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mercredi 24 avril 2019

Les Guerriers du Silence - Pierre Bordage

Résumé :

Quelque cent mondes composent la Confédération de Naflin, parmi lesquelles la somptueuse et raffinée Syracusa. Or, dans l'ombre de la famille régnante, les mystérieux Scaythes d'Hyponéros, venus d'un monde lointain, doués d'inquiétants pouvoirs psychiques, trament un gigantesque complot dont l'instauration d'une dictature sur la Confédération ne constitue qu'une étape.

Qui pourrait donc leur faire obstacle ? Les moines guerriers de l'ordre Absourate ? Ou faudrait-il compter avec cet obscur employé d'une compagnie de voyages, qui noie son ennui dans l'alcool sur la planète Deux-Saisons ? Car sa vie bascule le jour où une belle Syracusaine, traquée, passe la porte de son agence... 


Cela faisait des années que ce volume dormait sur une étagère sans que j'ai pris la peine de m'y attaquer. Ou peut-être une fois, timidement. Cette lacune est enfin comblée. Et bien m'en a pris... ou pas. Enfin si. Mais voyons cela.
Pour commencer par les aspects positifs, je dirais que j'ai effectué la lecture des plus de 1600 pages (oui, quand même) avec beaucoup de plaisir et sans faire de pause. C'est plutôt bon signe, n'est-ce pas ? Disons le tout net, la trilogie est très agréable à lire, le monde imaginé est assez complexe et bien travaillé, les personnages sont nombreux et plutôt intéressants.
Alors, qu'est-ce qui m'empêche de montrer davantage d'enthousiasme ? Parce que vous sentez bien que je n'ai pas été tout à fait séduit.
À cause des personnages dans un premier temps. Ils sont nombreux, divers et variés, mais voilà, la quasi totalité d'entre eux, qui semblaient prometteurs, sont vite abandonnés et on ne sait pas ce qu'ils deviennent pendant un long moment. Quand ils ne disparaissent pas tout simplement sans jamais revenir, souvent à notre plus grande surprise. En fait, aucune "héroïne" ni aucun "héros" ne se détache. Alors, oui, on comprend ce choix de l'auteur un peu plus tard. Mais en attendant, on est pour le moins désorienté.
J'ai trouvé également que certains personnages ne bénéficiaient pas d'assez d'éclairage. En particulier certains "méchants". Ajoutez à cela pas mal d'ellipses dans l'histoire qui nous font sauter allègrement quelques paquets d'années, et vous comprendrez à quel point on peut être déroutés et frustrés.
Le style n'est pas désagréable et contribue au plaisir de la lecture. 
Ainsi que j'y ai déjà fait allusion, l'univers est assez riche. Même si la religion dominante est, à l'évidence, calquée sur le catholicisme, nous avons droit à quelques idées originales concernant les peuples et les planètes de la galaxie.
Pour être (presque) complet, j'ajouterais que le récit lorgne assez souvent vers le fantastique. Ce qui n'est pas pour m'emballer, n'étant pas si fan du genre. Cela m'est souvent apparu comme une facilité que se permet l'auteur pouvant faire intervenir des procédés extraordinaires pour justifier certains événements. Mais rien de bien grave.
J'ai trouvé la fin un rien bâclée, comme si l'auteur, en ayant fini avec l'essentiel de son récit, précipitait l'épilogue.
Pour résumer, cette trilogie est (quand même) une surprise plutôt agréable, notamment parce qu'elle hisse le space opera français en bonne place. Clairement, elle n'atteint pas vraiment le niveau auquel nous ont habitué les auteurs anglo-saxons et en particulier britanniques, mais, comme la plupart des auteurs français, Bordage a su éviter de nous assommer avec des considérations scientifiques et technologiques qui, à mon sens, n'apportent pas grand chose à l'histoire et rendent parfois le propos indigeste. Merci pour ça.
À lire donc, sans aucun doute.

