vendredi 26 août 2016

Ethan Frome - Edith Wharton

Résumé :
Ethan Frome, dans une petite ferme du Massachusetts, est sous la domination de sa femme Zenobia, une mégère. L'arrivée de Mattie Silver, une cousine de Zenobia, illumine la vie d'Ethan en lui apportant de la douceur et de la compréhension. Mais elle déchaîne la jalousie de la redoutable Zenobia, qui va réussir à chasser la jeune fille.

Ce roman est incontestablement un roman d'amour. Celui d'un amour malheureux. Et figurez-vous que le vieux grincheux que je suis adore les romans d'amour. À condition qu'ils soient écrits avec talent. Et du talent, Edith Wharton n'en manque certainement pas.
Et il en faut pour nous narrer de sublime manière les quelques jours du quotidien somme toute banal des trois personnages du livre. D'abord, il y a Ethan Frome, bien sûr.  Jeune homme qui a hérité d'une ferme et d'une scierie qui ne lui rapportent qu'à peine de quoi subsister à ses besoins en dépit des heures qu'il y passe chaque jour. Ensuite il y a Zenobia, dite Zeena, son épouse. Une femme hypocondriaque qui dilapide tout l'argent qu'il parvient à gagner. Non pas comme ces clichés de femmes frivoles et superficielles qui dépensent tout en toilettes et sorties. Non, elle, elle dépense tout en médicaments et visites chez le docteur. Et enfin il y a Mattie Silver, la cousine de Zenobia et accessoirement son souffre-douleur, le véritable soleil dans la vie d'Ethan. Et du soleil, les personnages en ont bien besoin tout ensevelis qu'ils sont sous une neige qui semble perpétuelle (le roman est d'ailleurs d'abord paru en France sous le titre Sous la neige).
Le style est simple et magnifique, les personnages attachants et vous allez adorer détester Zenobia.

Excellent. Coup de cœur.
 

Délivrances - Toni Morrison

Résumé :
Dans son onzième roman, qui se déroule à l’époque actuelle, Toni Morrison décrit sans concession des personnages longtemps prisonniers de leurs souvenirs et de leurs traumatismes. Au centre du récit, une jeune femme qui se fait appeler Bride. La noirceur de sa peau lui confère une beauté hors norme. Au fil des ans et des rencontres, elle connaît doutes, succès et atermoiements. Mais une fois délivrée du mensonge – à autrui ou à elle-même – et du fardeau de l’humiliation, elle saura, comme les autres, se reconstruire et envisager l’avenir avec sérénité.

Ceci est le second roman de Toni Morrison que je lis, et j'y retrouve un procédé littéraire qui me fait penser que c'est peut-être la signature de l'artiste. La plupart des chapitres tournent autour d'un et souvent d'un seul des personnages du livre. Comme si, pour Toni Morrison, l'être humain était condamné à vivre, sinon isolé, du moins loin de ses proches (Arutha, roi de l'oxymore). Ici, les chapitres sont tour à tour écrits à la première personne, par différents narrateurs et à la troisième personne par une sorte de narrateur omniscient. Cela donne au roman l'aspect d'un documentaire consacré au personnage principal, Bride et parsemé des témoignages des gens qui l'ont approchée. C'est ainsi que nous assistons aux évènements, passés ou présents, à travers les yeux de Bride, bien sûr, mais aussi Sweetness, sa mère, quasiment blanche de peau et qui rejettera une bonne partie de sa vie sa fille si noire. Brooklyn, sa meilleure amie et collègue. Sofia, une ancienne institutrice que le témoignage de Bride, enfant, enverra en prison. Rain une petite fille dont les parents adoptifs recueille un temps Bride. Booker, l'ex petit ami qui l'a quittée brutalement.
Et comme toujours, et toujours avec autant de subtilité, s'en avoir l'air d'y toucher, Toni Morrison dresse le portrait d'une Amérique toujours raciste.
Une magnifique plume et un sacré talent de conteuse. Merci madame Morrison.

