mardi 17 novembre 2015

Diamond Dogs, Turquoise Days - Alastair Reynolds

Résumé :
Diamond Dogs, ou le stupéfiant périple d'une expédition aux confins d'une planète morte abritant la Flèche. Quelle est la raison d'être de ce monument-piège quasi conscient? Pourquoi ces énigmes mathématiques de plus en plus complexes, étage après étage, auxquelles sont confrontés les membres de l'expédition ? Des énigmes qui se révèlent bientôt mortelles...

Turquoise Days, ou la rencontre des Mystifs, le plus fascinant des organismes marins de la planète Turquoise. Les plongeurs qui se sont risqués à leur contact y ont laissé leur mémoire, leur empreinte au cœur de cette immense conscience collective. Naqi Okpik. y a perdu sa sœur. Parviendra-t-elle à percer le secret de ce monde lointain et protégé ?

J'ai bien peur de ne pouvoir faire mieux qu'une chronique très courte, aussi courte que les mini romans (les novellas comme disent nos amis anglo-saxons) dont il est question.
J'ai certes passé un assez bon moment avec l'un comme avec l'autre. Réellement. Peut-être un meilleur moment avec le premier, Diamond Dogs qu'avec le second, Turquoise Days. 
Bon, il faut sans doute que je développe un petit peu.
Diamond Dogs est un pur roman d'aventure. Il y est question d'un groupe de personnes, toutes choisies pour leur compétence particulière partant à l'assaut d'une espèce de « tour à énigmes » qui sanctionne les mauvaises réponses par des membres arrachés, découpés, déchiquetés quand ce n'est pas par la mort, pur et simple, de préférence dans d'atroces souffrances.
Turquoise Days est davantage une oeuvre écologiste. Même si je me sens vraiment très, très concerné par les problèmes d'environnement qu'il va nous falloir résoudre dans les années qui viennent, j'avoue avoir un peu de mal avec les romans militants dans ce domaine. Ne me demandez pas pourquoi : je n'en sais rien. Toujours est-il que, chez moi, l'auteur n'a pas trouvé sa cible.

Globalement, j'oserai dire que ce recueil est très dispensable. Préférez-lui, de mon humble point de vue, les autres romans du cycle des inhibiteurs (L'espace de la révélation, La cité du gouffre...), excellents. Un peu ardus, peut-être, mais excellents.
 

Le vieil homme et la guerre - John Scalzi

Résumé
“J’ai fait deux choses le jour de mon soixante-quinzième anniversaire. Je suis allé sur la tombe de ma femme et je me suis engagé.” À soixante-quinze ans, l’âge minimum requis, John Perry n’est pas le seul à intégrer les Forces de défense coloniale, le seul ticket pour les étoiles, mais sans retour. Plus rien ne le retient sur Terre. Combien d’années de vie peut-il encore espérer? En revanche, s’engager, c’est défendre la Terre, protéger l’expansion de l’humanité dans les étoiles, retrouver une seconde jeunesse et, à l’issue du service, obtenir le statut de colon sur une planète nouvelle. Sur Terre, nul ne sait ce qu’il advient de ces recrues à part qu’on leur promet une guerre sans merci contre la myriade d’espèces intelligentes qui se partagent un “ espace vital” interstellaire beaucoup trop étroit. John Perry devient donc soldat. Avec son nouveau statut commencent les révélations, inimaginables.

Dès le début de la lecture, et l'impression dure encore longtemps, nous avons le sentiment d'être en présence d'un clone de Étoiles, garde-à-vous ! (plus connu sous le titre de Starship Troopers) de Robert Heinlein ou de La Guerre Éternelle de Joe Haldeman.
Ici aussi, on commence par  l'enrôlement de recrues terrestres pour aller combattre l'ennemi extra-terrestre, puis on suit leur entraînements, leurs premières missions, leur entrée dans le coeur du conflit.
Rien de bien nouveau sous le soleil, donc, mais quand on aime (et moi j'aime) on ne compte pas. Rien de nouveau sauf que, en l'occurrence, les recrues ne sont plus vraiment de la première jeunesse (d'où le titre). L'âge est même une condition sine qua non pour être engagé. Pour deux années de service (renouvelables), les candidats soldats ont la promesse de retrouver leur jeunesse et de bénéficier, au terme de leur engagement, d'une retraite dorée. Ce qui, au vu de la violence des combats, est loin d'être acquis.
Parce que, et là aussi c'est une constante du genre, les  nouvelles recrues, malgré des avantages physiques, psychologiques et technologiques indéniables, tombent comme des mouches.
Autre chose qui distingue ce roman de ses illustres prédécesseurs, c'est le questionnement que nous livre l'auteur sur l'identité. Qu'est-ce qui fait qu'un individu est lui-même ? Son corps, son esprit, ses souvenirs, son âme ? La réponse n'est pas dans le livre, mais vous y trouverez quelques éléments pour tenter de répondre à la question vous-même.
Les personnages, et en particulier le narrateur, John Perry, qui ne manque pas d'humour,  sont assez attachants.
Le vieil homme et la guerre n'est, à mon avis, sans doute pas le roman du siècle, mais nul doute qu'il vous fera passer un excellent moment, à condition, bien entendu, d'apprécier les romans de guerre intersidérale. 
 