Bon

vendredi 19 mai 2017

Une demi-couronne - Jo Walton

Résumé :
Londres. 1960. Dix ans ont passé depuis l'attentat contre Hitler déjoué par Peter Carmichael. L'homme qui fut un brillant inspecteur de Scotland Yard dirige maintenant le Guet, la redoutable police secrète créée par Mark Normanby pour juguler l'opposition et traquer les Juifs. Il a adopté Elvira Royston, la fille de son ancien adjoint. Alors que la jeune Elvira se forge lentement mais sûrement une conscience politique et découvre avec effroi les coulisses d'une Angleterre vendue au fascisme, de nouveaux mouvements sur l'échiquier politique secouent le pays. Le retour du duc de Windsor, fasciné par Hitler, n'étant pas le moindre. En danger, plus que jamais, Carmichael va être confronté au plus grand défi de son existence. Avec Une demi-couronne, Jo Walton clôt en beauté sa trilogie du Subtil changement (Le Cercle de Farthing, Hamlet au paradis) et nous rappelle que les Justes, aussi, peuvent écrire l'Histoire.

Non. Désolé, mais non. J'avais beaucoup aimé le premier opus de cette trilogie. Un peu moins le deuxième, auquel j'avais pourtant accordé une bonne note, sans doute eu égard au premier. Mais ce troisième ! Non, ça ne passe plus.
D'abord, il ne s'y passe pas grand chose, quand on regarde objectivement. Une jeune femme est soupçonnée d'activités terroriste. Elle est arrêtée, puis relâchée, puis arrêtée de nouveau... c'est à peu près tout. L'histoire est truffée d'invraisemblances aussi grosses que moi et je suis tout sauf maigre. L'intervention de la jeune reine Elizabeth, par exemple, est un sommet du genre. On n'y croit pas une seconde, ou du moins, je n'y crois pas une seconde. Ajoutons à tout cela que les personnages ne sont guère attachants et vous comprenez pourquoi je n'ai pas du tout adhéré à ce dernier ouvrage de la trilogie. Même Carmichael, qui est pourtant le personnage récurrent des trois volets et qui avait pas mal d'épaisseur dans le tout premier, est devenu terne. C'est tout juste si on s'intéresse finalement au sort des uns et des autres.
La fin est à la fois assez peu vraisemblable et bâclée. Comme si l'auteur n'avait plus d'idée et qu'il lui fallait conclure à tout prix. C'est, de plus, une véritable incursion dans le monde des bisounours, ce qui ne laisse jamais de m'agacer.
Ce que je vais dire est assez terrible, mais au regard des sentiments pour le moins mitigés que m'inspirent les deux derniers titres de la série, je me demande si l'ensemble n'a pas été tout bonnement surestimé. J'en viens même à me demander si l’enthousiasme général n'a pas influencé mon appréciation du premier titre. En dépit de ma vigilance, de ma prudence, ceci m'arrive parfois. Comme quoi, il ne faudrait peut-être jamais lire d'avis sur les ouvrages que l'on s’apprête à lire.   
Peut-être ne devriez-vous pas lire le mien.
Quoi qu'il en soit, je crois que l'on peut s'arrêter au premier volet qui, comme les autres, peut se lire de façon isolée.
Une grosse déception.

Moyen

dimanche 18 septembre 2016

Silo - Hugh Howey

Résumé :
Dans un futur post-apocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s’inscrire à une loterie. Mais les tickets de naissance des uns ne sont redistribués qu’en fonction de la mort des autres.
Les citoyens qui enfreignent la loi sont envoyés en dehors du silo pour y trouver la mort au contact d’un air toxique. Ces condamnés doivent, avant de mourir, nettoyer à l’aide d’un chiffon de laine les capteurs qui retransmettent des images de mauvaise qualité du monde extérieur sur un grand écran, à l’intérieur du silo.
Ces images rappellent aux survivants que ce monde est assassin. Mais certains commencent à penser que les dirigeants de cette société enfouie mentent sur ce qui se passe réellement dehors et doutent des raisons qui ont conduit ce monde à la ruine.

