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mardi 14 mai 2019

Jusqu'au cœur du soleil - David Brin

Cycle de l'élévation - Tome 1
Résumé :
En s'aventurant au-delà du système solaire, les Terriens ont établi le Contact avec une civilisation galactique vieille d'un milliard d'années, composée de milliers d'espèces intelligentes et basée sur le principe d'Élévation : les races aînées ont le devoir de guider les espèces plus primitives vers le stade de la pleine sapience. Mais les humains font figure d'exception à cette grande tradition. Sans aînés connus, ils prétendent avoir atteint l'intelligence eux-mêmes au cours de leur évolution, et ils ont déjà élevés à la conscience les dauphins et les chimpanzés. Résolus à faire leurs preuves auprès des Galactiques, les Terriens mènent le projet Sundiver, qui envoie des missions d'exploration à proximité de notre soleil. Leurs découvertes, notamment celle de l'existence des formes de vie inconnues dans les archives de la Bibliothèque galactique, risquent cependant de mettre le feu aux poudres. Sous l'égide de Jacob Demwa, ancien détective scientifique, l'équipe Sundiver se voit mêlée aux intrigues des puissantes races aînées, à l'affût du moindre prétexte pour remettre ces parvenus de la Terre à leur place... Premier volume du Cycle de l'Élévation, Jusqu'au cœur du soleil est un roman de science-fiction haletant, où suspense, rigueur scientifique et réflexion se côtoient.

Encore une fameuse série de science-fiction à la solide réputation que je n'avais pas encore lue. Décidément, j'ai beau lire de la SF depuis plus de quarante ans, je fais encore des découvertes, et c'est tant mieux. 
J'avoue que j'ai beaucoup aimé ce premier tome qui n'est pas, au dire de certains fans, le meilleur du cycle. Ça promet alors. J'y ai trouvé tout ce que j'aime dans un ouvrage du genre. Des personnages divers et variés, bien dessinés, une histoire intrigante juste ce qu'il faut pour vouloir en connaître l'issue, des péripéties captivantes et pas trop, trop de jargon scientifique indigeste.
Le tout verse, plus ou moins, dans le space opera. Mais un space opera light. Intimiste. En quasi huis-clos. Au contraire des grandes épopées à la Star Wars, on a affaire ici à une douzaine de personnages. Et parmi eux, quelques spécimens d'extraterrestres plutôt exotiques, tant par leurs apparences que par leurs façons de penser. C'est d'ailleurs l'un des premiers intérêts du roman, cette galerie d'aliens improbables et souvent drôles. Quoique. D'un autre côté, l'intrigue principale a tout d'une enquête policière. On se croirait parfois dans un Agatha Christie avec Jacob Demwa, le personnage principal, dans le rôle d'Hercule Poirot.
Voilà un premier tome très agréable à lire, prometteur, et qui m'incite à poursuivre ma lecture du cycle.

Très bon

jeudi 2 mai 2019

Chanur - Carolyn J. Cherryh

Résumé :
Au spatioport, on a vu l'inconnu errer, hagard, apeuré, apparaissant et disparaissant dans le dédale des conteneurs, des ponts et des passerelles. Et c'est lui que la capitaine Chanur et son équipage découvrent à bord de leur vaisseau qui vient de prendre l'air. Quel est cet être à la peau pâle et nue, sans crocs ni griffes, et qui ne semble pas comprendre leurs questions ?
Qui sont-elles, se demande-t-il à son tour, ces navigantes mi-femmes mi-lionnes, dont la fourrure rousse scintille de bijoux d'or ?
Tandis que le vaisseau fend l'espace, deux mondes, deux langages vont découvrir leurs différences. Pour s'affronter ou se répondre ?

Soyons honnête, je n'ai pas été complètement séduit par ce premier tome de la saga Chanur. Au chapitre de ce qui m'a plu, je mettrais les choses suivantes. Le style, qui est agréable sans jamais atteindre des sommets littéraires. Disons qu'il est efficace et digeste. C'est déjà bien. L'histoire est intéressante et propose des idées originales. Les races extraterrestres présentées sont variées et certaines présentent des caractéristiques qui nous arrachent, de loin en loin, quelques sourires. Les hani, race à laquelle appartient l'héroïne, Pyanfar Chanur, est de ce point de vue assez intéressante en ce qu'elle est une société où seules les femmes ont le droit de voyager dans l'espace, les mâles restant à la maison pour s'occuper des problèmes domestiques. Tout simplement parce que la faible constitution de ces pauvres choses ne leur permet pas d'affronter les dangers de l'espace. Détail qui a son importance, les humains sont totalement absents du paysage. Enfin, presque. Il y a de l'action, sans temps mort.
Au chapitre de ce qui m'a nettement moins emballé, je citerai les choses suivantes. La connaissance que peut avoir le lecteur de la façon dont fonctionne la société hani, la seule vraiment développée dans ce roman, ne vient que très progressivement, de façon très parcellaire, et, le moins qu'on puisse dire, est qu'on ne comprend pas tout ce qui se passe. Loin de là. Ajoutons à cela une multitude de noms propres qu'on ne retient pas facilement et vous devinerez que l'immersion dans la culture hani ne nous est pas facilitée. Ce qui est assez dommage, compte tenu de l’intérêt qu'elle pouvait susciter. Le choix d'une société où le mâle n'est pas dominant est évidemment une excellente idée. Mais pourquoi avoir fait des femmes le sexe dominant en ce cas ? Je veux dire par là, pourquoi, tant qu'à inventer une société, vouloir à tout prix que l'un des sexes domine l'autre ? N'est-il pas possible d'imaginer une société où hommes et femmes sont juste égaux ? Je pose juste la question. Je préfère, quant à moi, le féminisme tout en subtilité d'une Ursula Le Guin, mais ça n'engage que moi. Notons cependant, pour être honnête, que Pyanfar semble vouloir amorcer une révolution dans les rapports hommes femmes.
Autre chose qui m'a un peu gêné, même si ce n'est qu'à un faible degré, c'est la façon dont Pyanfar Chanur s'adresse aux autres extraterrestres, qu'ils soient amicaux ou hostiles. Elle est constamment dans l'injure ou l'insulte. À tel point que cela en devient à peine crédible. Peut-on imaginer quelqu'un passant son temps à insulter tous ses interlocuteurs ? Et surtout sans réplique. J'ai un peu de mal. Notez bien qu'en même temps, cette Pyanfar Chanur n'a vraiment rien de sympathique, finalement. Son comportement est le plus souvent autoritaire voire agressif. Et c'est le personnage principal autour duquel tout le récit s'articule. C'est un peu gênant. Et autre point négatif, c'est précisément que les personnages secondaires sont... secondaires mais alors, très secondaires.
Bref, une saga agréable à lire, certes, mais à laquelle il manque ce petit plus qui la rendrait exceptionnelle. Je me tâte pour savoir si je vais lire la suite. À mon âge, le temps manque de plus en plus pour risquer de le perdre inutilement alors qu'il y a, à n'en pas douter, d'autres choses bien plus passionnantes à lire.