dimanche 15 novembre 2015

Les chutes - Joyce Carol Oates

Résumé :
Veuve au matin d'une nuit de noces hallucinante, lorsque son époux, un jeune pasteur, se suicide en se jetant dans les Chutes du Niagara, Ariah Littrell se considère désormais comme vouée au malheur. Pourtant, au cours de sa semaine de veille au bord de l'abîme, en attendant qu’on retrouve le corps de son mari d’un jour, La Veuve banche des Chutes (ainsi que la presse l’a surnommée avant d’en faire une légende) attire l’attention de Dirk Burnaby, un brillant avocat au cœur tendre, très vite fasciné par cette jeune femme étrange.Une passion improbable et néanmoins absolue lie très vite ce couple qui va connaître dix ans d’un bonheur total avant que la malédiction des Chutes s'abatte de nouveau sur la famille. Désamour, trahison, meurtre ? C'est aux enfants Burnaby qu'il reviendra de découvrir les secrets de la tragédie qui a détruit la vie de leurs parents. Une quête qui les obligera à affronter non seulement leur histoire personnelle mais aussi un sombre épisode du passé de l’Amérique : les ravages infligés à toute une région par l’expansion industrielle gigantesque des années 50 et 60, expansion nourrie par la cupidité et la corruption des pouvoirs en place.

Je n'avais jamais entendu parler de cette auteure jusqu'à ce que je tombe sur cette chronique de Tigger Lilly, merci à elle. Mon amie blogueuse a aimé, c'est donc somme toute assez confiant que je me lançais à mon tour dans ma lecture.
Dans la lecture de ce roman qui parle de... qui parle de... oui, qui parle de quoi en fait ? Ah oui, qui parle d'un couple particulièrement religieux. Ça parle donc de mariage et de religion. Ah bah non. Il meurt. Ça parle donc d'une veuve. Ah bah non, elle se marie. Ça parle donc d'un couple, finalement, mais moins religieux du coup. Mais arrive un enfant. Ça parle donc d'une famille. Et accessoirement, ça parle aussi d'un scandale sanitaire.
En fait, et cela finit progressivement par poser problème, on ne sait pas réellement de quoi parle le roman. Et rien de tel pour perdre un lecteur (au sens propre comme au sens figuré) que de partir, ou sembler partir, comme ça, un peu dans tous les sens.
Sauf que voilà, le style de Oates est tel que, non, rien à faire, impossible d'abandonner la lecture. Et puis, si après tout, le véritable sujet du livre c'était tout simplement celui évoqué par son titre ? Parce que, pour le coup, s'il est un « personnage » dont on parle du début à la fin, c'est bien des chutes. De la fascination qu'elles exercent, des nombreux suicides qu'elles suscitent, de leur présence visuelle de tous les points de la région, de leur présence sonore, également, parce que ça fait du boucan, tout de même, toute cette eau qui tombe, de l'industrialisation à outrance de la région et des problèmes environnementaux que cela provoque.
Mais pour être honnête, il est surtout question de cette femme, Ariah Littrell, des épreuves qu'elle traverse et aussi (surtout ?) de ses obsessions, de ses craintes, des combats intérieurs qui la rongent et qui frisent parfois la folie. Et des rapports, toujours difficiles et complexes avec ses proches, que ce soit ses parents, son mari ou ses enfants.
Quoi qu'il en soit,  que ce roman puisse être accusé de manquer d'homogénéité ou pas, c'est un merveilleux plaisir de lecture qui nous entraine dans un tourbillon créé d'ailleurs sans doute par sa supposée hétérogénéité et ne peut se lâcher avant le point final.
Une auteure dont je vais probablement renouveler la lecture. En anglais si j'en ai le courage. C'est en effet ma nouvelle lubie, mais, chut ! je vous en reparlerai.