La genèse de ce roman est une nouvelle que l'auteur avait publiée sur internet. Et à la lecture, on se rend assez vite compte de deux choses. D'abord que la première partie du roman est, probablement, la nouvelle d'origine. Elle dispose de son autonomie et sa fin correspond tout à fait à ce qu'on attend de la chute d'une nouvelle. Ensuite, et c'est en quelque sorte un corollaire, l'auteur n'a donc pas choisi de reprendre sa nouvelle et de l'étoffer pour en faire un roman, il a préféré en écrire la suite.
Fort heureusement pour nous, ce qui aurait pu avoir pour conséquence une certaine hétérogénéité dans le récit n'a pas lieu. La seconde partie reprend là où s'était arrêté la première et repart d'une façon parfaitement naturelle. Et si la première partie est une parfaite réussite, cohérente et se suffisant à elle même, la suite n'est quand même pas mal non plus. Un peu plus longue, forcément, plus délayée, forcément aussi, mais c'est l'occasion, autour du personnage central de Juliette de faire mieux connaissance avec le silo et d'en découvrir tous les rouages...  ou presque.
La vérité sur le pourquoi de ce monde souterrain va finir par nous être révélée (bah oui, quand même) et elle ne manque pas d'être assez étonnante et effroyable.
J'avoue que j'ai lu ce roman avec grand plaisir. Sans y trouver exactement les qualités qui m'auraient fait en dire qu'il est excellent, il est néanmoins très bon. Les personnages auraient peut-être gagné à être un peu plus creusés. Les contours de bon nombre d'entre eux sont on ne peut plus flous. Mais cela ne nuit pas réellement au récit qui repose davantage sur l'aspect aventure.

Très bon.
 

lundi 25 juillet 2016

Paradis - Mike Resnick

L'infernale Comédie, tome 1 (Trilogie)
Résumé :
« À la seconde où vous posiez le pied sur cette planète, c'était comme si vous veniez de redécouvrir le jardin d'Eden. » Monde sauvage et exotique peuplé de créatures fabuleuses pour August Hardwicke, l'ancien chasseur de fauves, paradis perdu pour les colons qui ont fui quand la planète a accédé à l'indépendance, paradis à retrouver pour les indigènes projetés de l'âge de pierre à l'Ére galactique, Peponi est d'abord un mystère, une forêt de récits contradictoires qui enflamment l'imagination de Matthew Breen. Jusqu'à ce qu'il se rende enfin sur les lieux et voie se dessiner sous ses yeux tour à tour fascinés et horrifiés une vérité aussi complexe que douloureuse...

Ce roman a tout de chroniques de l'Afrique Noire. Sauf que l'action se déroule sur Peponi, une planète colonisée par les terriens. Mais remplacez les différentes tribus de la planète, les rebelles ou les despotes locaux, les humains colons, explorateurs, chasseurs ou autres touristes, par leurs homologues africains ou européens, et vous y êtes. Une magnifique transposition de la décolonisation.

Excellent ! 
Coup de cœur !!

dimanche 24 juillet 2016

Annihilation - Jeff Vandermeer

Résumé :
Toute cette région était désertée depuis des décennies, pour des raisons qui ne sont pas faciles à raconter. Notre expédition était la première à entrer dans la Zone X depuis plus de deux ans et la majeure partie de l’équipement de nos prédécesseurs avait rouillé, leurs tentes et abris ne protégeant plus de grand-chose. En regardant ce paysage paisible, je ne pense pas qu’aucune d’entre nous n’en voyait encore la menace. »
La zone X est coupée du monde depuis des décennies. La nature y a repris ses droits. Quelques vestiges de civilisation subsistent dans une faune et une flore luxuriantes.
La première expédition décrit une contrée idyllique. La deuxième s’achève sur un suicide de masse. Les membres de la troisième expédition s’entretuent, ceux de la onzième reviennent amorphes et succombent à un cancer foudroyant. Nous suivons la douzième, composée de femmes. Leur mission : cartographier le terrain et ne pas se laisser contaminer par la zone X.