Bon

lundi 29 avril 2019

L'Espace d'un An - Becky Chambers

Résumé :
Rosemary, jeune humaine inexpérimentée, fuit sa famille de richissimes escrocs. Elle est engagée comme greffière à bord du Voyageur, un vaisseau qui creuse des tunnels dans l'espace, où elle apprend à vivre et à travailler avec des représentants de différentes espèces de la galaxie : des reptiles, des amphibiens et, plus étranges encore, d'autres humains. La pilote, couverte d'écailles et de plumes multicolores, a choisi de se couper de ses semblables ; le médecin et cuistot occupe ses six mains à réconforter les gens pour oublier la tragédie qui a condamné son espèce à mort ; le capitaine humain, pacifiste, aime une alien dont le vaisseau approvisionne les militaires en zone de combat ; l'IA du bord hésite à se transférer dans un corps de chair et de sang... Les tribulations du Voyageur, parti pour un trajet d'un an jusqu'à une planète lointaine, composent la tapisserie chaleureuse d'une famille unie par des liens plus fondamentaux que le sang ou les lois : l'amour sous toutes ses formes. Loin de nous offrir un space opera d'action et de batailles rangées, Becky Chambers signe un texte tout en humour et en tendresse subtile. Elle réussit le prodige de nous faire passer en permanence de l'exotisme à la sensation d'une familiarité saisissante.


Le premier adjectif qui me vient à l'esprit en pensant à ce roman c'est : frais. C'est du space opera frais. Comprenez : léger, sans prétention, tendre, sans violence (quoique). Frais, quoi. Un internaute évoquait à son sujet : le petit vaisseau dans la prairie. C'est pas faux. Mais là où l'auteur de ces mots mettait sans doute un peu d'ironie mordante, voire acide, j'y mets, moi, de la sympathie, voire de l'affection.
J'ai adoré ce space opera atypique. A-do-ré. Qu'est-ce que ça fait du bien dans le monde de violence que nous habitons. Alors certes, certains diront qu'il ne se passe pas grand chose dans ce roman et que les personnages ont tout de bisounours. Pourquoi pas ? D'accord, tout est centré sur les personnages, leurs désirs, leurs joies, leurs peines, leurs difficultés et l'intrigue passe au second plan. Figurez-vous que c'est ça que j'aime dans un roman, les personnages. Et bon sang, qu'est-ce qu'ils sont attachants ! 
En dehors de ça, en principe, je ne suis pas fan du tout des œuvres qui dégoulinent de bons sentiments. Ou bien il faut que ce soit bien fait et crédible. Et là, c'est joliment construit et c'est très crédible. Crédible en effet que les membres d'un même vaisseau, même appartenant à des races différentes, contraints de passer des mois, voire des années entières ensemble, finissent par former une famille unie ou règne la bienveillance. Et puis, pour renforcer cette crédibilité, il y a bien quelques moments de tensions inévitables entre les membres de l'équipage. Sans parler d'un spécimen assez réussi de type plutôt antipathique.
Donc, finalement, rien à redire sur l'aspect que d'aucuns pourraient trouver un peu trop lisse, un peu trop gentil des personnages. Ils sont parfaits comme ils sont. D'autant qu'on découvre que ce ne sont pas des héros, loin de là. Face à un danger soudain et inattendu, ils se comportent comme la plupart des gens ordinaires. Ils tremblent de peur. Et cela ne fait que renforcer leur proximité avec nous.
Pour ce qui est de l'action, comme je l'ai évoqué, il ne se passe pas énormément de choses, c'est vrai. Malgré tout, la lecture est loin d'être ennuyeuse. L'auteure s'intéresse à chaque personnage, à tour de rôle, lui consacrant des chapitres entiers dont il est le centre d'intérêt.
L'essentiel est ailleurs. Dans un discours subtil, ni moralisateur, ni prosélyte, sur l'écologie, la tolérance, l'amour... Dans un monde de plus en plus déserté par ces valeurs, cela fait beaucoup de bien.
Si vous êtes comme moi, que vous aimez les récits un peu trash, remplis de personnages border line, mais que vous ne dédaignez pas, de temps en temps, de lire un roman résolument optimiste, en tout cas, positif, pour peu qu'il soit bien écrit, ce livre est fait pour vous.

Très bon

jeudi 25 avril 2019

La Flotte Perdue - Jack Campbell

Résumé :
La série se déroule sur plus de cent ans dans une guerre interstellaire entre deux cultures humaines différentes, l'Alliance et les Syndics. (Wikipedia)

Tome 1 : Indomptable
C'est une guerre interstellaire de cent ans, et la défaite est proche désormais. L'armada qui devait décapiter l'ennemi au cœur même de son empire est désormais prise au piège, mutilée. Ne reste-t-il pour la sauver que ce capitaine émergé d'un siècle d'hibernation et dont l'histoire a retenu le sacrifice héroïque aux premiers temps du conflit ? " Black Jack " Geary est devenu une légende, une icône révérée dans toute l'Alliance et sa flotte. Comment l'homme lui-même, revenu du passé, pourrait-il se hisser a la hauteur du mythe ? Parmi ces jeunes capitaines dont les usages tournent le dos aux traditions d'autrefois, et qui hésitent entre méfiance et idolâtrie, comment sauver la flotte perdue et la ramener a bon port ? Car l'Indomptable, son vaisseau amiral, cache a son bord un secret décisif volé a l'ennemi, capable d'enrayer une défaite inéluctable.

