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samedi 21 septembre 2019

Le Train Bleu - Agatha Christie

Résumé :

Macabre découverte à bord du fameux " train bleu " qui mène vers la Riviera les riches vacanciers : Ruth Kettering, la fille du milliardaire américain Van Aldin, a été assassinée dans son compartiment.

Fuyant son mari avec qui elle ne s'entendait plus, elle allait rejoindre le comte de La Roche, loin de se douter que ce séduisant personnage était très surveillé par la police. Or le somptueux collier offert à la jeune femme par son père, et dont le plus gros rubis est le célèbre "Cœur de feu," a disparu...
Mais pourquoi, s'il ne s'agissait que de dérober le joyau, avoir eu le raffinement morbide de défigurer la victime ? C'est ce détail qui va conduire Hercule Poirot à éliminer les suspects les plus évidents...

Autant le dire, ce roman sort de l'ordinaire et ce à plus d'un titre. D'abord et c'est sans doute l'élément le plus important, car de lui découle tout le reste, il n'est pas raconté par Hastings. Hastings qui suit le célèbre détective belge comme son ombre, habituellement. Du coup, l'histoire n'est plus autant centrée sur Poirot qu'à l'accoutumée. D'ailleurs notre enquêteur préféré n’apparaît que très tard dans le récit. De plus, il est seul, sans son habituel acolyte, comme je l'ai indiqué. L'autrice a donc eu l'idée de lui adjoindre une compagne de route et d'enquête temporaire mais qui ne parvient jamais tout à fait à remplacer dans notre esprit le brave capitaine. Malgré tout, ce personnage de plus tout à fait jeune femme, de condition modeste, qui voit sa situation sociale s'améliorer en très peu de temps sans que la tête lui tourne, est très sympathique.
Quant à Poirot, il est plus facétieux qu'à l'accoutumée. Il lui arrive même d'être un peu cruel avec certains des suspects pour mieux découvrir la vérité. Autre conséquence de ne pas avoir Hastings à "l'écriture", c'est que l'histoire nous est contée par un narrateur omniscient, et que, de ce fait, les pistes que suit le détective sont moins mystérieuse qu'à l'habitude. On sait à quel point Poirot aime faire des cachotteries à son ami Hastings. Ici les agissements de l'enquêteur sont donc moins chargés de mystère pour le lecteur, mais rassurons-nous, cela ne rend pas les choses plus faciles à comprendre.
Autre particularité de ce roman, c'est le nombre de personnages et partant, le nombre de suspects. Difficile dès lors de trouver le ou la coupable, et c'est ce qui rend la lecture encore plus intéressante.
J'ajoute que le crime a lieu dans un train, l'un des lieux de choix pour servir de décor à ce genre de récit car l'isolement, même temporaire, des protagonistes permet de limiter le nombre des suspects sans pour autant faciliter l'enquête. Agatha Christie en a largement usé dans son oeuvre, pour notre plus grand plaisir. Trains, mais aussi bateaux, avions, îles, demeures isolées...
Un très bon Poirot donc, et qui fait partie, sans nul doute, de mes favoris.

Très bon

mercredi 14 août 2019

Sur les hauteurs du mont Crève-Cœur - Thomas H. Cook

Résumé :
Qui Kelli a-t-elle retrouvé sur le mont Crève-Coeur, ce jour fatal de 1962 ? Trente ans après, personne n'a compris. Pas même moi. Car il n'y en avait pas deux comme elle : fervente avocate de la cause des Noirs, belle et passionnée. Son souvenir hante notre petite communauté blanche et conservatrice, ici à Choctaw, Alabama. Je dois parler. Je dois raconter ce rêve d'amour devenu cauchemar qui a distillé le poison.

Comme toujours, Thomas H. Cook (sur qui je n'ai jusqu'à présent mystérieusement écrit aucune ligne) nous gratifie d'un roman profond, puissant et poignant. Peut-être, à ce jour, le plus poignant que j'ai pu lire de l'auteur. 
Le récit est effectué par Ben, médecin parvenu à un âge honorable, et tourne autour d'une journée de mai 1962 alors que le narrateur était encore au lycée, journée au cours de laquelle on a retrouvé le corps de Kelli, une camarade de classe du jeune étudiant. On retrouve dans ce roman ce qui fait l'intérêt de tous les ouvrages de Cook. Les souvenirs de jeunesse et partant, l'évocation d'une époque, les aller-retours entre passé et présent, la tragédie, déclarée ou sous-jacente, les secrets, les non-dits et le mystère, bien sûr, dont le voile se soulève avec une lenteur exaspérante mais jouissive ...
Ici le narrateur titille particulièrement la curiosité du lecteur, nous laissant entendre qu'il va nous dire la vérité, toute la vérité, mais qui attend la toute fin pour ce faire, évidemment, et qui nous distille, en attendant, tout un tas d'indices qui, loin de nous aider à y voir plus clair, nous lance sur de continuelles fausses pistes. 
Il faudra donc attendre le tout dernier chapitre (on s'en doute) pour apprendre ce qu'il s'est réellement passé ce jour-là. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que je ne m'y attendais pas du tout. Bravo M. Cook.
Un excellent roman noir, donc, dans la veine de ce que j'ai déjà lu de cet excellent auteur. Il va falloir que je relise les précédents ouvrages pour vous en dire deux mots, parce qu'en dehors de l'excellente impression qu'ils m'ont laissé, j'ai oublié tous les détails, ou presque, sacrée mémoire défaillante ! (Au lieu-dit Noir-Étang, Les feuilles mortes, La preuve de sang ou encore Les liens du sang).


Excellent

lundi 12 août 2019

Aucune bête aussi féroce - Edward Bunker

Résumé :

Le discret Mister Blue de Reservoir Dogs eut une vie avant d'étaler son faciès vérolé sur le grand écran. Bunker, le bien nommé, était l'auteur d'un traité post carcéral sans égal publié en 1973 et alors épuisé outre-Atlantique.

