dimanche 5 février 2017

Le club des punks contre l'apocalypse zombie - Karim Berrouka

Résumé :
Les zombies ont envahi Paris. Un groupe de punks décide de profiter de la situation pour faire flotter le drapeau anarchiste sur la tour Eiffel. Mais, dans l'ombre, des rescapés du Medef ourdissent également un plan infernal.
Mêlant univers punk et humour, ce roman post-apocalyptique, ode à l'anarchie et à l'amitié, aborde aussi des questions de société. 

Je ne suis pas trop fan des histoires de zombie. À part World War Z mais bon, on est d'accord... Je ne connais pas l'univers punk et je ne m'y suis jamais intéressé. Je n'apprécie que modérément l'humour dans les livres et en particulier dans la littérature de l'imaginaire. Enfin si, j'aime bien, mais à petites doses. Vous imaginez donc à quel point j'entrais dans la lecture de ce roman à reculons.
 Eh bien, foin de suspense insoutenable : j'avais tort et j'ai passé un excellent moment. D'abord, et c'est important de le souligner, ce n'est pas ce que décrit l'auteur (excellent) qui est drôle. D'ailleurs, pas du tout. C'est même plutôt tragique. C'est plutôt la façon de le dire qui l'est. Le ton, le style, le vocabulaire, les images, tout est drôle. Alors bien sûr, de temps en temps, ce sont les situations qui sont cocasses. En particulier lorsque Karim Berrouka introduit dans son récit des personnages publics pour le moins inattendus. Il en profite d'ailleurs pour régler quelques comptes, assez gentiment d'ailleurs.
Mais ce roman n'est pas simplement un roman humoristique. C'est aussi un vrai roman fantastique. Avec de vrais morceaux de zombies dedans. C'est le cas de le dire. Des zombies (presque) ordinaires. Sauf que, bon, des zombies vraiment ordinaires, c'est pas drôle. L'auteur les a donc dotés de caractéristiques inédites qui pimentent le récit. Et c'est également un roman politique. Mais pas dans le sens ennuyeux. Bien au contraire. C'est juste le regard aiguisé d'un homme sur la société qui nous entoure.
On peut ajouter à cela des personnages très attachants, la plupart complètement barrés, mais infiniment sympathiques.
Pour couronner le tout, j'ai particulièrement apprécié, à titre personnel, pour le coup, que le plus gros de l'action se situe dans l'est parisien, quartier de mon enfance, de mon adolescence et même du début de ma vie d'adulte. J'ai même ressenti une satisfaction limite puérile (mais j'assume) à reconnaître, à sa description, la place Félix Eboué à Paris, dans le 12ème arrondissement. Souvenirs, souvenirs.
Ma seule restriction concernera la fin. Au premier abord, elle semble insatisfaisante. Trop ouverte et pas assez explicite. Puis, à la réflexion, il m'est apparu que c'est probablement une façon, pour l'auteur, de conclure que l'Anarchie ne saurait survivre sans son adversaire séculaire, j'ai nommé la religion. Ou, si ce n'est l'Anarchie, du moins les anarchistes.
Malgré tout, le roman est excellent et jubilatoire. A lire pour passer un très, très bon moment.

Merci (le énième)  à Fan2polar qui m'a conseillé cet auteur et en particulier ce livre. Sa chronique.

Très bon

lundi 16 janvier 2017

En douce - Marin Ledun

Résumé :
Sud de la France.
Un homme est enfermé dans un hangar isolé. Après l’avoir séduit, sa geôlière, Émilie, lui tire une balle à bout portant. Il peut hurler, elle vit seule dans son chenil, au milieu de nulle part.
Elle lui apprend que, cinq ans plus tôt, alors jeune infirmière, elle a été victime d’un chauffard.
L’accident lui a coûté une jambe. Le destin s’acharne.
La colère d’Émilie devient aussi puissante que sa soif de vengeance. 

Lorsque j'ai entamé la lecture de ce roman, je me suis dit : « Chouette ! Un remake, ou plutôt rewrite de Misery de Stephen King. » Si le résultat ne devait même être qu'à moitié aussi bien, ça promettait, malgré tout, un bon moment. Hélas, très vite l'histoire s'éloigne du chef-d’œuvre du maître de l'horreur. Nous assistons à la (longue et pénible) introspection de l'héroïne qui doit nous permettre de comprendre, c'est du moins probablement le souhait de l'auteur, ce qui l'amène à faire ce qu'elle fait. Sauf qu'à la fin, on ne comprend pas davantage ses motivations qu'au début. Et en même temps, on n'en a pas grand chose à faire, parce que cette héroïne, qui est finalement le seul vrai personnage du livre, les autres n'étant que très, très secondaires, même le séquestré, cette héroïne, donc, est particulièrement antipathique. Mais du genre championne du monde.
Pour faire court, En douce est un roman ou il ne se passe, finalement, pas grand chose, qui m'a laissé sur ma faim et m'a fait regretté les instants que j'y ai consacré, même si,  il faut être honnête, je ne me suis pas réellement ennuyé à sa lecture. Dispensable, donc, à mon humble avis.