Très bon. 

mercredi 24 août 2016

Maîtres du jeu - Karine Giebel

Résumé :
Il y a des crimes parfaits.
Il y a des meurtres gratuits.
Folie sanguinaire ou machination diabolique, la peur est la même. Elle est là, partout : elle s insinue, elle vous étouffe... Pour lui, c est un nectar. Pour vous, une attente insoutenable. D où viendra le coup fatal ? De l ami ? De l amant ? De cet inconnu à l air inoffensif ? D outre-tombe, peut-être...

Ce recueil comprend les nouvelles Post-mortem et J aime votre peur.

Dire que j'aime ce que fait Karine Giebel est un doux euphémisme. Cependant, je n'ai pas complètement adhéré à ce recueil de deux nouvelles. Les intrigues sont pourtant prometteuses. Une jeune, belle et célèbre actrice hérite une maison de la part d'un inconnu. Que se cache-t-il derrière ce cadeau post-mortem ? Un tueur psychopathe s'échappe de l'hôpital où il était retenu. Son objectif, faire le plus de morts possible.
Malheureusement, ça ne prend pas, ou pas vraiment. Le mécanisme de la première nouvelle est pourtant bien foutu. Mais on dirait que les deux textes sont issus d'une commande ou bien ne sont que des exercices de style. Des entrainements.  La crédibilité n'est pas tout à fait au rendez-vous et le tout est un peu bâclé.  De là à penser que l'auteure est plus à l'aise dans les romans, où elle peut développer ses idées, installer une ambiance, il n'y a qu'un pas que je franchis allègrement.
Vous n'aurez pas la sensation de perdre votre temps avec ce recueil et le livre ne va pas vous tomber des mains. Mais préférez-lui Terminus Elicius (son premier roman) ou, mieux encore, Juste une ombre, Meurtres pour rédemption. Jdçjdr.

 Moyen

Le collier rouge - Jean-Christophe Rufin

Résumé :
Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l'été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d'une caserne déserte.
Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit.
Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère.
Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes.

Trois personnages et, au milieu d'eux, un chien, qui détient la clef du drame...

Ceci est ma première incursion dans l'univers de Rufin et il y a fort à parier que ce ne sera pas la dernière.
Le récit prend place dans une petite ville du Berry et en particulier, son ancienne caserne désaffectée transformée en prison. Nous sommes en 1919. Le seul prisonnier des lieux est un soldat décoré pour bravoure. Il attend l'arrivée du juge militaire chargé de l'instruction de son affaire. Affaire dont on ne saura rien, quasiment jusqu'à la fin. Quand le juge arrive, un jeune commandant idéaliste, les choses ne se déroulent pas comme prévues. Alors que l'officier cherche tous les moyens possibles pour minimiser la gravité de l'acte et libérer le prisonnier, ce dernier lui rend la tâche difficile en refusant, notamment, de travestir ce qu'il considère comme étant la vérité des faits. Toute cette lutte insolite à lieu dans les aboiements incessants du chien du prisonnier. Chien qui joue un rôle de premier plan dans l'explication du comportement étonnant de son maître.
 Les qualités du roman sont nombreuses. D'abord il est court, ce qui est toujours agréable par les temps qui courent où la priorité est donnée aux pavés. Il est fort bien écrit et cependant, fort agréable à lire et d'une grande fluidité. Il y avait longtemps que je n'avais pas lu un livre sans buter, ne serait-ce que de temps en temps, sur une phrase. Et puis il y a l'ambiance, admirablement restituée. On EST littéralement dans cette petite ville, dans cette caserne-prison, sur cette place en compagnie du chien. On est à la guerre lorsque le soldat relate les évènements qui l'ont conduit en prison. On transpire avec les personnages.
J'ai pris un immense plaisir à dévorer ce petit roman qui parle de l'absurdité de la guerre, de fidélité, de loyauté, d'orgueil, d'amour. Et de chiens...
C'est sans conteste un immense coup de cœur que je vous invite à découvrir séance tenante. Il ne vous faudra guère plus d'une heure et demie pour en venir à bout.

