J'inaugure une nouvelle façon de vous dire ce que j'ai pensé des ouvrages que j'ai lus.
Tout en étant bien différent et moins complet que ce que propose, avec talent, notre ami Salvek, je ne peux nier une certaine identité d'inspiration.
Aujourd'hui donc, pour la première, Les Aventuriers de la Mer de Robin Hobb
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samedi 31 octobre 2009
lundi 28 septembre 2009
Le Dernier Magicien - Megan Lindholm (Robin Hobb)
C'est l'histoire d'un magicien. Du Magicien devrait-on dire. C'est ainsi qu'on l'appelle. Personne ne connait son nom. Lui-même l'ignore sans doute. C'est aussi un sans abri. Chaque jour il parcoure Seattle, un peu au hasard. Chaque nuit il regagne son repaire : un vieil immeuble inoccupé. Il n'a que peu d'amis. Tous magiciens. Un jour il rencontre une jeune femme. Elle tient absolument à l'aider même si lui ne veut rien savoir. Mais il rencontre aussi une redoutable ombre grise. Une menace.
Ce Dernier Magicien est un livre plutôt atypique. Très original. D'abord, vous l'aurez compris, parce qu'il s'agit d'Urban Fantasy. Les romans de fantasy se déroulant dans notre monde contemporain ne sont pas légions. En tout cas pas dans ma bibliothèque. La magie y est d'ailleurs discrète. Et pas commune. La plupart des pouvoirs de nos magiciens sont peu spectaculaires. Ils seraient, pour certains, du genre à nous faire nous demander : à quoi ça sert ? Souvent, ils s'apparente davantage à des devoirs, des obligations. Le Magicien peut et doit nourrir les pigeons du parc à l'aide d'un sac de maïs inépuisable. Mais il peut aussi, ce qui semble plus utile tout de même, susciter les confidences des gens qu'il croise et trouver les mots précis qui vont les aider.
Rien de bien spectaculaire, donc. Cette histoire s'attache même aux aspects les plus ordinaires de la vie. Mais de la vie des sans abri, de ceux qui sont seuls, de ceux qui n'ont rien. Une fois encore, l'auteure s'intéresse tout d'abord aux gens, à ce qu'ils pensent, à la façon qu'ils ont de lutter contre les problèmes qu'ils rencontrent. Ou à leur façon de baisser les bras. Et pourquoi ils luttent, pourquoi ils abandonnent. Elle nous parle de solitude et d'errance. De vies brisées. D'incommunicabilité.
C'est un livre simple, triste et beau.
vendredi 5 juin 2009
Le vol des harpies - Megan Lindholm
La jeune Ki voit rouge le jour où sa famille se fait massacrer par les harpies, ces créatures ailées sacrées aux yeux de tous. Bravant l'interdit, elle détruit le nid de l'une d'elles et la tue. Désormais poursuivie sans relâche, tant par les harpies que par leurs nombreux serviteurs humains, et prête à tout pour leur échapper, Ki accepte de convoyer un chargement vers la lointaine Diblun, quitte à devoir emprunter le redoutable " Col des Soeurs ". Un seul homme, Vandien, voleur de profession, ose la suivre et se dresser à ses côtés contre la toute puissance des harpies. Leur périple s'annonce long et périlleux ...
On a beaucoup dit, ici ou là, que ce premier roman de Megan Lindholm n'était, malgré ses qualités, pas tout à fait à la hauteur des oeuvres que l'auteure, sous le nom de Robin Hobb, allait publier. On a parlé de prémices, de promesses, de voix naissante. Bref, ce n'était pas encore du Robin Hobb. Je ne suis pas loin de partager ces avis. Mais j'apporterai tout de même deux précisions. La première c'est que ce premier roman, EST, malgré tout, du Robin Hobb. J'entend par là que tous ceux qui n'apprécient pas cette auteure peuvent passer leur chemin. Aucune bonne surprise ne les attend. La seconde est qu'il s'agit indubitablement d'un très bon roman, si ce n'est pas, à l'évidence, un chef-d'oeuvre.