Bon, ne tournons pas autour du pot, La Flotte Perdue est un space opera militaire. Plus militaire, tu meurs (si je puis dire). Même Starship Troopers ressemble à un livre pour enfants à côté. Un Martine dans les étoiles.
Jugez plutôt. Le Capitaine John Geary s'est donné pour tâche, un peu à l'insu de son plein gré, de ramener au sein de l'Alliance les restes de la flotte décimée par l'ennemi Syndic. Le seul souci, de taille, c'est que ladite flotte est en plein territoire ennemi et que pour en sortir, il va falloir traverser des dizaines de système solaires hostiles. 
D'où des combats spatiaux à chaque tome. On pourrait craindre que l'accumulation rende le récit un peu répétitif. Ce n'est pas vraiment le cas. D'abord parce que la problématique à laquelle est confronté Geary est différente à chaque fois et ensuite parce qu'il a à faire face en interne à une hostilité presque aussi forte que celle que lui oppose l'adversaire. Et gagner des batailles avec des commandants de vaisseau au mieux indisciplinés, au pire désireux de faire tomber le chef, ce n'est pas de la tarte.
Il faut dire que Geary est resté en état d'hibernation pendant un siècle, et le moins qu'on puisse dire, c'est que la conception de l'honneur dans la flotte de l'Alliance, a bien changée en 100 ans. Le mot d'ordre est devenu tuer ou être tuer (voire des civils), à tout prix. Ce qui se traduit le plus souvent par la stratégie : on fonce et on réfléchit après. Dès lors, le plus gros boulot du boss, va être de ranimer dans l'esprits de ses officiers les vieux principes. Et calmer les ardeurs suicidaires.
Cette situation permet à l'auteur de développer, en marge des batailles qui par ailleurs sont superbement décrites, de nombreuses intrigues et complots. Le tout servi par des dialogues entre les personnages que je trouve particulièrement réussis. Le style étant, par ailleurs, l'une des grandes forces de la saga.
Et en parlant des personnages, il est à noter que bon nombre des commandants de vaisseau, et d'une façon générale, bon nombre des personnages d'importance, sont des femmes. Des femmes intelligentes, compétentes, fortes, courageuses... Une saga militaire, certes, mais pas machiste.
Ceci étant dit, je déplorerais malgré tout un défaut dans le récit. Il est à mon goût un peu trop centré sur le Capitaine Geary. Loin d'être un récit choral, la série relate avant tout le point de vue de son héros. L'écriture aurait été faite à la première personne, ça n'aurait pas changé grand chose. J'imagine que l'auteur a voulu se focaliser sur le seul individu ayant connu le début de la guerre, le seul qui ait été éduqué avec les anciens principes d'honorabilité inculqués aux spatiaux. Si tant est qu'une guerre puisse être honorable. L'idée se défend, mais du coup, tous les personnages secondaires sont un poil plus ternes que Geary. 

Mais ne boudons pas notre plaisir. La série, dont j'ai lu quatre tomes déjà, est un vrai plaisir de lecture. Si tant est, bien entendu, que l'on aime les batailles spatiales narrées avec un maximum de vraisemblance. Ne cherchons pas de message plus ou moins bien caché. Si ce n'est : la guerre, c'est crade, mais il est possible de la rendre (un peu) moins inhumaine. Ce que nous avons sous les yeux, en l'occurrence, c'est du pur divertissement. Mais une réussite dans le genre.

Très bon


mercredi 24 avril 2019

Les Guerriers du Silence - Pierre Bordage

Résumé :

Quelque cent mondes composent la Confédération de Naflin, parmi lesquelles la somptueuse et raffinée Syracusa. Or, dans l'ombre de la famille régnante, les mystérieux Scaythes d'Hyponéros, venus d'un monde lointain, doués d'inquiétants pouvoirs psychiques, trament un gigantesque complot dont l'instauration d'une dictature sur la Confédération ne constitue qu'une étape.

Qui pourrait donc leur faire obstacle ? Les moines guerriers de l'ordre Absourate ? Ou faudrait-il compter avec cet obscur employé d'une compagnie de voyages, qui noie son ennui dans l'alcool sur la planète Deux-Saisons ? Car sa vie bascule le jour où une belle Syracusaine, traquée, passe la porte de son agence... 


Cela faisait des années que ce volume dormait sur une étagère sans que j'ai pris la peine de m'y attaquer. Ou peut-être une fois, timidement. Cette lacune est enfin comblée. Et bien m'en a pris... ou pas. Enfin si. Mais voyons cela.
Pour commencer par les aspects positifs, je dirais que j'ai effectué la lecture des plus de 1600 pages (oui, quand même) avec beaucoup de plaisir et sans faire de pause. C'est plutôt bon signe, n'est-ce pas ? Disons le tout net, la trilogie est très agréable à lire, le monde imaginé est assez complexe et bien travaillé, les personnages sont nombreux et plutôt intéressants.
Alors, qu'est-ce qui m'empêche de montrer davantage d'enthousiasme ? Parce que vous sentez bien que je n'ai pas été tout à fait séduit.
À cause des personnages dans un premier temps. Ils sont nombreux, divers et variés, mais voilà, la quasi totalité d'entre eux, qui semblaient prometteurs, sont vite abandonnés et on ne sait pas ce qu'ils deviennent pendant un long moment. Quand ils ne disparaissent pas tout simplement sans jamais revenir, souvent à notre plus grande surprise. En fait, aucune "héroïne" ni aucun "héros" ne se détache. Alors, oui, on comprend ce choix de l'auteur un peu plus tard. Mais en attendant, on est pour le moins désorienté.
J'ai trouvé également que certains personnages ne bénéficiaient pas d'assez d'éclairage. En particulier certains "méchants". Ajoutez à cela pas mal d'ellipses dans l'histoire qui nous font sauter allègrement quelques paquets d'années, et vous comprendrez à quel point on peut être déroutés et frustrés.
Le style n'est pas désagréable et contribue au plaisir de la lecture. 
Ainsi que j'y ai déjà fait allusion, l'univers est assez riche. Même si la religion dominante est, à l'évidence, calquée sur le catholicisme, nous avons droit à quelques idées originales concernant les peuples et les planètes de la galaxie.
Pour être (presque) complet, j'ajouterais que le récit lorgne assez souvent vers le fantastique. Ce qui n'est pas pour m'emballer, n'étant pas si fan du genre. Cela m'est souvent apparu comme une facilité que se permet l'auteur pouvant faire intervenir des procédés extraordinaires pour justifier certains événements. Mais rien de bien grave.
J'ai trouvé la fin un rien bâclée, comme si l'auteur, en ayant fini avec l'essentiel de son récit, précipitait l'épilogue.
Pour résumer, cette trilogie est (quand même) une surprise plutôt agréable, notamment parce qu'elle hisse le space opera français en bonne place. Clairement, elle n'atteint pas vraiment le niveau auquel nous ont habitué les auteurs anglo-saxons et en particulier britanniques, mais, comme la plupart des auteurs français, Bordage a su éviter de nous assommer avec des considérations scientifiques et technologiques qui, à mon sens, n'apportent pas grand chose à l'histoire et rendent parfois le propos indigeste. Merci pour ça.
À lire donc, sans aucun doute.