L'une de ces vraies fausses autobiographies qui ne s'encombre d'aucune couenne littéraire. La chair, les os et les tripes suffisent à faire de ce roman noir un aller simple pour l'enfer d'une vie toute tracée dès le berceau.
Un parcours horriblement classique, balisé et implacable : problèmes familiaux, délinquance juvénile et au bout une succession de séjours "au château..."
Rien de vraiment neuf, si ce n'est la violence aride, impitoyable, voire clinique, avec laquelle Edward Bunker décrit le quotidien du taulard en liberté conditionnelle et, surtout, l'impossibilité de modifier, voire seulement de rectifier une destinée ou de réécrire ce scénario.
Son héros, Max Dembo (Bunker lui-même, évidemment), s'applique ainsi consciencieusement en sortant de prison à ne pas s'engouffrer dans les culs-de-sac de son passé.
Mais le milieu et la prison sont des aimants dont on n'interrompt pas l'attraction à coup de rédemption. La cavale se fait alors allégorique, avec un terminus on ne peut plus kafkaïen.
En 1978, Dustin Hoffman achètera les droits d'Aucune bête aussi féroce, confiant à Ulu Grosbard la mise en scène de l'adaptation.
Le film, "Le Récidiviste" (Straight Time), superbe road movie nu comme un haïku, amplifiait ce sentiment tragique d'impossible rachat.
Bref, "Aucune bête aussi féroce" confirme que le roman noir demeure un genre idéal pour sonder l'esprit humain. Dostoïevski ou Chandler s'en doutaient bien ; Bunker n'eut qu'à confirmer.

En principe, je ne suis pas amateur des fictions mettant en scène des personnages soit tout blanc, soit tout noir. Tout blanc, je les trouve à peine crédibles et ils m'ennuient. Tout noir, j'ai un mal fou à m'identifier à eux. Autant dire que c'était mal barré pour ce roman écrit par un taulard qui, certes, n'est pas autobiographique, mais qui s'inspire tout de même beaucoup, vraiment beaucoup, de la vie de l'auteur. Mais convaincu par la critique, je décidais de tenter l'expérience.
Et bien m'en a pris.
D'abord le livre est bien écrit. Des phrases courtes, sans fioritures et qui disent l'essentiel. Le récit à tout d'un polar classique à ceci près que le narrateur est un criminel. Il y a évidemment de l'action et on ne s'ennuie pas une seconde. Les personnages, dont la plupart sont des truands, inspirent de l'empathie, mais oui, et en particulier Max Dembo. Il faut voir comment on tremble à chaque page qu'il ne retombe dans ses mauvais travers tout en sachant qu'il n'y a quasiment aucune chance qu'il en soit autrement. D'autant que la société américaine n'est pas idéale pour effectuer une réinsertion. Doux euphémisme.
Mais le narrateur ne rejette pas l'entièreté de la faute sur le système. Il a l'honnêteté (sic) et la lucidité de reconnaître qu'il est plus facile, en tout cas pour lui, de demeurer un voyou plutôt que de chercher à tout prix à rester dans le droit chemin. Son discours n'est pas un étalage d'excuses mais c'est plutôt la description, quasiment froide et clinique, de ses choix, de ses décisions et de se qui se passe dans la tête de types comme lui.
Ce roman a le mérite de nous inviter à nous poser la question : qu'est-ce qu'on attend de la prison et des autorités carcérales ? Simplement que les criminels paient leurs forfaits quitte à relâcher en fin de peine des gens prêts à recommencer, ou de tout tenter pour les réinsérer afin d'obtenir au bout du compte un voyou de moins et un honnête homme de plus ?
J'ai ma petite idée de la réponse, mais chacun se fera son opinion.
Lisez ce livre, c'est, dans le pire des cas, un très bon moment à passer dans un torrent d'adrénaline.

Très bon

vendredi 9 août 2019

Sur ma peau - Gillian Flynn

Résumé :

La ville de Wind Gap dans le Missouri est sous le choc : une petite fille a disparu. Déjà, l'été dernier, une enfant avait été sauvagement assassinée...
Une jeune journaliste, Camille Preak, se rend sur place pour couvrir l'affaire. Elle-même a grandi à Wind Gap. Mais pour Camille, retourner à Wind Gap, c'est réveiller de douloureux souvenirs.
A l'adolescence, incapable de supporter la folie de sa mère, Camille a gravé sur sa peau les souffrances qu'elle n'a pu exprimer. Son corps n'est qu'un entrelacs de cicatrices... 
On retrouve bientôt le cadavre de la fillette. Très vite, Camille comprend qu'elle doit puiser en elle la force d'affronter la tragédie de son enfance si elle veut découvrir la vérité...

Sur ma peau est le roman dont a été tiré l'excellentissime série Sharp Objects que je vous invite, évidemment, à regarder si vous en avez l'occasion.
L'un comme l'autre, roman et série, adaptée extrêmement fidèlement, sont d'une noirceur assez inégalable. Peu de violences physiques mais en revanche, des violences psychologiques qui deviennent vite insoutenables. Beaucoup de personnages en sont affectés et en particulier le personnage principal, Camille, qui a subi, et subit encore suite à son retour dans sa ville natale, les brimades, humiliations et autres tortures mentales de la part de sa mère, un personnage qui rend Folcoche, de Vipère au poing, douce comme un agneau.
Gageons qu'en lisant ce livre vous allez adorer Camille et trembler d'effroi et de colère face au harcèlement maternel insidieux et continuel dont elle est la victime et vous allez adorer détester cette mère au comportement si brutal. Nul doute non plus que vous allez vous passionner pour l'enquête qui va révéler bien des choses que beaucoup auraient préféré garder secrètes. Parce que, comme nombre d'écrivains américains, Gillian Flynn sait parfaitement nous décrire les travers de ces petites villes des États-Unis où chacun épie tout le onde, où chacun soupçonne tout le monde et où personne n'est irréprochable.
Précipitez-vous sur ce roman puis enchaînez avec la série (et pas l'inverse comme j'ai fait et qui était sans doute une erreur). 
Gillian Flynn est décidément une excellente autrice.

Excellent

Les nuages de Magellan - Estelle Faye

Résumé :

27ème siècle. L’Humanité s’est étendue à toute la Voie Lactée. La nouvelle frontière, ce sont désormais les Nuages de Magellan, mais les Compagnies ont fini par renoncer à tout projet de colonisation, préférant les affaires aux rêves d’exploration spatiale. Deux siècles auparavant, l’humanité a pourtant maîtrisé l’énergie sombre, une ressource quasi illimitée, mettant ainsi fin aux guerres pour les énergies fossiles. Ont suivi plusieurs siècles de liberté, d’exploration, d’avancées… Puis, insidieusement, de nouveaux jeux de pouvoir et d’influence se sont mis en place, conduisant à la multiplication des hors-la-loi. Depuis, un mythe court la galaxie : des pirates auraient créé sur Carabe, une planète perdue, une république idéale, hors d’atteinte du pouvoir des Compagnies. Dans l’un des derniers postes frontières avant les Nuages, Dan, une jeune serveuse idéaliste, chante du blues dans un bar pseudo texan tout en rêvant d’aventures stellaires. Elle est fascinée par Mary, une cliente taciturne dont on dit qu’elle serait peut-être une ex-pirate…

Les Nuages de Magellan n’ont pas dit leur dernier mot !