Le roman peut être divisé en deux parties, emmêlées, imbriquées l'une dans l'autre. La première partie concerne les aventures proprement dites de Ki et Vandien. Elles se déroulent dans le présent des personnages. Ki est une jeune femme à l'origine mal définie mais qui a été élevée parmi les romnis, dont le modèle est à chercher auprès des gens du voyage, devenus très à la mode dans la fantasy moderne. Elle a pour mission de transporter, dans sa roulotte, des pierres précieuses pour le compte d'un marchand. Elle rencontre Vandien lorsque celui-ci tente de lui voler l'un de ses chevaux. Elle le surprend, le maîtrise puis décide finalement de le laisser l'accompagner. Le reste est assez classique, les deux personnages étant amenés à franchir un col réputé infranchissable à cette époque de l'année. Déjà ici, ce qui compte chez Lindholm-Hobb, c'est davantage la psychologie des personnages et comment ils vont s'apprivoiser l'un l'autre, que l'action proprement dite.
La seconde partie est toute entière faite des flashbacks de Ki qui la ramènent à une période plus douloureuse de sa vie, au moins du point de vue psychologique. Elle se rappelle les moments où elle a perdu son mari Sven et ses deux enfants, tués par une harpie. Elle se rappelle son désir de vengeance et le besoin qu'elle a ressenti de décimer, à son tour, la famille de la harpie. Elle se rappelle enfin sa vie au sein de la famille de Sven. C'est probablement la partie la plus intéressante du roman. Il s'agit, à mon sens, d'une charge fine et intelligente, contre l'intolérance. La famille (la tribu) de Sven nous est d'abord présentée comme des gens, certes un peu obtus, mais néanmoins assez sympathiques et accueillant. Mais au fur et à mesure que Ki, et nous à ses côtés, apprend à les connaître, elle découvre à quel point ils peuvent, pour certains d'entre eux, se révéler campés sur leurs certitudes, aveuglés par leurs croyance, englués dans leurs traditions. Ils la traitent, elle, l'étrangère, celle qui ne partage pas leur foi, avec mépris, condescendance, voire haine. Tout ceci est amené lentement, inexorablement, comme si le voile qui recouvre la noirceur de leur âme s'effilochait petit à petit. Je ne me rappelle pas avoir lu si souvent des portraits aussi réussis de salauds bien-pensant.
Une autre des qualités de ce roman, et pas la moindre, est sa taille. Il "pèse" 285 pages et se suffit à lui-même. Chaque tome de la saga étant indépendant. Et en ces temps de surenchère du nombre de pages qu'est supposé avoir un roman de fantasy, c'est un vrai bonheur.
Au final, un excellent roman qu'il n'est certes pas indispensable d'avoir lu mais qui vaut largement quelques pavés indigestes dont nous sommes quotidiennement abreuvés.
dimanche 8 février 2009
La conquète de la liberté - Robin Hobb
Les aventuriers de la mer - Tome 3Ainsi s'achève le premier tome (dans l'édition originale) des Aventuriers de la mer. Au niveau émotions, nous sommes servis dans ce dernier tiers. Même si elle n'a pas la cruauté mentale d'un Georges R.R. Martin avec ses personnages du Trône de fer, Robin Hobb ne ménage pas les siens. Amputations diverses et desespoir profond sont leur lot. Quoi qu'il en soit, chacun commence à entrevoir, à la fin de ce premier tome, la possible réalisations de ses ambitions personnelles. Mais à quel prix ?
On découvre aussi, tout au long de la lecture, un autre talent de l'auteure. Que ce soit quand elle nous parle de navires, de navigation, de chasse aux mammifères marins, d'esclavage, on a le sentiment que Robin Hobb connaît ces sujets comme sa poche et qu'elle a passé sa vie dans cet univers.