Pas emballé plus que ça par ce roman écrit à la première personne, surtout lorsque la narratrice tient un discours plutôt abscons, notamment lorsqu'elle décrit Le Rampeur. Reste un huis clos pesant dans un endroit dont on ne sait rien et dont on n'apprend guère plus à la fin. La seule vraie raison d'entamer le tome 2 : découvrir ce qu'est la Zone X. Mais trop de mystère tue le mystère.

Moyen. 

jeudi 17 mars 2016

Ha'penny - Jo Walton

(Suite de Farthing)
Résumé (de la version française) :
Londres. 1949.
Viola Lark a coupé les ponts avec sa noble famille pour faire carrière dans le théâtre. Quand on lui propose de jouer le rôle-titre dans un Hamlet modernisé où les genres ont été chamboulés, elle n'hésite pas une seconde. Mais l'euphorie est de courte durée, car une des actrices de la troupe vient de mourir dans l'explosion de sa maison de banlieue.
Chargé de l'affaire, l'inspecteur Carmichael de Scotland Yard découvre vite que cette explosion n'est pas due à une des nombreuses bombes défectueuses du Blitz. Dans le même temps, Viola va cruellement s'apercevoir qu'elle ne peut échapper ni à la politique ni à sa famille dans une Angleterre qui embrasse la botte allemande et rampe lentement vers un fascisme de plus en plus assumé.

Ceci est donc la suite du génial Farthing.  Est-il aussi génial ? Force m'est de dire que non, au moins de mon point de vue. D'abord parce que l'effet de surprise ne joue plus, forcément; ensuite parce que l'héroïne est trop semblable à la précédente.
En revanche, l'histoire nous entraîne au sein d'une troupe de théâtre s'apprêtant à jouer Hamlet et ça, pour le comédien amateur que je suis, c'est de nature à susciter l'intérêt.
On se plaît également à suivre l'enquête menée par Carmichael et à apprécier la façon dont l'auteure l'amène peu à peu à basculer du côté obscur de la Force.
Les contours de l'uchronie se dessine et décidément, comme il ne fait pas bon d'être communiste, juif ou homosexuel dans cette Angleterre là.
Un excellent roman tout de même, juste un cran en dessous du précédent.

Il est paru en français sous le titre :  Hamlet au paradis
(On perd malheureusement dans les titres français les jeux de mots des titres originaux. Farthing, le premier, désignant à la fois une monnaie et la résidence où ont eu lieu les meurtres et Ha'penny désignant, encore une fois une monnaie et  les places de théâtre les moins chères. La série s'appelle d'ailleurs Small change : petite monnaie.)

Bon. 

mardi 3 juillet 2012

L'Empire Ultime - Brandon Sanderson

Fils des Brumes , tome 1 (trilogie)
Fantasy
Quatrième de couverture
Les brumes règnent sur la nuit,
Le Seigneur Maître sur le monde.

La jeune Vin ne connait de l’Empire Ultime que les brumes de Luthadel, les pluies de cendre et le regard d’acier des Grands Inquisiteurs. Depuis plus de 1000 ans, le Seigneur Maître gouverne les hommes par la terreur. Seuls les nobles pratiquent l’allomancie, la précieuse magie des métaux.
Mais Vin n’est pas une adolescente comme les autres. Et le jour où sa route croise celle de Kelsier, le plus célèbre voleur de l’Empire, elle est entraînée dans un combat sans merci. Car Kelsier, revenu de l’enfer, nourrit un projet fou : renverser l’Empire.