Bon

dimanche 9 juillet 2017

Succédané, juin 2017

Vaincu par une grosse flemme, j'ai décidé de remplacer mes chroniques chronophages et à la régularité plus que douteuse par un petit point mensuel, voire bimensuel, de mes lectures. Ce petit exercice n'ira pas autant en profondeur qu'à l'accoutumée, d'où l'emploi du mot succédané. 


La mariée était en noir - William Irish

Durant la petite fête organisée pour célébrer ses fiançailles, Kenneth Bliss chute du dix-septième étage et s'écrase sur le pavé new-yorkais. Tous les participants s'interrogent pour savoir ce qu'a pu devenir la jeune blonde vêtue de noir qui bavardait avec la victime peu avant le drame. Le plus acharné à la retrouver reste l'inspecteur Wanger qui la soupçonne d'avoir poussé Kenneth. Mais les mois passent et la femme mystérieuse demeure introuvable. Jusqu'au jour où Wanger flaire de nouveau sa piste lorsqu'on retrouve un certain Mitchell, pensionné de l'armée, empoisonné au cyanure dans sa chambre. Le témoignage de la maîtresse de la victime semble corroborer ses soupçons, même si elle déclare avoir croisé une grande rousse qui avait un accent étranger. Pourtant, l'inspecteur n'est pas au bout de sa quête et il faudra encore que deux meurtres soient commis pour lui permettre d'entrevoir enfin une parcelle de vérité dans cette affaire.
Titre original : The bride wore black

Thriller

Vu le film, pas lu le livre. Désormais, c'est fait. Un petit bijou au style simple, direct, sans fioriture. Aucun mot ou détail superflu. Que l'essentiel pour raconter une sorte de tragédie moderne.

Très bon

 Le chuchoteur - Donato Carrisi

 Cinq petites filles ont disparu.
Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière.
Au fond de chacune, un petit bras, le gauche.

Depuis qu'ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d'agents spéciaux ont l'impression d'être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d'un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d'appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d'enlèvement. Dans le huis clos d'un appartement spartiate converti en QG, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs.
Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure...
Titre original : Il suggeritore (2009)

Thriller

Un excellent thriller qui se situe dans un pays jamais identifié. Même les noms des personnages sont cosmopolites. Juste ce qu'il faut de rebondissements pour ne pas lasser. Un seul bémol, un passage qui dérape vers le fantastique : agaçant et pas nécessaire du tout.
Bon

 La fille d'avant - JP Delaney

C’est sans doute la chance de sa vie : Jane va pouvoir emménager dans une maison ultra-moderne dessinée par un architecte énigmatique… avant de découvrir que la locataire précédente, Emma, a connu une fin aussi mystérieuse que prématurée. À mesure que les retournements de situation prennent le lecteur au dépourvu, le passé d’Emma et le présent de Jane se trouvent inextricablement liés dans ce récit hitchcockien, saisissant et envoûtant, qui nous emmène dans les recoins les plus obscurs de l’obsession.

Thriller
Idée originale. Chapitres courts. Personnages complexes. Style plutôt dépouillé mais pas désagréable. Des rebondissements. Que du bon en somme. Si on excepte, toutefois, un petit côté Harlequin, par moment, qui n'est pas ma cup of tea.

 Très bon

 Sueurs froides - Boileau-Narcejac

«Il essuya ses yeux, parce qu'il voulait regarder, à tout prix. Il y avait du sang, sur les cailloux, un sac à main noir, éventré. Le briquet d'or étincelait parmi les débris. Flavières pleurait. Il ne lui venait même pas à l'idée de descendre jusqu'à elle pour lui porter secours. Elle était morte. Et il était mort avec elle.»

Policier

Ayant oublié le film (si jamais je l'ai vu, je ne suis plus bien sûr), j'ai été scotché par la fin. Un excellent thriller de l'époque où ce n'était pas encore la mode, sans des milliers de rebondissements mais efficace quand même. Des personnages tout ce qu'il y a de plus inquiétants. Reste un style un poil désuet mais bien agréable tout de même

Très bon

Globalia - Jean-Christophe Rufin

Tu ne comprends pas, Kate.
Ce sera partout la même chose. Partout nous serons en Globalia. Partout, nous retrouverons cette civilisation que je déteste. Évidemment, puisqu'il n'y en a qu'une ! Aurais-tu la nostalgie du temps où il y avait des nations différentes qui n'arrêtaient pas de se faire la guerre ? Tu me récites la propagande que tu as apprise comme nous tous. Globalia, c'est la liberté ! Globalia, c'est la sécurité ! Globalia, c'est le bonheur.
Kate prit l'air vexé. Le mot de propagande était blessant. Moi, reprit Baïkal d'un ton passionné, je continue à croire qu'il existe un ailleurs.

 Science-fiction

 S'attaquer à un genre qui a produit de purs chefs-d’œuvre (1984, Le meilleur des mondes, Fahrenheit 451...), le pari était risqué. Et le résultat n'est pas tout à fait réussi. Le style n'est pas du meilleur Rufin, qui nous avait habitué à mieux et les personnages sont peu attachants. Mais la lecture est loin d'être désagréable

 Bon

vendredi 19 mai 2017

Une demi-couronne - Jo Walton

Résumé :
Londres. 1960. Dix ans ont passé depuis l'attentat contre Hitler déjoué par Peter Carmichael. L'homme qui fut un brillant inspecteur de Scotland Yard dirige maintenant le Guet, la redoutable police secrète créée par Mark Normanby pour juguler l'opposition et traquer les Juifs. Il a adopté Elvira Royston, la fille de son ancien adjoint. Alors que la jeune Elvira se forge lentement mais sûrement une conscience politique et découvre avec effroi les coulisses d'une Angleterre vendue au fascisme, de nouveaux mouvements sur l'échiquier politique secouent le pays. Le retour du duc de Windsor, fasciné par Hitler, n'étant pas le moindre. En danger, plus que jamais, Carmichael va être confronté au plus grand défi de son existence. Avec Une demi-couronne, Jo Walton clôt en beauté sa trilogie du Subtil changement (Le Cercle de Farthing, Hamlet au paradis) et nous rappelle que les Justes, aussi, peuvent écrire l'Histoire.