samedi 31 octobre 2015

Titan - Stephen Baxter

Résumé
2004 : les analyses de la sonde Cassini-Huygens sur la composition de la surface de Titan, l'une des lunes satellites de Saturne, révèlent que toutes les conditions atmosphériques et chimiques permettant l'existence d'une vie organique y sont rassemblées. Pendant plusieurs années, des astronautes, ingénieurs et scientifiques de la NASA vont se heurter aux volontés contraires de l'armée, s'opposer aux coupes budgétaires stratégiques d'une bureaucratie frileuse et lutter contre le reniement par le gouvernement des ambitions spatiales du passé pour imposer le lancement d'une mission vers Titan. Mission, qui au-delà des temps et des dimensions, les conduira aux limites du savoir humain...

Ce roman n'a rien de conventionnel et il est même assez atypique dans son genre. Habituellement, lorsqu'un auteur de science-fiction nous parle de voyages dans l'espace, il situe son action à une époque où ceux-ci sont devenus monnaie courante. Ils sont confortables, presque sans danger, rapides. Il n'hésite pas à imaginer des avancées scientifiques et/ou technologiques pour s'affranchir de certaines contraintes, notamment celles du temps nécessaire à de tels voyages.
Chez Baxter, rien de tout cela. Il ne se base, dans son récit, que sur les données connues et les possibilités techniques de l'époque (1997). Du coup, le voyage vers Titan est beaucoup moins idyllique. Le rêve se transforme en véritable cauchemar. Aucun geste du quotidien ne nous est épargné, ou peu s'en faut. Du coup, ça donne nettement moins envie d'y aller. Celles et ceux qui apprécient, en priorité, le côté merveilleux de la science-fiction risquent d'être un peu déroutés. Mais, au moins, ils auront la satisfaction de se dire que tout ce qu'ils lisent est parfaitement crédible et vraisemblable si ça n'est pas vraiment glamour.
Quant au monde qui sert de cadre à l'aventure, il est d'abord décrit de façon assez timide, discrète, par Baxter. Il a, dans un premier temps, tout l'air d'être celui que nous avons connu à l'époque, à la fin des années 1990. Seuls quelques légers détails, tout d'abord à peine perceptibles, nous indiquent que nous sommes bien dans un univers romanesque et plus spécifiquement dans un roman de science-fiction. Dans cette partie du récit, l'ambiance vire, lentement mais sûrement, à la dystopie. Les fonds à destination de la Nasa se font de plus en plus faibles, internet est bridé, le candidat le mieux placé pour la course à la présidence des USA (et qui sera élu) est tellement à droite, qu'il ferait passer Bush pour un gauchiste...
J'avoue n'avoir pas été complètement convaincu par cet aspect du livre. Il m'a donné l'impression que Baxter y était moins à l'aise que lorsqu'il s'agit de parler technique mais qu'il s'est senti obligé de décrire l'environnement politique et économique de la mission pour Titan.
La fin du roman est très noire et m'a même mis mal à l'aise (notamment en évoquant un évènement qui ne laisse jamais de me bouleverser) et Baxter tente d'en atténuer les effets par un tour de passe-passe (et un saut dans le temps de quelques milliards d'années, excusez du peu), qui a tout d'une pirouette. 
Au bout du compte, et même si Baxter ne tombe pas dans le travers de certains de ses confrères, qui nous noient dans des spéculations techniques et/ou scientifiques qui frisent parfois (souvent ?) l'invraisemblable, il ne parvient jamais réellement, où seulement trop rarement, à donner à son récit un souffle, une âme qui nous prendraient pour ne jamais nous lâcher.
Je n'irai pas jusqu'à dire que Titan est ennuyeux, mais force m'est de constater que je lui préfère, et de loin, les romans de Space opera certes, souvent moins crédibles, mais au combien plus enthousiasmants.
À lire, de préférence, par tous ceux qui vont préférer l'extrême vraisemblance à la magie de l'imagination. Je vous aurai prévenu.

vendredi 30 octobre 2015

L'homme des jeux - Iain M. Banks

Résumé
Dans l'empire d'Azad, le pouvoir se conquiert à travers un jeu multiforme. Jeu de stratégie, jeu de rôle, jeu de hasard, le prix en est le trône de l'Empereur. Gurgeh est le champion de la Culture, une vaste société galactique, pacifique, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique où le jeu est considéré comme un art majeur. S'il gagne, la paix sera sauvée entre la Culture et Azad. S'il perd... Voici le premier volume de la fameuse série de la Culture qui a renouvelé avec humour et panache le thème de la société galactique. Il sera suivi de L'Usage des armes et de Une forme de guerre. 