Cela n'aura échappé à personne, mais la fantasy est plutôt une littérature destinée à un public adolescent. Au départ. À l'arrivée aussi, souvent. Si, si. Je vous assure. Même s'il existe des exceptions notables d'auteurs qui tentent de faire de la fantasy « adulte » (Martin, Jaworski ...), l'ensemble de la production présente la plupart du temps des ouvrages dont la seule ambition est d'embarquer sur les ailes du dragon les jeunes gamins de 15 ans. Les vrais et ceux qui vivent dans nos cœurs d'adulte. Eh bien cet Empire Ultime ne fait pas exception à la règle. C'est très, mais alors très ciblé adolescents. Ce qui n'a, bien entendu, rien d'un reproche. Mais il faut le savoir. Voilà tout.
Ce qui frappe au premier abord c'est le côté extrêmement stéréotypé des personnages. On les croirait sortis tout droit d'un roman d'Alexandre Dumas. Là encore, rien d'infamant, au contraire, mais on ne peut pas dire qu'ils brillent par la complexité de leur psychologie. Même s'il faut saluer les tentatives de l'auteur pour nous offrir des personnages qui ne soient pas trop « monobloc ». Ces derniers n'en restent pas moins des caricatures cent fois côtoyés dans les romans d'aventures.
Mais qu'importe. Le style, simple et efficace nous emporte. L'histoire ne manque pas d'une certaine originalité. Surtout lorsqu'on voit foirer un à un les plans minutieusement préparés des « gentils ». Cela nous change des héros invincibles et est plutôt un bon point.
Quant au système de magie, c'est le point sans doute le plus original du roman. Je n'ai pour ma part jamais lu quelque chose de semblable. Le magicien ici n'est pas loin de ressembler à un athlète. L'entrainement est dur et on ne parvient à la maîtrise, si tant est qu'on ait le potentiel en soi, qu'à force de travail.
J'ai pu par ailleurs apprécier que le héros soit ... une héroïne. Cela n'a plus rien de vraiment original dans un roman écrit au vingt-et-unième siècle mais n'empêche, cela fait du bien d'éviter, pour une fois, un personnage principal bourré de testostérone.
Ajoutons que la fin de ce premier tome est semi-fermée (ou semi-ouverte, comme vous voulez). En d'autres termes, il est tout à fait possible de s'arrêter là. Soit définitivement, mais ce serait sans doute dommage, soit en se ménageant une longue période de transition avant d'attaquer le suivant. Toutes les parenthèses ouvertes  dans le récit ont été fermées, ou quasiment. Même si on sent (et on le sait) qu'il existe une suite. Il ne devrait pas être trop difficile de se replonger dans le second tome après plusieurs mois.
Quoi qu'il en soit, je dois avouer que la lecture de ce premier opus m'aura été très agréable et qu'elle m'aurait (presque) réconcilié avec la fantasy. Sans être un chef d'œuvre ou un modèle du genre, cette trilogie se révèle très agréable à lire. Pour l'été qui vient (peut-être) ce pourrait être un bon choix.

samedi 5 février 2011

Hunger Games, 2 - Suzanne Collins

L'embrasement
Résumé
Après le succès des derniers Hunger Games, le peuple de Panem est impatient de retrouver Katniss et Peeta pour la Tournée de la victoire. Mais pour Katniss, il s’agit surtout d’une tournée de la dernière chance. Celle qui a osé défier le Capitole est devenue le symbole d’une rébellion qui pourrait bien embraser Panem. Si elle échoue à ramener le calme dans les districts, le président Snow n’hésitera pas à noyer dans le sang le feu de la révolte. À l’aube des Jeux de l’Expiation, le piège du Capitole se referme sur Katniss…