Space opera bien sympathique et très agréable à lire mais qui ne s'élève jamais au niveau de ce que le genre a produit de meilleur. La vraie grande originalité du roman réside dans le couple de héros qui sont des... héroïnes. Alors, d'accord, ça fait du bien de s'éloigner des stéréotypes des spationautes bourrés de testostérone mais ça ne suffit hélas pas à faire un livre exceptionnel.
Les deux personnages principaux sont certes assez attachants mais je pense qu'ils auraient mérités d'être encore plus creusés. Quant aux personnages secondaires, ma foi, ils sont quasi inconsistants. L'histoire n'a rien de bien palpitant ni de bien original. Le monde dans lequel tout ce beau monde évolue est lui aussi insuffisamment développé. Maintenant il est vrai que le roman est court, ce qui en soi est, ou peut être une qualité, mais qui empêche évidemment tout développement un peu poussé.
En bref, une lecture loin d'être ennuyeuse mais qui manque cruellement de souffle.

Bon

mardi 6 août 2019

La Maison du Péril - Agatha Christie

Résumé :

Un lourd tableau qui se décroche à la tête d'un lit. Un rocher qui dévale une falaise et s'écrase sur le sentier.
Les freins d'une voiture qui lâchent dans une descente... Et pour finir, une balle perdue qui vient se loger dans un chapeau !
Pour Hercule Poirot, en villégiature sur la cote sud de l'Angleterre, il n'y a guère de doute : on en veut à la vie de la ravissante Miss Buckley, héritière d'une villa délabrée du voisinage. Même si l'intéressée ouvre de grands yeux, se demandant qui peut bien lui en vouloir.
L'assassinat de sa cousine, qu'on a manifestement confondue avec elle, obligera Miss Buckley à prendre au sérieux les craintes du détective. Lequel n'aura de cesse de démasquer le coupable. Mais seule une très savante mise en scène lui permettra d'y parvenir. Et la surprise sera de taille...

— Voilà ce qui est tombé sur la terrasse, il y a un instant, lorsque nous parlions. Une balle perdue !
— Hein ?
— Deux centimètres de plus et la tête aurait été percée du même trou que le feutre ; vous comprenez maintenant, je suppose, l’intérêt que je porte à cette jeune fille et à son chapeau ?
« Avouons que ce préposé au crime ne manque pas d’audace en visant sa victime à quinze mètres d’Hercule Poirot ! Ce défi ne lui portera pas chance. Maintenant, entrons à «La Maison du Péril» et entretenons-nous avec Miss Nick. Le plus tôt sera le mieux, Hastings. N’a-t-elle pas dit qu’en trois jours elle avait trois fois échappé à la mort ? Le danger est proche.

C'est la troisième fois que j'entreprends la lecture des œuvres de la Reine du polar britannique. J'avais découvert cette fameuse et fabuleuse collection de romans et nouvelles adolescent et j'avais alors lu déjà bon nombre des titres. Quelques vingt ans plus tard, je me lançais à nouveau à l'aventure. Et c'est presque vingt ans après, une nouvelle fois, que je me replonge dans les enquêtes d'Hercule Poirot (essentiellement). Serais-je encore de ce monde pour prendre plaisir à voir s'agiter les petites cellules grises du détective belge dans vingt autres années ? Je me le souhaite.
Pour l'anecdote, si j'ai commencé cette fois par La Maison du Péril, c'est que je louais une chambre d'hôtes dans une splendide demeure à Dinard qui surplombait la mer. Tout comme dans le roman, ameublement et décoration inclus. J'étais dedans.
La première chose qui me frappait, à peine commencé la lecture, ce fut la nature des personnages. Tous, ou peu s'en faut, sont des jeunes gens et jeunes femmes de la haute société, oisifs, cela va sans dire et qui passent leur journée à boire des verres à la terrasse des palaces, jouer au tennis ou au golf, bronzer au soleil, donner des fêtes, toutes activités qui, on l'admettra volontiers sont plutôt pénibles. Bon, ce n'était pas une découverte, bien sûr. Je sais bien qu'Agatha Christie n'a mis essentiellement en scène que des gens de cette catégorie sociale. Mais voilà, ce coup-ci, ça m'a agacé. Un peu. Pas trop. Après tout, l'étude de cette partie de la population n'a pas moins d'intérêt que celle des ouvriers dont s'est occupé en son temps un certain Émile Zola, pour ne citer que lui.
Mais je m'égare. Les personnages m'agacent, d'accord, mais il n'en reste pas moins vrai que l'enquête que mène Hercule Poirot est passionnante à souhait. Comme souvent, mais c'est ce qui fait le charme des récits d'Agatha Christie, le nombre des suspects est limité et les soupçons se portent sur chacun d'entre eux. Nous sommes en terrain connu. Et on cherche, aidé par les indices que dévoile notre fameux détective, l'identité du coupable. J'ai une triste habitude, c'est celle d'oublier très vite ce que je lis. Autant dire que dans ce cas précis, cela devient une bénédiction car je n'ai pas la moindre idée de la vérité.
Un très bon Poirot que je vous invite à déguster.

Très bon

Hypothermie - Arnaldur Indridason

Résumé :

Un soir d'automne. Maria est retrouvée pendue dans son chalet d'été sur les bords du lac de Thingvellir. Après autopsie, la police conclut à un suicide. 

