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dimanche 2 octobre 2016

L'occupation des sols - Jean Echenoz

Résumé :
Une femme est peinte sur un mur dans un quartier de Paris voué à la rénovation. L’époux et le fils du modèle entre-temps défunt regardent l’image chérie disparaître.

Je vais tâcher de ne pas faire une chronique plus longue que le texte lui-même (16 pages). Alors voilà, c'est triste (un peu), poétique (beaucoup) et aussi, surprenant, grave et léger à la fois, déconcertant, fou. C'est juste beau. 

Très bon.

mercredi 24 août 2016

Maîtres du jeu - Karine Giebel

Résumé :
Il y a des crimes parfaits.
Il y a des meurtres gratuits.
Folie sanguinaire ou machination diabolique, la peur est la même. Elle est là, partout : elle s insinue, elle vous étouffe... Pour lui, c est un nectar. Pour vous, une attente insoutenable. D où viendra le coup fatal ? De l ami ? De l amant ? De cet inconnu à l air inoffensif ? D outre-tombe, peut-être...

Ce recueil comprend les nouvelles Post-mortem et J aime votre peur.

Dire que j'aime ce que fait Karine Giebel est un doux euphémisme. Cependant, je n'ai pas complètement adhéré à ce recueil de deux nouvelles. Les intrigues sont pourtant prometteuses. Une jeune, belle et célèbre actrice hérite une maison de la part d'un inconnu. Que se cache-t-il derrière ce cadeau post-mortem ? Un tueur psychopathe s'échappe de l'hôpital où il était retenu. Son objectif, faire le plus de morts possible.
Malheureusement, ça ne prend pas, ou pas vraiment. Le mécanisme de la première nouvelle est pourtant bien foutu. Mais on dirait que les deux textes sont issus d'une commande ou bien ne sont que des exercices de style. Des entrainements.  La crédibilité n'est pas tout à fait au rendez-vous et le tout est un peu bâclé.  De là à penser que l'auteure est plus à l'aise dans les romans, où elle peut développer ses idées, installer une ambiance, il n'y a qu'un pas que je franchis allègrement.
Vous n'aurez pas la sensation de perdre votre temps avec ce recueil et le livre ne va pas vous tomber des mains. Mais préférez-lui Terminus Elicius (son premier roman) ou, mieux encore, Juste une ombre, Meurtres pour rédemption. Jdçjdr.

 Moyen

mardi 17 novembre 2015

Diamond Dogs, Turquoise Days - Alastair Reynolds

Résumé :
Diamond Dogs, ou le stupéfiant périple d'une expédition aux confins d'une planète morte abritant la Flèche. Quelle est la raison d'être de ce monument-piège quasi conscient? Pourquoi ces énigmes mathématiques de plus en plus complexes, étage après étage, auxquelles sont confrontés les membres de l'expédition ? Des énigmes qui se révèlent bientôt mortelles...

Turquoise Days, ou la rencontre des Mystifs, le plus fascinant des organismes marins de la planète Turquoise. Les plongeurs qui se sont risqués à leur contact y ont laissé leur mémoire, leur empreinte au cœur de cette immense conscience collective. Naqi Okpik. y a perdu sa sœur. Parviendra-t-elle à percer le secret de ce monde lointain et protégé ?

J'ai bien peur de ne pouvoir faire mieux qu'une chronique très courte, aussi courte que les mini romans (les novellas comme disent nos amis anglo-saxons) dont il est question.
J'ai certes passé un assez bon moment avec l'un comme avec l'autre. Réellement. Peut-être un meilleur moment avec le premier, Diamond Dogs qu'avec le second, Turquoise Days. 
Bon, il faut sans doute que je développe un petit peu.
Diamond Dogs est un pur roman d'aventure. Il y est question d'un groupe de personnes, toutes choisies pour leur compétence particulière partant à l'assaut d'une espèce de « tour à énigmes » qui sanctionne les mauvaises réponses par des membres arrachés, découpés, déchiquetés quand ce n'est pas par la mort, pur et simple, de préférence dans d'atroces souffrances.
Turquoise Days est davantage une oeuvre écologiste. Même si je me sens vraiment très, très concerné par les problèmes d'environnement qu'il va nous falloir résoudre dans les années qui viennent, j'avoue avoir un peu de mal avec les romans militants dans ce domaine. Ne me demandez pas pourquoi : je n'en sais rien. Toujours est-il que, chez moi, l'auteur n'a pas trouvé sa cible.