Bof.

L'avis, pas du tout pareil, de fan2polar.

dimanche 15 janvier 2017

La salamandre - Jean-Christophe Rufin

Résumé :
Catherine, dont la vie s'organisait autour du travail avec la haine des dimanches, le secours de la télévision, l'affection d'un chat et l'usage fréquent de somnifères, tourne le dos à la France pour s'installer au Brésil. Dépassant sa condition de touriste, elle quitte l'univers des agences de voyages pour celui des favelas. La violence avec laquelle les gens se traitent entre eux ne lui est alors plus épargnée. Dans ce récit d'un parcours absolu, Jean-Christophe Rufin livre une tragédie moderne, où l'héroïne semble soudain obéir à une loi profonde qui la pousse à se détruire et à s'accomplir en même temps. À travers ce portrait d'une femme qui se perd et se découvre, l'auteur reprend aussi un thème qui lui est cher, celui de la rencontre entre les Occidentaux et leur tiers-monde fantasmé. Loin de la vitrine exotique et du mythe révolutionnaire, il va au-delà de la vision idéalisée, tout au moins " idéologisée ", du tiers-monde, vers un monde ambivalent, fait à la fois de richesse et de violence, repoussant et attirant.

Le début du roman commence par un récit d'une grande banalité. Les vacances d'une jeune française à Recife. En même temps, je ne la ramène pas trop parce que moi, je n'ai jamais mis les pieds en Amérique du sud. Donc, les vacances de cette française «moyenne» au Brésil, ce pays qui fait tant rêver bon nombre de nos compatriotes, ne sont pas si banales que ça. Mais, malgré tout, cela reste des vacances dans tout ce que cela peut avoir de plus ordinaire. Puis, progressivement, presque sournoisement, le séjour bascule de l'ambiance de carte postale à celle, moins rieuse, d'un tableau de Jérôme Bosch, du rêve au cauchemar, du paradis à l'enfer. La vie de l'héroïne va sombrer bientôt dans l'horreur.
On se surprend à exhorter Catherine à ouvrir les yeux, à sortir de l'engrenage infernal dans lequel elle s'est elle-même engouffrer. Parce que, et c'est peut-être ça qui nous agace le plus, la jeune femme est consentante. Ou, pour mieux dire, incapable de résister à l'attrait du piège, non dépourvu de charme, qui l’entraîne à sa perte.
Impuissants, et pour cause, pauvres lecteurs, nous assistons à cette lente dégringolade de l'héroïne jalonnée d'humiliations, de mensonges, de trahisons, jusqu'au drame final.
Nul doute que, en dépit de ma mémoire de poisson rouge, mon esprit garde encore longtemps les images puissantes de ce beau roman.
 

mardi 20 décembre 2016

Aeternia - Gabriel Katz

Résumé :
Leth Marek, champion d’arènes, se retire invaincu, au sommet de sa gloire. Il a quarante ans, une belle fortune et deux jeunes fils qu’il connaît à peine. C’est à Kyrenia, la plus grande cité du monde, qu’il a choisi de les élever, loin de la violence de sa terre natale. Lorsqu’il croise la route d’un culte itinérant, une étrange religion menée par un homme qui se dit prophète, l’ancien champion ignore que son voyage va basculer dans le chaos.Dans le panier de crabes de la Cité mère qui prêche la Grande Déesse, où les puissants du Temple s’entredévorent, une guerre ouverte va éclater entre deux cultes, réveillant les instincts les plus noirs. La hache de Leth Marek va de nouveau tremper dans le sang...