Quelques jours plus tard, Erlendur reçoit la visite d'une amie de cette femme qui lui affirme que ce n'était pas "le genre" de Maria de se suicider et qui lui remet une cassette contenant l'enregistrement d'une séance chez un médium que Maria était allée consulter pour entrer en contact dans l'au-delà avec sa mère. 
Celle-ci lui avait promis de lui envoyer un signe. Au pays du fantastique et des fantômes, aussi dubitatif que réticent, le commissaire Erlendur, troublé par l'audition de la cassette, se sent obligé de reprendre l'enquête à l'insu de tous. 
Il découvre que l'époux de Maria n'est pas aussi fiable qu'il en a l'air et ses investigations sur l'enfance de la suicidée, ses relations avec une mère étouffante vont le mener sur des voies inattendues semées de secrets et de douleur. 
Obsédé par le deuil et la disparition, harcelé par les frustrations de ses enfants, sceptique devant les croyances islandaises, bourru au cœur tendre, le commissaire Erlendur poursuit sa recherche sur lui-même et rafle tous les suffrages des lecteurs.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que cet épisode des aventures du commissaire Erlendur est plutôt atypique. Qu'on en juge. Il s'intéresse cette fois-ci à un suicide. Ce qui n'est a priori pas du ressort de la police. Et il s'agit d'un "vrai" suicide. Erlendur lui-même en est convaincu, d'autant plus qu'aucun indice ne vient étayer la thèse d'un meurtre maquillé en suicide. Oui mais voilà, en bon flic au flair exacerbé, il renifle comme une odeur familière qui le pousse à enquêter. Et il a d'autant plus de facilité à se permettre ce genre de liberté, qu'il a beaucoup de temps libre, précisément. Les tueurs sont en R.T.T. apparemment. L'Islande est décidément un bien singulier pays. Il faut dire qu'avec une population d'environ 350 000 habitants (en gros comme la ville de Nice), on peut imaginer qu'il n'y a pas tant d'homicides que ça.
Et parce que décidément il s'ennuie un peu, visiblement, Erlendur enquête également sur de vieilles affaires non élucidées. Et il en profite aussi pour régler quelques problèmes familiaux. En bref, il est en roues libres. Cela nous donne un roman curieux, il faut bien l'avouer. Rien de passionnant, encore que les découvertes que fait le commissaire sur le passé de Maria, la suicidée, ne manquent pas d'intérêt, mais l'ensemble se laisse lire sans ennui.
Loin de valoir les précédents romans, cet opus nous donne l'occasion de suivre, avec plaisir, les tribulations d'un flic bien attachant.

Bon

lundi 29 avril 2019

L'Espace d'un An - Becky Chambers

Résumé :
Rosemary, jeune humaine inexpérimentée, fuit sa famille de richissimes escrocs. Elle est engagée comme greffière à bord du Voyageur, un vaisseau qui creuse des tunnels dans l'espace, où elle apprend à vivre et à travailler avec des représentants de différentes espèces de la galaxie : des reptiles, des amphibiens et, plus étranges encore, d'autres humains. La pilote, couverte d'écailles et de plumes multicolores, a choisi de se couper de ses semblables ; le médecin et cuistot occupe ses six mains à réconforter les gens pour oublier la tragédie qui a condamné son espèce à mort ; le capitaine humain, pacifiste, aime une alien dont le vaisseau approvisionne les militaires en zone de combat ; l'IA du bord hésite à se transférer dans un corps de chair et de sang... Les tribulations du Voyageur, parti pour un trajet d'un an jusqu'à une planète lointaine, composent la tapisserie chaleureuse d'une famille unie par des liens plus fondamentaux que le sang ou les lois : l'amour sous toutes ses formes. Loin de nous offrir un space opera d'action et de batailles rangées, Becky Chambers signe un texte tout en humour et en tendresse subtile. Elle réussit le prodige de nous faire passer en permanence de l'exotisme à la sensation d'une familiarité saisissante.


Le premier adjectif qui me vient à l'esprit en pensant à ce roman c'est : frais. C'est du space opera frais. Comprenez : léger, sans prétention, tendre, sans violence (quoique). Frais, quoi. Un internaute évoquait à son sujet : le petit vaisseau dans la prairie. C'est pas faux. Mais là où l'auteur de ces mots mettait sans doute un peu d'ironie mordante, voire acide, j'y mets, moi, de la sympathie, voire de l'affection.
J'ai adoré ce space opera atypique. A-do-ré. Qu'est-ce que ça fait du bien dans le monde de violence que nous habitons. Alors certes, certains diront qu'il ne se passe pas grand chose dans ce roman et que les personnages ont tout de bisounours. Pourquoi pas ? D'accord, tout est centré sur les personnages, leurs désirs, leurs joies, leurs peines, leurs difficultés et l'intrigue passe au second plan. Figurez-vous que c'est ça que j'aime dans un roman, les personnages. Et bon sang, qu'est-ce qu'ils sont attachants ! 
En dehors de ça, en principe, je ne suis pas fan du tout des œuvres qui dégoulinent de bons sentiments. Ou bien il faut que ce soit bien fait et crédible. Et là, c'est joliment construit et c'est très crédible. Crédible en effet que les membres d'un même vaisseau, même appartenant à des races différentes, contraints de passer des mois, voire des années entières ensemble, finissent par former une famille unie ou règne la bienveillance. Et puis, pour renforcer cette crédibilité, il y a bien quelques moments de tensions inévitables entre les membres de l'équipage. Sans parler d'un spécimen assez réussi de type plutôt antipathique.
Donc, finalement, rien à redire sur l'aspect que d'aucuns pourraient trouver un peu trop lisse, un peu trop gentil des personnages. Ils sont parfaits comme ils sont. D'autant qu'on découvre que ce ne sont pas des héros, loin de là. Face à un danger soudain et inattendu, ils se comportent comme la plupart des gens ordinaires. Ils tremblent de peur. Et cela ne fait que renforcer leur proximité avec nous.
Pour ce qui est de l'action, comme je l'ai évoqué, il ne se passe pas énormément de choses, c'est vrai. Malgré tout, la lecture est loin d'être ennuyeuse. L'auteure s'intéresse à chaque personnage, à tour de rôle, lui consacrant des chapitres entiers dont il est le centre d'intérêt.
L'essentiel est ailleurs. Dans un discours subtil, ni moralisateur, ni prosélyte, sur l'écologie, la tolérance, l'amour... Dans un monde de plus en plus déserté par ces valeurs, cela fait beaucoup de bien.
Si vous êtes comme moi, que vous aimez les récits un peu trash, remplis de personnages border line, mais que vous ne dédaignez pas, de temps en temps, de lire un roman résolument optimiste, en tout cas, positif, pour peu qu'il soit bien écrit, ce livre est fait pour vous.