J'avais, à l'époque, dit tout le bien que je pensais du premier volet. Ce second opus ne démérite pas, bien au contraire. Il est, d'une certaine façon, encore meilleur que le précédent. Sans doute parce qu'il reprend (nécessairement) quelques éléments déjà développés dans le premier mais en s'y attardant beaucoup moins longtemps (inévitablement), de sorte que  le rythme s'en trouve encore accentué. Et on ne peut pas dire que le premier tome était particulièrement lent. Certes pas. 
Du rythme donc, beaucoup de rythme. Des personnages (en partie les mêmes) encore un peu plus creusés et par conséquent, un peu plus attachants. De nouveaux venus et pas des moindres dont certains nous font frissonner. Enfin, un surtout. Un style fluide, efficace. Une histoire solide, très bien construite. Et même si nous retournons au sein des Hunger Games (après tout, c'est le nom de la trilogie) et qu'on pourrait craindre des redites et partant, un sentiment d'ennui, il n'en est rien.
Suzanne Collins a su admirablement renouveler le suspense de ces jeux barbares et nous en offre une seconde vision absolument différente de la première. J'ignore jusqu'à quel point on peut dire que cette trilogie est réellement destinée à la jeunesse. Même si l'héroïne est une adolescente, le fait que le récit soit à la première personne (c'est donc elle qui parle), nous fait nous rapprocher d'elle, quel que soit notre âge. Sur le site de France Loisirs, il est stipulé que ce roman est destiné aux 9 ans et plus. Ma fille va très bientôt atteindre cet âge et j'avoue ne pas l'imaginer lire des choses aussi violentes (violentes pour son âge, j'entends. Il n'y a aucun passage vraiment gore. Mais on est loin, loin, des bisounours).
Je dirais que ce livre est destiné aux adolescents et aux adultes. Ces derniers trouveront matière à s'enthousiasmer sauf s'ils ne condescendent à lire que les auteurs qui pratiquent la masturbation intellectuelle. Ici, il est surtout question d'aventure et d'action et plutôt bien fichues, même si sentiments et réflexions ne sont pas laissés pour compte. Loin de là.
Une réussite majeure !
Un tout petit, minuscule, insignifiant bémol. La fin de ce deuxième tome est bien moins fermée que pour le précédent. Pour ne pas dire qu'elle est diablement ouverte. Beaucoup, beaucoup de choses restent à régler. Vivement le troisième opus. Moi je vous le dis !

jeudi 14 octobre 2010

Les Noctivores - Stéphane Beauverger

Chromozone 2

Je craignais, avec ma mémoire de poisson rouge, de ne rien comprendre à ce deuxième volet, tant j'avais peu retenu de détails du premier. Il ne m'en restait en effet que la trame générale, une ambiance, une impression globale. Mais heureusement, il n'en a rien été. Et j'y vois là une volonté délibérée de l'auteur de nous offrir, à chaque opus, un roman quasi autonome. Alors, bien sûr, les personnages sont restés les mêmes, mais huit ans se sont tout de même écoulés ce qui leur a laissé le temps de changer de vie. De plus, ce deuxième épisode débute avec un tout nouveau personnage, dont nous ne connaissons rien et qui pourrait même nous faire penser que nous sommes en train de lire une tout autre histoire. Jusqu'à ce que, petit à petit, les personnages qui ont survécu au premier volet, réapparaissent. Alors, bien sûr, si on se rappelle les avoir déjà rencontrés et qu'on a un vague souvenir de leur personnalité, on peut avoir oublié leurs faits et gestes ainsi que leur implication dans l'épisode précédent. Mais ces lacunes n'entravent en rien la compréhension de l'histoire ou le plaisir de la lecture.
Toute l'histoire cette fois-ci tourne autour du nouveau personnage qui ouvre le bal, Cendre, un petit garçon aux pouvoirs inquiétants. Et tout le livre va tourner autour des tentatives de diverses factions toutes aussi déterminées, pour s'emparer de l'enfant voire le supprimer. Bien entendu, chaque faction a à sa tête l'un des personnages phares du premier volume.
L'intrigue est donc beaucoup plus simple à suivre que dans le tome précédent. On peut en effet la résumer à un jeu du drapeau mortel où le rôle du drapeau serait tenu par Cendre. Mais même si le scénario ne semble pas très épais, on prend un réel plaisir à lire ce livre qui est, avant tout, un bon roman d'action et d'aventure. Agrémenté, qui plus est, d'une galerie de personnages tous plus inquiétants les uns que les autres. Le tout servi, encore une fois, par un style fluide et plaisant.
J'aime toujours autant ce que fait Stéphane Beauverger.

Pour lire ou relire la chronique du premier volet, cliquez-ici.