Ce qui distingue plus particulièrement la fantasy des autres genres littéraires, c'est qu'elle est faite (la plupart du temps) à partir de recettes, un peu toujours les mêmes et d'ingrédients souvent identiques. Du coup, pour faire un bon, voire un très bon roman de fantasy, il faut se distinguer avec une histoire en béton, de préférence du jamais vu, ou des personnages aussi originaux que possible ou, à défaut, revus et améliorés ou un style agréable. Dans la fantasy française, Jean-Philippe Jaworski réussit à réunir les trois, et avec quel brio. Et Gabriel Katz n'est pas jean-Philippe Jaworski. Loin s'en faut.
L'histoire est d'une banalité affligeante, les personnages de véritable clichés ambulants sans rien qui les distingue de tous ceux dont on a déjà croisé la route dans ce genre d'aventure et sans charisme, sans rien qui les rendent attachants et un style d'une aridité sans pareille. J'ai lu une critique qui comparait l’œuvre de Katz à celle de Gemmell. Il est vrai que les deux sont assez semblables et c'est bien là le problème, je n'apprécie guère non plus les romans du britannique.
J'ai tenu jusqu'à la moitié du livre sans faire non plus des efforts démesurés, il faut le reconnaître, car la lecture n'est pas réellement désagréable. Mais elle n'offre rien d'intéressant à un vieil amoureux de la fantasy comme moi. L'impression de perdre mon temps était omniprésente. À réserver donc à ceux qui n'ont jamais lu de fantasy. Encore que, non, ils peuvent aussi s'abstenir et lire du Jaworski, du Kloetzer ou du Pevel. Entre autres.

Bof.

Toi - Zoran Drvenkar

Résumé :
Imagine une tempête de neige sur l’autoroute. Un bouchon qui s’étire sur plusieurs kilomètres, aucune visibilité. Un homme sort de sa voiture et en silence assassine méticuleusement, à mains nues, vingt-six personnes dans les véhicules alentours. C’est le début d’une série de meurtres sans mobiles apparents commis par celui que la presse surnomme Le Voyageur.
Imagine maintenant cinq adolescentes. Cinq amies avec leurs espoirs et leurs peurs, leurs envies et leurs problèmes. Cinq jeunes filles que rien ne peut séparer, qui vont être prises au piège d’une situation qui les dépasse. Prises en chasse par un homme à qui tu ne voudrais pas avoir affaire, elles vont se jeter dans une fuite en avant sauvage et désespérée.
Imagine enfin un voyage jusqu’à un hôtel isolé en Norvège où tous ces protagonistes vont se retrouver pour une confrontation à la tension extrême et un dénouement qui te laissera sans voix.

Ce qui frappe, à l'évidence, dès que l'on commence à lire ce livre, c'est le tutoiement utilisé par Drvenkar, par ailleurs suggéré par le titre. De mémoire, c'est la première fois que je lis un roman utilisant un tel procédé. Bien sûr, nous connaissons tous des livres dans lesquels l'auteur s'adresse parfois au lecteur en aparté, mais il s'agit précisément d'apartés, qui ne durent pas tout le long de l'ouvrage et adressés au lecteur et à lui seul. Ici, le tutoiement est permanent, du début à la fin (à une petite exception près) et il est adressé dans chaque chapitre à un personnage différent. Oui, l'auteur parle à ses personnages. Du même coup, il fait de nous qui le lisons, tour à tour Le Voyageur, Ragnar, Stinke, Rute... bref, la bonne douzaine de protagonistes de l'histoire. Pour ce qui est de l'identification du lecteur aux personnages, je crois qu'on ne peut faire mieux.
Mais vous me direz certainement, est-ce que cet «artifice» d'écriture n'est pas finalement le seul intérêt du roman ? C'est une crainte que l'on peut légitimement avoir même après avoir lu quelques pages. Eh bien non. Le «tu» ne fait que renforcer la puissance déjà grande du récit. Les personnages sont particulièrement attachants, en particulier les adolescents (ils sont nombreux) et plus spécifiquement les cinq filles qui forment le cœur même du roman. Croyez-le ou non, mais j'ai été successivement chacune d'entre elles. J'ai tremblé pour mes copines, été sidéré par la violence qui m'a entouré. J'ai été Stinke, Rute, Nessi, Schnappi et Taja. Chacune de ces lycéennes absolument ordinaires, pas plus rebelles que les autres filles de cet âge là, ni plus paumées, mais pas préparées, surtout, à la tempête qu'elles vont soulever suite à leur insouciance, leur naïveté, leur inconscience, leur audace, leur jeunesse.
Parce qu'il faut bien le dire, sans être omniprésente, la violence est là et bien là. Parce que la fuite des cinq copines va laisser des traces sanglantes. Et il ne fait pas bon être jeune dans cette histoire. Il ne fait pas bon non plus être plus âgé. Il ne fait tout simplement pas bon traîner dans les parages. Dans les parages de ces hommes qui ne plaisantent pas, en particulier lorsqu'on touche à la marchandise dont ils font commerce : l'héroïne.
Voilà, j'ai été emporté par ce roman atypique. Et j'ai passé des moments, si ce n'est toujours à proprement parler agréables, du moins intenses au côté de personnages pour certains très attachants, pour d'autres terrifiants mais tous particulièrement consistants. À lire, absolument.

Très bon