Très bon

dimanche 9 juillet 2017

Succédané, juin 2017

Vaincu par une grosse flemme, j'ai décidé de remplacer mes chroniques chronophages et à la régularité plus que douteuse par un petit point mensuel, voire bimensuel, de mes lectures. Ce petit exercice n'ira pas autant en profondeur qu'à l'accoutumée, d'où l'emploi du mot succédané. 


La mariée était en noir - William Irish

Durant la petite fête organisée pour célébrer ses fiançailles, Kenneth Bliss chute du dix-septième étage et s'écrase sur le pavé new-yorkais. Tous les participants s'interrogent pour savoir ce qu'a pu devenir la jeune blonde vêtue de noir qui bavardait avec la victime peu avant le drame. Le plus acharné à la retrouver reste l'inspecteur Wanger qui la soupçonne d'avoir poussé Kenneth. Mais les mois passent et la femme mystérieuse demeure introuvable. Jusqu'au jour où Wanger flaire de nouveau sa piste lorsqu'on retrouve un certain Mitchell, pensionné de l'armée, empoisonné au cyanure dans sa chambre. Le témoignage de la maîtresse de la victime semble corroborer ses soupçons, même si elle déclare avoir croisé une grande rousse qui avait un accent étranger. Pourtant, l'inspecteur n'est pas au bout de sa quête et il faudra encore que deux meurtres soient commis pour lui permettre d'entrevoir enfin une parcelle de vérité dans cette affaire.
Titre original : The bride wore black

Thriller

Vu le film, pas lu le livre. Désormais, c'est fait. Un petit bijou au style simple, direct, sans fioriture. Aucun mot ou détail superflu. Que l'essentiel pour raconter une sorte de tragédie moderne.

Très bon

 Le chuchoteur - Donato Carrisi

 Cinq petites filles ont disparu.
Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière.
Au fond de chacune, un petit bras, le gauche.

Depuis qu'ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d'agents spéciaux ont l'impression d'être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d'un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d'appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d'enlèvement. Dans le huis clos d'un appartement spartiate converti en QG, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs.
Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure...
Titre original : Il suggeritore (2009)

Thriller

Un excellent thriller qui se situe dans un pays jamais identifié. Même les noms des personnages sont cosmopolites. Juste ce qu'il faut de rebondissements pour ne pas lasser. Un seul bémol, un passage qui dérape vers le fantastique : agaçant et pas nécessaire du tout.
Bon

 La fille d'avant - JP Delaney

C’est sans doute la chance de sa vie : Jane va pouvoir emménager dans une maison ultra-moderne dessinée par un architecte énigmatique… avant de découvrir que la locataire précédente, Emma, a connu une fin aussi mystérieuse que prématurée. À mesure que les retournements de situation prennent le lecteur au dépourvu, le passé d’Emma et le présent de Jane se trouvent inextricablement liés dans ce récit hitchcockien, saisissant et envoûtant, qui nous emmène dans les recoins les plus obscurs de l’obsession.

Thriller
Idée originale. Chapitres courts. Personnages complexes. Style plutôt dépouillé mais pas désagréable. Des rebondissements. Que du bon en somme. Si on excepte, toutefois, un petit côté Harlequin, par moment, qui n'est pas ma cup of tea.

 Très bon

 Sueurs froides - Boileau-Narcejac

«Il essuya ses yeux, parce qu'il voulait regarder, à tout prix. Il y avait du sang, sur les cailloux, un sac à main noir, éventré. Le briquet d'or étincelait parmi les débris. Flavières pleurait. Il ne lui venait même pas à l'idée de descendre jusqu'à elle pour lui porter secours. Elle était morte. Et il était mort avec elle.»

Policier

Ayant oublié le film (si jamais je l'ai vu, je ne suis plus bien sûr), j'ai été scotché par la fin. Un excellent thriller de l'époque où ce n'était pas encore la mode, sans des milliers de rebondissements mais efficace quand même. Des personnages tout ce qu'il y a de plus inquiétants. Reste un style un poil désuet mais bien agréable tout de même

Très bon

Globalia - Jean-Christophe Rufin

Tu ne comprends pas, Kate.
Ce sera partout la même chose. Partout nous serons en Globalia. Partout, nous retrouverons cette civilisation que je déteste. Évidemment, puisqu'il n'y en a qu'une ! Aurais-tu la nostalgie du temps où il y avait des nations différentes qui n'arrêtaient pas de se faire la guerre ? Tu me récites la propagande que tu as apprise comme nous tous. Globalia, c'est la liberté ! Globalia, c'est la sécurité ! Globalia, c'est le bonheur.
Kate prit l'air vexé. Le mot de propagande était blessant. Moi, reprit Baïkal d'un ton passionné, je continue à croire qu'il existe un ailleurs.

 Science-fiction

 S'attaquer à un genre qui a produit de purs chefs-d’œuvre (1984, Le meilleur des mondes, Fahrenheit 451...), le pari était risqué. Et le résultat n'est pas tout à fait réussi. Le style n'est pas du meilleur Rufin, qui nous avait habitué à mieux et les personnages sont peu attachants. Mais la lecture est loin d'être désagréable

 Bon

jeudi 18 mai 2017

Isolation - Greg Egan

Résumé :
Nick Stavrianos est détective privé. En tant qu'ancien flic il possède des capacités physiques et mentales accrues grâce aux nods, des nanoprogrammes implantés dans son cerveau, qui modifient le champ de sa conscience. Engagé par un commanditaire inconnu, il est chargé d'enquêter sur la mystérieuse disparition d'une autiste dans un hôpital. Étrange coïncidence, cette femme est née l'année où la bulle, mystérieux champ qui sépare la Terre du reste de l'univers, est apparue. Y a-t-il un rapport entre ces deux événements ? A-t-elle été enlevée par une mégacorporation responsable de sa maladie ou par les Enfants de l'Abîme, ces jeunes sectaires qui prêchent l'apocalypse annoncée par la Bulle. Dans ce roman construit en deux parties, Egan met en scène une enquête pleine de rebondissements avant de passer à un thriller plus introspectif qui se termine de manière totalement "hallucinée". Cet étonnant représentant de la SF australienne manipule aussi bien les ficelles du roman policier que la physique quantique et les questionnements sur la réalité chers à P K Dick.