Globalement, j'oserai dire que ce recueil est très dispensable. Préférez-lui, de mon humble point de vue, les autres romans du cycle des inhibiteurs (L'espace de la révélation, La cité du gouffre...), excellents. Un peu ardus, peut-être, mais excellents.
 

lundi 22 mars 2010

Les enfants de Cayenne - Cédric Ferrand

L'histoire se situe quelque temps après la première guerre mondiale. Bourdeau, le narrateur, est un proxénète condamné au bagne pour le meurtre d'un bourgeois qui a eu le malheur de maltraiter l'une de ses putains, Nina. Il partage une cellule avec quatre autres futurs bagnards dans les cales d'un navire qui fait route vers Cayenne. En dépit de conditions de voyage abominables, ils arriveront tous les cinq sains et saufs à destination alors que d'autres détenus auront moins de chance. Mais parvenus sur place, une surprise de taille les attend.

Grande première à imagine...erre, j'entreprends la critique d'une nouvelle d'un voisin de blog, Cédric Ferrand aka Hugin, dont tout le monde connait les talents de chroniqueur, talents dont est doté également son co-blogueur Munin. L'exercice n'est pas si facile que l'on croit. La sympathie que j'éprouve pour Cédric qui s'est étoffée au fil des mois de commentaires échangés le disputant à l'honnêteté et la rigueur intellectuelle que je me flatte de tant posséder. Il est temps de le prouver. Cédric nous a demandé d'être francs. Je lui garantis que tout ce qui suit est le reflet de ce que je pense. Sans concession.
Pour tous ceux qui veulent lire le texte de notre (ex ?) ami, vous le trouverez au bout de ce lien.

La qualité qui frappe au premier abord lorsqu'on lit le texte de Cédric c'est, à l'évidence, l'écriture. L'auteur sait admirablement manier la langue. Mais au-delà de ça, le petit plus qu'il à su ajouter et qui propulse littéralement le texte dans une autre dimension c'est l'usage de l'argot. Bourdeau fait partie de cette population dont l'éducation, ou le manque d'éducation, l'empêche de s'exprimer dans la langue d'un Valmont. C'est donc dans celle d'un Gavroche qu'il s'adresse à nous. Il est né du mauvais côté de la langue, si vous me passez l'expression. Et c'est ce qui en fait un candidat idéal pour Cayenne, le bagne menaçant rarement les gens de la Haute.
Pour quelqu'un comme moi qui, sans être un spécialiste de la langue verte, en possède plus que des rudiments, c'est extrêmement jouissif. Je pourrais juste faire un léger reproche à l'auteur. C'est d'avoir mêlé des mots d'un niveau de langue différent. Je m'explique. Certains des noms employés tiennent davantage du langage familier ou enfantin, voire, tout bonnement, du langage ordinaire. J'aurais eu tendance à les bannir de la bouche de Bourdeau. Mais il ne s'agit que d'un défaut mineur relevé par malice par un esprit tatillon. Le mien.
J'aurais, par exemple, remplacé le mot père, qui tient du langage ordinaire et qui avait été remplacé comme il se doit par daron, dans une autre partie du texte, par : vieux ou paternel (1). Sang et chemise par raisiné et limace ou liquette. Quenotte, trop "enfantin" par ratiche.
Mais ne boudons pas notre plaisir, l'utilisation de la langue de la rue est une vraie réussite.
D'aucuns cependant élèveront la voix pour dire que le récit manque de description. J'avoue que cela m'est bien égal. Même si le fait m'a paru, pour une fois, flagrant. Je suis plus souvent étonné qu'à mon tour lorsqu'un critique écrit :" l'auteur utilise trop peu de description."
Le plus souvent, cela me passe largement au-dessus de la tête et je ne me rends compte de rien. Je prends ce que l'auteur me donne. S'il veut me faire partager son univers et qu'il truffe son récit de descriptions d'une précision de peintre, ça me va. Même si, le plus souvent, je substitue sans vergogne, mes images aux siennes. S'il veut que j'utilise mon univers personnel sans rien me décrire, ça me va aussi. En l'occurrence, le récit de Cédric est délibérément tourné vers l'action. Et c'est là l'un des aspects et non le moindre, du plaisir qu'on a à le lire.
Je ne peux en terminer avec l'aspect purement littéraire de la nouvelle sans évoquer la construction, une merveille. Chaque élément du récit est à la bonne taille, à la bonne place.
Reste l'histoire. Et c'est là, à mon avis, que se révèle la partie la moins forte de l'oeuvre. L'originalité n'est pas le trait le plus distinctif des faits qui nous sont racontés. Je ne suis pas un chantre de l'originalité, loin s'en faut. J'ai toujours pensé qu'un récit très original peut s'avérer sans intérêt. Mais choisir un sujet ou un angle peu ou pas traité ajoute un plus indéniable à une histoire. Ici on pourra toutefois saluer la bonne idée qui consiste à avoir choisi comme décor le bagne de Cayenne, délaissé depuis fort longtemps dans notre littérature. Malheureusement, les scènes qui composent le récit se révèlent trop classiques. Chacune sent trop le déjà vu. Même les personnages sont assez stéréotypés. Chacun est une figure connue de la littérature. Mais cela n'empêche d'ailleurs pas notre Bourdeau d'être attachant, à sa manière. Même si son C.V. ne fait pas de lui d'emblée quelqu'un de sympathique, il n'est pas non plus le mauvais garçon qu'on pourrait croire.
Quant à la fin, force m'est d'avouer qu'elle m'a déçu. D'une part parce qu'elle n'en est pas vraiment une et d'autre part parce qu'elle offre à mes yeux ce pour quoi je n'ai qu'une indulgence très limitée : l'invraisemblance. Impossible pour moi d'en dire davantage sans en révéler trop aux potentiels lecteurs. Il faut juste savoir que compte tenu du choix narratif, le récit ne peut se terminer ainsi.