Non. Désolé, mais non. J'avais beaucoup aimé le premier opus de cette trilogie. Un peu moins le deuxième, auquel j'avais pourtant accordé une bonne note, sans doute eu égard au premier. Mais ce troisième ! Non, ça ne passe plus.
D'abord, il ne s'y passe pas grand chose, quand on regarde objectivement. Une jeune femme est soupçonnée d'activités terroriste. Elle est arrêtée, puis relâchée, puis arrêtée de nouveau... c'est à peu près tout. L'histoire est truffée d'invraisemblances aussi grosses que moi et je suis tout sauf maigre. L'intervention de la jeune reine Elizabeth, par exemple, est un sommet du genre. On n'y croit pas une seconde, ou du moins, je n'y crois pas une seconde. Ajoutons à tout cela que les personnages ne sont guère attachants et vous comprenez pourquoi je n'ai pas du tout adhéré à ce dernier ouvrage de la trilogie. Même Carmichael, qui est pourtant le personnage récurrent des trois volets et qui avait pas mal d'épaisseur dans le tout premier, est devenu terne. C'est tout juste si on s'intéresse finalement au sort des uns et des autres.
La fin est à la fois assez peu vraisemblable et bâclée. Comme si l'auteur n'avait plus d'idée et qu'il lui fallait conclure à tout prix. C'est, de plus, une véritable incursion dans le monde des bisounours, ce qui ne laisse jamais de m'agacer.
Ce que je vais dire est assez terrible, mais au regard des sentiments pour le moins mitigés que m'inspirent les deux derniers titres de la série, je me demande si l'ensemble n'a pas été tout bonnement surestimé. J'en viens même à me demander si l’enthousiasme général n'a pas influencé mon appréciation du premier titre. En dépit de ma vigilance, de ma prudence, ceci m'arrive parfois. Comme quoi, il ne faudrait peut-être jamais lire d'avis sur les ouvrages que l'on s’apprête à lire.   
Peut-être ne devriez-vous pas lire le mien.
Quoi qu'il en soit, je crois que l'on peut s'arrêter au premier volet qui, comme les autres, peut se lire de façon isolée.
Une grosse déception.

Moyen

jeudi 18 mai 2017

Isolation - Greg Egan

Résumé :
Nick Stavrianos est détective privé. En tant qu'ancien flic il possède des capacités physiques et mentales accrues grâce aux nods, des nanoprogrammes implantés dans son cerveau, qui modifient le champ de sa conscience. Engagé par un commanditaire inconnu, il est chargé d'enquêter sur la mystérieuse disparition d'une autiste dans un hôpital. Étrange coïncidence, cette femme est née l'année où la bulle, mystérieux champ qui sépare la Terre du reste de l'univers, est apparue. Y a-t-il un rapport entre ces deux événements ? A-t-elle été enlevée par une mégacorporation responsable de sa maladie ou par les Enfants de l'Abîme, ces jeunes sectaires qui prêchent l'apocalypse annoncée par la Bulle. Dans ce roman construit en deux parties, Egan met en scène une enquête pleine de rebondissements avant de passer à un thriller plus introspectif qui se termine de manière totalement "hallucinée". Cet étonnant représentant de la SF australienne manipule aussi bien les ficelles du roman policier que la physique quantique et les questionnements sur la réalité chers à P K Dick.

J'avais déjà fait une tentative d'incursion dans l'univers de Greg Egan sans succès. Il s'agissait d'un recueil de nouvelles dont le titre m'échappe et dont le propos m'avait alors paru si incompréhensible que j'abandonnai au premier récit. Mais comme j'aime bien donner une seconde chance aux gens, je décidai de tenter une nouvelle expérience avec ce roman.
Au début, tout était parfait. Le style était clair et je comprenais non seulement tous les mots mais aussi toutes les phrases, l'un ne conduisant pas forcément à l'autre. De plus, le récit s'avérait très prenant et j'avoue que ce mélange, réussi, de polar et de science-fiction avait tout pour me plaire. Puis, le ton change.
Et là, c'est le drame... Greg Egan, comme s'il ne pouvait s'en empêcher, introduit dans son récit l'un des concepts les plus difficiles à comprendre pour un néophyte, donc à mon avis 99 % de ses éventuels lecteurs, je veux parler de la physique quantique. Il s'agit là d'un domaine de la physique non pas tant complexe (un peu quand même) que contre-intuitif. Moi-même, bien qu'ayant parcouru quelques ouvrages abordant le sujet, j'avoue n'avoir pas compris tout ce que me disait l'auteur. Je n'ose imaginer la difficulté pour quelqu'un sans une once de connaissance dans le domaine. Pour paraphraser le génial physicien Bohr : si vous avez compris la physique quantique, c'est qu'on vous l'a mal expliquée.
Maintenant, pour être tout à fait honnête, lorsqu'on a à peu près compris où Egan veut en venir, après un bon mal de crâne, l'idée développée est assez séduisante si ce n'est très réaliste (autant que je puisse en juger compte tenu de mon faible bagage). Je veux bien tenter de vous expliquer ce que j'ai compris mais, si vous lisez la suite de ce paragraphe, c'est à vos risques et périls. En mécanique quantique, donc dans le monde de l'infiniment petit, c'est à dire l'atome, en gros, il est admis qu'il est impossible de déterminer la position d'un électron à un instant donné. Tout juste existe-t-il une probabilité qu'il soit à tel endroit plutôt qu'à tel autre. Pour ce qu'on en sait, l'électron peut même se trouver à des millions d'endroits en même temps. En revanche, dès que l'on observe la position de l'électron, toutes les possibilités de présence en tel ou tel endroit sont en quelque sorte annihilées, à l'exception d'une seule. C'est ce qu'on appelle la réduction du paquet d'onde ou l'effondrement quantique.
Ça va ? Vous êtes toujours là ? Greg Egan extrapole cette particularité et imagine un être humain capable d'extraire d'une multitudes de possibilités la seule qui l'intéresse. Autrement dit, entre des milliards de futurs possibles, il s'arrange pour ne faire exister que celui qu'il souhaite. C'est un peu comme si, achetant un billet de loterie il laisse "vivre" des millions de copies de lui-même ayant acheté un billet perdant jusqu'au moment des résultats où il ne permettrait de rester qu'à celui qui aurait acheté le billet gagnant. Anéantissant du même coup tous les autres. C'est sympa, mais appliquer au monde macroscopique les réalités du monde microscopique sont tout simplement utopistes. Mais admettons.
En revanche, j'ai plutôt bien aimé son idée des mods qui sont des modifications neurales permettant d'améliorer considérablement les facultés du cerveau. Le héros, en bon détective, en est truffé. J'aime l'humour avec lequel il cite les noms et fonctions de ses différents mods sans omettre d'en indiquer le fabricant et le prix. On ne sait jamais.
Voilà ! Un bon roman sans nul doute mais que vient gâcher cette manie (plutôt anglo-saxonne) de rendre le propos inintelligible pour qui n'a pas bac + 12 dans une filière scientifique. Désolé, mais cela ne laisse pas de m'agacer à chaque fois.
Pour ceux qui souhaitent (essayer de) comprendre la physique quantique, je ne saurais trop vous conseiller l'excellent ouvrage La physique quantique (enfin) expliquée simplement de Vincent Rollet.