J'avais déjà fait une tentative d'incursion dans l'univers de Greg Egan sans succès. Il s'agissait d'un recueil de nouvelles dont le titre m'échappe et dont le propos m'avait alors paru si incompréhensible que j'abandonnai au premier récit. Mais comme j'aime bien donner une seconde chance aux gens, je décidai de tenter une nouvelle expérience avec ce roman.
Au début, tout était parfait. Le style était clair et je comprenais non seulement tous les mots mais aussi toutes les phrases, l'un ne conduisant pas forcément à l'autre. De plus, le récit s'avérait très prenant et j'avoue que ce mélange, réussi, de polar et de science-fiction avait tout pour me plaire. Puis, le ton change.
Et là, c'est le drame... Greg Egan, comme s'il ne pouvait s'en empêcher, introduit dans son récit l'un des concepts les plus difficiles à comprendre pour un néophyte, donc à mon avis 99 % de ses éventuels lecteurs, je veux parler de la physique quantique. Il s'agit là d'un domaine de la physique non pas tant complexe (un peu quand même) que contre-intuitif. Moi-même, bien qu'ayant parcouru quelques ouvrages abordant le sujet, j'avoue n'avoir pas compris tout ce que me disait l'auteur. Je n'ose imaginer la difficulté pour quelqu'un sans une once de connaissance dans le domaine. Pour paraphraser le génial physicien Bohr : si vous avez compris la physique quantique, c'est qu'on vous l'a mal expliquée.
Maintenant, pour être tout à fait honnête, lorsqu'on a à peu près compris où Egan veut en venir, après un bon mal de crâne, l'idée développée est assez séduisante si ce n'est très réaliste (autant que je puisse en juger compte tenu de mon faible bagage). Je veux bien tenter de vous expliquer ce que j'ai compris mais, si vous lisez la suite de ce paragraphe, c'est à vos risques et périls. En mécanique quantique, donc dans le monde de l'infiniment petit, c'est à dire l'atome, en gros, il est admis qu'il est impossible de déterminer la position d'un électron à un instant donné. Tout juste existe-t-il une probabilité qu'il soit à tel endroit plutôt qu'à tel autre. Pour ce qu'on en sait, l'électron peut même se trouver à des millions d'endroits en même temps. En revanche, dès que l'on observe la position de l'électron, toutes les possibilités de présence en tel ou tel endroit sont en quelque sorte annihilées, à l'exception d'une seule. C'est ce qu'on appelle la réduction du paquet d'onde ou l'effondrement quantique.
Ça va ? Vous êtes toujours là ? Greg Egan extrapole cette particularité et imagine un être humain capable d'extraire d'une multitudes de possibilités la seule qui l'intéresse. Autrement dit, entre des milliards de futurs possibles, il s'arrange pour ne faire exister que celui qu'il souhaite. C'est un peu comme si, achetant un billet de loterie il laisse "vivre" des millions de copies de lui-même ayant acheté un billet perdant jusqu'au moment des résultats où il ne permettrait de rester qu'à celui qui aurait acheté le billet gagnant. Anéantissant du même coup tous les autres. C'est sympa, mais appliquer au monde macroscopique les réalités du monde microscopique sont tout simplement utopistes. Mais admettons.
En revanche, j'ai plutôt bien aimé son idée des mods qui sont des modifications neurales permettant d'améliorer considérablement les facultés du cerveau. Le héros, en bon détective, en est truffé. J'aime l'humour avec lequel il cite les noms et fonctions de ses différents mods sans omettre d'en indiquer le fabricant et le prix. On ne sait jamais.
Voilà ! Un bon roman sans nul doute mais que vient gâcher cette manie (plutôt anglo-saxonne) de rendre le propos inintelligible pour qui n'a pas bac + 12 dans une filière scientifique. Désolé, mais cela ne laisse pas de m'agacer à chaque fois.
Pour ceux qui souhaitent (essayer de) comprendre la physique quantique, je ne saurais trop vous conseiller l'excellent ouvrage La physique quantique (enfin) expliquée simplement de Vincent Rollet.

Bon

dimanche 9 avril 2017

Babylone - Yasmina Reza

Résumé :
« Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C'est l'image d'eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l'excitation d'être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d'autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l'infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j'entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l'irrémédiable. »

Prenez un soupçon de vie de gens ordinaires. Ajoutez-y une pincée de polar. Faites revenir dans une belle langue et vous obtenez Babylone.
L'histoire est toute simple, vraiment simple, mais doit-on rendre une histoire complexe pour écrire un bon roman ? Pour moi la réponse est définitivement non. D'autant que je suis de ceux qui privilégient la peinture réussie de personnages intéressants, voire attachants et qui sonnent juste à une histoire aux nombreuses ramifications mais peuplée d'individus qui ressemblent à des caricatures, auxquels on ne s'identifie pas et dont le destin nous laisse totalement indifférent.
Donc, ici, nous avons quatre, cinq personnages. Ce n'est pas une foule, mais c'est entièrement suffisant. Après tout, dans Robinson Crusoé, les protagonistes ne sont pas pléthore non plus. N'est-ce pas ?
Un immeuble parisien. Nous avons donc Jean-Lino, qui habite au cinquième. C'est un homme d'une soixantaine d'années, petit-fils d'immigrés juifs italiens, doux et discret et qui a la phobie des lieux clos. Lydie, sa seconde femme, est un «genre de thérapeute», dont l'une des passions est le chant, qu'elle exerce, de temps à autre, dans quelques bars ou petits cabarets. Elle a un petit-fils, Rémi, qui loge fréquemment chez sa grand-mère. Il y a Pierre, le mari de la narratrice. Il est gai, facile à vivre, pas bavard et tendre. Enfin, il y a Élisabeth, la narratrice. Elle a soixante ans passés et Pierre et elle habitent au quatrième. Elle est ingénieur brevets à l'Institut Pasteur.
L'histoire que nous raconte Élisabeth est toute simple, comme je l'ai indiqué, et tourne essentiellement autour de ses voisins Jean-Lino et Lydie et autour de Pierre et elle-même. La manière qu'elle a de nous raconter le tout est très proche du mode oral. Non pas tant par le style, qui reste littéraire, encore que tout ce qu'il y a de plus accessible et agréable, mais par sa façon de passer d'un sujet à l'autre, exactement comme dans ces conversations à bâtons rompus.
C'est à mon sens la marque de fabrique du récit. Du moins jusqu'au drame, où la narration devient plus linéaire. Enfin, pas trop longtemps quand même, Élisabeth nous gratifiant de loin en loin de quelques flash-back
 Un petit moment intéressant de la vie d'un immeuble, quelques jours, voire quelques heures.