En conclusion, je dirais que Les enfants de Cayenne est une nouvelle qui se lit avec beaucoup de plaisir et très vite, indépendamment de la longueur du texte. Reste qu'une fin plus "solide" aurait contribué à la rendre encore meilleure.
Je ne peux qu'encourager Cédric à nous gratifier d'autres textes du même acabit. N'étant pas un adepte exclusif des genres de l'imaginaire, de même que l'auteur, j'apprécie au moins autant un texte pour ses qualités littéraires que pour la qualité de son histoire. De ce point de vue, ce que fait Cédric me satisfait pleinement.

(1) Je me rend compte, après relecture du texte, que les mots vieux et paternel ont bien été utilisés par la suite. Désolé, Cédric, pour ce reproche sans fondement.
Bon, bah t'avais qu'a trouver un quatrième synonyme en argot. C'est vrai, quoi.

jeudi 28 mai 2009

Janua Vera - Jean-Philippe Jaworski

Né du rêve d'un conquérant, le vieux royaume n'est plus que le souvenir de sa grandeur passée… Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l'assassin trempe dans un complot dont il risque d'être la première victime, Ædan le chevalier défend l'honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries… Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du cœur humain…
Jean-Philippe Jaworski met une langue finement ciselée au service d'un univers de fantasy médiévale d'une richesse rare. Entre rêves vaporeux et froide réalité, un moment de lecture unique. Janua vera a été récompensé par le prix du Cafard Cosmique 2008.

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! (soupir de ravissement). Quel bonheur !
Je sais bien que tout a déjà été dit sur ce recueil de nouvelles et bien mieux que je ne saurais le faire. Mais n'écoutant que mon courage, je vais tenter à mon tour de faire souffler vers vous le vent d'enthousiasme pauvre écho de l'ouragan de pur bonheur né en mon sein à la lecture de cet ouvrage magnifique.
Et là, je pèse mes mots.

Commençons par le commencement. Par les choses qui fâchent. Comme d'autres l'ont dit, la première nouvelle, Janua Vera, qui a donné son nom au recueil, éponyme donc comme disent les savants, est la plus faible du lot. Curieusement. Elle m'a fait penser aux pires pages de Moorcock quand celui-ci nous fait partager les états d'âme de ses héros fatigués et fatigants. On a le sentiment que Jaworski a décidé de faire un truc chiant et comme il a beaucoup de talent, il y est parvenu. Chapeau donc. Mais ce sera le seul vrai bémol de l'ensemble.