En un mot comme en cent, lacher, même momentanément, tous ces personnages, des plus attachants aux plus antipathiques, est un véritable déchirement. C'est le signe d'une grande oeuvre.
samedi 31 janvier 2009
Le navire aux esclaves - Robin Hobb
Les aventuriers de la mer - Tome 2Enfin de l'action dans ce deuxième tiers du premier tome (dans la version originale) des Aventuriers de la mer. Nous avons droit à un abordage, un combat dans un bordel, une chasse aux "ours de mer", une tentative d'enlèvement, une amputation, une attaque de serpents de mer et j'en passe. Robin Hobb ayant choisi des aventures maritimes, beaucoup des différents personnages sont éparpillés sur les mers. Ce qui permet à l'auteure de nous régaler d'histoires individuelles mouvementées. Elle n'en oublie pas pour autant de continuer à fouiller en profondeur la psychologie des personnages pour notre plus grand bonheur. Nous avons même droit à la peinture extrèmement réaliste et assez savoureuse de l'adolescente rebelle qui rêve de toilettes suggestives et de rendez-vous amoureux. Je vois là pour ma part l'une des grandes qualités de Robin Hobb, son souci de ne pas négliger, étant elle-même une femme, son lectorat féminin. Il y en a par conséquent pour tous les goûts (En ce qui me concerne je suis client aussi bien des aventures musclées (et cocasses) du pirate que des déboires sentimentaux de la jeune fille).
Avec cette deuxième partie se confirme mon sentiment que ces Aventuriers de la mer sont encore meilleurs que L'assassin royal.
J'ai attaqué la lecture de la troisième et dernière partie de ce premier tome (Ship of magic) à l'issue de laquelle je m'autoriserai une pause afin de pouvoir passer à d'autres oeuvres. Mais désormais je tâcherai, chaque fois que cela sera possible, de m'en tenir au découpage initial des ouvrages d'auteurs étrangers, ceci afin de coller au plus près des intentions originelles de ces auteurs.
Je ne dis pas merci aux tronçonneurs ... pardon aux éditeurs français. Il me semble que ce métier était bien plus respectable auparavant. Ca y est, je m'énerve.
Critique du premier tome vf
dimanche 25 janvier 2009
Le vaisseau magique - Robin Hobb.
Les aventuriers de la mer - Tome 1D'abord il y a Althéa. Elle est en mer. C'est une fille de bonne famille comme on dit dans ces familles-là. Son père est propriétaire et capitaine du vaisseau sur lequel elle navigue. Mais cette fois-ci, malade, il est resté à terre et a laissé la place à son gendre Kyle, le beau-frère d'Althéa. Kyle et Althéa ne s'aiment pas, c'est clair. Mais Althéa s'en moque, elle sait que la navire lui reviendra un jour. Il y a donc le père, Ephron Vestrit. De fait il est mourant. A sa mort, Vivacia, son navire, une vivenef, le vaisseau magique du titre, va s'éveiller à la vie. Il y a Kyle, déjà cité. C'est le gendre. Kyle n'aime que Kyle. Il y a Ronica, la mère. Elle gère les propriétés à terre. Sans doute jalouse-t-elle un peu son mari et sa fille, toujours partis sur les mers. Il y a Keffria, l'ainée d'Althéa. C'est l'image même de la femme au foyer, docile et soumise. Il y a Hiémain, le fils ainé de Kyle et Keffria, le neveu d'Althéa. Il est novice chez les prêtres de Sa. Mais ces parents ont d'autres ambitions pour lui. Il y a aussi Brashen, l'ancien second de la Vivacia, évincé par Kyle. Ces deux là non plus ne s'aiment pas. Et puis il y a Kennit le capitaine pirate ambitieux et son second Sorcor. Et puis Parangon une vivenef échouée sur la plage. Enfin les serpents de mer qui se réunissent pour je ne sais quelle quête.
D'aucuns diront qu'il ne se passe pas grand chose dans ce premier opus (en vf). Mais moi j'ai un C.R.E., un coefficient de résistance à l'ennui, colossal. Non, pour dire la vérité, je ne m'ennuie pas pour les mêmes raisons que d'autres. Du moment que j'ai affaire à des personnages attachants ( ou à de magnifiques salauds sans scrupules ), l'auteur, s'il est bon, peut me décrire pendant des pages leur lever, leur coucher, leur repas, leur toilettes, bref leur quotidien, moi je m'éclate. Enfin, faut pas pousser quand même bien sûr.