Bon

samedi 26 novembre 2016

L'oeil dans le ciel - Philip K. Dick

Résumé :
Ils sont huit à avoir été précipités dans un faisceau de protons. Huit miraculés qui s'étonnent de revenir à la vie normale. Normale ? L'est-elle vraiment ? Jack et Marsha, sa femme, ressentent une sorte de gêne indéfinissable, comme si, tout autour d'eux, était bizarre, irréel. La réalité semble se fissurer, le quotidien se craqueler. Comment un essaim de sauterelles peut-il surgir de nulle part ? Pourquoi attaque-t-il Jack ? Mais surtout pourquoi le visage et le corps de Marsha se déforment-ils monstrueusement ?  Les rescapés sont-ils encore des hommes ou des simulacres ? La réalité n'a-t-elle pas fait place à un délirant monde de cauchemars, où les règles de notre univers n'ont plus cours, où tout est possible, même, dans le ciel, la présence de l’œil de Dieu qui surveille ses créatures désarticulées ?

Cinquième roman de Dick, il est le premier à réunir de façon quasi complète tous les thèmes qui vont devenir la marque de fabrique de l'auteur. Le héros (masculin) ordinaire qui, en dépit des évènements extraordinaires qu'il traverse, ne parvient pas à se débarrasser de son quotidien banal. Il est accompagnée d'une femme ménagère (cela reflète la réalité de l'époque) mais intelligente, à fort caractère et qui montre des compétences dans des domaines alors plutôt réservés aux hommes. Les relations dans le couple se montrent parfois (voire souvent) conflictuelles. Nous avons bien sûr droit, et c'est vraiment récurent chez Dick, à la réalité altérée. C'est même le thème principal de ce roman, et comme souvent chez l'auteur, ce que vivent les personnages est tout simplement angoissant. Il y est également question de religion et de politique, deux autres thèmes chers à l'écrivain.
Si le début peine un peu à nous captiver, la folie croissante qui constitue l'essence même des univers traversés par les personnages, finit par nous  happer et c'est avec de plus en plus de mal que l'on doit se résoudre à suspendre chaque soir sa lecture. La folie. Encore un sujet de prédilection de Dick, qui, lui-même, nourrissait quelques tendances paranoïaques, que n'arrangeait pas l'utilisation de substances interdites.
Voilà donc à mon sens une réelle première introduction à l'univers si particulier et si troublant de l'auteur. Ce n'est certes pas un roman que je classerais dans le top 5 de ses œuvres, mais il est néanmoins très bon.

Très bon. 

dimanche 23 octobre 2016

Le profanateur - Philip K. Dick

Résumé :
Allen Purcell, communicateur, était chargé de faire respecter l'ordre moral à coups de feuilletons télévisés dans un monde de comité de quartier, de minuscules mouchards robots et de conformisme absolu. Il était un citoyen parfait.
Le seul ennui pour lui et pour le Rémor, le Réarmement Moral, c'était qu'il avait le sens de l'humour. Profond, dévastateur, inconscient.
Il y avait un trou dans son emploi du temps. Et la statue du Major Streiter avait perdu la tête.

Je suis bien tenté de qualifier ce roman de dystopie pour rire. C'est un peu comme si 1984 ou Le meilleur des mondes avaient été écrits par un George Orwell ou un Aldous Huxley sous l'emprise de substances qui font rire. Rien n'est vraiment sérieux dans ce petit roman par ailleurs fort agréable à lire. Le monde décrit par Dick n'a pourtant rien de drôle, comme dans toute bonne dystopie qui se respecte. La société est soumise à un code moral fort, le Rémor. Dans chaque quartier, régulièrement, certains habitants sont mis sur la sellette, chaque fois qu'ils ont, réellement ou pas, enfreint les règles élémentaires d'une morale stricte. La Terre ne produit pour ainsi dire plus les ressources nécessaires à l'alimentation de la population. Tous les produits alimentaires sont issus des planètes colonies. La plupart des animaux ont disparus de la surface de la planète. Cela nous rappelle un peu Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (Blade runner), qui ne sera écrit que quelques 12 ans plus tard.
C'est dans cette société étouffante que vit Allen Purcell, un homme non seulement sans histoire mais cité en exemple pour sa moralité au dessus de tout soupçon. Seulement voilà, parfois Purcell craque et se sent obligé de faire, clandestinement, des choses que les bonnes gens réprouvent. Pourquoi ? Il n'en sait rien lui-même. Mais cela l'entraine dans une série d'aventures ou de mésaventures que nous suivons avec une certaine jubilation.
 Bon, ce n'est certes pas du grand Dick et l'auteur le reconnait lui-même, mais ce roman nous fait passer un très bon moment quand même. À noter que c'est une fois de plus un livre de Dick que je n'avais pas lu adolescent ou jeune adulte. Va falloir que ça cesse. Mais je crois bien que c'est, de fait, l'un des derniers dans ce cas.

Bon. 

jeudi 20 octobre 2016

L'oreille interne - Robert Silverberg

Résumé :
David Selig, Juif new-yorkais d'une quarantaine d'années, se considère comme un raté. Il est pourtant télépathe et pourrait profiter de ce don pour faire fortune, conquérir - et garder ! - les plus belles femmes... Mais non, rien à faire, il estime être un monstre tout juste bon à faire le nègre sur des devoirs d'étudiants, incapable de réussir sa vie. La dernière preuve en date : ce talent qu'il déteste tant, mais qui est finalement son seul lien avec le reste de l'humanité, est en train de le quitter ! Apeuré à l'idée de se retrouver seul avec lui même, Selig nous conte sa misérable existence. Grand roman psychologique, plein d'humour et de mélancolie, L'oreille interne est peut-être le plus beau livre de Robert Silverberg et à coup sûr un chef-d'œuvre de la science-fiction.