Très bon. 

Aveu de faiblesses - Frédéric Viguier

Résumé :
« Je suis laid, depuis le début. On me dit que je ressemble à ma mère, qu’on a le même nez. Mais ma mère, je la trouve belle. »
Ressources inhumaines, critique implacable de notre société, a imposé le ton froid et cruel de Frédéric Viguier dont le premier roman se faisait l’écho d’une « humanité déshumanisée ». On retrouve son univers glaçant et sombre, qui emprunte tout à la fois au cinéma radical de Bruno Dumont et au roman social. Mais au drame d’un bourg désindustrialisé du nord de la France, Frédéric Viguier ajoute le suspense d’un roman noir. Dès lors, l’histoire d’Yvan, un adolescent moqué pour sa laideur et sa différence, accusé du meurtre de son petit voisin, prend une tournure inattendue. 

Ce second roman de Frédéric Viguier est une sorte de roman noir social. Roman noir parce qu'on y suit le calvaire d'Yvan, un jeune homme accusé de meurtre et social parce que l'auteur nous ramène constamment à la description de ce petit village du nord, aux quartiers bien séparés. Et même physiquement séparés. Les riches d'un côté, les pauvres de l'autre.
Yvan habite non seulement le village, proprement dit, c'est à dire le côté des humbles, mais en plus il est, si on en croit sa propre description : gros, laid, sans amis. Inutile de dire que lorsqu'il est suspecté du meurtre de l'un de ses petits voisins puis arrêté, on ne peut s'empêcher de penser que le sort s'acharne sur lui.
Lorsqu'on est, comme moi, viscéralement opposé à toute forme d'injustice, on s'indigne très vite de l'attitude inhumaine de la machine policière et judiciaire, jusqu'à en avoir quasiment des douleurs abdominales (bon, j'exagère peut-être un peu). Que ce soit le policier qui voit en Yvan le suspect idéal et qui n'aura de cesse d'obtenir ses aveux, le juge qui est trop content de se voir amener un coupable sur un plateau, l'avocat qui ne croit même pas à l'innocence de son client et Yvan lui-même, par son apathie, sa naïveté, tout contribue à l'incarcération du garçon. 
Une incarcération qui ne se passe pas si mal, tout compte fait, Frédéric Viguier n'ayant pas jugé nécessaire de charger une administration qui est déjà la cible de bon nombre d'auteurs. Mais comme le disait si bien ma prof de philo, visiteuse de prison, même avec tout le confort imaginable (confort relatif, s'entend) le pire dans la prison reste, bien évidemment, l'enfermement, l'absence de liberté de mouvement. En tout cas, pour Yvan, garçon peu exigeant, tout se passe au mieux.
S'ensuivront quelques rebondissements bien vus et ce, jusqu'à la toute dernière ligne qui nous délivre une fin, somme toute prévisible, mais pas mal décoiffante quand même.
Le tout est écrit dans un style extrêmement agréable à lire et les pages défilent à un rythme endiablé. Le roman est court, ce qui fait une raison supplémentaire, s'il en fallait une, pour le lire séance tenante. Et pendant que vous lisez celui-ci, moi j'attaque le premier : Ressources inhumaines. Parce que quand on tient un tel auteur, on ne le lâche pas.

Excellent.

dimanche 2 avril 2017

Jenny - Fabrice Colin

Résumé :
Cayucos, Californie. Dans une villa au bord du Pacifique, un homme désespéré remplit un cahier noir. Dans sa cave, ligotée, une femme obèse, à peine consciente. Avant de la tuer, l’homme veut raconter son histoire.
Quelques mois plus tôt… Un an après la disparition de sa femme, le chroniqueur Bradley Hayden est détruit. Il s’étourdit dans des liaisons sans lendemain via un site de rencontres. Un jour se présente une femme qui ne correspond en rien à la description qu’elle a faite d’elle. Jenny, 300 livres, QI redoutable, lui montre une vidéo de son épouse. April est en vie. Obéis-moi en tout, et elle le restera.
Dès lors, Bradley est contraint de suivre Jenny dans une épopée meurtrière.
Traqués par la police, ils sillonnent le pays, tandis que Ron, le détective privé aux méthodes zen peu conventionnelles, tente de retrouver April.
Pourquoi Jenny tue-t-elle ? A-t-elle choisi April au hasard ? Bradley pourra-t-il retrouver sa femme à temps ?
Entre passé et présent, scandales politiques et cavale meurtrière, déserts brûlants et cités labyrinthiques, un terrible compte à rebours est enclenché, aux portes de la folie.

En cette époque où la mode est (de plus en plus) au thriller, chaque écrivaillon se sentant investit du devoir d'apporter sa pierre, souvent branlante, à l'édifice, cela fait un bien fou de lire, dans le genre, un «véritable» auteur. Je le sais (qu'il est un vrai auteur), depuis la trilogie Winterheim ou À vos souhaits ou Vengeance, autant de livres que je devrais relire pour vous en parler. Mais c'est une autre histoire.
Le genre dans lequel je connaissais l'auteur était la fantasy. Je n'avais encore jamais lu un thriller issu de sa plume, mais je n'étais pas inquiet.
D'abord, qu'est-ce que c'est bien écrit ! Et s'agissant d'un auteur français, on ne peut suspecter un traducteur talentueux d'avoir amélioré le style. Et qu'est-ce que c'est intelligent ! D'aucuns, grognons, diront peut-être que tout n'est pas immédiatement compréhensible... ni après coup non plus, d'ailleurs. Je ne le nie pas. Mais le narrateur n'étant lui-même plus très sûr de ses souvenirs, ni de leur réalité, le récit se trouve empreint d'une certaine confusion tout à fait justifiée.
Un petit bémol dans toutes ces louanges, c'est que le personnage de Jenny, qui a tout de même donné son nom au titre même de l'ouvrage, est moins présent que je ne l'aurais pensé-voulu-souhaité. Mais qu'importe, l'ensemble est une vraie réussite et Fabrice Colin arriverait à nous faire croire qu'il est né et a toujours vécu aux États-Unis. C'est fort. Très fort.

Très bon.