Ensuite, ce n'est que du bonheur. Tout, y compris la première nouvelle, est écrit dans une langue magnifique propre à donner le frisson aux amateurs de belles pages (et accessoirement des boutons aux autres). Ce recueil est un véritable exercice de style dans lequel chaque récit évoque des expressions, des tournures de phrase, une écriture propre à l'univers qui y est décrit.

Bien entendu, tout n'est pas exactement du même niveau. Un certain nombre de nouvelles ont ma préférence. Je pense notamment à :

Mauvaise donne,
Le service des dames,
Le conte de Suzelle,
Jour de guigne.

Mauvaise donne nous narre l'histoire d'un assassin dans une pseudo Venise de la renaissance confronté à une machination politique qui le dépasse. Elle est la plus longue et, par conséquent, la plus aboutie des nouvelles du recueil. Je ne suis pas autrement surpris qu'elle ait donné lieu à une sorte de suite avec Gagner la guerre (dont j'attends la sortie en poche avec impatience). Elle est sans conteste mon coup de coeur malgré son côté plus "classique" que les autres. Ou peut-être à cause de ça. On a en effet le sentiment d'être ici en terrain connu, familier.

Dans Le service des dames, nous suivons les aventures d'un chevalier noble de chez noble, que même à côté de lui Bayard fait figure de voyou. L'auteur aurait pu tomber dans deux écueils possibles. Soit faire une pale copie des oeuvres légendaires du genre en nous offrant un remake des aventures de Lancelot, Perceval ou Galaad, soit prendre le contre-pied total de ces grands héros en nous gratifiant d'une figure d'affreux. dans un cas comme dans l'autre, il risquait la caricature. Au lieu de cela, il a choisi de faire de son chevalier un homme qui place l'honneur au-delà de tout, mais jusqu'à l'absurde. Et là où une créature du 21ème siècle comme vous et moi se serait trouvé quitte, notre chevalier persiste à vouloir payer ses dettes d'honneur. Grandiose.

Le conte de Suzelle est l'histoire d'une paysanne comme on n'en voit jamais en fantasy, dans la mesure où elle et ses congénères sont insignifiants face à la grande Histoire. Le propos est, forcément, s'agissant d'un personnage d'une condition sociale plus que modeste, très ordinaire. L'extraordinaire est plutôt à chercher dans l'exceptionnelle qualité documentaire du récit ainsi que dans l'espèce d'elfe dont Suzelle attendra le retour toute sa vie.

Enfin, Jour de guigne nous narre les mésaventures d'un petit scribe sans envergure soudain confronté à une terrible malédiction. C'est du Pratchett tout craché. Et encore davantage que dans Pratchett, peut-être, l'absurde est savamment dosé pour ne pas devenir trop pesant. C'est très drôle, mais très fin et sans jamais nuire à l'intérêt de l'histoire.

Le reste, vous l'aurez compris, à un petit peu moins excité mon intérêt. Mais il n'en reste pas moins d'une qualité largement au-dessus de la moyenne. Il est juste, à mon sens, un cran au-dessous de mes favoris. Il s'agit de :

Une offrande très précieuse,
Un amour dévorant,
Le confident.

Le premier nous raconte l'histoire d'un guerrier hanté par de tragiques souvenirs et bientôt dégouté des tueries. C'est un peu trop "heroic-fantasy" à mon goût. Je vais finir par croire que ce genre n'est vraiment pas ma tasse de thé.
Le deuxième, lui, nous parle d'un village dont la forêt est hantée, la nuit, par de terribles revenants. Le traitement, genre enquête policière, afin de trouver l'identité des spectres est assez originale mais le tout s'est révélé assez peu accrocheur.
Le troisième, enfin, n'a de vrai intérêt que par sa chute et aurait sans doute gagné à être raccourci. On imagine ce qu'aurait pu en faire Fredric Brown, le maître de la short-short-story.

Autres critiques :


P.S. J'ai découvert avec stupéfaction et horreur aussi, que la nouvelle que j'ai commise et publiée dans mon blog relate des évènements très, très semblables à ceux de Jour de guigne. Or, je n'avais pas lu Janua Vera avant d'écrire mon texte. Il s'agit là d'une coïncidence fort troublante. Serais-je victime, à mon tour, du Syndrome du Palimpseste ?