J'avoue avoir été tout d'abord particulièrement dérouté par ce roman. Parce que bon, on me le vend comme étant un roman de science-fiction, n'est-ce pas ? Or, en dehors du don particulier de David Selig, capable de lire les pensées de ceux qui l'entourent, l'appartenance de l'ouvrage au genre n'est pas tout ce qu'il y a de plus évidente. Imaginons que Selig n'ait pas eu de pouvoir mais, soit une qualité encombrante, soit un défaut handicapant, l'histoire racontée aurait pu être la même. À quelque chose près.
Et qu'elle est-elle cette histoire, d'ailleurs ? C'est celle d'un homme qui, en dépit d'un pouvoir qu'on imagine volontiers pratique, voire décisif dans le domaine sentimental ou professionnel se révèle un vrai perdant sur tous ces plans.
On suit, aussi bien à l'aide de récits qui s'ancrent dans le présent que de nombreux flashbacks, les mésaventures à la fois drôles, touchantes, pathétiques de Selig. Et au travers de cette histoire singulière, c'est un portrait sans concession que Silverberg nous brosse des États-Unis des années 50 à 70.
A bien y regarder, ce que nous propose l'auteur n'aurait certes pas été désavoué par les grands auteurs classiques américains du début du vingtième siècle. On pense à Steinbeck, Fante, Burroughs, Kerouac...  Et Silverberg n'a pas à rougir de la comparaison. Alors, bien sûr, certains esprits chagrins m'objecteront que, définitivement, ce n'est pas vraiment de la science-fiction. Ce n'est pas faux. Mais ça l'est assez pour intéresser l'amateur du genre et pas suffisamment pour rebuter les autres. 
Un roman consensuel, donc, et fort bien écrit. Une curiosité.

Très bon. 

samedi 8 octobre 2016

Les chaînes de l'avenir - Philip K. Dick

Résumé :
Jones prévoyait l'avenir. Non pas à la façon vague d'un diseur de bonne aventure, mais de manière précise, dans tous ses détails. Il se souvenait de l'avenir. L'ennui, c'était que son don était limité à une année. Et le drame, c'était qu'il ne pouvait rien changer à ce futur certain.
Il savait ce qui allait lui arriver. Et ce qui allait arriver à toute l'humanité en un temps où d'étranges créatures, les dériveurs tombaient de l'espace interstellaire sur toutes les planètes du système solaire, y compris la Terre.
De quoi devenir un Prophète, un Messie, bouleverser l'ordre déjà ébranlé d'une Terre mal en point et la charger des chaînes de l'avenir. Pour l'Eternité ?

Ce second roman publié par Dick (Après Loterie Solaire), aurait pu faire l'objet de trois romans différents. Un premier focalisé sur les petits mutants qui ouvrent le récit, un second sur le monde imaginé par l'auteur et en particulier sur son aspect politique, un troisième, enfin, sur les "dériveurs", ces protozoaires venus de l'espace. Résultat, le roman devient une espèce de fourre-tout dans lequel chacun des thèmes est survolé, abandonné, repris. L'ensemble manque donc cruellement de substance et aurait sans doute gagné à être un peu plus long pour permettre un développement plus conséquent des sujets abordés.
Cependant, nous commençons à percevoir, dans ce deuxième roman, une bonne partie de ce qui fait l'univers Dickien. Nous y trouvons en particulier les thèmes de la manipulation, de la sécurité, de la surveillance. Et nous découvrons surtout le style particulier de Dick. Sa façon qu'il a de mettre au premier plan à la fois des gens puissants et d'autres absolument ordinaires. De s'attacher, en plein milieu d'un drame planétaire, aux petites chose de la vie quotidienne.
Enfin, on notera que, contrairement aux auteurs contemporains, plutôt férus de hard-science, Dick était un peu fâché avec les réalités astronomiques. Il faut voir avec quelle facilité on se rend sur Vénus, planète qu'il n'a d'ailleurs pas hésité à peupler d'une faune et d'une flore. Tout juste a-t-il rendu compte d'une atmosphère bien différente de celle régnant sur Terre et rendant la vie là-bas, impossible pour nous terriens. Mais ce qui pourrait nous paraître ridicule, à nous, hommes et femmes du vingt-et-unième siècle fait à mon sens partie du "sense of wonder" (émerveillement) propre à l'époque et qui fait de plus en plus défaut aux œuvres contemporaines.
Vous l'aurez compris, ces Chaînes de l'avenir sont les prémices de ce qu'allait être l’œuvre de Dick. Sans être exceptionnel, ce roman se laisse lire avec néanmoins beaucoup de plaisir.

Bon.
 

dimanche 18 septembre 2016

Silo - Hugh Howey

Résumé :
Dans un futur post-apocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s’inscrire à une loterie. Mais les tickets de naissance des uns ne sont redistribués qu’en fonction de la mort des autres.
Les citoyens qui enfreignent la loi sont envoyés en dehors du silo pour y trouver la mort au contact d’un air toxique. Ces condamnés doivent, avant de mourir, nettoyer à l’aide d’un chiffon de laine les capteurs qui retransmettent des images de mauvaise qualité du monde extérieur sur un grand écran, à l’intérieur du silo.
Ces images rappellent aux survivants que ce monde est assassin. Mais certains commencent à penser que les dirigeants de cette société enfouie mentent sur ce qui se passe réellement dehors et doutent des raisons qui ont conduit ce monde à la ruine.

La genèse de ce roman est une nouvelle que l'auteur avait publiée sur internet. Et à la lecture, on se rend assez vite compte de deux choses. D'abord que la première partie du roman est, probablement, la nouvelle d'origine. Elle dispose de son autonomie et sa fin correspond tout à fait à ce qu'on attend de la chute d'une nouvelle. Ensuite, et c'est en quelque sorte un corollaire, l'auteur n'a donc pas choisi de reprendre sa nouvelle et de l'étoffer pour en faire un roman, il a préféré en écrire la suite.
Fort heureusement pour nous, ce qui aurait pu avoir pour conséquence une certaine hétérogénéité dans le récit n'a pas lieu. La seconde partie reprend là où s'était arrêté la première et repart d'une façon parfaitement naturelle. Et si la première partie est une parfaite réussite, cohérente et se suffisant à elle même, la suite n'est quand même pas mal non plus. Un peu plus longue, forcément, plus délayée, forcément aussi, mais c'est l'occasion, autour du personnage central de Juliette de faire mieux connaissance avec le silo et d'en découvrir tous les rouages...  ou presque.
La vérité sur le pourquoi de ce monde souterrain va finir par nous être révélée (bah oui, quand même) et elle ne manque pas d'être assez étonnante et effroyable.
J'avoue que j'ai lu ce roman avec grand plaisir. Sans y trouver exactement les qualités qui m'auraient fait en dire qu'il est excellent, il est néanmoins très bon. Les personnages auraient peut-être gagné à être un peu plus creusés. Les contours de bon nombre d'entre eux sont on ne peut plus flous. Mais cela ne nuit pas réellement au récit qui repose davantage sur l'aspect aventure.