Cet été là - Lee Martin

Résumé :
Tout ce qu'on a su de cette soirée-là, c'est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu'elle n'était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l'Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l'enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n'a jamais su ce qui était arrivé à Kathy.
Que s'est-il réellement passé cet été là ?
Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent.
Le frère de Katie, son professeur, la veuve d'un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient.
Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd'hui encore, qui manipule qui ? 

Cet été là, c'est l'histoire d'un drame. D'un drame épouvantable. Sans doute le plus épouvantable des drames. La disparition d'une fillette. Autour de ce fait divers, l'auteur nous raconte un été caniculaire dans une petite ville des États-Unis, au travers du témoignage de plusieurs des protagonistes.
Ce roman est un roman sur la culpabilité, le mensonge, la dissimulation, les différences de classe sociale. C'est un portrait réussi d'une petite ville des États-Unis et de ses habitants, un genre romanesque dont beaucoup d'auteurs américains se sont fait les champions. J'ai toujours beaucoup de plaisir à voir vivre sous la plume d'un bon auteur ces microcosmes passionnants. 
Et de bon auteur, Lee Martin en est un, assurément. Son style est agréable et ses personnages particulièrement fouillés. Quant à l'histoire, elle nous est livrée de façon parcellaire, sous forme d'un puzzle que nous tentons de reconstituer, chacun des personnages s'exprimant tour à tour et nous livrant sa version des faits. La reconstitution est d'autant plus difficile (et c'est bien là l'intérêt de la chose), que les pièces qui nous sont fournis sont parfois minuscules, voire insignifiantes, ou bien fausses et ne rentrant pas à leur emplacement, les mensonges étant nombreux. Les allers-retours dans le temps  sont fréquents. Enfin, certaines pièces ont un contour flou, les faits remontant à plus de trente ans et les protagonistes ayant à faire des efforts de mémoire.
Nous sommes donc tenus en haleine du début à la fin. Une fin dont le lecteur sent bien très vite qu'elle ne sera pas heureuse. Dès lors, ce qu'on attend du dénouement, c'est qu'il nous apporte les réponses à toutes les questions que nous nous posons.
Paradoxalement, les amateurs de thriller pourront être déçus le livre ne rentrant finalement pas forcément dans cette catégorie. D'abord parce qu'il est bien écrit et que ce n'est pas toujours le cas des thrillers qui sont devenus en quelques années le nouveau genre à la mode et que tout le monde veut s'y essayer; ensuite parce que je le vois plutôt comme une magnifique étude d'un groupe humain.
Quoi qu'il en soit, Lee Martin est, selon moi, un auteur à suivre. Incontestablement.

Excellent. Coup de cœur
 

samedi 1 avril 2017

Sa Majesté des Mouches - William Golding

Résumé :
Soit un groupe d'enfants, de six à treize ans, que l'on isole sur une île déserte. Qu'advient-il d'eux après quelques mois? William Golding tente l'expérience. Après les excitantes excursions et parties de baignade, il faut s'organiser pour survivre. C'est au moins la réflexion de Ralph, celui qui fut élu chef au temps heureux des commencements, et du fidèle Piggy. Mais c'est ce que refusent de comprendre Jack, le second aspirant au "trône", et les siens. Cette première division clanique n'est pas loin de reproduire un schéma social ancestral. S'ensuivent des comportements qui boudent peu à peu la civilisation et à travers lesquels les rituels immémoriaux le disputent à une sauvagerie d'une violence sans limite. 

Je n'avais pas encore lu ce grand classique. La lacune est désormais comblée. Décidément, il va falloir que je copie ces deux phrases, ou leurs petites sœurs, quelque part et que j'en fasse des copié/collé tant je les utilise. En même temps, quand on aime lire et qu'on n'a qu'une seule vie, comme la plupart des gens (je ne connais pas d'exception, mais allez savoir), on se retrouve souvent dans cette situation de ne lire que tardivement ce que d'aucuns ont déjà lu, voire relu, depuis longtemps. Mais il faut bien une première fois. Passons.
Le roman est classé en littérature jeunesse. Disons-le tout de suite, il est parfaitement lisible pour un adulte. La violence de certaines situations pourraient même le destiner à des lecteurs avertis. Mais rien de gore, rassurez-vous. En définitive, tous les lecteurs, quel que soit leur âge, y trouvent leur compte.
Le style est agréable et le texte se dévore littéralement. Je n'aurais qu'un petit reproche à faire aux dialogues qui sont parfois malaisés à suivre. Les enfants (puisqu'il n'y a que des enfants dans l'histoire) ont souvent des répliques qui semblent sans rapport avec ce que leur interlocuteur vient de leur dire. C'est parfois déroutant. Mais c'est peut-être une façon pour l'auteur de nous indiquer que chacun est perdu dans ses propres pensées et n'écoute pas vraiment ce qu'on lui dit. Peut-être.
Les efforts faits par le groupe pour s'organiser et survivre sont intéressants à suivre même si l'auteur ne montre absolument aucun optimisme. Le lutte entre les «raisonnables» et les «sauvages» tourne vite à l'avantage des seconds qui deviennent de plus en plus nombreux au fur et à mesure que le temps passe.
Les premiers sont représentés essentiellement par Ralph et Piggy (Porcinet). Ralph devient vite le chef du groupe et symbolise la démocratie, les règles. Piggy symbolise le savoir mais il est gros, myope et asthmatique, trois caractéristiques qui le font mépriser par le reste des enfants, malgré son intelligence supérieure. De l'autre côté il y a  Jack, ex chef de la maîtrise du collège et qui devient chef des chasseurs. Il symbolise le guerrier et accessoirement, le brutalité et la violence.
Très vite, donc, la raison et le bon sens vont devoir s'incliner devant l'envie de s'amuser qui anime de plus en plus d'enfants, qui vont préférer n'écouter que leur instinct quitte à réduire à néant les chances d'être retrouvés et secourus.
J'ai peur d'être assez proche de l'idée que Golding se fait de l'humanité. Livrés à eux-même et sans les garde-fous de la société, les humains, et particulièrement les plus jeunes, sont probablement plus enclins à ne suivre que la loi du plus fort, quitte à mettre le groupe tout entier en danger.
Laissez dans une société de la place pour les peurs, les superstitions, la haine et nul doute que ces maux la submergent rapidement et la rendent incapable de protéger les plus faibles, les plus vulnérables et au final, de se protéger elle-même.

Très bon.