J'ai lu ce roman il y a quelques temps déjà mais je n'en avais alors pas fait de critique. Ou celle-ci se cache quelque part dans les tréfonds de mon blog. Quoi qu'il en soit, j'ai voulu le relire compte tenu du bon souvenir que j'en avais gardé et ne pas oublier cette fois-ci d'en faire le compte rendu.
Mais je dois bien reconnaitre que, contrairement à d'habitude, je ne trouvais pas quoi en dire immédiatement après en avoir terminé la lecture. J'imaginais même déjà un dialogue virtuel entre vous et moi :
- J'ai beaucoup aimé.
- Pourquoi ?
- Parce que. 
Mais je sentais confusément que c'était un peu léger.
Et pourquoi me révélai-je donc incapable d'en dire plus, au moins dans un premier temps ? La faute peut-être à un synopsis qui tiendrait aisément en une phrase : c'est l'histoire d'un joueur qui joue à un jeu (et placer trois mots ayant la même racine c'est magnifique... ou abominable, au choix). Parce que c'est ça l'histoire. Il y a peu d'autre action en dehors du jeu. Sauf que.
Sauf que ce premier roman de la série consacrée à la Culture (même si Wikipedia en fait le deuxième) est une occasion de nous présenter ce qu'est cette société. Le jeu dans lequel est embarqué Gurgeh n'est qu'un prétexte. D'ailleurs, l'auteur ne rentre jamais dans le détail lorsqu'il décrit les différentes parties qui ponctuent la compétition. Personnellement, je n'ai rien compris aux règles et je serais bien en peine de dire à quoi peut bien ressembler le jeu (un wargame ?) 
Non, ce qui compte c'est moins le jeu lui-même que ses conséquences. Songez donc ! Le vainqueur devient, de fait, l'empereur d'Azad, monde où se situe l'action. Et au-delà même de cette conséquence, ce qui intéresse l'auteur, c'est l'affrontement de deux mondes, de deux conceptions de la société. 
D'un côté Azad, société féodale, violente, barbare, sexiste. Et, petite parenthèse, en matière de sexisme, Banks renouvelle un peu le sujet en introduisant un troisième sexe, les apicaux, socialement et hiérarchiquement supérieur aux deux autres.
De l'autre côté, la Culture (oui, avec un grand C). C'est une société libertaire, voire anarchiste, sans loi et sans hiérarchie. L'argent n'existe plus, pas plus que la propriété. Cette utopie n'est possible que parce que l'avancée technologique est telle que les besoins de chacun sont comblés et que plus personne n'a de nécessité de travailler.
Mais cette société idéale est loin d'être aussi innocente qu'elle veut bien le faire croire et la fin du roman est, en l'occurrence, très éclairante sur la capacité de celle-ci à la manipulation.
Enfin, je ne résiste pas au plaisir de vous citer quelques uns des noms propres qui émaillent le récit, parce qu'à mon avis, ils valent vraiment le détour.
Chez les humains nous avons : Jernau Morat Gurgeh (le héros), Yay Méristinoux (son amie et amante, qui changera de sexe lors du voyage de Gurgeh), Shohobohaum Za. 
Chez les drones (sortes de petits robots intelligents) : Chamlis Amalk-ney, Flère-Imsaho, Mawhrin-Skel.
Chez les azadiens : Lo Péquil Monénine senior, Lo Prinest Bermoiya, Yomonul Lu Rahsp.
Quant aux vaisseaux spatiaux, ils ne sont pas en reste, avec des noms comme : Culte du Cargo, Jeune Voyou, Attitude Souple, Regrettables Témoignages Contradictoires, Parle à mon cul (si,si, je vous jure),Tant pis pour la subtilité.
L'homme des jeux est un excellent roman, qui se lit facilement et avec grand plaisir. Je n'ai pas encore poursuivi mon aventure dans le monde de la Culture, mais cela devrait être réparé dans un avenir proche.