Très bon.
 

mardi 23 août 2016

L'adjacent - Christopher Priest

Résumé :
En Anatolie, l'infirmière Melanie Tarent a été victime d'un attentat singulier : totalement annihilée, elle n'a laissé au sol, comme seul vestige de son existence, qu'un impossible cratère noir et triangulaire. De retour en République Islamique de Grande-Bretagne, son mari, le photographe free-lance Tibor Tarent, apprend qu'un attentat a eu lieu le 10 mai à Londres, qu'il a fait cent mille morts, peut-être le double. Là aussi, la vaste zone touchée était inscrite dans un triangle parfait. Alors qu'il est emmené dans une base secrète afin d'être interrogé sur ce qu'il a observé en Anatolie (globalement rien, en dehors de l'étrange point d'impact), Tibor entend parler pour la première fois du phénomène d'adjacence. Mais à bien y réfléchir, est-ce vraiment la première fois ?

De Priest, je n'avais lu et cela fait fort longtemps que Le monde inverti. Ne me demandez pas de quoi cela parle, vous savez bien que j'oublie tout ce que je lis dès que je l'ai lu (ou peu s'en faut). C'est pourquoi je parlerai d'une semi découverte concernant cet auteur dont la réputation n'est plus à faire.
Difficile de parler de ce livre sans le spoiler. Ce qui fait sa substance est un mystère qui ne trouve son explication qu'à la toute fin (quoique) mais le récit est parsemé de petits indices subtilement amenés qui nous permettent de reconstitué, même partiellement, le puzzle de l'histoire.  Je ne rentrerai donc pas dans les détails.
Sachez simplement que le roman commence dans un monde quelques dizaines d'années plus vieux que le nôtre et qui n'a pas forcément évolué dans le bon sens. La Grande-Bretagne est devenue une République Islamique. Rien de nécessairement horrible, d'ailleurs. Mais rendez-vous compte. Une République !
À côté de ça, le climat est devenu plus dingue que jamais. Les tempêtes tropicales possédant désormais des petites sœurs énergiques : les tempêtes tempérées. Les TT. Elles sont joliment baptisées d'après les noms de personnalités aux initiales doubles. Genre TT Edward Elgar (compositeur), TT Danielle Darrieux, TT Federico Fellini... Et elles ravagent à qui mieux mieux les pays qui ne connaissaient ordinairement pas le phénomène, en particulier l'Europe et en particulier la Grande-Bretagne.
Les conflits et les attentats sont omniprésents, nos descendant n'ayant visiblement, dans l'esprit de Priest, pas perdu notre goût à nous foutre sur la gueule.
C'est dans ce contexte que le personnage principal, un photographe indépendant, en mission en Turquie, perd son infirmière de femme dans un attentat. Et perdre est bien le bon terme puisqu'on ne retrouvera aucune trace du corps. On suit alors les tribulations du malheureux qui est pris en charge par les autorités qui souhaitent faire avec lui un débriefing.
Puis soudain, nous sommes projetés dans d'autres époques d'autres lieux et avec d'autres personnages. Encore que, à ce dernier niveau, quelques points communs apparaissent entre eux. Nous revenons parfois au premier récit pour mieux le quitter ensuite et ce, jusqu'à la révélation finale (bon, enfin, il reste encore deux, trois trucs à expliquer mais globalement, on comprend tout).
Si vous aimez les histoires un peu alambiquées (pas trop), mystérieuses, avec des vrais morceaux de guerre dedans, des avions, des photos, des gens bizarres et même, oui, même de l'amour, alors ce roman est fait pour vous.
Je ne connais donc pas bien Priest, mais si (je n'en sais rien) ce livre est le moins bon de ce qu'il a déjà écrit, nul doute que je vais me précipiter pour combler mes lacunes.
Un très bon livre. Et tiens, je le répète en dessous. Et en gras.

Très bon

dimanche 21 août 2016

Omale - Laurent Genefort

Résumé :
Dans un lointain futur... trois espèces cohabitent sur Omale les humains, les Chiles et les Hodgqins. Six individus se retrouvent en possession d'un bris d'œuf et décident d'en décrypter l'inscription. Ils s'embarquent sur une nef aérienne afin d'accomplir la quête pour laquelle ils ont été élus. C'est au cours d'un vol mouvementé qu'ils apprendront progressivement à se connaître grâce au fejij, le jeu des relations chile - subtil révélateur des caractères, des personnalités et des leçons du passé. Bravant les attaques de pirates, échappant de justesse au naufrage de leur dirigeable, le petit groupe se découvre dans un périple aux mille dangers. et l'aventure les rapproche chaque jour davantage des secrets d'Omale..

Assurément, l'auteur est un créateur de monde remarquable. Omale est à la fois dépaysant et familier. Impossible, de plus, à la lecture des récits des personnages, de ne pas penser à Hyperion de Simmons. Malheureusement, je ne suis jamais vraiment rentré dans l'histoire, la faute, peut-être, à des personnages auxquels je ne me suis pas réellement attaché. J'ai, entre autres,déploré le manque de précisions dans la description des espèces non humaines qui nous empêche de nous en faire une image claire. 
Roman agréable mais pas exceptionnel.

Bon. 

mardi 26 juillet 2016

Les Dépossédés - Ursula Le Guin

Résumé :
Sur Anarres, les proscrits d'Urras ont édifié, il y a cent soixante-dix ans, une utopie concrète fondée sur la liberté absolue des personnes et la coopération. Ce n'est pas un paradis, car Anarres est un monde pauvre et dur. Mais cela fonctionne. A l'abri d'un isolationnisme impitoyable qui menace maintenant la société anarchiste d'Anarres de sclérose. Pour le physicien anarresti Shevek, la question est simple et terrible. Parviendra-t-il en se rendant d'Anarres sur Urras, à renverser le mur symbolique qui Isole Anarres du reste du monde ? Pourra-t-il faire partager aux habitants d'Urras la promesse dont il est porteur, celle de la liberté vraie ? Que découvrira-t-il enfin sur ce monde d'où sont venus ses ancêtres et que la tradition anarrestie décrit comme un enfer ?

Comme souvent chez l'auteure, le livre nous interroge. Sur les rapports hommes-femmes dans nos sociétés, sur le sens de la liberté, sur ce que coûte d'être vraiment libre, mais aussi sur notre perception du temps. Mais c'est aussi l'aventure d'un homme seul de son espèce confronté à une culture à des années-lumière de la sienne. Moins flamboyant que La Main gauche de la Nuit mais se laisse lire.

Bon.