Excellent. Coup de cœur.

mardi 23 août 2016

L'adjacent - Christopher Priest

Résumé :
En Anatolie, l'infirmière Melanie Tarent a été victime d'un attentat singulier : totalement annihilée, elle n'a laissé au sol, comme seul vestige de son existence, qu'un impossible cratère noir et triangulaire. De retour en République Islamique de Grande-Bretagne, son mari, le photographe free-lance Tibor Tarent, apprend qu'un attentat a eu lieu le 10 mai à Londres, qu'il a fait cent mille morts, peut-être le double. Là aussi, la vaste zone touchée était inscrite dans un triangle parfait. Alors qu'il est emmené dans une base secrète afin d'être interrogé sur ce qu'il a observé en Anatolie (globalement rien, en dehors de l'étrange point d'impact), Tibor entend parler pour la première fois du phénomène d'adjacence. Mais à bien y réfléchir, est-ce vraiment la première fois ?

De Priest, je n'avais lu et cela fait fort longtemps que Le monde inverti. Ne me demandez pas de quoi cela parle, vous savez bien que j'oublie tout ce que je lis dès que je l'ai lu (ou peu s'en faut). C'est pourquoi je parlerai d'une semi découverte concernant cet auteur dont la réputation n'est plus à faire.
Difficile de parler de ce livre sans le spoiler. Ce qui fait sa substance est un mystère qui ne trouve son explication qu'à la toute fin (quoique) mais le récit est parsemé de petits indices subtilement amenés qui nous permettent de reconstitué, même partiellement, le puzzle de l'histoire.  Je ne rentrerai donc pas dans les détails.
Sachez simplement que le roman commence dans un monde quelques dizaines d'années plus vieux que le nôtre et qui n'a pas forcément évolué dans le bon sens. La Grande-Bretagne est devenue une République Islamique. Rien de nécessairement horrible, d'ailleurs. Mais rendez-vous compte. Une République !
À côté de ça, le climat est devenu plus dingue que jamais. Les tempêtes tropicales possédant désormais des petites sœurs énergiques : les tempêtes tempérées. Les TT. Elles sont joliment baptisées d'après les noms de personnalités aux initiales doubles. Genre TT Edward Elgar (compositeur), TT Danielle Darrieux, TT Federico Fellini... Et elles ravagent à qui mieux mieux les pays qui ne connaissaient ordinairement pas le phénomène, en particulier l'Europe et en particulier la Grande-Bretagne.
Les conflits et les attentats sont omniprésents, nos descendant n'ayant visiblement, dans l'esprit de Priest, pas perdu notre goût à nous foutre sur la gueule.
C'est dans ce contexte que le personnage principal, un photographe indépendant, en mission en Turquie, perd son infirmière de femme dans un attentat. Et perdre est bien le bon terme puisqu'on ne retrouvera aucune trace du corps. On suit alors les tribulations du malheureux qui est pris en charge par les autorités qui souhaitent faire avec lui un débriefing.
Puis soudain, nous sommes projetés dans d'autres époques d'autres lieux et avec d'autres personnages. Encore que, à ce dernier niveau, quelques points communs apparaissent entre eux. Nous revenons parfois au premier récit pour mieux le quitter ensuite et ce, jusqu'à la révélation finale (bon, enfin, il reste encore deux, trois trucs à expliquer mais globalement, on comprend tout).
Si vous aimez les histoires un peu alambiquées (pas trop), mystérieuses, avec des vrais morceaux de guerre dedans, des avions, des photos, des gens bizarres et même, oui, même de l'amour, alors ce roman est fait pour vous.
Je ne connais donc pas bien Priest, mais si (je n'en sais rien) ce livre est le moins bon de ce qu'il a déjà écrit, nul doute que je vais me précipiter pour combler mes lacunes.
Un très bon livre. Et tiens, je le répète en dessous. Et en gras.

Très bon