Quatrième de couverture :
Huit ans après les massacres de Marseille, Khaleel, le prophète phéromonique, s'est coulé dans son blockhaus et a réussi à juguler le virus le plus sauvage jamais répandu. Peter Lerner, depuis sa tour d'ivoire hanséatique, lâche ses noctivores sur le monde. Les deux prophètes se disputent leur messie : Cendre, cet enfant déjà trop grand, qui foudroie les pauvres malades atteints du Chromozone et pourrait façonner le futur. L'affrontement aura lieu. Chacun déterminé à vaincre. Et pourtant : il est peut-être temps d'en finir avec la violence.
Confirmant le talent de Stéphane Beauverger, Les noctivores poursuit brillamment ce triptyque prophétique et cataclysmique démarré avec Chromozone et qui trouve sa conclusion dans La cité nymphale.

vendredi 15 janvier 2010

La trilogie de Gormenghast, tome 1 -Mervyn Peake

Titus d'Enfer

Dans le château de Gormenghast, chacun des habitants vit dans sa bulle dont il ne consent à sortir qu'en de rares occasions. Le seigneur des lieux, le Comte d'Enfer, ne vit que pour ses livres. La Comtesse Gertrude n'a d'yeux que pour ses chats et ses oiseaux (sic). Leur fille, la toute jeune Fuchsia, est toute entière accaparée par ses rêves d'adolescente. Et il en est ainsi de tout le monde. Les soeurs du Comte, le docteur et sa soeur, la gouvernante, le valet du Comte, le chef cuisinier. Jusqu'au jour où la Comtesse met au monde le premier héritier mâle, Titus d'Enfer. C'est le moment que choisit Finelame, jeune marmiton, pour quitter les cuisines et fuir le chef qu'il déteste. Découvrant pour la première fois le château dans toute son ampleur, il décide de tout faire pour entrer au service de la première personne qu'il rencontrera pourvu qu'elle dispose d'un rang social suffisant pour lui permettre d'entamer l'ascension qu'il a en tête. Car Finelame a de l'ambition, beaucoup, beaucoup d'ambition.

Quelle surprise que ce livre-ci. D'abord, je m'étais laissé dire que Moorcock s'en serait inspiré pour écrire la saga d'Elric. Mais j'eu beau chercher dans chaque phrase, dans les recoins de chaque paragraphe, j'eu beau même prendre le livre par ses deux couvertures, le retourner et secouer, aucun guerrier albinos, aucune épée dévoreuse d'âmes n'en sont tombés. Mais vite happé par le récit, j'oubliais la référence et abandonnais toute recherche de similitude. La seconde surprise résidait dans la qualité exceptionnelle de l'écriture pour une oeuvre du genre. Mais à quel genre, précisément, appartient ce roman ? On notera, à titre d'indice, que le livre est paru dans la collection Points comme n'importe quel livre de littérature blanche. Alors si je devais, sous la menace, donner un genre au roman, mais alors juste pour sauver ma peau, je serais assez tenté de dire qu'il s'agit de fantastique. Mais alors sans conviction. Ou alors pour l'ambiance générale. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser, au fur et à mesure que je lisais, à la famille Adams. Ici, s'il n'est pas question de main qui se promène toute seule, les personnages sont au moins aussi déjantés. A tel point parfois que c'est à peine s'ils gardent un semblant de réalisme. Ou, pour mieux dire, si chacun d'entre eux dans sa folie particulière est crédible, la réunion d'un si grand nombre de cas quasi pathologiques fait passer le domaine pour un asile d'aliénés. Oui, sauf que c'est pour notre plus grand plaisir. Car cette brochette de névrosés est drôle. Parfois pathétique, mais drôle. Et c'est tant mieux car, à bien y regarder, le propos est plutôt sombre. Peu de personnages semblent heureux. A part peut-être le docteur Salprune. Qui plus est, un drame terrible se joue, mis en scène par le personnage paradoxalement le plus "normal" mais sans conteste le plus dangereux.
Or donc, si vous aimez les histoires intimistes, dans un (quasi) huis clos, les drames voire les tragédies domestiques, ciselés dans une belle langue, alors ce livre est pour vous.

Critiques :