tout cas, et sans trop en dévoiler, cette fin m'a laissé un goût amer. Espérons que la suite nous donnera plus d'occasion de nous réjouir. 
Quoi qu'il en soit, même pris individuellement, ce roman est une pure merveille et je vous invite à le lire, si ce n'est encore fait.
Il est paru en français sous le titre : Le Cercle de Farthing.  
 

(1) Renseignements pris, parce que je suis une bille en Histoire et a fortiori en Histoire Anglaise, la naissance de la démocratie chez nos voisins d'outre-manche, peut être située, soit en 1215 (si, si), au plus tôt, avec la Grande Charte, soit en 1689, au plus tard, avec le Bill of Rights (Déclaration des droits), qui marque le début de la monarchie parlementaire. Soit un siècle pile avant notre Révolution française.