Mais avec Robin Hobb, il faut l'avouer, tout passe comme une lettre à la poste. Bon, une grosse lettre. Elle prend son temps la petite dame. Oui. Et alors ? Moi ça me va. On a tout loisir de découvrir petit à petit chacun des protagonistes de l'histoire, leurs forces, leurs faiblesses. Puis on découvre progressivement que tous ces personnages vont voir leurs destins mélés (les vivenefs comprises). D'accord, on se doute bien un peu de se qui va se passer. Les intentions affichées des différents personnages vont à coup sûr les précipiter les uns sur les autres. Reste à savoir comment tout cela va se présenter et quelles aventures attendent chacun d'entre eux. Et moi, c'est tout ce qui m'intéresse.
Je serais assez tenté de dire qu'il est difficile de donner des raisons objectives de ne pas aimer ce roman. On aime le genre ou on ne l'aime pas. Comme certains aiment (ou pas) les westerns, la science-fiction, les polars ... mais dans son genre, ce livre est réussi.
Ca n'a pas toujours été vrai mais aujourd'hui je peux le dire, et j'assume, j'aime l'oeuvre de Robin Hobb. Et j'ajouterai que ces Aventuriers de la mer sont un cran au dessus de l'Assassin royal. Mais ça n'engage que moi.
vendredi 23 janvier 2009
Retour au pays - Robin Hobb
Quatrième de couverture : Ce que l'esprit conscient ne perçoit pas, le cœur le sait déjà. Dans un rêve, j'ai traversé comme le vent ce désert des Pluies, en rasant le sol mou, passant au travers des ramures qui se balançaient. Insoucieuse de la fange et de l'eau corrosive, j'ai pu voir soudain la beauté aux multiples strates des alentours. Je me tenais en équilibre, oscillant, comme un oiseau, sur une fronde de fougères. Un esprit du désert des Pluies m'a murmuré : "Essaie de le dominer et il t'engloutira. Incorpore-toi à lui, et tu vivras."
Résumé : C'est l'histoire d'un groupe de colons malgré eux, débarqué sur une terre inconnue par un capitaine indélicat. L'histoire est racontée par l'une des membres de ce groupe, dame Carillon de Rochecarre, née Valjine. Elle raconte comment ces gens, livrés à eux-mêmes, vont devoir lutter contre la faim, le fleuve, les marais et une cité mystérieuse.
Mon avis : Je l'ai déjà dit, je le redis et je le redirai encore, mais ça je vous avais prévenus, je n'aime rien tant, dans un roman, que de bons personnages. Et je suis gâté. Pour tous ceux qui seraient incapables d'empathie envers dame Carillon, autant s'exiler dans une grotte au sommet d'une montagne, au moins, ils ne seront plus redevable de la moindre compassion envers quiconque. Le sort de cette pauvre femme, colon bien malgré elle et qui voit ses valeurs (certaines discutables certes) s'effondrer lentement au fil du dénuement progressif dans lequel est plongé le groupe, a quelque chose de véritablement poignant, d'autant que très bien rendu par l'auteure.
D'un autre côté, le vernis social et les certitudes de l'ancienne dame de condition s'effilochent pour laisser s'épanouir progressivement tout simplement la femme de coeur. Et coeur dans tous les sens du terme, à savoir bonté et courage.
Plus les conditions deviennent difficiles, plus les privations marquent sans pitié ce corps naguère épanoui (elle est enceinte au début du roman) et plus la belle âme se dévoile. C'est comme si plus l'extérieur s'enlaidit plus l'intérieur est beau. A côté de cette dame Carillon, quelques personnages, certes pour certains stéréotypés, mais fort intéressants. Le mari, salaud engoncé dans ces certitudes, un marin, plus noble de coeur que tous les seigneurs du groupe réunis, une blanchisseuse, des enfants ...
Les autres qualités de ce roman sont sa taille (120 pages), il se lit en un instant, et la prose de Robin Hobb. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j'admets que j'aime de plus en plus.
Une friandise, donc, à consommer sans modération.
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